‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 118 sur 280 · LOT · texte numérisé non relu

LOT

Circonscription de GAHORS.

U. MÜNIN-BOUÇBIN;

Élu au î* tour de scrutin, — 13 + 488 voix*

Mes chers concitoyens,

Tai Fhonneur de solliciter vos suffrages et, en le faisant J'entends m’inspirer du pro« gramme républicain et libéral que nos honorables sénateurs, MM. Bèral et fie y, ont fait triompher dans la journée du 7 janvier dernier.

En adhérant sans réserve à l’éloquent appel qu’ils ont adressé aux électeurs dû notre r arrondissement, je tiens tout d’abord à vous déclarer que, comme eux, je veux une république d'ordre, de paix, d’union, de liberté, une république décidée à poursuivre les réformes financières, économiques et sociales, de nature à améliorer le sort des travailleurs et fondées sur les principes de justice et de solidarité.

Avec eux, je repousse toute politique intolérante, ennemie de la propriété, de l’armée ot de la patrie. Une telle politique, contraire à la république elle-même, conduirait fatalement le pays à la ruine*

De graves questions s’agitent à l’heure actuelle. ïe veux m’en expliquer librement devant vous*

Une loi récente a jeté un trouble profond dans les consciences* La séparation des Églises et de l’État, par la rupture du lien séculaire qu’avait noué si heureusement le Concordat, a ouvert la porte à des difficultés et à une agitation redoutables, en imposant de lourdes charges aux fidèlea pour le service du culte, pour la construction et l'entretien des églises, en substituant enfin aux fabriques des associations cultuelles qui, dans bien des cas, ne pourront se former. Le défaut de constitution de ces associations entraînera, à une date prévue, la fermeture d’un grand nombre d’églises, leur mise sous séquestre et, plus tard, leur mise en vente.

Une révision profonde de cette loi P sur laquelle le peuple aurait dû être consulté, s'impose. Ai-je besoin de vous répéter que je serai avec ceux qui, s’inspirant du sentiment de nos populations, s'attacheront à faire disparaître toutes les dispositions contraires à Fexercice des cultes et, pour tout dire, à la plus respectable de toutes les libertés?

L’œuyre de la prochaine législature sera considérable, à en juger par les importantes questions dont l'examen ne saurait plus être ajourné.

Depuis de longues armée», le problème de rétablissement d’un impôt sur le revenu a été posé. Je n’ai qu’à rappeler mou vote comme député pour affirmer à nouveau que je suis acquis à tout remaniement de notre système fiscal propre à amener une répartition plus

équitable des charges qui pèsent sur les contribuables, notamment sur 1 agriculture, la diminution ou ta suppression de l’impôt foncier et la réduction des patentes.

Les retraites ouvrières généralisées à tous les travailleurs de la terre et de 1 atelier marqueront bientôt une étape nouvelle dans la voie de la solidarité. Je repousse, pour assurer leur création, le système de monopoles tels que ceux du pétrole et du sucre. C’est, en effet, sur les populations de nos campagnes et sur les ouvriers de nos villes que retomberait le renchérissement immédiat et fatal de ces matières de première nécessité, et c’est de l'admirable essor de la mutualité, encouragée et subventionnée par l’État, que nous devons attendre tes ressources nécessaires.

Notre région, après tant de sacrifices faits pour la reconstitution de nos vignobles, était en droit d’attendre des résultats différents de ceux qu’accuse si douloureusement la mévente

de nos vins. .

À cette situation déjà inquiétante, un premier remède doit être apporLé par une révision des tarifs douaniers dont l’abaissement, en favorisant l’exportation, assurerait l’écoulement de nos produits. Une sévère répression de la fraude et de la fabrication des vins aiderait aussi à ce résultat.

La culture du tabac, qui constitue une des ressources principales de notre arrondissement, se poursuit dans des conditions telles qu’il est nécessaire d’aviser sans plus de retard.

Député, j'avais apporté à la tribune les revendications de nos planteurs. Je demande aujourd’hui, comme je demandais alors, l’extension de la culture et le relèvement des prix.

Le Conseil général du Lot étudie en ce moment la création d’un réseau de tramways. Si je suis votre élu, je mettrai tout mon zèle à aider à la réalisation immédiate d’un projet dont l’urgeaee ne peut plus être contestée.

En exerçant un contrôle sévère sur nos finances, le Parlement doit aller résolument aux économies. Les dépenses subissent une marche ascendante quil est de toute nécessité d’enrayer.

Telles sont, mes chers concitoyens, les considérations générales que je soumets à votre haut jugement. Né au milieu de vous, vivant do votre vie, j'appartiens tout entier, par mes aspirations, à cotte démocratie vaillante qui a placé toute ses espérances dans la République. + .

Vous direz bientôt par vos suffrages si vous me jugez digne du mandat que je sollicite et

que vous m’aviez autrefois confié.

J’espère l’avoir rempli dans le sentiment profond des grands devoirs qu’il impose. Aujourd’hui, comme alors, je n’aurai d’autre guide que mon dévouement absolu à vos intérêts et mon iridlieoilMe attachement à la République et à la liberté.

Vive la République î

E. MUÊN-BOURDIN.

Avocat,

Ancien Bâtonnier,

Ancien député du Lot*

Circonscription de FIGE AG.

M. VI VAL, décédé, a été remplacé par M. BÉCAYS.

(Voir élections partielles.)

