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Son père le fut du reste encore plus que lui

2. Lermuutov l'avoue ucttemeutdaus les 5/ance5 datées de juin 1831 : — « J'ai besoiu d'agir; chaque jour je rêve d'ôtre immortel, comme l'ombre du grand héros. »

pereur Nicolas. C'était là rêver Timpossibleet, dans tous les cas^ compter sans la musique de Chopin!... Les mazourkes de Chopin sont des canons braqués sous des roses*. »

C'est pourquoi, depuis Austerlitz, Thomme joue dans le romantisme, plus souvent que la femme, le grand rôle. 11 est pour les Doua Sol de tous les étages « le lion superbe et généreuxl » Même vieux et laid, comme Mazeppa, il est adoré par les belles filles ;

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(Ne te fâche pasi Je suis prête, crois-moi, à tout te sacrilier, tout!) Il est Thomme fatal (rappelez-vous Antony)i il est Onéguine, qui ne daigne même pas toujours se laisser adorer :

moins on aime une femme, plus on lui plaît facilement,

dit-il.

Je jouirai, sans aimer.

11 est le héros, le dieu pour qui Ton meurl avec joie. La femme, eu s'immolant aux pieds de Tidole, a Tair de ne faire que son devoir, petitement.

Au dernier échelon, nous apercevons les ratés y comme les appelle A. Daudet, les Hamlels de province^ dépeints si spirituellement par Tourgueniev, qui, ayant voulu sauter trop haut, sont tombés à plat et, aux trois quarts fous, hurlentde rage impuissante. Le génie de Técrivain, le prestige des vers, etc., voilent cet odieux état d'àme. Ainsi, Un héros de notre temps est devenu classique, grâce au style ;

1. Blazb de Uuhy, Revue des Deux-Mondes^ octobre 1883. — Aussi ce piaaiste, dont les mazuurkes iaquiétaieut les annt^es russes, ne se flt pas eoterrer coinuie le premier venu, mais bieu dans sa toilette de coucert; car lateuue eu impose toujours et forcera Dieu a dire : Cette fois je suis le plus fort, mais ce défuut a du savoir-vivre!

mais ce brio même fatigue lo lecteur. On admire Técrivain, mais on ne sympathise pas. Dans Téclat anormal des yeux flamboie le génie... ou la fièvre. Dans la dédicace du Démon, Lermontov déclare franchement que son poème « est un douloureux délire de son âme malade ». Délire,., âme melade,,. C'est-à-dire que ce démon a le diable au corps*. — L'ange déchu, Lucifer

auquel la comète prêtait avec joie sa chevelure,

ne dispose plus que de la terre infime. Il y sème le mal, mais mal faire finit par Tennuyer. Les beautés de la création lui semblent bien surfaites; il hausse les épaules devant le Caucase. Mais soudain

le désert de son âme s'emplit d'harmonie; derechef son Ame sentit l'amour, la beauté, le bien.

Car, dans les plaines de la Géorgie, il a vu les apprêts d'une noce ; il a vu danser la belle Tamara, et en tombe amoureux. Le fiancé sera supprimé, assassiné; et, tandis que Tamara pleure, une voix mystérieuse lui promet visite et consolation.

Ce séducteur n'était pas son ange gardien; nulle couronne de rayons irisés n'ornait sa chevelure. Ce n'était pas non plus le terrible esprit des enfers, bourreau des crimes, — non ! Il ressemblait à une soirée limpide : ni jour ni nuit, ni ombre ni lumière.

La pauvrette est afi'olée :

Elle écoute, elle attend. Une voix lui murmure :

« Il viendra; ton rêve a dit vrai.

« N'as-lu pas dans les yeux retenu son portrait? « Son souffle nVt-il pas effleuré ta figure?

Pleurer? Dans le corps alangui L'imagination se démène plus vive!

1. Ce poème occupa Tauteur depuis iS39 (il avait doDC quinze ans jusqu'en 183S, et ne parut qu'après des remaDiemeots nombreux.

Prier? Hélas, à la dérive Ses prières s'en vont vers Ini !

Dormir? Mais respirant la fièvre Son oreiller brûle son front !

El, prise de désirs que les remords suivront, Frémissante elle tend la lèvre, Elle ouvre les bras au Démon 1

Deuxième partie. — Tamara, réfugiée dans un couvent, s'y ennuie. Le Démon, qui s'ennuie de son côté, vient l'y retrouver. — Elle : Pourquoi m'aimes-tu? — Lui: Pourquoi^ ma belle? Hélas, je n'en sais rien! AQn de l'attendrir, il lui explique sa pénible situation, puis lui promet monts et merveilles; par exemple de lui montrerle fond du puitsde science. Offre ridicule, puisque, avec sa science et sa prescience, il s'est fait mettre à la porte du ciel. C'est un démon sans place.

Ne crains pas Dieu ; il ne prend garde à nous ; il est occupé du ciel, non de la terre. — Mais l'expiation? Les tourments de Tenfer? — Eh bien, tu y seras avec moi !

L'offre devient séduisante, surtout par sa conclusion :

Tout ce que j*ai m assomme; je m'ennuie à crever... Partageons!

Tamara le supplie de la laisser tranquille; mais le crue! l'embrasse, et ce baiser corrosif (-Mvymii) la tue. — Funérailles sur la cime du Kazbek. Un ange expulse le Malin qui osait réclamer cette âme :

Depuis longtemps nous l'altendions... Elle a souffert, elle a aimé. Le Paradis s'ouvre à l'amour.

C'est la conclusion de Déranger, l'ouvrant tout grand

A la beauté leste et bien mise Que l'on regrette à l'Opéra.

La critique russe s'est égayée de ce démon qui ne lui

semble pas assez sombre. C'est en effet un mal-noirci. D'ailleurs l'œuvre n'est pas homogène ; mais Téclatant coloris et l'harmonie des vers ont justifié le succès du poème*.

Lermontov est par excellence un poète lyrique; de plus, jeune; la logique sera donc la moindre de ses qualités, et il n'en plaira que davantage aux lectrices. Il est naturel qu'elles ressentent profonde pitié pour un malheureux tué à vingtsept ans; juste, qu'elles aiment le poète qui les a tant aimées; qui les admira plus que toutes les merveilles, qui se battit pour elles, et brava pour elles les piqûres les plus venimeuses, c'est-à-dire la calomnie au milieu des rumeurs mondaines. Voyez quelle fierté et quelle brutale ironie dans la pièce suivante (écrite en 1830), réponse du poète aux médisants :

IlpejiecTHHii'b (A ma Gharmantâ)

r.e monde, c'esl-à-dire un ramas d'hypocrites, Dénie à notre amour toute légalité, Nous fûmes amoureux sans l'avoir consulté!

Notre cœur s'est ému sans observer les rites. Brusquement, au mépris du train-train usité, Sans mettre les gants blancs, sans faire les visites.

Sans frais, sans passe-port, sans avoir entendu A l'église ronfler l'orgue et la grosse caisse ! S'aimer et, souriant, mordre au fruit défendu, C'*»st scandaleux! De quoi vivra le diocèse?

F.a douairière aux yeux gris s'en pâme sur sa chaise ; Le Parfait Secrétaire en est tout morfondu ;

Des magots décorés, commentant la nouvelle,

Critiquent, le cigare au bec, ma passion;

Jugent — « que ce jeune homme épris d'une donzelle

Gâte son avenir et sa position;

Que sans dot on ne fait pas de bonne union;

Qu'un mari vieux mais riche eût mieux valu pour elle;

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