‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 103 sur 280 · LANDES · texte numérisé non relu

LANDES

lrB Circonscription de DAX.

M. Théodore DENIS-

Élu au 1er tour de scrutin. — 8.5àÛ voix.

Mon cher concitoyen,

Sur le socle de la statue de Burke, le grand orateur anglais, sont écrits ces mots, empruntés à l’un de ses discours : « J'ai toujours défendu la liberté des autres. »

Les actes de ma vie politique ont été inspirés par la même pensée.

La République doit être un instrument de liberté, car la liberté est son principe, son but, sa raison d'être. Faire de la liberté le noble patrimoine de tous les Français est la mission de la République. Sans la liberté, elle ne serait que la plus odieuse et la plus tyrannique anarchie, ruinant la patrie dans tous les éléments de sa vio et de sa force : finances, industrie, commerce, travail, armée, garantie de sa dignité et de son indépendance.

Mais il n’est pas en politique de règle absolue et j’estime que dans la situation économique créée par le développement de l'industrie moderne, FÉtat peut légitimement inter-* venir pour réglementer, dans une juste mesure, les conditions du travail.

C’est dans un esprit d’équité, non de défiance et de résistance, que doivent être envisagées toutes les questions sociales.

Pour que le grand effort nécessaire de fraternité et de solidarité puisse aboutir h un heureux résultat, pour que ces questions sociales puissent être mûrement réfléchies et sagement étudiées, l’ordre à l’intérieur et la paix sont nécessaires : ils font naître la confiance qui amène le travail fécond, source de profits et de bien-être, aussi bien pour les ouvriers que pour ceux qui les emploient.

13 y a deux ans, j'ai vainement tenté de faire discuter par la Chambre la loi sur les retraites ouvrières avant la loi de séparation des Églises et de L’État.

J’essayais de tenir la promesse que je vous avais faite et de faire aboutir la grande réforme humaine et généreuse depuis si longtemps attendue par les travailleurs de France et que les Chambres n’onf pas encore réalisée.

J’ai donc fait tous mes efforts pour être utile aux travailleurs, et de même que je crois avoir droit à la sympathie des habitants des campagnes, que j’ai pu servir avec plus de réussite et de succès, de même les ouvriers de la ville et des champs devraient me savoir gré de ce que j’ai tenté pour eux ce jour-là.

Mais il en est qui se sont plutôt préoccupés de la lutte religieuse engagée que du souci de leurs intérêts matériels et ceux-là m'ont imputé à faute d’avoir voté le mai mien du

Concordat qni avait assuré pendant un siècle ^indépendance de la société civile et la paix religieuse.

J’ai tenu à cet égard la parole donnée dans mes programmes électoraux et je demande à mes adversaires de bonne foi d'ajourner à quelques mois leur jugement sur ma conduite.

Les événements se chargeront de dire si j’ai agi, dans ces graves circonstances, comme un républicain clairvoyant, prudent et avisé.

Je suis pour la liberté d’enseigner. Pascal Duprat a dit ; « La liberté d’enseigner est un droit naturel , un des droits de l’homme et du citoyen. On ne peut la supprimer au nom de la République ; on ne peut le faire qu’au nom de Ja tyrannie. »

Je suis partisan résolu de toutes les réformes politiques et sociales qui se peuvent concilier avec le respect de la propriété et le bon ordre maintenu dans la République,

Je voudrais que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen fût ajoutée au texte de la Constitution française et que chacun des articles de celte Déclaration devînt une loi constitutionnelle du pays.

J’ai déjà voté et je voterai encore pour un mode d’élection du Sénat plus républicain et plus démocratique.

J’appelle de mes vœux la réforme de notre système fiscal, mais à la condition que l’on ne nous présente pas des projets d’impôt sur le revenu semblables à ceux qui ont successivement sombré sous le ridicule et qui aboutissaient, le dernier notamment, à frapper un grand nombre de salaires, tandis que les plus grosses fortunes étaient épargnées.

Je réclamerai les garanties nécessaires pour que l’injustice soit écartée de la répartition de nos charges publiques.

Conformément à l’opinion de nos meilleurs généraux, je voterai la réduction du service militaire à un an, avec maintien sous les drapeaux d’un nombre suffisant de soldats rengagés auxquels des avantages spéciaux seront garantis et assurés.

