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le traînent contempler des supplices et lui enseignent la vivisection! Quand le tsarévitch grandissait, les coteries se disputaient pei^ fas et nefas la faveur de fournir la future reine, pour dominer sous son nom ; tous les moyens étaient bons pour supprimer la concurrence.
Nous nous connaissons! On s'est déshonoré et entr*égorgé tant et plus; de famille à famille on se montre les crocs, et la première qui escaladera le trûne exterminera ses ennemis (Ostrovski).
Mettez-vous à la place d'un despote ainsi élevé, fort, sanguin, violent, qui se marie par amour, et dont on assassine successivement les épouses! — « Quand nous voyons Ivan le Terrible s'écrier tout à coup qu'on a empoisonné sa tsarine, et faire autour de lui une boucherie de boïars, il ne faut pas se hâter de Taccuser de mensonge et de cruauté gratuite. Pour plusieurs de ses épouses mortes subitement, il fit faire des enquêtes, dont les dossiers, malheureusement peut-être pour sa mémoire, se sont perdus *. »
Le mieux commence avec Ivan le Terrible!... Son rôle historique, ses crimes politiques sont connus, et nous ne les transcrirons pas; son rôle littéraire est intéressant. Depuis Vladimir Monomaque, qui adressaà ses enfants une Instruc^ lion célèbre, Ivan IV fut, je crois, le premier tsar aimant les lettres, ayant compris que la plume aussi est une arme. On a conservé son Message aux moines Cyrilliens^ qui régalaient trop bien les seigneurs envoyés dans leur couvent après disgrâce, et qui festoyaient avec eux. Ivan, qui dans le fond pouvait avoir tort, a raison dans la forme; se gardant bien de confesser sa rancune, professant la pure orthodoxie, il rappelle aux moines (assez longuement, car la lettre a 22 pages) sur quels principes de pauvreté et de sobriété fut instituée la vie claustrale; à quoi bon quitter le monde si Ton se procure au désert le même bien-être? C'est contresens et hypocrisie. D'ailleurs Chérémétiev (un des disgraciés)
1. A. Rambaud, à propos de l'ouvrage de ZABiiuiiie : Les tsarines.
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fut toujours un hypocrite: à la cour il jouait au saint homme, à la componction ; maintenant le chapelet dans la poche et la bouteille à la main! Son complice Khabarov ne vaut pas mieux que lui. Est-ce la voie du salut?... Ivan ergote; il cite des textes, porte la lutte sur le terrain de l'adversaire et assaisonne d'une humilité narquoise sa méchante semonce:
Je ne mérite pas d'être appelé votre frère; je ne suis qu*un mercenaire embauché par vous S car il est écrit que les anges éclairent les moines, et que les moines éclairent les laïques ; c'est donc vous qui devez instruire nous autres, qui errons dans le brouillard
de Torgueil; etc.
Il y a là une boutade joyeuse que n'eût pas désavouée Rabelais. Frappant les nobles — (en y mettant des formes, en consignant les noms des suppliciés sur des listes proprement copiées, déposées dans desmonastères.et sur lesquelles se lit souvent cette phrase: « Souviens-toi, Seigneur, des 20, 60, 100... hommes tués, et pèse, Seigneur, leurs noms I » Suit la liste) *, — Ivan ne ménageait pas le clergé, et s'y prit plus hypocritement encore. En 1551, il convoqua à Moscou un concile chargé de réformer les abus. Les travaux de ce concile furent résumés par le métropolite Macaire dans le S toglavy ou livre aux cent chapitres. Il est risible d'y lire des aveux naïfs de superstition, d'ivrognerie, de paresse, d'ignorance , par exemple : que si les diacres aujourd'hui ne savent rien, leurs pères n'en savaient pas davantage, et qu'il faut bien admettre ceux qui ne savent rien, sous peine de ne pouvoir admettre personne ; Texcommunication prononcée contre les impies qui se rasent ou qui font du boudin; le service divin renforcé par les fidèles organisant spontanément un orchestre de guitares, de gongs et « hurlant des chants diaboliques », etc. L'énumération de ces abus fournissait au rusé tyran tous les prétextes voulus. Le Stogtav