‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 123 sur 280 · MANCHE · texte numérisé non relu

MANCHE

Circonscription d' A VR ANCHES.

M, DIOR.

Élu au l0r tour de scrutin. —13.525 voix.

Mes chers Concitoyens,

A la suite de l'élection sénatoriale du 7 janvier dernier, de nombreux amis qui avaient combattu avec moi ce jour-là pour le triomphe des candidats de la liberté sur les candidats de l'oppression eombiste m'ont fait l'honneur de m'offrir la candidature au siège de député, laissé vacant par l'élection de mon ami M. Riotteau.

J’accepte comme tin devoir ce poste de combat.

Je suis de ces républicains qui voient dans la liberté la raison d’être de la République, qui veulent la liberté égale pour tons, toutes les libertés, liberté religieuse comme liberté civile.

Je suis de ces républicains qui protestent, depuis plusieurs années, contre la délation organisée dans le pays, contre le favoritisme, contre la proscription, contre les attentats à la propriété et à la conscience, qui divisent les citoyens, nous conduisent à la guerre civile, à la guerre religieuse dont les inventaires marquent le début et nous affaiblissent devant, l'étranger menaçant.

Je suis de ces républicains qui, forts de leur conviction et de leur sincérité, luttent à visage découvert au nom de l’intérêt général, contre les doctrines dissolvantes, antipatriotiques et antisociales qui nous mènent à îa ruine.

Aussi j'entre dans le mouvement qui entraîne vers la politique active les agriculteurs, les industriels, les commerçants, les travailleurs, en un mot, ceux dont les intérêts plus intimement liés à la prospérité nationale sont aujourd’hui immédiatement menacés.

C’est le programme établi en commun par ces hommes de travail, loyaux républicains et libéraux sincères, que j'ai t’honneur de soutenir dans i'arrondissemeut d’Avranebes.

Ce programme comprend :

1° Dans l’ordre politique, le respect et la garantie de la liberté sous toutes ses formes : Liberté politique, liberté de conscience, liberté d’enseignement, liberté du travail;;

2° Dans l’ordre économique et linancier, la défense et le développement de l’agriculture, de l’industrie et du commerce français, une gestion sévère des deniers publics, la suppression de l’initiative parlementaire en matière de dépenses, la substitution d'une politique d économies et de dégrèvement à la politique de surenchère électorale, une répartition plus équitable de l’impôt sans inquisition et taxation arbitraire ;

3* Dans Tordre social, la fraternité et la solidarité opposées à l'antagonisme et à la

haine des classes, des réformes pratiques profitables a la masse des travailleurs, au lieu d'utopies et d'expériences ruineu es.

4° La prééminence des grands intérêts de la défense nationale, le maintien d une armée et d’une marine fortes, disciplinées et tenues a l’écart des luttes politiques.

G1 est sur ce programme que peuvent et doivent s'unir les hommes qui veulent le progrès dans l’ordre et par la liberté.

L'heure n'est pas aux questions de détail.

Devant les dangers que courent nos intérêts, devant les provocations et les projets qui froissent nos consciences, il est nécessaire de faire bloc contre les blocards, d être pour ou contre le combisme qui, soit cynique, soit sournois, nous opprime et nous menace toujours,

Ü n'y a plus de place pour Fêquivoque!

J'ai toujours lutté pour Les mêmes principes. Je continuerai au Parlement, si vous m'en donnez le mandat.

Mais un député n'est pas ^eulemen?. un homme politique; il a aussi la charge de défendre devant le Parlement les iméiêts de sa région. A ce point de vue, ma situation et mon passé vous sont un gage de ma compétence et de mou activité.

Agriculteurs,

Je vis par ma profession au milieu de vous et, comme vous, par l'agriculture. J'en connais donc les besoins. Je veux des tarifs douaniers la protégeant efficacement, un dégrèvement équitable des impôts actuellement si lourds pour la terre et l'organisation pratique du crédit et de l'enseignement agricole. Je connais plus spécialement les besoins de la région, les justes réclamations de nos éleveurs et de nos bouilleurs de cru, qui ne veulent plus revoir leur domicile violé par tes agents du fisc. Je me propose d'appuyer ces réclamations avec toute Pauiorité que me donneront vos suffrages.