La décentralisation permettrait de supprimer les fonctions inutiles, d’accorder plus de franchises locales, de diminuer les gros traitements et d'augmenter ceux des petits fonctionnaires.

Les députés ne devraient pas pouvoir entrer dans les conseils d’administration financière ; j’ai déjà émis dans ce sens des votes réitérés.

Je suis pour la liberté de conscience, pour la liberté individuelle mieux garantie, pour la liberté du suffrage universel.

La magistrature, sous l’influence de la politique et recrutée suivant le caprice de ministres éphémères, a parfois ébranlé de ses propres mains la foi du peuple dans la justice? je voudrais de profondes modifications dans nos institutions judiciaires, la justice plus prompte et l’institution du jury correctionnel.

Je veux affermir la République en l’entourant d’institutions plus démocratiques.

Nos gouvernants ont compris que, s’ils ne se décidaient pas à tenir tête à la révolution sociale menaçante, fi on chercherait bientôt, sur les ruines accumulées par le collectivisme triomphant, la trace de nos droits les plus sacrés, de nos espérances les plus chères de républicains et de Français.

Je suis prêt à apporter mon concours dévoué aux ministres républicains qui sauront imposer à tous les degrés de la hiérarchie des services publics le respect, l’obéissance et le travail; qui exigeront une administration disciplinée, intègre et fidèle, soustraite aux influences personnelles comme aux rivalités locales et uniquement inspirée par l’amour du devoir et de l’État.

Personne ne sera plus heureux que moi de pouvoir donner un ferme appui à ceux qui assument ïa lourde charge de diriger les affaires du pays.

Je demande seulement que fion obéisse enfin, comme on va y être amené sous la pression des circonstances, à la nécessité impérieuse d’organiser un gouvernement conforme à la fois aux vœux incontestables du suffrage universel, à la nature des choses et aux conditions nécessaires de toute entreprise humaine, c’est-à-dire un gouvernement qui ait un but et une règle de conduite, qui se dirige lui-même et qui dirige les affaires publiques avec

unité de doctrine et unité de méthode ; qui sache vouloir suivant ses principes et agir suivant ses résolutions; un gouvernement composé de ministres animés du même esprit, ayant la conscience et le courage de leur responsabilité, s'appliquant à unir dans la République toutes les bonnes volontés et toutes les forces de la France plutôt qu’à complaire aux artisans de discordes civiles, plus résolus à leur devoir qu’attentifs à leur portefeuille, cherchant les mobiles de leur conduite non point dans la terreur de toute difficulté parlementaire, mais dans 1 examen sérieux des réalités et dans le souci des intérêts permanents de ce noble paya qu’est la France et dont l’histoire est le patrimoine du genre humain.

J’ai toujours été républicain ; je veux la République, j’aime la République; les idées que je vous expose sont le résumé de celles qui ont è-é exprimées par les plus illustres républicains de notre pays:

J’ai servi U démocratie dans les moments difficiles ou la République luttait pour l'existence.

Je souffre des fautes de ceux qui nous dirigent ; je me réjouis de ce qu’ils font de bon et de généreux*

J’ui protesté contre les bassesses commises, contre les tentatives de désorganisation delà marine et de l’armée ; j’ai applaudi au vote de la lui bienfaisante d’assistance aux infirmes et aux vieillards*

Je me félicite de la direction si heureuse et si intelligente, — malgré quelques échecs partiels et quelques défaillances, — de notre politique extérieure.

Je veux la Francs toujours plus grande et plus prpspére, la République toujours meilleure et plus aimée*

K cette tâche sacrée appartiennent toutes mes forces et l’expérience que m’enseigna la vie, comme jadis lui appartinrent, — mes amis des heures lointaines s’en souviennent, ~ toute ma foi démocratique et toute l’ardeur républicaine de ma jeunesse*

Vive la France !

Vive la République î

Théodore DENIS,

Maire de Dax,

Député sortant*

2* Circonscription de BAX,

M. LÉGLISE

Elu au 1er tour tle scrutin. — 8.295 voix.

Mes chers Concitoyens,

Foi t de la confiance que vous m'avez sans cesse témoignée depuis vingt-cinq ans, je viens encore vous demander le renouvellement de mon mandat législatif.

