‹ Profils étrangersChapitre 9 sur 24 · DE L'EMPEREUR FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

DE L'EMPEREUR FRÉDÉRIC

M. de Bismarck disait un jour : « Dans ma longue existence politique consacrée au service de mon souverain et de mon pays, j*ai eu Thonneur de me faire beaucoup d'ennemis. Pour commencer par la Gascogne, allez de la Garonne à la Yistule, allez du grand et du petit Belt au Tibre, cherchez sur les bords des fleuves allemands, de l'Oder et du Rhin, vous trouverez que de tous les hommes d'Allemagne je suis le plus cordialement détesté, et j'en fais gloire. » Voilà une flère déclaration, et on pourrait croire qu'heureux d'avoir tant d'ennemis qu'il ne peut les compter, le chancelier de l'empire allemand se donne le plaisir de mépriser leurs brocards et leurs attaques, qu'il les livre pour tout supplice au sentiment amer de leur misérable impuissance, que s'il n'a pas le cœur tendre, il a du moins la générosité de l'orgueil, que ce lion magnanime laisse aboyer la meute et se console de tout en contemplant ses

terribles grififes. On sait pourtant qu'il n'en est riea, que le chancelier tient les moindres peccadilles pour des cas pendables, que personne ne Ta bravé ou dénigré impunément, que les imprudents qui jettent un pavé ou un simple caillou dans son jardin doivent s'attendre à payer cher leur audace.

A vrai dire, il n'a jamais Fair de poursuivre le redressement de ses griefs particuliers, ni de venger ses injures personnelles. Ce ne sont pas ses intérêts, c'est le bien public qu'il défend contre ses adversaires. Il a pour principe que quiconque lui cause quelque déplaisir « nourrit des desseins préjudiciables au service de Sa Majesté et à l'honneur du gouvernement >, que haïr M. de Bismarck, c'est haïr l'empereur et l'empire. Que de fois n'a-t-il pas répété à MM. Richter et Bamberger qu'ils n'étaient ni de vrais patriotes ni de vrais royalistes! Les journaux qui reçoivent ses inspirations ne se lassent pas de broder sur ce thème. Jamais ministre ne sut mieux identifier sa fortune avec le salut de l'État. Le conseiller qui rapporta le procès de Cinq-Mars s'appliqua à démontrer qu'en intriguant contre le cardinal de Richelieu et en cherchant à le faire renvoyer, le fils du maréchal d'Effîat s'était rendu coupable du crime de lèse-majesté, c Attenter contre la personne des ministres du prince, disait-il, c'est attenter contre le prince, lui-même. Un ministre sert bien son prince et l'État, on l'ôte à tous deux, et l'on prive le premier d'un bras, le second d'une partie de sa puissance. » C'est ainsi que raisonnent tous les jours M. de Bismarck et la Gazette de Cologne^ sa très humble servante.

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