Commerçants,

Vous m'avez donné et vous m'avez conservé votre confiance en m'appelant dès l'âge dé trente ans à sieger au Tribunal de commerce et en m'y maintenant successivement, sans interruption et aussi longtemps que la loi le permettait, eu hlm e juge et comme présidé ni ; je nhmblieraï jamais cette marque de votre estime et de votre sympathie: J'ai eu à étudier depuis plus de quinze ans tous les projets intéressant la région, ôùJ j'ai les importants ihtérêts que vous connaissez. Je sais particulièrement l’importance des moyens de transport pour le commerce et les industries locales. Fort de votre autorité, je continuerai mes efforts pour eh obtenir l'amélioration. Je plaiderai aussi la cause des commerçants locaux contre les grands magasins envahissants, en réclamant une répartition équitable des Charges, des impôts et des patentes.

Ouvriers,

Je vis parmi vous; je connais vos besoins et vos légitimes asp rations; mais je n'ai jamais séparé vos intérêts de ceux de vos patrons, car les uns et les autres sont indissolublement liés. Ce n’est pas par de belles paroles, par des appels à la haine et à la discorde qu’on amélioré les salaires, mais bien par raugmentation de l’activité industrielle:

Je crois à la puissance d’une mutualité bien comprise pour combattre les conséquences de la maladie, de la vieillèSSe, de la mort même. Donnant l’exemple, je n'ai jamais cessé d'apporter un concours dévoué et efficace à nos florissantes et si utiles sociétés granvi liai ses.

Marins et pêcheurs,

Vous avez aujourd’hui, plus que jamais, besoin de la protection des pouvoirs publics-

Comme secrétaire de la Chambre de commerce, j’ai fait tous mes efforts pour remédier au défaut de la boëte de Terre-Neuve par la boëie canadienne. Comme député, si vous me faites l’honneur de m’étire, je continuerai les mêmes efforts et je voterai le maintien des prîmes, que la loi prévoit seulement jusqu'en 1910.

Chers Concitoyens,

Je veux le progrès dans une République qui, pour mériter son nom, doit devenir un régime de liberté, de justice et de paix.

St vous m’honorez de vos suffrages J Entends continuer à travailler à la prospérité de ^arrondissement d’Avranches et apporter à Inexécution du mandat que tous m’aurez confié tout mon dévouement et tout mon cœur.

Vive l’arrondisse ment d’Avranches 1

Vive la République î

Vive la France !

Vive la liberté 1

Lucien DIOR,

Fabricant d’engrais chimiques, ingénieur, ancien élève de l’École polytechnique,

Ancien préparateur de chimie agricole à l’institut national agronomique et chargé de missions du Ministère de ^Agriculture,

Expert du jury (groupe de l’agriculture) à l’Exposition universelle de 1908, Membre des Comités d'admission et d'installation des groupes français de l’agriculture aux expositions universelles de Saint-Louis, de Liège et de Milan,

Ancien président du Tribunal de commerce,

Membre de la Chambre de commerce,

Sous-lieutenant d’artillerie territoriale.

Conseiller municipal de Granville.

Circonscription de CHERBOURG.

M. MAHIEÜ.

Citoyens,

1! y a quatre ans, lors des éb ctions législatives, quand, pour ta première fœs, je me présentai à vos suffrages, j’étais presque un inconnu pour vous ; mes adversaires en profitèrent, d’ailleurs, habilement, pour créer autour de ma candidature une atmosphère de méfia uce.

Les mensonges et les calomnies allèrent leur train.

Aujourd'hui, les temps sont changés!

Contre le maire de Cherbourg, deux fois rappelé à la direction des affaires municipales

par ses concitoyens, et toujours avec des majorités croissantes, calomnies et mensonges s’émoussent.

On cherche encore à faire de moi un épouvantail dans certaines régions : vous restez incrédules, et vous avez raison.

Bien mieux : la mauvaise foi d’une certaine presse, le parti pris trop évident de ses critiques, ont fini par me rallier nombre d’indifférents et même d’adversaires de la veille.

Et j’ai eu la satisfaction profonde, en parcourant ces temps derniers les communes de l’arrondissement, d’y rencontrer de précieuses sympathies que j’ignorais jusque-là.

Et, à tout compte faire, n’est-ce pas chose logique : je suis avant tout, on le sait, l’homme de la démocratie, de la démocratie rurale comme de la démocratie urbaine : je suis Fanai des « petits ».

