PIÈCES BIBLIQUES DE POLOTSKI
jouer avec ses valets. L'un d'eux, vrai Scapin, fait Tinnocent : « Oh, je n'ose jouer aux dés avec loi, monseigneur, tu es trop fort.. » et lui rafle l'argent. « Tu as bien joué, dit le prodigue; voilà cent roubles pour toi, et je vais me soûler en ton honneur! »
Troisième partie. — Les fripons achèvent de ruiner leur mailre* ne lui laissent littéralement que sa culotte*, lui débitent chacun un conseil narquois et Tabandonnent.
Quatrième partie. — Le châtiment. Au pays des Porcs. Le gardeur attitré lui confie les auges des pensionnaires; mais là, comme en pédagogie, patience est nécessaire. Froissé de leur familiarité, l'apprenti rudoie les cochons qui s'enfuient et lui rapportent une bastonnade. « Hélas I Que faire? On veut m'assommer. Je meurs de faim et de froid, suis cinglé et scionné. Oh ! qu'il faisait meilleur vivre au logis paternel qu'errer par les contrées étrangères ! Je retournerai chez mon père et lui dirai... », etc.
Cinquième partie. — De son côté, le vieillard regrette l'absent, a Vif ou mort V Nul ne le dit, et mon cœur paternel se fend » (14 vers). Un messager ; « Réjouis-toi, seigneur ; ton fils perdu s'approche; grâce au ciel il revient vivant; mais ne te désole pas, s'il est gueux. » Réjouissances.
Sixième partie. — L'enfant prodigue, à nouveau vêtu richement, retrace son existence en un long monologue (64 vers).
Une autre comédie de Polotski fut jouée à la même époque sous le titre : Bu roi Nabuchodonosor^ de la statue d'or et des trois enfants qui ne bridèrent pas dans le poêle. Simple paraphrase du récit biblique, cette pièce est curieuse en ce qu'elle semble avoir été un cadre à divertissements, une sorte de livret musical.
La très longue (130 pages) et très ennuyeuse pièce sur Judith fut jouée en 1674, avec succès. D'où vint ce succès? A propos (ïEsther^ le professeur Tikhonravov remarque (xx)
l. Ox^airb ojifi'M^y Be[>xHioio, ocTaHeMi» bt» ejp/mofi.
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que cette pièce « était probablement la comédie anglaise, Esther et Aman^ représentée à la cour de Saxe en 1026. » La remarque me semble précieuse, car elle explique l'apparition du bouffon shakspearien, devenu^ dans Judith^ le soldat Sousakime, Admirez, par exemple, ce conseil de guerre 1
Sousakime. — Messieurs les capitaines, puis-je placer un mot?
SiSARA. — Parle.
Sousakime. — On dit que les juifs ne mangent pas la chair de porc?
SisARA. — Que t'importe?
SousAKiMf.. — Voyre! Alors nous n'aurons ni grillade ni boudin?
SisARA. — Gros porc toi-môrae! Au lieu de guigner du boudin, que ne désires- tu attraper une chaîne d'or? Va- t'en, c'est honteux !
SoMNASE. — Moi, en fait de truies, je prendrais une belle fille bien habillée.
MosoLLOME. — Qu'est-ce que tu en ferais?
SoMNASE. — Je la déshabillerais, garderais la belle défroque, puis offrirais la fille à monsieur mon capitaine.
Sans doute le bouffon était grossier; mais une vérité hardie ne choquait pas dans sa bouche; sous Thabit de Pierrot, Tauteur pouvait, çà et là, émettre une idée neuve, et ce fantoche, installé en Russie, y eût peut-être importé le franc-parler. Pauvre Pierrot ! C'est de lui que les gouvernements pensèrent :
Ce bloc enfariné ne nous dit rien qui vaille !
Ainsi le Sousakime éisUe sa goinfrerie, dévore tant de cervelas qu'il « se sent lui-même devenir cochon; » mais quel mouvement il donne à une pièce endormante!
