LA FERRONNAYS
Circonscription de CHATEAUBRIANT.
M. le comte GINOUX-DEFERMON.
Elu au lor tour de scrutin. — 13.942 voix.
Chers Concitoyens,
En me présentant pour la troisième fois devant vous, je fais appel à tous les hommes indépendants de cet arrondissement sans distinction d’opinion ;
A tous ceux qui en ont assez de cette politique de haines, de divisions et de délation ;
A tous ceux qui veulent respecter et défendre la famille, l’armée, la propriété, la religion ; i r r .
A tous ceux qui demandent l’abrogation de cette loi néraste de la séparation de l’Église et de 1 État, loi qui est un véritable crime national, puisqu’elle peut amener la guerre civile eulre citoyens d?un même pays ;
À tous ceux quij tout en améliorant, dans la mesure du possible, la sort des travailleur*, veulent Tordre dans la rue et la liberté du travail ;
A tous ceux qui ne veulent plus de ces impôts nouveaux qui pèsent si lourdement sur l’agriculture ;
À tous ceux enfui qui veulent l'union et la réconciliation de tous les Français autour du drapeau de la patrie ;
Je viens demander leurs libres suffrages avec une entière confiance, ayant conscience d’avoir fidèlement servi ces trois grandes causes :
La religion, la patrie et la liberté 1
Ch* GINGUX-DEFEBMON, Conseiller général de la Loire-Inférieure, Maire de Moisdon-la-Bivière, Député sortant.
Circonscription de NANTES*
M. SlBllLE*
Elu au 1er tour de scrutin* — 9.408 voix*
Aux électeurs de la lre circonscription de Nantes*
Med chers Concitoyens,
À la veille de l’expi ration de mon mandat de député, je livre à votre appréciation mes actes et mes votes*
11 y a quatre ans, après avoir affirmé mon attachement aux principes de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, je vous promettais de réclamer des réformes démocratiques et de suivre une politique nettement républicaine, sans jamais porter atteinte à la liberté de conscience, à la liberté d’enseignement ou à la liberté du travail.
J’ai tenu parole.
Aujourd’hui, quelques partisans du bloc de gauche, qui, en 1902, étaient déjà mes adversaires, ont l’audace de prétendre que je n’ai pas rempli mes engagements et que je suis a le prisonnier de la réaction n. S’imagineraient-ils, par hasard, qu’ils vont ainsi attirer à eux les républicains qui depuis tant d’années m'honorent de leur confiance?
Aux vagues insinuations et aux perfides calomnies j'oppose des faits précis.
Mes actes .
Rapporteur de la Commission du budget, j’ai étudié avec le plus grand soin le fonctionnement de tous les services du Ministère des Travaux publics. C’est à la suite de mes éner-* giques protestations qu’ont disparu dans l'administration des ponts et chaussées de détestables abus, tels que les refus d’admettre à des concours des jeunes gens dont les parents étaient, à tort ou à raison, mal notés par les préfets au point de vue politique ou encore les radiations, sur les tableaux d’avancement, des noms des fonctionnaires victimes de délations anonymes.
Est -Ci trahir la République que de s’élever contre le favoritisme et de rappeler ces paroles d’un vieux républicain, aujourd’hui Ministre de l’Intérieur : « 11 n’y a pas de grâce, pas de faveur, pas de privilège dans la République. Il y a le droit, et nous devons concéder le même droit à tous » ?
Sur ma demande, des mesures ont été prises pour conserver aux sociétés de secours mutuels toutes les ressources du compte de dotation ouvert en 1852 à leur profit
Prenant une part active à tous les travaux de la Chambre de* députés, j’ai présenté et fait adopter plusieurs amendements* C’est à voire représentant que sont dues d’importantes et libérales dispositions insérées dans le pr jet de loi sur les retraites ouvrières et dans les lois récemment promulguées sur la séparation des Églis -s et de l’État, 4’assistance obligatoire aux vieillards, aux infirmes, aux incurables, la compétence desjug s de paix, etc*
Souhaitant ardemment la prospérité de notre port, j’ai réclamé, dès 1903, une loi nouvelle sur la marine marchande, et j’ai signalé les avantages que procureraient, au commerce d’exportation, des tarifs communs aux compagnies de chemin de fer et aux compagnies de navigation ; enfin, je me suis opposé à des droiis de douane qui auraient nui à des industries locales ou élevé le prix de denrées alimentaires.
