Domostroï, édit. Glazouoov
2. Sylvestre, prêtre de Novogorod, fut six années le conseiller d'Ivan. Disgracié en 1553, il mourut an monastère Solovetskû
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2° Morale pratique, d'où cette paraphrase d'un évangile : Si tu es invité à une noce, ne t'assieds pas au premier rang ; un plus considérable te délogerait, et, les autres places prises, tu reculerais jusqu'à la dernière place; mais, invité, sieds-toi à l'extrême place; alors viendra l'hôte qui te dira : L'ami, remonte! D'où triomphe pour ta modestie; car il est écrit : Celui qui s'élève sera abaissé... — Les trois quarts des conseils s'adressent à la femme qui
ne doit ni manger ni boire en cachette du mari (36) — ni jamais rester oisive, sauf par nécessité ou par volonté du mari ; car en travaillant elle entraîne les serviteurs (29).
Les devoirs religieux priment mais ne suppriment pas les soucis culinaires :
Que la femme surveille la cuisine et sache tout ce qui s'y passe... si, cuisant un pâté, les domestiques ont pris trop de farine. Qu'elle tienne réserve de concombres et cornichons, champignons et choux marines pour la joie de la famille... Qu'elle surveille la lessive, si le savon et la cendre ne sont pas gaspillés, et n'oublie pas de compter les serviettes! Les loques mêmes seront réservées pour... les orphelins.
Tout ce que l'épouse doit être aussi : obéissante, humble, etc., etc., a été résumé par Molière dans V Ecole des femmes (III, 2), et la scène n'est si plaisante que parce qu'elle transcrit presque mot à mot les maximes de ces bons apôtres. De tout temps des amis dévoués se sont offerts à diriger les jeunes ménages, à. les mettre d'aplomb, sur trois pieds : le mari, la femme et le philanthrope : Numéro deus impare gaudet.
Le mariage, Agnès, n'est pas un badinage :
A d'austères devoirs le rang de femme engage, El vous n'y montez pas, à ce que je prétends, Pour être libertine et prendre du bon temps!.. .
On devine quelle folâtre existence le Domostroï assurait à la femme, si avantagée dans cette distribution de pensums! « Vous voulez doncques (dit Panurge fillant les moustaches de sa barbe) que j'espouse la femme forte descripte par Salomon? Elle est morte, sans poinct de faulte. Je ne la veid oncques, que je saiche. Grand mercy toutes fois, mon pèreî » Certainement, grand merci; car il y aurait injustice à reprocher à ces vieux livres de n'avoir pas été composés pour nous; peut-être répondaient-ils bien aux goûts ou aux besoins de Tépoque, et Sylvestre (n'oublions pas son collaborateur Adachev) qui fut, ministre intelligent et honnête^ un bienfaiteur de sa patrie, ne pouvait écrire qu'un livre de bonne foi. — « Hélas I s'écriait l'évêque Sérapion (f 1275), combien souvent vous ai-je prêches, enfants scélérats, et je ne vois pas de changement! Combien souvent ai-je semé dans vos cœurs la semence divine, et je ne vois rien lever! » Le défaut de ces Instructions, sages en général, est en effet de ne pouvoir prévoir les applications particulières; et ces moralistes rappellent les amateurs qui, du fond d'une chancellerie, envoient aux généraux de savants plans de campagne, où tout est prévu, excepté ce que fera l'ennemi. D'autre part, si ces conseils dits pratiques étaient suivis, l'âme se ratatinerait. On ose vanter Vépingle de LaffittSy le sifflet de Franklin, la pièce d* argent du petit Savoyard, etc. Ce sont là des rengaines ridicules et sottes. Cela sent le fripier, le quaker, le fesse-mathieu. Si on les imitait, si on ramassait comme eux les bouts de cigare et les boutons de culotte, personne ne pourrait plus vivre, à commencer par eux. Si toutes les femmes empotaient elles-mêmes leurs cornichons, les épiciers fermeraient boutique; si elles cessaient d'être coquettes, hypothèse d'ailleurs invraisemblable, c'en serait fait du progrès dans maintes branches de l'art. Comme dit Krylov, le vent peut faire chavirer la barque, mais naviguez donc à la voile sans lui I
