UNE SALLE DANS LE PALAIS
Le Tsarévitch (dessine une carte). — Sa sœur XÉNIE (baise un portrait).
MoQ gentil prétendu, mon joli prince, tu ne fus pas pour moi> ta fiancée, tu fus pour le tombeau sombre, en terre lointaine. Jamais je ne me consolerai ; je te pleurerai toujours...*.
BORIS (entre).
Tu pleures, ma chérie? Un lugubre veuvage.
Afflige ton cœur enfantin.
J'aurais voulu que ton destin,
Que ton bonheur fût mon ouvrage.
Et je vois des pleurs dans tes yeux !...
Peut-être ai-je offensé les cieux?..
On calcule, on construit une fière charpente ; On atteint les sommets dorés, la majesté; Et quand on croit saisir le bonheur convoité, La mort frappe et je vois pleurer une innocente ! —
Et toi, mon fîls, que fais-tu? Une carte? Bien. Vois-tu l'avantage delà science? Tu peux d'un coup d'œil embrasser l'étendue de l'empire. Apprends, mon fils ; le savoir abrège les épreuves de la vie fugitive. Un jour, bientôt peut-être, toutes les provinces que tu dessines ingénieusement sur le papier seront entre tes mains. Apprends, mon fils; et la tâche royale te sera plus facile et plus claire.
Le prince Cbouïski vient annoncer l'apparition d'un prétendant au tn^ue.
BORIS
Quel est-il ?
Je ne sais.
GHODISKI
BORIS
Serait-il dangereux?
CHOUISKl
Si fortement que soit ta puissance établie 1. Pouchkine a mêlé dans son drame la prose aux vera.
D'un prince charitable, actif et généreux,
Domptant par ses bienfaits, l'État, — le peuple oublie,
Au seul bruit d'un mensonge, au seul souffle du vent,
Ses devoirs, et s^afl'aisse en vile populace.
Qui, prompte aux boniments, crédule à la grimace,
Aboie à Taventure, à tout hasard se vend,
Qui de la vérité patente s'effarouche
Et, pour un os, aux pieds d'un imposteur se couche.
Je crains que la témérité
De ce vagabond la confonde ;
Je crains que le Russe réponde
Au cri : Démètriusl II est ressuscité!
BORIS
Démétrius ? Gomment ? — (à son Gis) Laisse là ton ouvrage, Va-t'en. — (à Chouïski) Démétrius? Ce garçonnet?