‹ Profils et types de la littérature russeChapitre 88 sur 148 · Sou Histoire de tempire ru^ie a 8 volumes · texte numérisé non relu

Sou Histoire de tempire ru^ie a 8 volumes

2, Misanthropie et Repentir.

KARAMZINR 217

tiiift, dont je lui garde reconnaissance. H arrive en 1790 el nii ni crainte ni souci. Nos iiistoricns, suivant leurs opinions poliliquesou religieuses, exfiUenl ou injurient la Révolution française; voici le jugement du voyageur russe :

Ne croyez pas que toute la nation se mêle à la tragédie qui se joue maintenant; au plus, la centième partie! Les autres regardent, discutent, supputent, pleurent ou rient, siment ou applaudissent, comme au théâtre. Ceux qui n'ont rien à perdre sont eiïrontés comme des loups ; ceux qui ont tout à perdre sont poltrons comme des lièvres... L'histoire n'est pas flnie ; mais en ce temps la nobIess«' et le clergé sont de piètres défenseurs de la royauté !

Tout à Paris l'amusa, l'occupa, jusques aux guinguettes. Aussi le départ est triste.

Je t'ai quitté, aimable Paris ! Je iVi quitté avec regret et gratitude. Au milieu de tes scènes tumultueuses j'ai vécu calme et joyeux... Ni tes Jacobins ni tes aristocrates ne m'ont fait le moindre mal. Que d'idées j'emporte l Que de souvenirs! Peut-être pourrai-je un jour revenir m'asseoir encore sur le mont Valérien et rêver (levant ton pittoresque paysage!

Karamzine parcourut Londres, et rend galamment justice aux qualités des Anglais :

Les progrès clos scir»nccs et dos arts y frappent l'esprit ; mais vouloir vi\pc ici pour It» charme <le la société s'appHle chercher des fleurs dans le sable .. Je reviendrais en Angleterre avec plaisir, mais je la quitte sans regn't.

Célèbre, fêté, Karamzine eut le courage de s'enfermer pendant douze années pour écrire son Histoire de Vempire russe terminée on 1816. «Trois mille exemplaires furent vendus en un mois, succès unique chez nous. Tous, même les femmes du monde, se jetèrent sur cette histoire de la patrie inconnue jusqu'alors. Il semblait que la llussie eCii été découverte par Karamzine, comme l'Amérique par Colomb...

Karamzine est noire premier historien et noire dernier chroniqueur... Glaire et fidèle exposition des événements. Son récit n*est insuffisant que lorsque les sources lui firent défaut ; il ne les a du moins pas remplacées par dos conjectures fantaisistes » (PoucnKiNE). Les compliments ont, comme les médailles, leurs revers; témoin une épigramme de ce même Pouchkine :

Son histoire est vraiment mielleuse^ de bon fr^ùt, Nous expliquant avec une douce ironie

Les charmes de la tyrannie

Et les avantages du knout.

I/ouvrage donne à un Français l'impression d'une immense fresque. Le récit est épique, patriotique, philanthropique. Oyez ces phrases empanachées :

Il me semble que nous sommes trop modestes dans notre opinion sur les mérites de notre peuple... Nous avouons que certainî^ peuples sont, en somme, plus civilisés que nous... Nous n'avons pas besoin, comme les Grecs et les Romains, de recourir aux fables et auY fictions pour exalter notre origine; la Gloire fut le berceau du peuple russe, et la Victoire fut la messagère de son existence!

Néanmoins la savante naïveté de l'auteur vous embobeline; on se représente l'excellent homme comme Serge Nikolaiévitch *

s'enfonçant plus à Taise dans le fauteuil, allumant un cigare, regardant d'abord son hôte, puis levant les yeux au plarond

et narrant avec calme, d'un air demi-malin, demi-simpleL Il a dit à ses périodes : Hâtez-vous lentement 1 et elles obéissent. Pourquoi se presser? Le cercle des auditeurs est attentif, les soirées sont longues, les tasses pleines de thé

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