Les ouvrages du prince Kourbski — correspondance avec
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Ivan IV et biographie de ce terrible sire — occupent au XVI® siècle une place d'honneur. Avec lui, la littérature se laïcise, passant de Tévêque au prince; et la chronique est promue histoire. Kourbski s*était distingué comme général; disgracié à la suite d'un échec, il s'enfuit en Pologne et, sous la protection du roi Sigismond, brava son adversaire, lui reprocha amèrement ses crimes et lui prédit la damnation. Ivan riposta pour démontrer son droit divin et l'obligation d'être sévère. Sied-il qu'un pope, que des orgueilleux, que des esclaves rusés dominent, tandis que le maître sera, en fait, un esclave? Un autocrate doit être tout dans tout. Tu appelles crimes des exécutions utiles; tu appelles martyrs des traîtres pris en flagrant délit... Et, jouant sur le mot martyr, il se défend d'avoir ensanglanté le seuil des églises. D'ailleurs^ dit-il, tu plains les boîars; ne sais-tu point que c'est moi qui fus leur victime? (On ne conteste pas ce point; on lui reproche seulement de se trop rattraper.) EnQn il enferme Kourbski dans ce dilemme : Ou tu es un sujet perûde, donc tu mérites ton sort; ou tu es un sujet honnête, donc tu devais te soumettre aux décisions de ton roi. A l'entendre, c'est lui, ce pauvre tsar, le martyr, dont un Kourbski ne devrait pas, de grâce, raviver les souffrances par de vaines insultes. Il dirait volontiers comme Tibère : Offensiones quum graves et plerumque iniquas^ pro republicd suscipiarriy inanes et irritas^ neque mihi aut vobis usui futu^ rasy jure deprecor! Si l'on retranchait les redites et les extraits bibliques, on aurait là un volume d'intéressante psychologie, signé d'un nom célèbre.
Kourbski apprit en exil le polonais, le latin, et ne désapprit pas l'orthodoxie, il collectionna les œuvres liturgiques, traduisit et fit traduire, composa une histoire du concile de Florence et enfin son histoire d'Ivan (jusqu'en 1578, soit six ans avant la mort du tsar), dont le plan est net, déjà littéraire et le ton relativement si modéré que l'auteur excuse souvent le furieux qu'il avait personnellement motif de haïr : il attribue loyalement sa
cruauté à son éducation. En résumé, la vie et les œuvres du prince Kourbski sont un épisode de la lutte entre la royauté et la féodalité * ; d'où le reproche fait à Ivan, comme en France à Louis Xf , de s'entourer de petites gens. De fait, ces petites gens ne Tout pas oublié; le Terrible est un des tsars dont le peuple ait gardé la mémoire; parce qu'il terrorisa les seigneurs, la nation a poétisé le tyran en redresseur de torts, qui, coupant une tête noble sans plus de façons qu'une tête plébéienne, inaugurait déjà l'égalité ; eripml patentes de sede et exaltavit humiles! c'est-à-dire qu'il les hissait sans préférence sur les mêmes échafauds : plus de faveurs, plus de népotisme. Un conte populaire le montre même causant familièrement avec un pauvre potier, auquel il octroie le titre et les biens d'un seigneur. Enfin, quand il meurt, le peuple le pleure I
Et dans la sainte Russie, dans la blanche Moscou, dans le Kremlin doré, pour Ivan le Grand... à la cathédrale de rAssomplion, résonna Ja grosse cloche. Dans le cercueil neuf de cyprès est étendu le tsar orthodoxe. A son chevet — la croix tutélaire; près de la croix — sa couronne royale; à ses pieds — son glaive aiguisé, terrible. La croix tutélaire, chacun l'adore; la couronne d'or, chacun la révère ; et chacun regarde avec effroi le terrible glaive*.
Après Ivan, Godounov.
La haine, comme l'amour, vole aux extrêmes... Elle fiait par reprocher à Godounov son zèle pour la civilisation M
Après lecture attentive, il semble en effet que Boris fut calomnié sur la foi du chroniqueur Palitsiney sacristain, cellé-
1. Pour diverses raisons (la principale fut peut-être retendue de Tempire) la féodalité ne fut pas constituée en Russie avec ses formes occidentales. On ne saurait la juger d'après la nôtre.