Et si je n’oublie pas qu’un élu du suffrage universel se doit à tous, si je suis disposé à prendre en mains les multiples intérêts des habitants de notre contrée, — je le dis sans contrainte, — c’est d’abord vers la^défense des humbles, des faibles, des déshérités que me poussent et ma conscience et mon cœur.

Et je trouverai, pour m’aider, à Cherbourg comme au dehors, dans la ville comme dans les campagnes, la phalange généreuse et toujours croissante de ceux dont un étroit égoïsme n’étreint pas l’esprit, de ceux qui savent garder la compréhension vraie de leur devoir social.

Les intérêts de 3a région sont intimement liés à ceux de la ville que j’ai l’honneur d’administrer : quand Cherbourg vît, remue, dépense, quand les escadres y séjournent, que les fêtes s’y succèdent, que les étrangers y affluent, vos produits trouvent des débouchés rapides, vos affaires prospèrent.

Aussi, qui défend la cause de notre grand port militaire, celle de son arsenal, défend aussi votre cau^e à tous.

Je saurai défendre les deux.

Vous rappel tarai -je que déjà, l’an dernjer, la municipalité cher bourgeoise donnait un témoignage de sa sympathie à nos populations agricoles, en assurant h F arrondissement, au prix ues sacrifices nécessaires, ces concours spéciaux qui furent justement admirés pour leur importance et leur belle organisation?

, Citoyens,

On va par les campagnes, m’a-t-on affirmé, répétant partout « qu’Âlbert Mahieu a fait faire les inventaires pour dépouiller les églises de leurs biens M! »

C’est là un mensonge stupide : les inventaires ont été réclamés, lors du vote de la loi de séparation, par nos adversaires eux-mêmes ; c’est en effet une mesure prise pour garantir à la paroisse la propriété des objets du culte et en empêcher le détournement.

Quant à moi, j’approuve évidemment les inventaires, mais n’aî rien à y voir en dehors de la commune que j’administre.

Cela donne une triste idée de la bonne foi de ceux qui m'attaquent.

On raconte aussi, paraît-il, que « si Mahieu est nommé, il fera fermer les églises ».

Ceci tourne au grotesque!

Outre que je ne me vois guère la puissance nécessaire pour ordonner une telle opéralion, je dois déclarer que je suis infiniment trop respectueux de la liberté de conscience pour réclamer ou même simplement contribuer par mou vote à une semblable mesure.

Qu on se j assure : les églises resteront au cuite aussi longtemps que les fidèles le pourfont dés rer.

Nous ne sommes pas, nous, des sectaires.

Plus chrétiens que les cléricaux, nous cherchons à convertir, mais nous nous gardons d’opprimer.

Ou me traite aussi volontiers de partagent, de révolutionnaire, que sais-je encore? — tous mots d’ailleurs vides de sens pour ceux qui les emploient.

C’est l’injure gratuite!

A cela je réponds :

Voilà plus de deux ans que f administre une grande viiîe. — Si j'eusse. été Ppomme que prétendent certains adversaires de mauvaise foi, je ne serais pas resté trois mois maire de Cherbourg,

Quant à mon programme, — au programme de la concentration* — je le résumerai brièvement :

Impôt global et progressif sur le revenu :

Que la formule ne vous effraie point I

Il ne s’agit pas là d’un impôt nouveaü venant augmenter les autres.

Il s’agit d’un impôt destiné à les remplacer, à s y substituer équitablement, — et parti culièremem à remédier aux iniques exagérations de Timpot foncier qui vous écrase.

Dégrever totalement le petit contribuable, alléger là cote moyenne, voilà son but.

Et ai les gros « richards », les oisifs et les inutiles voient diminuer quelque peu par lui les rentes que vous leur gagnez, — vous* fermiers; vous, petits cultivateurs; vous, tra* vailleurs des champs; vous, artisans des bourgs’ et des villages, — vous trouverez* croyez-moi, votre compte à cet impôt-là !

Monopole de renseignement par PÉtat,

J’entends par là la substitution définitive de nos intitutéurs laïques aux congréganistes qui régnent encore dans l’école sous un habit qui n’est pas le leur.

Seul, l’instituteur laïque, qui connaît la vie, lui, qui ne reçoit pas le mot d’ordre de Rome, peut, en respectant la neutralité scolaire, garantir le droit de l’enfant.

Seul, il peut nous préparer des générations conscientes de républicains sincères et convaincus.

