‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 105 sur 280 · M. LEVET · texte numérisé non relu

M. LEVET

Élu au i*r tour de scrutin, — 9. OU voix.

Mes chers Coucîtoyens, #

Paî accepté de nouveau la candidature dans la première circonscription de l'arrondissement de Montbrison, que j'ai eu l'honneur de représenter à îa Chambre des Députés depuis 27 ans. En renouvelant plusieurs fois mon mandat* les électeurs m'ont prouvé que je n'avais pas cessé de mériter leur confiance pendant cette longue période.

Dans la dernière législature, j'ai volé pour les ministères qui poursuivaient la politique d'action et de défense républicaine inaugurée par le Cabinet Waldeck-Rousseau* et étaient soutenus à la Chambre par une majorité nettement favorable aux réformes démocratiques. Malgré les attaques et les calomnies de l'opposition réactionnaire* la législature qui vient de finir comptera parmi les plus fécondes, car, grâce à l'union des gauches, elle a pu réaliser une partie de ces réformes et voter les lois sur la protection des enfants du premier âge, sur l'assistance des vieillards et des incurables, sur l'extension de la compétence des juges de pak; la loi réduisant à deux ans la durée cfor service militaire, la loi qui assure des retraites aux ouvriers des villes et des campagnes* la loi sur la séparation des Églises et de l'État.

ïe dois m'étendre un peu plus longuement au sujet de cette dernière loi* exploitée aujourd'hui par nos adversaires en représentant aux électeurs que, partisan du Concordat en 1902, j'avais trahi leur confiance en votant la loi de séparation en 1905.

Parmi les 31*1 députés qui s'associaient au vote de cette loi, 90 d'entre eux, dans leur programme de 1902, déclaraient demeurer fidèles â la politique concordataire de Gambetta et pensaient, comme le grand h;mme d'État, que le fait de dénoncer le contrat* tant qu'il serait observé correctement de la part du Saint-Siège, ne manquerait pas de troubler les catholiques. Quant aux hommes politiques qui faisaient figurer cette réforme dans leur programme, lorsqu'ils étaient au pouvoir, ils n'avaient pas posé cette question devant les Chambres, ne la jugeant pas mure pour être résolue.

Mais des évènements se sont produits qui ont changé singulièrement la face des choses ; rappellerai-je les provocations du Vatican, les conflits au sujet des évêques de Laval et de Dijon* l'affront fait au Président de !a République à l'occasion de son voyage à Rome, et la prétention d'une ingérence dans nos affaires extérieures par la protestation violante et outrageante pour la France et adressée aux représentants des puissances catholiques accréditées auprès du Vatican, incidents qui amenèrent le ministère à rappeler notre ambassadeur ?

La rupture des relations avel, le Saint-Siège fut décidée par une majorité de 420 voix. C'est-à-dire acclamée par tous ceux qui, quelle que lut leur nuance, avaient souci de la dignité de l’État, On vit même ce jour-là, à la Chambre, M. Ribot félicitant M. Combes,

La séparation était le résultat forcé de celte rupture et j'estime que j’ai fait mon 'devoir de républicain en donnant mon adhésion à cette mesure, qui s’est accomplie d’ailleurs dans les conditions les plus libérales. Les membres du clergé diocésain et paroissial de France, à qui le Gouvernement abandonne la jouissance des églises, bâtiments communaux, presbytères, évêchés et qu’il pensionne dans leur vieillesse, se trouvent encore favorisés vis-à-vis de leurs collègues des nations où l’État reste en dehors de l’exercice des cultes. Cette loi n'est pas une 1 >i de persécution religieuse, comme veulent le faire croire les polémiques intéressées de nos adversaires. C’est une loi qui assure l’indépendance de l’État et de 1 Eglise, le respect de toutes les consciences et la pleine liberté des cultes. Aussi, dans la séance du 7 mars, l’abbé Lemire déclarait-il que cette loi était faite dans un esprit libéral et M. Rîbot la qualifiait de loi d’apaisement.

Dans la lutte du 6 mai prochain, la situation paraît bien nette : d’un côté, le bloc réactionnaire composé de tous les ennemis irréconciliables de la République unis à ceux qui comptent sur une réaction pour revenir en arrière et supprimer les libertés politiques précédemment acquises; de l’autre, le bloc des républicains qui pensent que la raison d’être du régime rèpublictîn consiste dans la marche en avant vers le progrès.

Les deux b'ocs vont marcher au combat, l’un avec tous les regrets du passé, l’autre avec toutes les espérances dans l’avenir pour réaliser les réformes fiscales et sociales réclamées par la démocratie,

La Chambre nouvelle devra reprendre le projet de loi relatif à la modification des impôts directs, afin d’assurer une plus juste répartition des charges fiscales, dégrever les contribuables peu fortunés et les familles nombreuses ; poursuivre l’œuvre commencée de solidarité sociale par le développement des institutions de prévoyance, de mutualité, d’assistance, afin d’améliorer le sort des travailleurs des villes et des campagnes; protéger l’agriculture, notamment par la création des Chambres d’agriculture et la concession °de larges subventions pour encourager les oeuvres d’assurance et favoriser le développement du crédit agricole.

Le programme de la nouvelle législature doit comprendre également l’étude des questions relatives aux conditions du travail, afin d’arriver à des acmrds internationaux, à la diminution des heures de travail; l’étudi relative au développement de la juridiction des Conseils de prud’hommes, de l’arbitrage entre patrons et ouvriers, du repo3 hebdomadaire de l’hygiène et de la sécurité des travailleurs, etc.

Il faudra également voter la loi donnant satisfaction aux revendications des ouvriers des chemins de fer re'ativement à ta réglementation du travail et des retraites, et reprendre la discussion des projet* et propositions de loi tendant à la réforme du code de justice militaire et à la suppression des conseils de guerre en temps de paix.

Mes chers concitoyens,

Foui la réalisation de ces réformes et pour la lutte contre la réaction menaçante, je fais appel a la concorde, à l’union de toutes les forces républicaines, dans l’intérêt de la marche en avant, de la paix sociale et du progrès démocratique.

Vive ld République I

Page 1