CHRONIQUE DE NESTOR
Rurik, s'y établit * ; le second, Sinpusy campa près du lac blanc (r>b.io3ftpo); le troisième, Ti*uvoi\ à Isborsk. » Pour unifier le nouveau gouvernement, Rurik se débarrassa de ses frères... Mais je me garde de raconter, après tant d'excellents historiens, comment régnèrent Oleg, Igor et leurs successeurs; cette interminable série de parjures, fratricides, meurtres variés, supplices, serre le cœur. La Russie n'est pas, du reste, une exception ; l'humanité s'est trainée, à travers les siècles, dans la boue et dans le sang*. — w Les despotes ont une santé délicate. Un Alexis décapité, un Pierre poignardé, un Paul étranglé, un autre Paul aplati à coups de talon de botte; divers Ivans égorgés, plusieurs Nicolas et Basiles empoisonnés, tout cela indique que le palais des empereurs de Russie est dans une condition flagrante d'insalubrité*. » Oui, il est joli, le théâtre du monde ! La salle représente une salle à manger somptueuse; le couvert est mis et les majordomes introduisent les convives, gentilshommes en toilette irréprochable, dames parées comme des châsses. Un dîner d'aristocrates. Quelle décence! Quelle imposante dignité! Chacun accable sa voisine d'attentions délicates; les saillies provoquent les sourires, et le visage devient la plus belle conquête que l'homme ait faite sur le mulîe.. Aïe!.. Un monsieur a froissé le pied d'une dame. — « Butor! — Pourquoi avez-vousde si grands pieds? — Malotru! » Une gifle. Et le désordre commence. Nos gentilshommes ont pris parti pour ou contre, hurlent, gesticulent, pirouettent; tous frappent et sont frappés; un effroyable bacchanal est déchaîné... Mais un valet apporte un vin coûteux; les cris de joie succèdent aux cris de rage, les ennemis s'embrassent, réparent le désordre des toilettes, reprennent leur mine correctement flegmatique, et
i. Eu i774, dit Scherer, soq burg existait encore daus la propriété da conseiller Sabourov, qui le conservait pieusement. — J^émets un doute sur rauthenticitô de cette ruine.
2. «• Toute Vhistoire u'est qu'une suite d'horreurs », écrit Chamfurt.