Mais le monopole de Renseignement n’est par moi considéré que comme un acheminement vers

L’enseignement intégral,

c’est-à-dire Renseignement gratuit à tous degrés, ouvrant toutes les carrières, non plus comme aujourd’hui uniquement aux favorisés de la fortune, mais seulement au mérite.

En sorte que, pariant du même point, fils d’artisan et fils de bourgeois, fils d’ouvrier et fils de millionnaire n’arriveraient que suivant leur valeur.

Et qu’on ne verrait plus le « crétin n riche commander à V « intelligent » pauvre, ainsi que le veut encore notre société actuelle.

L’enseignement intégral, c’est le premier pas vers cette égalité inscrite dans la devise républicaine, cette égalité qu’on vante tant, mais que, hélas! on pratique si peu.

le suis aussi partisan :

De la suppression des conseils de guerre en temps de paix.

Les derniers événements ont prouvé la nécessité de cette réforme.

Il ne peut y avoir deux justices : une pour le suidât, une pour l’officier. Il esi temps de le rappeler à qui de droit.

Du projet Clemenceau sur la vénalité des charges, dans le but d’arriver à diminuer pour le justiciable les frais de justice.

De l’extension, aux fonctionnaires de tout ordre, du droit au syndicat, mesure protectrice d’intérêts corporatifs respectables.

De la suppression totale des périodes d’instruction, — 28 et 13 jours, — dont j’ai pu, par expérience, ayant fait mon service militaire, juger le peu d’utilile pratique.

Mon concours, est-il besoin de le dire, sera acquis à toutes les œuvres humanitaires, à toutes les œuvres de solidarité sociale, à commencer par la loi sur les retraites ouvrières

dont la future Chambre achèvera la mise au point.

Je m’efforcerai de faire substituer le payement mensuel au payement trimestriel des petites pensions de retraites, - et d’obtenir une amélioration des salaires, honteusement bas de certains serviteurs de l’État, cantonniers, douaniers, facteurs et autres.

festime qu’un représentant du peuple doit rester en eonctaet direct avec le peuple.

Et c’est pourquoi, tous les ans, je passerai au moins une fois dans chaque commune; et, après m’ètre entretenu avec la municipalité des questions d’iniérêt général, je resterai à la

disposition des électeurs. ,.

Tous pourront venir me trouver individuellement, comme le font actuellement mes

concitoyens à l’hôtel de ville de Cherbourg.

Et maintenant, électeurs de l’arrondissement, vous connaissez mes intentions, mon programme, mes engagements.

J’ai confiance dans votre jugement.

Le pays tout entier marche de l’avant.

Résister au mouvement serait à la fois un non-sens et une maladresse.

Mous ne sommes point des « arriérés » dans cette région-ci.

Vous saurez le prouver, le 6 mai prochain.

Et vous dégageant uue fois pour toutes du joug réactionnaire et clérical, voua affirmerez sur mon nom votre confiance dans la vrai : république, dans la république démocratique et sociale.

A. MAHIEU, maire de Cherbourg-

Girconscription de G OU TANCES.

M, DUDOUYT,

Mes chers Concitoyens,

Républicain sincère par mon origine, mon éducation et mes convictions, je vous conviais, il y a dix-huit mois, à affirmer avec moi, contre le combisme régnant, vos aspirations vers un régime profondément libéral et sagement progressiste.

A une énorme majorité, vous avez approuvé mon programme.

Y suis-je resté lblèleï Uniquement inspiré du souci de vos intérêts, en accord avec vos sentiments les plus intimes, mes votes sont là pour répondre.

Partisan du maiotieu du Concordat, j’ai volé contre la loi de séparation : loi 'de surprise et de combat, dont les premières applications ont si gravement remué le pays et accentué nos divisions. Imposée brutalement, sans consulter la nation, après la rupture des relations avec le Saint-Siège, elle nous a déjà mis, au cours des inventaires, à deux doigts de la guerre civile.

Personne aujourd’hui n’en calcule sans effroi les conséquences possibles. Sous le fallacieux prétexte d'une « libération » que personne ne demandait, le Bloc a voulu faire une œuvre anti-religieuse. Pour l’instant, il a surtout abouti à alarmer et à violenter les populations les plus calmes et à rendre inévitable une aggravation de vos charges. Cette loi de séparation, il faut le dire, en présence des intr étions bien connues du Bloc, tout dévoué à la franc-maçonnerie, est un acheminement inévitable vers la fermeture de nos églises.

