‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 112 sur 280 · M. NÉRON · texte numérisé non relu

M. NÉRON

Élu au 2e tour de scrutin, — 13.895 voix.

Mes chers concitoyens,

Cédant aux pressantes sollicitations d'un groupe nombreux d'électeurs de notre arrondissement, j'ai l’honneur de solliciter yûs suffrages, et je viens vous exposer nettement mon programme.

C’est comme républicain libéral que je me présente à vous.

Adversaire déterminé du bloc, c'est-à-dire de ce régime de délation, de gaspillage, de désordre et de haine que nous subissons depuis trop longtemps, je suis partisan sincère et loyal d’une République sage, tolérante, vraiment respectueuse de tous les droits et de toutes les libertés ; je suis donc décidé à travailler de toutes mes forces au rétablissement irnmédïat de la paix religieuse, au maintien de l’ordre social, et à la consolidation de la paix extérieure, ces conditions essentielles de la prospérité d'un pays.

Catholique, j’entends avoir le droit de pratiquer librement mon culte, maïs je veux aussi, pour tous, la liberté de conscience; je poursuivrai donc de toute mon énergie l’abrogation immédiate de la lot de séparaiion des Églises et de l’État, dont vous connaissez déjà les tristes conséquences dès 3e début de son application, — de cette loi qui n’était en aucune façon réclamée par le pays, mais qui a été imposée au Parlement par la franc-maçonnerie, et j’unirai tocs mes efforts à ceux qui seront tentés pour réclamer, soit le rétablissement du Concordat, soit les conclusions d’un nouvel accord, librement discuté avec ïe Saint- Siège.

Je suis partisan déclaré :

— De la liberté individuelle, la prison préventive ne devant être appliquée aux citoyens soiis le coup de poursuites judiciaires que lorsque leur identité et leur domicile sont inccitnus ; il faut que l’abus lamentable qui en est fait de nos jours cesse immédiatement.

— De la liberté de l’enseignement à tous les degrés, ayant pour double corollaire le droit, pour le père de famille, de choisir l’école où il veut faire donner l’instruction à ses enfants et, pour la commune, le droit de subventionner les écoles publiques et les écoles libres ;

— De la liberté d’association pour les civils, telle qu’elle a été réglée par la loi du l*r juillet 1901, et pour les religieux, qui sont des citoyens comme les autres, et qui, soumis aux obligations commuues à tous les Français, doivent jouir de tous leurs droits et de toutes leurs prérogatives. Je poursuivrai donc l’abolition des lois de 1902 et de 1904, qui ont fait des religieux français de véritables parias.

Résolument hostile à toute politique de conquête, je suis partisan sincère de la paix extérieure, qui ne peut être sauvegardée que par une armée et une marine puissantes : j’entends donc que les intrigues politiques qui s’y sont glissées, au cours de ces ■dernières années, en soient immédiatement bannies. Il faut écarter résolument de l’école comme de la caserne la propagande d l'internationalisme et de l’antimilitarisme, qui va jusqu’à mettre en doute l’idée même de la patrie! Il faut en exclure définitivement cet abominable système de délai ion, qui, au moyen de fiches, a brisé de la façon la plus odieuse et la plus fâche la carrière de'tant de bons et fidèles serviteurs de la France,

Un pays ne se nourrit pas de phrases creuses et d’utopies; il ne vit et ne. prospère que par son travail, par le développement de son agriculture, de son industrie et de son commerce sagement encouragés et protégés contre la concurrence étrangère ; c’est vous dire que j’appo) teraï à l'élude approfondie de tous les problèmes économiques et sociaux de l’heure présente tous mes soins et toute mon attention.

M’inspirant du besoin des agriculteurs de notre région, je déclare m’associer pleinement au programme agricole adopté récemment par l’ünion centrale des syndicats agricoles de France et dont voici les articles principaux :

1° Suppression complète du principal de l’impôt foncier sur la propriété non bâtie, les charges supportées par le cultivateur dépassant ses forces ;

2" Dégrèvement des droits de mutation pour la transmission de la propriété rurale et diminution des frais de justice;

3° Que l'impôt soit proportionnel aux facultés de chacun, de façon à assurer l’égalité des charges du citoyen, sans progression ni inquisition ;

4° Suppression de l’initiative parlementaire en matière de dépenses, pour aboutir à des économies et arrêter, en tout cas, l’accroissement continuel des impôts dont le poids déjà si lourd épuise les forces des contribuables ;

5° Ni emprunts, ni impôts nouveaux;

6“ Création de Chambres d’agriculture.

Dans cet ordre d’idées, j’aiderai de toutes mes forces au développement, dans nos campagnes, des syndicats agricoles, dont les bienfaits sont déjà connus et appréciés de beaucoup d’entre vous, et je favoriserai, autant qu’il sera en mon pouvoir, l’organisation du crédit agricole encore à l’état rudimentaire dans notre arrondissement.

Pénétré de l’importance des services que rendent déjà, et que sont appelées à rendre dans l’avenir, au point de vue social, les sociétés de secours mutuels, je ferai tout ce qui dépendra de moi pour contribuer à la prospérité des sociétés existantes et à la fondation de sociétés nouvelles, comme aussi des autres sociétés d’épargne et de prévoyance, partout où il est possible d’en créer et d’en voir prospérer de nouvelles.

J’estime que c’est par la mutualité largement subventionnée que pourra se résoudre l’important problème des retraites ouvrières et paysannes, dont le projet, voté par la Chambre, subira devant le Sénat de nombreuses modifications.

Toutes nos industries, et en particulier celles de la soie et de la dentelle, du fer et du

papier, dont le développement constitue un des éléments importants de*la richesse de notre région, sont certains de trouver en moi un défenseur de tous les instants.

Je donnerai mon appui à toute réforme sage pouvant améliorer le sort des ouvriers des usines comme des ouvriers des champs ; les petits, les humbles, les déshérités de la vie, en un mot tous ceux qui souffrent peuvent être assurés que je soutiendrai toujours ardemment leurs intérêts.

Mes chers concitoyens,

En me donnant vos suffrages, vous direz que vous voulez, avec moi, le respect absolu .de la liberté de conscience, de la famille, de la propriété, de la justice, en un mot le triomphe de tous les grands principes sans lesquels il ne peut y avoir, pour la patrie, ni prospérité, ni sécurité, ni grandeur.

Édouard NÉRON,

Maire de Monistrol-sur-Loire, Conseiller général,

Président du Comice agricole de l’arrondissement d’Yssingeaux.

Page 1