LA LANGUE
5) ToBopHTb, parler. Le point de départ serait le se. gd, bœuf; d*où, mugir, brailler, parler. — C'est possible. Oportei discentem credere,
6) IIpHMvn., recevoir, prendre. L*inf. est priniatu On pense à pris.
Les autres mots se rapprochent davantage : litsemenj, hypocrites, de litse, le visage, qui se retouve dans Antlitz^ même sens. Miklosich rapporte me)' au se. mêy d*oii menitHy changer; ut litsemer sit homo qui vultum mutât.
Lioubitîy aimer; primitivement, désirer. C'est le latin lubcns, libensy qui se retrouve dans le fr. quolibet, contracté de quod libel, AU. Liebe, — Sioial^ être debout; on reconnaît stare. — Sobronie^ collection; ici, assemblée. So z^tjv, fr. sijm, dans sympathie, symphonie. La racine du mot est BER. Bparb, prendre, donne Tindic. bérou ; c'est donc le grec çÉpo). Par renforcement de la voyelle, le grec déduit 5cfi; le russe, soboi\ le concile. L'allemand a bar dans fruchlbar, etc. — piochtchadi, place publique. La racine est PLOSK, plat, TzKaTjq; to ::Xa-j, la plaine. — Lioudi,les gens. C'est Tall. Die Lente; le IV. les leudes. — Istinno^ en vérité. On reconnaît le verbe « être »; Tall. ht, etc.
Avec un peu d'habitude et beaucoup de patience (ou vice versa)^ on devinerait déjà le sens de ce verset : Quand vous priez, ne soyez point comme les hypocrites qui aiment à prier debout dans les assemblées, sur les places publiques et les carrefours, afin de se montrer aux gens; en vérité, je vous le dis, ils recevront leur récompense, etc.
C'est ainsi que le plus ancien monument d'une littérature est la langue elle-même. Ses allures, ses flexions sont un reflet du tempérament du peuple qui la parle. La philologie aide l'histoire et, pour les temps lointains, la supplée quelquefois. On lui reproche ses hypothèses téméraires, oubliant qu'elle se trompe mais ne ment pas. Étudions donc la philologie et particulièrement la philologie slave. Voyez avec quel enthousiasme patriotique Pouchkine déflnit le russe :
« Une langue souple dans ses tournures, puissante dans ses ressources, si intelligemment ouverte au progrès... » Il Toppose à la langue française, rigide dans ses traditions, dans sa syntaxe et si prude. Karamzine vante, à propos de l'anglais, cp ;j?'oduî7 de vols (Cmrsin, iipajoHUMi»), l'homogénéité du russe : « Honneur à notre langue, qui^ dans sa richesse native et presque sans mélange étranger, coule comme un fleuve majestueux, mugit, gronde puis, soudain se calme à propos, gazouille comme un ruisselet,s*insinue jusque dans l'àme, s'assouplissant à tous les rythmes, à toutes les cadences de la voix humaine I >»Ces éloges semblent d'autant plus naturels. sous la plume de ces écrivains, stylistes émérites, que notre Mérimée exprime un jugement plus flatteur encore et ne croit pas exagérer. Dès le ix*' siècle, la similitude du langage fit un seul peuple de toutes les peuplades qui bataillaient sur ce vaste territoire; Tunilé religieuse s'ajouta; si bien, qu'en dépit des discordes intestines, la domination mongole passa, comme celle des Varègues, sans altérer le fonds national. Pouchkine disculpe même sa langue d'avoir absorbé des mots tartares; il en concède une cinquantaine au plus, c< ceux qui désignent une chose désagréable, comme le knout •>, ajoute-l-il plaisamment. Dans toute la Grande-Russie, la physionomie, les mœurs, les allures sont identiques. « C'est toujours le même peuple sombre, if^nare (pris en masse) et inculte, craignant à la fois Dieu et le diable, le commissaire, le juge et le noble; peuple replié sur lui-même, méflant, fermé à toute innovation à luimême profitable, vivant toujours encore dans des chaumières enfumées, à demi éboulées, avec enfants, veaux, cochons, pêle-mêle ; le ventre creux, presque sans industrie, sans commerce, sans conforl, mourant toujours avec la même indifférence». »> L'histoire d'aucun peuple n'est gaie, mais celle du peuple russe est un roman lugubre. Nous en résumerons, puisque ici l'histoire se confond avec la littéra-
i. V. OsTROuoH9Kr. — Écrit à propos des Mémoires d'un chasseur de
ToLHGUÉIflRV.
CHRONTQUE DE NESTOR 15
ture, le premier chapitre d'après la plus ancienne chronique, celle de IS'estor^.
Onsaitpeusurccpèredc Thistoire russe. Il naquit à Bielosero vers 1056, entra au couvent de Kiev dans sa dix-septième année, « prit grand*peine à rédiger ses Annales, vécut saintement et enfin, rassasié de la vie, mourut »*. Il savait le grec, l/original de sa chronique est perdu ; on ne possède que des copies, dont la plus estimée, faite deux cent cinquante ans après lui par le moine Laurent, n'est pas toujours exacte, si Ton en croit le copiste même, c: Lisez, mais au nom du Seigneur! ne m'en veuillez pas si j'altère ou si j'omets; ces textes sont bien anciens, et mon esprit est bien jeune. » Nestor avait sous les yeux des manuscrits grecs, probablement aussi des annales antérieures aux siennes; il recueillit maints témoignages oraux et connut les princes Sviiitopolk et Vladimir Monomaque. Aussi sa chronique, mélange de faux et de vrai, où se heurtent extraits de la Bible, citations de l'Évangile, réflexions de l'auteur sur le doigt de Dieu, superstitions, proverbes, traités de paix, guerres, crimes, etc., conserve une valeur inestimable. Sa langue est le slavon ecclésiastique, avec nombreuses traces de l'idiome populaire contemporain.
Il prend son sujet ah ovo. « Après le déluge, les fils de Noé se partagèrent la terre. » Quand les hommes bAtirent la tour de Babel, — u le Seigneur Dieu vint du ciel pour examiner la ville et cette colonne..., ordonna qu'un grand vent renversât cette colonne et 5433 aunes de débris, en long et en large, furent conservés pendant plusieurs siècles entre
1. Lue tradiictioD allemande de cette célèbre clirouique par Jobaun Denedict Scherer, attaché au Ministère de la Justice à Saint-Pétersbourg^, fut pabliée à Lcipzif^ en 1774, avec une intéressante préface du conseiller Tauber (Biblioth. des Langues orientales, no 4, 609). — Mais le travail le plus savant est celui de Schl<S^ser, traduit en russe eu 1810. Ce>i celui que rcconiuaan«le Porphiriev .