Holà, camarades! Je crois que Jupiter, Mars et Vénus ne ribotent pas au ciel autant que nous sur terre .. Tu as peur, toi, que, vienne la paix vienne le renvoi, et fini de rire! On retournerait à
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charrue et paf ! paysans comme devant! Bah, nViepas peur, l'ami. Nous allons si bien remplir nos poches, si bien engraisser qu*au pays nous vivrons de nos rentes; si, par déveine, nous mourons, que les chiens et les corbeaux déjeunent de nos tripes!... Tu dis, pleurard, que deviendront nos pauvres femmes, nos pauvres enfants? Eh bien, un autre les nourrira... Viens, Tami, noyer ces noirs soucis dans un verre de vin. Si je deviens cochon, une de mes cuisses fournira à la table de notre général le roi des jambons. Gai, gai, camarade ! Dieu seul sait combien de jours il nous reste à vivre; et si nous n'entrons pas dans le ciel, nous passerons toujours bien... à côté!
C*est déjà la philosophie de Figaro, et le tsar eut raison de rire. Il applaudit aussi à la condamnatiou, à rexécution du paillard Sousakime : le bourreau est armé d'un goupil- Ion. £t les transes du drôle ! Et ses finasseries pour gagner du temps! (Il a des révélations à faire 1) Et ses adieux solennels à cette bonne lumière du jour qu'il ne doit plus revoir et qu'il supplie de ne pas s'obscurcir par chagrin de ne le plus voir non plus! Qu'elle se console, il lui reste encore assez de voleurs à contempler... Adieu aussi, ma sœur aînée, toi qui vends sur le marché de Ninive des savates, des empeignes et de la ficelle I... adieu, pochards mes frères... Le bourreau : Dis donc, est-ce bientôt fini? — Sousakime : Non, non! J'ai encore un discours à placer. Adieu, mes neuf péchés capitaux...; etc. Suit une décapitation burlesque. Après le départ du bourreau, l'exécuté se relève, cherche sa tête et finit par la réclamer aux spectateurs. — Cette farce amuserait encore le peuple ; et, toute grossière, elle secoua la torpeur. Regrettons le bouffon et sa licence qui eût assuré la liberté d'allure.
On se rabattit sur les valets, malotrus par droit de naissance. Dans le Don JuaUy joué vers 4702, Sganarelle (Philippe, dans le texte russe) avait un rôle assez trivial. On se souvient que le drôle est surpris happant un morceau :
Don Juan. — Tu as donc lafaimvalle?
PniLipPE. — A te dévorer toi-môme avec la peau et le poil. Don Joan. — Va manger (s. ent. : à la cuisine), mais laisse de quoi rassasier notre hôte.
Philippe. — Je compte bien ne rien lui laisser du tout!
Don Juan devient dans cette pièce plus grossier que libertin. Ne boit-il pas devant son hôte lugubre « à la santé de sa fille qu'il a goûtéel » Nous sommes loin de Versailles, et je remercie M. Tikhonravov qui refuse de voir dans ces scènes l'imitation d'un modèle français. De mou côté, je ne souligne pas ces détails pour critiquer un vieil échantillon mais pour louer Molière. « mes gages! »,s*écrie Sgana> relie devant le châtiment final; il fut en effet complice contre argent; et, puni par où il a péché, il se trouve avoir servi pour rien. Dans le fragment russe, le valet conclut :
J*en suis quitte à bon compte! Mieux vaut décidément que je me marie et vive en bonne harmonie avec tous. Si on me donne lin soufflet, je tendrai Tautrejoue; si on me regifle, je tendrai la troisième ^ Si quelqu'un touche à ma femme, je les enfermerai dans la chambre et n'ouvrirai que lorsque il aura payé deux grivenniks (environ 1 franc) pour mon indulgence.
L'illustre Krampach de Labiche ■ ne raisonne pas autrement. On soupçonnerait plutôt ici rinHuence allemande.
Vers 1700 furent traduits VAmphytrion de Molière et, en 4703, les Précieuses Ridicules, La traduction assez exacte intéresse vivement un Français, observant un idiome étranger, encore peu assoupli, aux prises avec des phrases bizarres. Avant l'entrée de Mascarille on jouait un prologue musical terminé par un ballet.
Le théâtre est orné de rivières, d'tles, d'enclos et de fleurs, agréablement. Neptune s'avance avec sa cour, avec les nymphes, c'està-dire avec des filles marines. . .