GrKTHB, TorqualOy W, \ (trad. Porchat
LE THÉÂTRE. — PREMIERS ESSAIS. — LES PIÈCES BIBLIQUES DE SIMÉON POLOTSKI. — VOLKOV, FONDATEUR DU THÉÂTRE RUSSE. — LES PREMIERS ACTEURS CÉLÈBRES. — SOUMAROKOV, OZÉROV ET LA TRAGÉDIE PSEUDO-CLASSIQUE.
Le goût du théâtre fut éveillé chez le tsar par Matvéïev^ ce parvenu souple et clairvoyant, ûls de pauvre homme. —
Quand il vint à la cour, nul n\v prit garde; modeste, il ne cherchait ni ne fuyait ramifié de personne (Chtghébalski).
Bref, déroutant la méfiance, il fut poussé sans qu'on Teût vu croître. Il avait adopté Nathalie Najychkine, fille d'un ami, et la Providence lui paya ce bienfait au centuple : il eut la joie inespérée de marier sa pupille au tsar, et cette Nathalie fut la mère de Pierre le Grand.
Matvéïev aimait à s'entretenir avec les étrangers, à les questionner sur leurs usages; il apprit ainsi que courtisans et citadins goûtaient une distraction plaisante, délassant les oisifs et les affairés, — le théâtre ; et, formant tant bien que mal avec ses domestiques une petite troupe, un orchestre, il amusa souvent son royal visiteur. Si Alexis Mikhaîlovitch n'avait pas eu ensuite Tenvie d'avoir aussi son théâtre, l'homme ne serait pas le plus imitateur des animaux. Alexis chargea donc un officier, Nicolas Staden, d'aller recruter en Courlande, en Saxe, en Prusse^ où il pourrait, des comédiens. Non sans peine une troupe de douze téméraires fut recrutée; mais, au départ, devant l'horizon lointain, le courage faiblit; on se chuchota qu'un certain flûtiste aurait
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écrit t'i sa femme, laissée en Allemagne comme arrière-garde, que le knout représentait là-bas la religion du plus grand nombre... Le bataillon se débanda, et le héraut ne ramena qu'un trompette.
Ce fut néanmoins un Allemand, Jean Grégori^ pasteur et maître d'école à Moscou, qui forma la première troupe russe. Il dressa, trois mois durant, soixante jeunes gens ou ga çonnets ; puis, dès que le confesseur du roi, s'appuyant sur l'autorité des Pères byzantins^ eut levé les derniers scrupules, on mit en scène, le 17 octobre 1672, Eslher, La reine et ses femmes eurent permission de regarder par les fentes d'une cloison. Quand des ballets servirent d'intermèdes, le tsar trouva trop leste, non pas les danseuses, la musique! Cependant l'impartiale Clio dit qu'il prit bien vite goût à celle-ci comme à celles-là; qu'il félicita et paya en argent et en fourrures maître Grégori, au risque, partant de luxe, de gâter cet humble ;
Beatus enim jam Cum pulchris lunicis sumet nova consilia etspes..
Mais le tsar n'avait pas accoutumé de lire Horace. Une troupe régulière fut constituée, qui représenta Judith^ Tobie. Le chaste Joseph^ Adam et Eve, etc. Ces pièces jouées sous une direction allemande, protestante, annonçaient la conquête de la Russie par l'esprit européen. Certes, les préjugés contre le théâtre étaient trop tenaces pour que l'on pût s'affranchir brusquement des sujets religieux, que les spectateurs revoyaient d'ailleurs sans déplaisir, contents de comprendre si vite, étonnés de suivre si aisément Tintrigue; de même, on écoute volontiers à tout âge des variations sur un vieil air. Nous ne reprocherons donc pas à l'auteur de ces premières pièces, à Siméon Polotski, son manque d'originalité, ses récits bibliques froidement dialogues; nous louerons même les chants et les danses intercalées dans son Enfant prodigue^ l'Intermedium (édit. Tikiion-
ravov, p. 303), car ce détail indique Tinteation de briser le moule des comédies de collège *. Soyons obligés de ses pièces plus ou moins maladroites à cet auteur malgré lui, et n'oublions pas que le moindre progrès suit le long tâtonnement.
V Enfant prodigue (entre 1673-78). — Un court prologue (48 vers) adressé aux nobles spectateurs les prie
de tourner les yeux et les oreilles vers le drame, douceur pour le cœur et salut pour les âmes; la parabole profitera, daignez eulcment écouter !
Première partie. — Le père sort suivi de ses fils et de nombreux serviteurs; il loue le Seigneur qui lui octroya des richesses, des enfants et V intelligence,,. Soyez vertueux, mes fils... Pour moi maintenant l'âge est venu; j'attends la mort^ mais vous serez mes bâtons de vieillesse. Je vous abandonne tout mon avoir; respectez- moi seulement et gardez entre vous la concorde et Tamour (38 vers). L'aîné réclame la seule faveur de vivre près de son père : « Je suis ton esclave, heureux de te servir et de finir ma vie dans l'obéissance. » Le cadet, dans un discours long (60 vers) mais sensé, demande (puisque son frère consent à veiller sur leur père et sur la maison) à s'instruire, às'illustreren voyageant. Que le vieillard le bénisse et que son frère ne Toublie pas!
Deuxième partie. — Liberté ! Loué soit Dieu ! Chez mon père j'étais esclave, prisonnier entre quatre murs. Tenu en laisse, il fallait boire et manger à heures fixes; défense de jouer, défense d'aller chez les amis, défense de regarder les visages rouges! (c'est-à-dire les belles filles). Le cadet organise un petit réveillon, et s'humanise jusqu'à boire et ù
1. Polotskl était presque an esprit fort; il ose railler ceux qui se recouchent parce qu'ils ont éternué en s'habiilant, qui rentrent craintivement chez eux parcequ'ils ont trébuché sur le seuil, ou rencontré un moine ou rencontré une femme... Caton, qui n'allait pas au sénat parce qu'il avait vu une souris, n'eût pas mieux fait.