‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 121 sur 280 · LOUIS-DREYFUS · texte numérisé non relu

LOUIS-DREYFUS

Député sortant,

Candidat républicain, radical-socialiste*

Circonscription de MARVEJOLS,

M. je Marquis de CHAMBRUN.

Élu au 1er tour de scrutin. — 7.187 voix,

Messieurs et amis,

La République ne doit pas s’écarter des principes de liberté, de justice égale pour tous et de fraternité généreuse qui sont sa raison d’être en même temps que sa devise.

Par deux fois, et avec des majorités grandissantes, Parrondissement de Marvejols a clairement indiqué qu’il partageait ce sentiment politique.

Si je sollicite aujourd’hui, de votre affection et de la confiance que vous m’avez témoignée, le renouvellement de mon mandat, c’est que j’ai conscience de l’avoir fidèlement rempli.

J’ai refusé mon vote aux mesures d’intolérance, d’inégalité et d’exception.

J’ai montré que j'étais partisan résolu des libertés d’association et d’enseignement, et j’ai repoussé les lois qui en interdisaient l’exercice aux congrégations religieuses.

En m’opposant à la loi de séparation des Églises et de l’État, j’ai manifesté, non seulement les craintes que j’éprouvais pour le sort de la liberté religieuse, pour l’existence dos paroisses dans notre département pauvre et dans le pays tout entier, mais aussi mon respect pour la foi des traités, le souci que j'avais du prestige extérieur de la France, du maintien de nos protectorats en Orient et en Extrême-Orient, — en un mot, ma sollicitude patriotique pour un patrimoine national précieux et envié.

11 importe de reprendre au plus têt nos relations diplomatiques aVec le Saint-Siège et de revenir, au moins en ce qui concerne le budget des cuites, à ce régime concordataire qui avait assuré aux Églises un siècle entier de paixB

Dans Tordre fiscal, je demeure partisan résolu du dégrèvement le plus étendu de l'impôt foncier* dont les charges sont excessives et décourageantes pour l'Agriculture.

Je combattrai toute mesure qui porterait atteinte â la propriété individuelle. Nous ne pouvons pas admettre que le droit de propriété soit méconnu ou qu’il soit amoindri d’une manière détournée par un régime d’impôts toujours croissants*

D’importantes économes sont parfaitement réalisables sur nos différents budgets, sans nuire aux services publics, et sans diminuer les salaires des petits employés, qui méritent au contraire d'être mieux rétribués.

Dans l'Intérêt des agrictilteurs, il serait désirable de faire aboutir divers projets t la création de Chambres d'agriculture analogues aux Chambres de commerce; l'organisation définitive du crédit agricole ; ïe développement des mutualités en dehors de toutes préoccupations politiques.

Mon appui n’a pas fait défaut aux initiatives généreuses qui ont eu pour objet d'améliorer le sort matériel des travailleurs des campagnes et des villes. Je ne perdrai pas de vue leurs intérêts, lorsque reviendra devant la Chambre le projet de loi sur les retraites ouvrières actuellement soumises à l’examen du Sénat*

Je continuerai à réclamer la diminution des frais de justice*

Gomme je le disais il y a quatre ans, je m’associerai aux projets tendant à l'élargissement des libertés communales.

Le fonctionnaire doit être placé à l'abri de l’arbitraire gouvernemental. Son salairej qui représente la rémunération de son travail, ne saurait être considéré comme un gage de son asservissement.

Le respect de la dignité humaine doit guider TÂdministration dans ses rapports avec ses subordonnés. Les procédés d’espionnage et d’inquisition doivent lui demeurer interdits, parce qu’ils sont malhonnêtes et méprisables, et ne peuvent être tolérés dans aucun pays libre.

Honorée et forte, notre armée assure au pays son indépendance et la prospérité dans le maintien de la paix. 11 faut veiller h ce qu’aucune propagande d'idées malsaines ne vienne lui porter atteinte ou diminuer en quoi que ce soit, son glorieux prestige.

Mais, à côté du souci primordial et constant de la défense nationale; il convient que le législateur n'oublie pas, dans l'intérêt des travailleurs et des moins fortunés, qu'il doit atténuer, dans la mesure du possible, les charges du service militaire.