Voilà pourquoi j’ai voté ei protesté contre cette loi néfaste, m'associant seulement aux amendements du parti libéral qui tendaient à la rendre moins tyrannique et à essayer de sauver les principes essentiels du culte catholique.

Vos mandataires de demain auront l’impérieux devoir de poursuivre l’abrogation de celte loi et le rétablissement d’un Concordat.

Comme par le passé, je continuerai à défendre la liberté de renseignement; pour moi, elle est la conséquence nature1 le de la liberté de conscience et de la liberté religieuse.

Fai voté le service militaire de deux a ns, afin de diminuer les charges si lourdes des travailleurs de nos campagnes. Pour la réduction des vingt-huit et des treize jours, beaucoup de projets, dent quelques-uns peut-être excellents, ont été proposés par surenchère électorale; mais je ne donnerai mon assentiment qu’à ceux jugés acceptables par le Ministre de la Guerre, à qui incombe la responsabilité de défendre le territoire et l’honneur du drapeau.

J’ai voté la loi sur les retraites ouvrières, car je n’admets pas, vous disais-je, en octobre qu'un honnête homme qui a travaillé toute sa vie meure de faim sur ses vieux jours.

Cette loi reviendra devant la Chambre ; c’est aux propositions vraiment pratiques, qui sauvegarderont les grands principes de la mutualité et de l’initiative individuelle, que je donnerai mon adhésion.

Je réprouverai toujours le favoritisme, îa délation, le pouvoir occulte des délégués, et je continuerai de combattre énergiquement là propagande des sans-patrie et des socialistescollecii visses . N’en voyons-nous pas aujourd'hui les tristes effets dans ces grèves monstrueuses, où l’on invoqué même pas un motif plausible, et dans ces émeutes nettement révolutionnaires qui ensanglantent certains de nos départements?

Me reprochez-vous, mes chers concitoyens, de refuser ma confiance à des gouvernants qui pactiseraient avec les fauteurs de la révolution sociale?

Notre pays, au milieu de l’Europe en armes et toujours épié, — ou l’a vu récemment, — par un voisin formidable, a plus que jamais besoin de concorde et d’union.

Avec les hommes d’ordre, avec les républicains éminents dans les rangs desquels j’ai combattu à la Chambre, je ne cesserai de réclamer la fin de nos divisions mesquines et notamment de ces persécutions religieuses, indignes de notre temps. Mon concours sera acquis à tout ministère qui, à celte période de guerre inférieure, fera succéder une utilisation large et féconde des ressources, des énergies et des forces toujours si grandes de notre patrie.

Veuillez agréer, mes chers concitoyens, l’assurance de mes sentiments dévoués.

Docteur Pierre DUDOUVT,

Conseiller d’arrondissement,

Député sortant.

Candidat républicain indépendant.

Circonscription de MORT AIN.

M. Arthur LEGRAND.

Éla au lür tour de scrutin. — 12.121 voix.

Mes chers concitoyens,

Je viens vous demander le renouvellement du mandat de député de l’arrondissement de Mortain, que vous m’avéz déjà accordé à huit reprises différentes. Nous nous connaissons depuis longtemps. Plus de trente années consacrées à ta défense des intérêts de notre pays, au premier rang desquels j'ai toujours placé ^inviolabilité du domicile du cultivateur, valent mieux, je crois, qu’une sérié de promesses toujours faciles à faire.

Vous savez que je ne suis pas de ceux dont les opinions se modifient au gré des variations de chaque jour. Un homme politique ne vaut que par la fermeté de son caractère et par sa clairvoyance.

Les événements, hélas î ne m’ont donné que trop raison. Je ne vous trompais pas quand, en 1893, je vous disais que Pon voulait déchristianiser la France, et, en 1898, que le socialisme était un danger toujours croissant. Je ne vous trompe pas davantage aujourd’hui en vous affirmant que l'anarchie est partout et qué nous sommes exposés aux puis redoutables éventualités.

Les basés essentielles de toute organisation sociale ont été sapées par des politiciens plus assoiffés de pouvoir que préoccupés dès vrais intérêts de là France.

Lé principe d’a u tuf ité a é'té détruit. La discipline dans l’armée a été chaque jour attaquée et liù système de délations honteuses a été pratiqué. L’idée de Patrie a été coniestée. Oh a voulu, — sans y parvenir, 1 — anéantir la fui qui avait fait de la France la grande puissance catholique du monde Le Concordat, cette œuvre admirable qui a donné cent ans de paix religieuse, a été brutalement rompu. Cette rupture nJa môme pas été précédée d’une dénonciation par voie diplomatique.