Mes nombreuses interventions dans les débats parlementaires ne prouvent-elles pas la constante préoccupation de préparer et hâter la réalisation du programme qui avait reçu votre approbation ?
Mes votes.
J’ai volé les lois qui vont bientôt améliorer le sort des travailleurs ou apporter un soulagement à des souffrances imméritées, notamment Ja loi sur la marine marchande, la loi sur la caisse de prèvovance des inscrits maritimes, ïa loi sur les habitations à bon marché, la loi réduisant à deux ans la durée du service militaire, la loi garantissant des secours aux vieillards, aux infirmes et aux incurables.
Mais je n’ai pas voté la loi sur la séparation des Églises et de l’État.
On en conclut, parait-il, dans certains milieux, que je suis devenu réactionnaire.
A-t-on donc oublié que, le 26 janvier 1903, M. Combes lui-même' affirmait, après Gambetta, Jules Ferry et Waldeck-Rousseau, que la suppression du budget des cultes troublerait les consciences et jetterait la République dans un véritable péril?
Ignore -t-ou qu’au Sénat, Je 23 novembre 1905, un des principaux orateurs de l’extrême gauche disait ; « Nous ne savons pas exactement, ni les uns ni les autres, à cette heure, ce que nous faisons »?
Ayant accepté le programme du Comité central républicain de Nantes avec cet article : K Liberté de conscience, stricte application du Concordat », je ne pouvais pas d’ailleurs admettre l’application de règles absolument nouvelles dans les rapports des Églises et de lTÉtat, Lié par les engagements pris vis-à-vis de vous, j’avais le devoir de réclamer, pendant cette législature, le maintien du Concordat.
Mon opposition au Ministère Combes.
À la Commission du budget, nous avons constaté, sous le Ministère Combes, la désorganisation de grandes institutions nationales, et nous avons dû reconnaître que La sécurité extérieure de notre pays était compromise*
Rapporteur générai de la Commission du budget, un républicain radical, M. Pierre Baudin, ancien Ministre de Waldeck-Rousseau, a précisé eu c s termes le résultat de nos recherches :
« Dans le budget de la Guerre, des lacunes se sont peu à peu introduites et élargies, qui, en cas d’alerte, apparaissent brusquement comme un péril sérieux; alors, à la hâte, par des moyens coûteux et des expédients peu en rapport avec la délicatesse et la difficulté des
tâches entreprises, on précipite les travaux et les commandes; à coup de millionSj on tente d’accomplir en quelques mois ce qu’on aurait pu faire en quelques années. »
Un autre membre de la Commission du budget, M. Lockroyj ancien Ministre de la Marine et député radical de la Seine, a signalé à la Chambre le désordre qui régnait dans les divers service* de la marine- Des adjudications étaient indéfinitivement retardées -des types de chaudières étaient modifiés sans raison, au grand détriment des finances publiques, et Fin discipline pénétrait peu à peu dans les équipages de la flotte.