Circonscription de GOURDON,

M. MALVY.

Élu au ltr tour de scrutin. — 10.008 voix.

Mes chers Concitoyens,

Lorsque, à la suite des élections législatives de 1902, je vous adressais mes remerciements, je prenais envers vous l’engagement de consacrer tous mes efforts à la défense des intérêts de l’arrondissement de Gourdon. le crois avoir, durant ces quatre années, accompli fidèlement mon devoir.

Je viens à nouveau solliciter vos suffrages.

La politique dont je me réclame est uue politique de foi républicaine et de réformes économiques et sociales.

Tout en assurant la sauvegarde de la Bépublique, que nous considérons comme le seul instrument possible d’émancipation morale et matérielle de la démocratie, nous estimons qu’il est nécessaire de porter parallèlement notre effort de solidarité sur les questions économiques. L’injustice existe autour de nous sous des formes innombrables ; nous avons le devoir de lui substituer un régime de mutuelle équité.

Notre système fiscal porte encore la marque d’une société disparue et d’institulions condamnées. La première réforme à accomplir doit consister dans la suppression de l’impôt foncier, qui grève si lourdement les travailleurs de nos campagnes, et son remplacement par un impôt global et progressif sur le revenu, de façon à exempter entièrement l’indispensable et le nécessaire, à ménager l’utile et à frapper le luxe et le superflu. L’égoïsme de quelques privilégiés qui se refusent à fournir leur juste part des charges publiques a jusqu’ici arrêté cette réforme : il n’est plus possible de l'ajourner.

Nous devons aux petits commerçants la révision de la loi, encore injuste, des patentes ; à tous, la diminution des droits de timbre et d’enregistrement ainsi que des frais judiciaires, , qui sont un scandale, parce qu’ils font de l’exercice d’un droit un luxe au-dessus des ressources du pauvre.

La République a aussi un devoir à remplir envers ceux qui, ayant payé à la société leur dette de travail et d’action, ont conquis l’indiscutable droit de réclamer la paix et la sécurité de leurs vieux jours. Elle a déjà partiellement allégé la souffrance et la misère des travailleurs par l’assistance médicale gratuite et la loi sur les vieillards et les infirmes. L’institution

des Caisses de retraite, assurant désormais l’existence aux ouvriers qui* dans l’agriculture, l’industrie et le commerce, ont créé des richesses en restant pauvres eux-mêmes, ne sera que la reconnaissance et l’application nécessaire d’un droit ; cet acte de justice doit être accompli sans retard.

L’évolution économique contemporaine nous indique aussi d’autres devoirs* L’attachement de notre parti à Ja propriété individuelle n’est pas asseæ irréfléchi pour s’étendre aux abus qui en détruiraient Ja légitimité et la raison d’être* Il faut préserver de la haute spéculation les intérêts généraux du pays* la liberté et îa fortune de tous, par une législation rigoureusement appliquée contre les manœuvres d’agiotage et par des mesures législatives faisant rentrer dans le domaine de l’État certains monopoles et services publics, au fur et à mesure que l’exigeront les intérêts de la défense nationale et de la production industrielle et agricole. Deux sortes d’exploitations peuvent légitimement revenir à l’État : 1° celles qui constituent de véritables fonctions nationales, comme le réseau des chemins de fer ; 2° celles qui, concentrées par leur nature même en un très petit nombre de mains, donneraient, si Ton n’y prenait garde, à leurs propriétaires, le pouvoir de taxer, de rançonner à leur merci le groupe des travailleurs qu'ils emploient et la masse immense des consommateurs.

l’ajoute, en ce qui concerne plus spécialement notre arrondissement, que je demanderai une meilleure organisation du crédit agricole* ainsi que l'augmentation des prix des livraisons des tabacs, culture si délicate et si fragile pour les planteurs, et qui procure à l’État de si importants bénéfices.

Pour réaliser ces réformes, et pour détruire cette dangereuse alliance qui s’est faite entre certains républicains imprudents et les partisans des monarchies déchues, l’union étroite de tous les républicains est plus que jamais nécessaire.

Les appels à îa résistance et à l'insurrection, l’excitation à la guerre civile dicteront leur devoir à ceux qui veulent îa paix sociale et qui désirent conserver intactes les institutions républicaines. Les partis de réaction essayent de faire croire que nous menaçons la foi religieuse, comme si des républicains peuvent interdire des croyances sur des problèmes redoutables que îa raison ne leur permet pas de trancher. Cette calomnie était confondue d’avance et le pays ne se trompera pas sur les origines et le but de cette agitation plus politique que religieuse. Respectueux de la liberté de conscience et du culte de chacun, nous ne confondons pas la foi sincère et véritable, contre laquelle on n’a dirigé aucune atteinte, et le cléricalisme, cette exploitation odieuse des consciences dans un intérêt électoral.

Notre parti n’est pas un parti de violence politique et de haine sociale. Il a pour lui la raison, le droit et l’équité. Il fait appel, pour réaliser cet idéal généreux de justice sociale, à la solidarité fraternelle de toutes les énergies sincèrement démocratiques. Et par leurunion* que rien ne pourra briser, il affirme et proclame l’immuable espérance de faire la France plus forte par la République meilleure.

Vive la République de progrès et de réformes !

Louis-Jean MALVY,

Docteur en droit*

Maire de Cadillac,

Conseiller général du Lot,

Page 1