‹ Profils et types de la littérature russeChapitre 42 sur 148 · LavoQs le liage en famille · texte numérisé non relu

LavoQs le liage en famille

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fille. — La Russie doit à cette partie de cartes son plus grand romaDcier : Tourgueniev.

Troisième exemple. — Pouchkine raconte comment Pierre le Grand maria son nègre favori en trois temps et trois mouvements.

« Le tsar, dit Aplianasiévitch, est venu brusquement chez moi demander ma fille pour son nègre Ibrahim. — Qu'as-tu répondu ? — J'ai dit : «< Vous avez le pouvoir; noire devoir de serfs est d*obéir en tout. » A ce moment on entendit du bruit derrière la porte. Aphanasiévitrh alla ouvrir et sentit une résistance. Il la poussa violemment et on vit Nalalic étendue inerte sur le plancher ensanglanté... Elle fut longtemps malade et ne gardait que Tespoir de mourir avant cette noce maudite... Rongée de douleur, elle dut subir sa destinée.

On se ressouvient du chapitre X de Candide et des regrets de la vieille : « C'était un nègre abominable, qui croyait encore me faire beaucoup d'honneur! » — Cette infortunée Natalie fut l'aïeule de Pouchkine. Si un nègre n'avait pas été pris en Afrique, vendu à Constantinople, racheté par un consul, qui le donna au tsar, qui le maria de force, la Russie n'eût pas eu son premier poète. Mulla duritix veterum melius et lirtius mutata,.. et ce fut Pierre le Grand lui-même qui ordonna que les jeunes gens se vissent au moins une fois avant le mariage; c'est-à-dire qu'il fallut un réformateur violent pour obtenir ce que le sens commun eût dû accorder depuis longtemps.

I-.es moins endurantes mouraient, et le veuf se remariait. Mais il y a limite à tout. Si le décès de trois épouses était un peu trop brusque, le pope regimbait à bénir une quatrième union. I^s grands penseurs russes n'ont pas manqué de flageller cette barbarie» et nous avons plaisir à traduire les pages suivantes, dans lesquelles s'exprime d'ailleurs le tempérament de deux écrivains.

Mes fils, mes fils chéris, que deviendrez-vous ? Quel sort vous attend? disait-elle ; et les larmes s'arrêtaient dans les rides qui

sillonnaient sa figure, belle jadis ! Oui, elle était digne de pitié, comme toute femme en ce siècle de bravacheric. Fille, elle vécut une heure pour I*amour, dans un accès de passion, dans la première efTervescence de la jeunesse; puis son farouche séducteur l'abandonna pour son sabre, pour la camaraderie, pour la ribote. Elle voyait son mari deux ou trois jours par an ; ensuite passait des mois et des jours sans nouvelles de lui. Au retour, s'ils vivaient ensemble, quelle existence pour elle! Elle endurait les injures, les coups ; elle recevait des caresses qui ressemblaient à une aumône, pauvre être dépaysé dans celle cohue de brutes masculines. Sa jeunesse inclémente a fui; ses seins, ses joues fraîches ont ignoré les baisers ; les rides sont survenues avant l'âge (Gogol, dans Taras Boulba).

Ma femme? C'était une bonne créature, intelligento, lacilurne, au cœur tiède ; mais Dieu sait pourquoi (peul-ôtre la longue vie à la campagne ou telle autre cause ?) se cachait au fond de son &me (si tant est que l'âme ait un fond I) se cachait une blessure, pourquoi, goutte à goutte, le sang coulait, sans guérison possible, sans que ma femme elle-même sût dénommer son mal. De cette plaie au cœur, je n'eus soupçon, s'entend bien, qu'après le mariage. J'eus beau dire et beau faire, peine perdue ! ... Étant jeune, j'eus un serin sur lequel la chatte mit une fois la griiïe; on le sauva, le ranima, mais mon pauvre serin ne guérit jamais; bouffi, morne, il cessa de chanter. Une nuit il se décida à mourir.. J'ignore quel chat mit la patte sur ma femme; mais elle (^tait aussi désenchantée que mon malheureux serin. Elle eût bien voulu parfois agiter les ailes, s'ébattre au grand air, jouir du soleil et de la liberté... Elle tressaillait et soudain se repelotonnalt... Après quatre années de ménage, elle mourut... Le cercueil fut placé au milieu de l'église, et le service funèbre commença. Je regardai la défunte... Oh, monDieu î La mort clémente n'avait pas guéri la blessure : toujours la môme expression de muette souffrance! (TouRGDEMKv, Mémoires d'un chasseur),

L'érudit Zabiéline (floMauuiift ôlitl pyccuHX'b uapHu-b) nous apprend txue les reines ne menaient pas une existence plus heureuse; sans compter celles qui mouraient brusquement. Ainsi, les trois premières femmes d'Ivan le Terrible furent empoisonnées; Marie Khlopov, femme de Michel RomanoVy

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tomba malade dès la première quinzaine; Marie Dolgorouka, sa seconde femme, mourut après trois mois de mariage; etc. Le remède à cette misère? En dehors du trépas qui vient tout guérir, la supériorité intellectuelle, puis la résignation religieuse. C'est à ce titre qu'attirent l'attention l'histoire de la belle et sage Févronie et l'histoire de la pieuse Ouliania Mouromskaïa. Ces récits annoncent déjà l'adoucissement des mœurs, et le lecteur me saura gré, j'espère, d'abord de lui avoir épargné l'insipide recensement des poèmes dits populaires, fatras et fariboles, puis d'avoir gardé pour la bonne bouche celte apologie des dames.

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