Électeurs,

Dans la conjoncture grave où se trouve le pays en ce moment, ce n’est pas seulemen t un député que* vous êtes appelés à élire, qui vous représente à la Chambre et qui s’occupe de vos intérêts avec dévouement. Vous le savez , j’apporterai à l'accomplissement de cette lâche tous mes efforts incessants et désintéressés.

Mais la consultation nationale a une portée plus haute.

Vous ôtes aussi appelés à faire entendre votre voix pour protester contre les lois violentes qui attristent vos consciences et vos foyers.

Vous viendrez aux urnes, plus nombreux que par le passé, afin que votre nombre en impose à ceux qui méconnaissent vos droits.

Vos suffrages diront que, dans nos communes pauvres, il ne faut pas menacer les^ églises.

Ils diront, qu'en face d'une législation nouvelle qui froisse vos sentiments intimes, vous réclamez le respect de vos coutumes anciennes, de vos croyances et de vos libertés.

Vive la France !

Vive la Eépublique I

. Vive la Lozère I .

. * Marquis de CHAMBBUN,

Député.

Circonscription de MENDE.

M. Jacques PIOU.

Électeurs,

Beaucoup d’entre vous ont bien voulu m’engager à poser ma candidature au siège que, pendant huit années, votre nouveau sénateur, M. Daudé, a occupé à la Chambre, avec autant de vaillance que de dévouement. Je viens donc solliciter vos suffrages.

Dans les temps difficiles que nous traversons, ce serait un grand honneur pour moi d’ètre au Parlement l’interprète de ces libérales et catholiques populations lozériennes, auxquell. s me rattachent de vieilles traditions de fam lie et une étroite communauté d’aspirations et de croyances.

Comme elles, je trouve intolérable la domination du bloc, avec son système d’espionnage et sa politique de haine ; comme elles, j’aspire à voir la République maçonnique et jacobine faire place à une République d’ordre, de justice et de vraie fraternité.

La Chambre qui va disparaître laissera dans notre histoire le souvenir des pires excès.

Elle a achevé sa triste carrière au mille i des violences, au bruit des portes d'églises enfoncées, des serrures forcées, des charges dirigées sur des foules sans armes, des coups de feu tirés sur des citoyens inolîensifs.

Ges tristes exploits couronnent dignement son œuvre de persécution.

Les ordres religieux, condamnés sans phrases, ont été dissous et spolié3. La confiscation a été rétablie contre eux; elle a produit, au lien du milliard promis pour les retraites ouvrières, des bénéfices scandaleux au profit des hommes d'affaires, et six millions de frais de justice à la charge de PÉtaL

Après les couvents, elle a fermé quinze mille écoles libres; seize cent mille enfants du peuple en ont été chassés ; les maîtres et les maîtresses, pour prix de leur dévouement, ont été jetés à la rue, sans pain et sans asile.

Puis est venue la séparation de l'Église et de l’État, votée sans mandat du peuple et contre sa volonté, * ■/-

Les maigres traitements que la prermcre Révolution avait alloués aux prôires, en représentation de leurs biens, ont été supprimés, et désormais b s frais du culte retomberont lourdement sur vous, ouvriers et paysans catholiques, pour qui la vie est déjà si difficile,

L'Eiat consent à entretenir des théâtres à grands frais; il refuse le moindre subside à votre clergé,

11 aide, par l'assistance judiciaire gratuite les plaideurs pauvres, et par l'assistance médicale gratuite, les malades malheureux. Il ne croit pas devoir l’assistance religieuse gratuite aux pauvres et aux malheureux qui veulent vivre et mourir dans la foi des ancêtres.

S il vous laisse la jouissance de vos églises, c'est à la condition que vous les enlreleniez et que vous en payiez les grosses réparations.

U se réserve môme de vous les reprendre pour lu moindre infraction commise à une loi pleine d’embûches et de perfidies.

Qu’une nouvelle majorité socialiste et radicale-socialiste prenne la place de celle qm s’en va, et vous verrez ce que deviendront les prétendues concessions libérales, déclarées déjà provisoires. Elles disparaîtront vite, comme disparaîtra ce qui reste de la liberté d’enseignement.

