POTEMKIN
tonne, joyeuse, sur ce signal convenu. Pour se débarrasser d'une dame d'honneur, il la fait coucher sur un bordereau militaire, et gravement renter comme officier de la Garde. Et sous son ministère la Cour consomme annuellement 250,000 francs de théières; 50,000 francs de charbon pour fers à friser; 9 ou 10 millions pour Son Altesse; etc., mais le peuple ne hait point ces prodigues de fière allure; les Russes contemplèrent ce Magnifique qui savait égaler leur Cour aux plus corrompues d'Europe; l'histoire, indulgente au succès, loue le lettré qui protégea les poètes, les artistes et mentionne avec respect « le dernier de l'illustre série^Vai' g le de Catherine >» (Pouchkine).
L'histoire, sévère aux battus, mentionne avec horreur un héros de la même époque, un vautour de Catherine, diraije pour la symétrie, « M. le marquis Pougatchev », comme l'appelle Voltaire. Sa révolte inspira à Pouchkine un de ses chefs-d'œuvre : La fille du capitaine. Un jeune lieutenant donne une pelisse à un vagabond, et ce bienfait lui vaut plus tard la faveur du terrible insurgé qui le force à tout voir. Pour sauver sa fiancée, le loyal soldat de Tarmée régulière est entraîné dans l'armée révoltée. H se justifiera un jour et rejoindra son amie. — Quelle leçon donne Pouchkine aux romanciers dits naturalistes! 11 sait peindre avec tact les scènes les plus sauvages, et Thorrible ne frôle jamais le dégoûtant. Soit finesse de goftt, soit sympathie secrète, l'auteur n'a point noirci Pougatchev. Sympathie? Je l'ai ressentie en lisant le roman et surtout. L Essai histonque sur Pouga^ tchev du même Pouchkine. Sous la très prudente modération circule la pensée : que le plus coupable n'est peut-être pas l'esclave qui se venge. Le général Bibikov n'écrivait-il pas à Von Vizine :
Pougatchev nVst qu'un épouvantail... Ce qui est dangereux, c'est If mé(!ontentcment nnivci*sel.
(^e Cosaque avait vu la répression féroce d'une précédente
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c'îmeule ; des populations entières émigrer devant des concussions invraisemblables. Condamné aux travaux forcés, il s'évada (1773) et prit les armes. «« Deux semaines après, il disposait de 3,000 hommes avec 20 canons. >* Beaucoup de villes le reçurent avec la croix et la bannière. Comme il se donnait pour Pierre lll, ses lieutenants se donnèrent pour les hauts personnages de la Cour. Il prit Orenbourg, il prit Kazan. ^< Ses mouvements étaient si brusques, si imprévus qu'il était impossible de le suivre. Peu de chefs d'alors étaient de taille à le battre, à se mesurer même avec ses acolytes. » Livré par les siens, il fut décapité à Moscou (l775j. Souvorov parcourut les districts rebelles et rétablit Tordre, au bout d'une année.
11 est amusant de voir Catherine affecter l'indifférence, appeler cette révolte «< une incartade de l'espèce humaine >», et son chef <• un voleur de grand chemin •>, puis avouer '( que cet homme, extrêmement hardi et déterminé, lui a donné du ûl à retordre cette année », mais ne souffler mot des causes; — tandis que Voltaire, sachant qu'une insurrection ne pousse pas toute seule, en une nuit, plaide le faux et feint, pour soutirer un aven, de croire Pougatchev agent du Grand-Turcî L'impératrice ne répond pas; mais elle dut se rappeler souvent que les premiers plaignants avaient été emprisonnés comme rebelles... En somme, elle ne fut ni meilleure^ ni pire que la plupart des souverains, et fut plus intelligente.
Parmi les soldats de l'orrfre se trouvait un certain Derja^ vine, né aux lieux de l'insurrection, lettré qui croupissait depuis dix ans dans la caserne. Connaissant le lerrain des opérations, il obligea Bibikov et son successeur Mikhelson, et reçut en récompense 300 serfs, puis le titre de conseiller collégial, bref, la fortune. Félitsa, dithyrambe sur l'impératrice, lui valut 500 ducats, une tabatière en or et la célébrité; et, grâce à des compliments bien tournés, Tex-ser-