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Dans Le plus heureux des trois

KOTOCHIKHINE 157

Voilà qui exigeait une mise en scène déjà somptueuse et préludait à Topera. Nous pouvons même supposer que les chanteurs étaient quelques-uns de ces Italiens appelés à Varsovie Tannée précédente par le roi Auguste. On voit les progrès réalisés; mais nous en sommes alors à Pierre le Grand. Que de difficultés dans Tintervalle 1 Fédor (1676), prince pieux, avait congédié acteurs, violoneux et ballerines ; il fît même, dit-on, purifier le palais souillé par ces profanations, les pièces, même bibliques, inquiétant sa conscience. En fait, bibliques ou non, gaies ou sottes, ces pièces ragaillardissaient ; elles habituaient les chrétiens à chercher des distractions ailleurs qu'à Téglise, et grâce à elles, Thistoire sainte changeait de tréteaux. Les Vieux- Croyants ne s'y trompèrent pas, et Tun d'eux dit assez plaisamment que

les impies s'éloignèrent du bénitier pour se laver dans des piscines étrangères.

Ces orthodoxes honorèrent le tsar défunt en fermant son théâtre et en ouvrant ses prisons; — « ils mirent tous les voleurs en liberté pour figurer dans le cortège funèbre *. »

1. RoTocHiKuiNE, I, 32. — SoD oavrage La Russie sous le règne d'Alexis Mikhàilovilch est plein de détails piquants. L'auteur, attaché aux archives du Conseil d'Élat, parle en témoin oculaire. Victime d'erreurs ou d'intrigues, il se réfugia en Suède, et pat écrire sur sa patrie avec plus d'indépendance. Simplement, froidement, il décrit les vices des seigneurs, orgueil, ignorance, fourberie, vénalité. 11 les montre « assis au Conseil d'État, honorés par le tsar non pour leur intelligence mais pour leur naissance, ne sachant, sauf exception, ni lire ni écrire, ne sachant qne répondre, et se caressant noblement la barbe ». Il montre les ambassadeurs s'acquittant de leur mission au mieux de leurs intérêts personnels, puis adressant au tsar, au lieu d'un compte-rendu fidèle, un roman plus ou moins vraisemblable. — Ce précieux manuscrit de 232 pages fut retrouvée Upsal en 1838. — Après une vie aventureuse, Kotochlkhine eut une mort désagréable ; au coars d'une dispute il poignarda son adversaire; d'où la tête tranchée sur une place de Stockholm .

Si la jeunesse est chose légère, on voit que la morale est chose flottante.

Liquidons ce passé. M. Tikhonravov a reproduit, a reconstitué le plus complètement possible, en 1160 pages in-8, le répertoire russe de 1670-4725. « Je le sais bien, dit-il, il s en faut que toutes ces pièces aient une valeur Uttpraire,,, » Précisément I Et témoin des tentatives faites par les prôneurs du Mittelalthochdeutsch, du Miltelalthochschwedisch, du Mittelalthochhottentot, pour empester la France de produits grotesques, je crains de même qu'on n*essaie de nous importer le fatras russe. Vieux ou jeune, russe ou allemand, le fatras reste fatras. Qu'on le balaie! Du reste, pour ne point paraître y mettre un parti-pris national, j'en appelle aux quatre volumes de M. Petit de JuUeville : Lacomédie en France au moyen âge. On conviendra que, à intelligence égale, les Français étaient mieuxplacés que les Russes pour développer leur génie ; ils n'étaient pas isolés, perdus dans une muette immensité... Eh! bien, feuilletez ces quatre volumes écrits par un croyant, cette centaine de moralités^ farces, sotties, et tâchez d*y trouver autre chose que des platitudes! A part quelques pages [Patelin^ Le Miracle de saint Martin, etc.), c'est le néant. Au point de vue littéraire — rien ; au point de vue politique, un courant de raillerie qui contribua, si Ton veut, à lézarder le moyen âge; au point de vue religieux, une révolte sourde contre réloufTement catholique; mais Tennui vous couche sur la table.

Si telle était Estelle, Qu'était donc Némorin?

dit la chanson. Si telles furent les sotties françaises, que fut donc l'antiquaille russe? Français, mes frères, goûtons-y par curiosité mais n'eu soupons pas î

Ainsi sur les six pièces attribuées à Dimîtri, évêque de Rostov, Porphiricv signale comme intéressante : NocL M. Sichler le trouve « presque sublime par la grâce enfan-

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