Le bloc, qui a si bien servi les intérêts de la franc-maçonnerie et si mal ceux de la France, a-t-il, au moins, allégé le poids des charges qui pèsent sur vous, essayé d’améliorer le sort de la démocratie laborieuse, supprimé un seul de ces innombrables fonctionnaires si inutiles et si coûteux? Jamais les impôts n’ont été plus lourds; jamais le fonctionnarisme n’a été plus florissant ; jamais le monde des travailleurs n’a été plus oublié.

Pour faire des réformes, il faudrait de Fargent, et l’argent est dissipé en mille profusions inutiles* Depuis longtemps, les dépenses du budget augmentent annuellement de quarante à cinquante millions ; cette année, ce sera de soixante-dix millions. Le déficit croissant n’est plue soldé qu’avec des emprunts déguisés ou avoués.

La France, quelque riche qu’elle soit, ne résistera pas longtemps à une telle gestion de sa f irtune. Elle est déjà la nation du monde dont les impôts sont les plus lourds. Encore quelques années de gaspillage, et elle sera acculée à une crise financière.

L’impubsance de la: Chambre à réaliser aucune des promesses si souvent prodiguées vient moins de son égoïsme que de ses prodiga’itès,

La loi sur l’assistance des vieillards, équitable en principe, ne produira, faute de ressources, que dés résultats médiocres et, si comme à l’habitude, l’esprit de parti s'en empare, des résultats iniques.

La loi sur les retraites ouvrières, depuis si longtemps annoncé^, nVst en réalité qu’une mystification électorale. Pour devenir applicable, cette réforme, si désirable' et à laquelle tous les partis donnent leur concours, doit être reprise en sous-œuvre et remaniée de fond en comble.

11 en sera d’elle comme de ce fameux impôt progressif et global sur le revenu, Féteruel tremplin électoral des radicaux-socialistes. Le ministère Combes s’est amusé à donner à ses amis une leçon de choses, en leur en montrant les conséquences par une expérience partielle qui a soulevé -la reprobition des socialistes eux-mêmes.

Il est grand temps que le peuple parle haut et arrête, dans son œuvre malfaisante, la majorité blocarde, qui a pris à tâche de méconnaître ses sentiments les plus profonds et ses intérêts les plus chers*

La majorité libérale qui va, jJespôre, lui succéd r, aura une grande tâche nationale à accomplir,

Cette tâche, voici comment je la comprends :

Assurer, par des garanties constitutionnelles, les libertés essentielles des citoyens livrés aujourd'hui aux fantaisies d!ime majorité omnipotente; garantir Fexpression loyale delà volonté nationale par des lois sur la, sincérité des élections, le vote obligatoire, le scrutin de liste et la représentation proportionnelle;

Répartir plus équitablement les charges fiscales de façon à venir en aideau petit contribuable ;

Venir au secours de la peti Le propriété rurale par une révision du cadastre et le dégrèvement des petites cotes foncières; au profit des cultivateurs travaillant eux-mêmes leurs terres.

Rétablir Tordre dans les finances, la moralité dans Tadministration, le respect du drapeau, par-dessus tout, la paix religieuse et la paix sociale :

La paix religieuse, par la reprise des rapports officiels avec Rome, la restitution des indemnités dues au clergé et, co attendant un meilleur Concordat, par un régime, pour l’Église, de liberté et de droit commun,

La paix sociale, par un constant effort pour substituer l’union des classes à la lutte de classes, par une politique inspirée toujours par te sentiment de la fraternité, par un code du travail réglant équitablement les rapports de l’ouvrier et du patron, le droit de grève, la capacité des syndicats, facilitant Porganisation professionnelle*

Électeurs,

Tai toujours pensé que la France serait sauvée par le bon sens du peuple I

Avec son bulletin de vote, il sera, le 6 mai, maître de ses destinées,

D’un geste, il peut, sans révolution, sans violences, sans qu’il en coûte une goutte de sang, établir enfin dans .notre pays, sous l’égide d’une République libérale, le règne de la vraie liberté politique et de la justice sociale*

L’émotion qui soulève en ce moment la France atteste qu’elle est prête aux résolutions décisives,

. La fière et patriotique Lozère tiendra a honneur de s’associer à ce grand mouvement de délivrance nationale.

Jacques PIGU,

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