Au mois de mars 1904, dans le Courrier de V Ain t journal qui comptait alors parmi ses rédacteurs un de mes concurrent*, M. Jean Renoud, on lisait sous la signature de M, Pierre Baudin :
« On peut être un excellent anticlérical et n’êlre pas fait pour diriger une administration aussi complexe que celle de la marine. C’est le cas de M- Pelletan, Tant que l’horizon de l’Europe fut à l'accalmie, la majorité a Fait le plus large crédit au Gouvernement tout entier et a voulu éviter d’affaiblir son prestige dans la lutte contre les congrégations. Mais aujourd’hui, bien inconscients seraient ceux qui ne noteraient pas toutes les dangereuses perturbations qui, de l'Extrême-Orient, peuvent gagner à i’improviste l’atmosphère politique de l’Europe, »
Et le Président de la Commission du budget donnait aux représentants du pays cet avertissement :
« Je dis, avec le sentiment de ma responsabilité, que la continuation de 1 état dé choses actuel au Ministère de la Marine serait un péril national. »
Estimant, dans l’indépendance de ma pensée, qu’aucune considération d ordre politique ne nous autorisait à sacrifier les intérêts primordiaux de la défense nationale, j A refusé toute confiance au Ministère Combes, et j’ai répudié, sans violences inutiles, mais avec une fermeté qui ne s’est jamais démentie, la politique du bloc.
S’il était encore nécessaire d’expliquer mon attitude, je pourrais rappeler le régime d’espionnage et de délation qui révoltait la conscience française.
Sous prétexte de défendre la République, on tuait l’esprit républicain, fait de loyauté,
de franchise, de bonté et de tolérance.
Le 9 décembre 1905, un socialiste, M. Millerand, qui n’est pas, j’hnagiüe, un réactionnaire, flétrissait les détestables procédés auxquels on avait recours et nous invitait à renverser le Ministère Combes.
« Il a fallu, Récriait-il, arriver jusqu’au chef d’un Gouvernement qui compromettrait la République, si la République pouvait avoir rien de commun avec de pareilles moeurs, pour avoir, — faut-il dire l’audace ou l’inconscience? d’ériger de telles pratiques en un système de gouvernement.
« A vous de faite l’œuvre d’assainissement qu’il y aurait, en vérité, quelque naïveté à attendre d’un Gouvernement qui l’a rendue nécessaire. A vous de libérer ce pays de la domination la plus abjecte et la plus répugnante que jamais Gouvernement ait entrepris de faire peser sur l’honneur et les intérêts des citoyens. »
Comment les comités radicaux qui offraient, il y a six mois, la candidature à M. Millerand. osent-ils aujourd’hui me reprocher de n’avoir pas été un partisan et un admirateur de M. Combes?
Mon rôle dans les Commissions extraparlementaires .
Malgré mon opposition à la politique du bloc, le Gouvernement de la République m’a fait l’honneur de m’appeler à contribuer à l’élaboration des lois, de décrets et d airètes ministériels dans de grandes Commissions extraparlementaires : Comité consultatif des chemins de fer, Conseil supérieur de la marine marchande, Conseil supérieur de l’enseigne-
ment technique, etc* L'expérience acquise par de longues années . de travail m’a permis d’y défendre avec succès les intérêts de Nantes.
M o n programme . M j
Mes chers concitoyens,
Si j’ai dédaigné de répondre aux écrits et aux discours d’ adversaires s'appliquant, depuis plus d’uu mois, à dénaturer mes actes, mes votes, mes sentiments, mes idées, c’est que j’ai voulu m’adresser directement a vous, amis connus et inconnus, qui m’avez accoutumé à tant de sympathie et à tant de confiance.
Après mes loyales explications, vous reconnaîtrez certainement que je suis resté fidèle à l'idée de justice et de liberté, de progrès social qui est la raison d’être et l’honneur de la République.
Le 6 mai 1906, vous affirmerez de nouveau sur mon nom votre volonté d’encourager les institutions qui tendent à l’amélioration morale et matérielle du travailleur, votre désir de développer' des oeuvres de pacification sociale, votre respect des droits imprescriptibles de la conscience, votre amour de la liberté et votre attachement à la République*
J’attends le verdict du suffrage universel avec le calme que donne le sentiment du devoir accompli*
Maurice SIBtLLE,
Député de la ire circonscription de Nantes.
2° Circonscription de NANTES*