\ ous avez affirmé souvent, et vous affirmerez une fois de plus sur mon 110m, une politique sincèrement républicaine, également éloignée de tout esprit de réaction, d’agitations révolutionnaires et d’utopies collectivistes. Cette politique, nous y sommes tous profondément attachés*

Le pays réprouve toutes les tentatives, d’où qu’elles viennent, susceptibles de com-

promettre ou d'affaiblir nos institutions* Il est avide de progrès pacifique et de réformes pratiques. Tout en étant respectueux des lois dont il demande l'application dans le sens Je plus libéral, il réprouve toutes les atteintes -aux droits sacrés des citoyens. 1! veut une politique d'apaisement, de concorde et d'union, union si nécessaire pour 3a réalisation des réformes démocratiques et des projets d'ordre économique et social.

Soucieux de lu grandeur et de la dignité de la patrie, il réprouve également tout ce qui lend à compromettre Ja défense nationale'

Au moment où de récents événements ont prouvé que la diplomatie française est h la hauteur de tous ses devoirs pour défendre l'honneur du pays, i! faut que notre armée et notre marine soient maintenues au niveau élevé de leu£ mission patriotique et défendues contre les théories déprimantes de l'indiscipline et d'un pacifisme exagéré*

La tâche de vos représentants doit être de donner satisfaction à toutes ces nobles aspirations; elle doit être aussi de poursuivre l'étude déjà commencée de mutes les propositions qui ont pour but de développer les Associations et renseignement agricole et forestier, d'étendre les Sociétés de crédit et d assurances mutuelles, et de favoriser les syndicats desLines à 1 amélioration raisonnée du sort des ouvriers de l’agriculture et do l'industrie.

J'ai tenu à honneur de m'associer aux mesures prises par le Parlement, en votant notamment la loi militaire de deux ans, ïa loi sur l'assistance médicale gratuite, la loi sur l'assistance aux vieillards étaux incurables. Je continuerai à apporter tout mon concours à la réalisation de la loi sur les retraites ouvrières, dont l'élude < st rendue si délicate et si difficile par les charges qui pourront en résulter.

Toutes ces mesures, tous res projets de lui démontreront au pays combien le Parlement est soucieux de résoudre tous les problèmes qui intéressent le monde des travailleurs et de contribuer ainsi, par son active vigilance, a faire disparaître tous les ferments de discorde et de haine qui pourraient porter atténué h la paix sociale.

Tous les devoirs qui nous incombent, tous les problèmes qui se posent, toutes les questions qui s'agitent ne peuvent recevoir une solution conforme aux sentiments de solidarité qui doivent animer vos représentants que si notre situation financière est â l'abri des surprises tt des mécomptes, et si, grâce à des économies sévères, grâce aussi à un remaniement de notre régitne fiscal, nous pouvons voir disparaître 1ère des déficits budgétaires.

Sans recourir â l'impôt global et progressif sur le revenu, dont le caractère inquisitorial est si contraire à l'esprit français, sans abandonner nos impôts basés sur les signes extérieurs, la législature prochaine aura la mission de remanier l'assiette de nos budgets et de faciliter ainsi les moyens de faire face à nos charges, rendues chaque année plus lourdes par révolution sociale.

Je compte sur vous, mes chers concitoyens, sur votre esprit de sagesse et de progrès, pour maintenir dans noire beau pays, et surtout dans notre chère circonscription landaise, toutes nos traditions libérales.

Vous continuerez à donner ainsi le spectacle réconfortant d’une grande famille républicaine ouverte, a toutes les bonnes volontés sincères et désintéressées, nous attachant, lotis, à ne persécuter personne et à tendre une main fraternelle aux déshérités de la fortune, à ceux qui souffrent, à ne chercher enfin qu'à faire aimer et respecter la République* Quant à moi, pénétré de cette pensée que l'idéal démocratique e>t le plus élevé, le plus noble de tous, je mettrai tontes mes forces au service de sa cause. Rien n'est capable, en effet, d'ébranler ma fui profou de dans l'excellence d'une République de progrès, de justice et de liberté.

J attends votre verdict avec confiance et vous prie de croire à mon entier dévouement à vos intérêts.

Félix LÉGLBE,

Député sortant.

lre Circonscription de MONT-DE-MARSAN.

Page 1