‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 120 sur 280 · M. LOUIS-DREYFUS · texte numérisé non relu

M. LOUIS-DREYFUS

Elu au 2e tour de scrutin. — 3-873 voix.

Citoyens électeurs,

'Pendant les six mois que j'ai eu l’honneur de vous représenter à la Chambre, je suis resté fidèle par mes votes à mon programme, que vous connaissez tous, et, pendant ce court laps de temps, j’ai travaillé de mon mieux.

La Banque de Crédit agricole dont j'avais promis la création dans l'arrondissement de Fïorac peut être considérée aujourd’hui comme définitivement instituée, j’en donne l’assurance. Mon insistance à ne faire bénéficier que notre arrondissement des versements et des subventions, et le changement préfectoral survenu au moment où l’accord semblait acquis, en avaient seuls retardé la constitution officielle.

Pour les retraites ouvrières et agricoles, je les ai votées avec la majorité républicaine dé la Chambre. Certes, j’aurais désiré mieux peur le prolétariat des villes et des campagnes et j’avais donné ma voix au contre-pn jet Vaillant, qui, dispensant le travailleur de toute contribution, me paraissait plus équitable que le projet MiUerand. Mais, tdle qu’elle est, la loi réalise déjà un progrès sérieux pour les pro-étaîres des cités et des champs. Cultivateurs, paysans, petits propriétaires, fermiers auront, à partir de 60 ans, une retraite de 360 francs par an ; ceux d’entre eux dont le salaire est inférieur à 1 fr. 56 par jour seront exemptés de tout versement.

En ce qui concerne le cadastre, j’ai obtenu du Ministre des Finances l'engagement formel que la loi de 1894 révisant les impôts fonciers serait appliquée : la refonte du cadastre, dans un délai de h à 5 ans, sera un fait accompli.

Enfin, mon concours a toujours été acquis à tous les républicains, et, en particulier, aux prolétaires et aux humbles. De tout mon cœur, je continuerai à me préoccuper de leurs vœux et de leurs besoins.

Réformes sociales .

La Chambre future, comme je le disais dans mon programme de 1905, devra réaliser l’évolution économique de la République par les réformes démocratiques et sociales

Aujourd’hui comme hier, je me déclare, — et pour n'énumérer que les plus importantes, — partisan énergique des réformes suivantes :

Impôt progressif et global sur le revenu. — Il devra frapper seulement la richesse et

îe superflu, suivant une progression ascendante, et dégrever le (ravail sous toutes ses formes* Ce sera une première étape vers la refonte totale des impôts* Ceux qui possèdent doivent payer la totalité des dépenses publiques. Ceux qui n'ont que le nécessaire ne doivent rien payer. J'ai d’ailleurs affirmé à la Chambre mon sincère désir de voir aboutir cette réforme en votant, à propos des retraites ouvrières, l'amendement Constant demandant aux revenus supérieurs à 3*000 francs* et selon une progression ascendante, les ressources suffisantes pour alimenter la caisse des retraites*

Donc, suppression des impôts in lirects, qui pèsent surtout sur le pro'étariat ; augmentation progressive de la taxe sur les gros héritages et des mutations des grandes propriétés* Diminution, sinon suppression des droits sur les petits héritages et les petites propriétés.

Décentralisation. — Nous ne voulons plus d'une organisation admimsiative surannée. Nous réclamons l'autonomie cantonale et communale, la réduction des gros traitements, la suppression des sinécures, le relèvement du traitement des prolétaires du fonctionnarisme.

Justice* — Extension de la compétence du jury* Refonte des codes. Révision des frais de procédure. La justice accessible h tous.

Enseignement, — Les écoles publiques de l'enseignement secondaire et supérieur ouvertes gratuitement aux enfants du prolétariat.

Service militaire. — Réduction à une année, en attendant les milices nationales, suppression des conseils de guerre, des vingt-huit et treize jours, secours aux familles pauvres dont les fils sont sous les drapeaux, maintien de la paix par l'arbitrage international.

Monopoles, — Ils doivent faire retour à la nation (mines, chemins de fer, sucres, pétroles, etc.) et cesser d’appartenir à une classe privilégiée. Participation des travailleurs aux bénéfices.

Lois d'assistance et de prévoyance, — Améliorer les conditions de travail, protéger les faibles, garantir les travailleurs contre l'exploitation de la misère. Sollicitude étendue aux citoyennes pour qui les soins du ménage et de Pallaitement s'ajoutent encore aux labeurs journaliers.

Réformes locales*

J'ai mis et je continuerai à apporter toute mon énergie et toute ma compétence à la défense de notre malheureux arrondissement, trop souvent oublié, et dont il faut assurer la prospéiité agricole, industrielle et commerciale*

L'amélioration des routes existantes, la création de routes nouvelles, îe développement du télégraphe et du téléphone, l'établissement de lignes de chemins de fer auxquels l'arrondissement a peut-être plus droit que d’autres, parce que plus déshérité, faciliteront un large njouvemem de visiteurs et un iransït économique des marchandises. Ainsi, l’on pourra tirer un parti avantageux des richesses naturelles du sol et du sous-sol, trop négligées actuellement, ou soumises à des frais de transports exagérés, grevant lourdement le prix de revient.

L'organisation, — dont je suis l'ami et le défenseur, — des syndicats agricoles, des coopératives, des assurances agricoles, mutuelles-bétail, permettra de lutter contre la mévente des produits du sol, de contrôler les cours et prix de vente, et mettra la petite propriété à même de procéder à bon compte, par une entente commune, à l'achat des engrais, semences, plants, matières premières, outiis perfectionnés, etc., comme aussi de lutter contre le danger de la grêle et des maladies épidémiques.

Citoyens,

Vous m'avez adopté, et j'en suis fier. Vous trouverez toujours en moi uu républicain ardent. Je suis contre le système révolutionnaire, destructif de la propriété, de la nationalité, et indifférent à la République, que nous entendons précieusement maintenir : il n'apporte que des négations et des ruines et aucune solution pratique.

Je suis pour le socialisme réformiste qui transformera la société par les réformes sociales.

Je suis contre ruûiücation qui risquerait de briser Peiïort démocratique.

Je suis pour l’unité entre tous les républicains d’avant-garde, radicaux, radicauxsocialistes et socialistes parlementaires.

Citoyens,

J’attends votre verdict avec confiance. Allez tous aux urnes en oubliant les querelles passées et la lutte loyale, aujourd'hui terminée, du 1er octobre dernier.

Par votre voie, vous me renouvellerez un témoignage de confiance dont l’autorité me permettra de représenter dignement à la Chambre la vaillante et fière démocratie de l'arrondissement de Florac.

Vive la République démocratique et sociale!

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