Il n’est que temps de revenir aux grands principes qui régissent les nations civilisées. Beaucoup de réformes s’imposent. La première de toutes doit être la restitution au peuple de son droit de èouyeraineté nationale. Le suffrage universel librement et directement consulté est notre maître à tous. Le chef de l’État devrait être nommé, non par un Congrès composé d’environ 800 sénateurs oü députés, mais par la France entière, qui compte plus de 10 millions d’électeurs.

Des divisions profondes existent dans le pays. Elles n’auront plus le droit de subsisier le jour où le peuple aura rendu son verdict. La réconciliation de tous sera F oeuvre du suffrage universel.

On nous promet beaucoup. On ne nous donne rien, si ce n’est l’insécurité du lendemain et la misère malgré le travail. Aux illusions promptement évanouies succèdent d’amères déceptions,

La liberté de penser reçoit chaque jour de douloureuses atteintes.

Un vent de folie semble souffler dans les régions gouvernementales. La mesure est comble au point de provoquer une sorte de réveil de Pâme chrétienne delà France*

Dieu i Patrie î Liberté !

telles devront être les principales et constantes préoccupations de ceux auxquels vous allez faire l'honneur de confier le sort de la nation.

Croyez , mes chers concitoyens, au plus sincère attachement d’un bien ancien ami*

Arthur LEGRAND.

Circonscription de SAINT -LG.

M. Marcel R AU LINE.

Élu au lûr tour de scrutin. — 13.675 voix.

Mes chers Concitoyens,

Il y a deux ans à peine, par 13.2&6 suffrages, vous m’avez choisi pour continuer le mandat que mon regretté père tenait depuis si longtemps de votre confiance.

Je crois avoir fidèlement suivi son exemple et ses leçons et avoir rempli mon devoir de député, comme il l’eût fait lui-même, en me mettant au service de tous, en ne m’inspirant que de vos sentiments et de vos vœux.

Lorsque je me suis présenté à vous, le Gouvernement était aux mains du Ministre Combes et de son bloc.

Ce fut un régime abominable, et l’on a pu dire à la tribune qu'un pareil Gouvernement constituait un péril national.

La fermeture de 20.000 écoles libres, où nos enfants recevaient une éducation morale et religieuse, fui son premier attentat contre la liberté des pères de famille et la liberté de conscience. L'athéisme devenait religion d'Étut.

Avec l'impudent général André, avec l’inconscient Pelletan, notre puissance militaire, nos forces navales auraient bientôt cessé d’exister, et la France avec elles.

L'armée, livrée, pieds et poings liés, aux mouchards de la franc-maçonnerie ï

La connivence ouverte do Gouvernement avec les f .ctions révolutionnaires qui poursuivent d'une haine égale la propriété, la patrie, la religion ;

Nos finances abandonnées au gaspillage le plus éhonté ;

Noire budget se soldant toujours par d'effroyables déficits ;

Tel a êiê le bilan de l'ancien Ministre Combes.

Il est tomb^ honteusement l

On pouvait espérer qu'avec sels successeurs nous' allions inaugurer une ère d'apaisement et de sages réformés.

La séparation des Églises et de l'État, la guerre civile et h guerre religieuse, voilà quels ont été Ses débuts de M. Roirner, Président du Conseil.

Il s'est fait énergiquement, comme vous le savez, le continuateur de l'œuvre de son prédécesseur.

Les inventaires des biens des églises, qui s’accomplissent journellement sous vos yeux ; les violences, les menaces dont on use envers vous pour dépouiller les élises de leurs

biens, qui sont aussi les vôtres, sont des avertissements' qui ne sauraient échapper à votre clairvoyance.

Qu'adviendrait”]), si, au scrutin du 0 mai, vous n’interveniez, par vos bulletins de vote, pour enrayer le mai qui menace la France entière?

Qu 'adviendra it-ü, si, au mois de décembre 1906, à défaut de constitution d’associations cultuelles, vos édifices religieux se trouvaient fermés et les catholiques expulsés de leurs églises? «

Tous, nous devons demander, et tous nous demandons, que Ton rende à la justice, à Tordre, à la liberté, à la conscience catholique, a la conscience nationale les réparations qui leur sont ducs.

Je m’efforcerai, si vous me maintenez mou mandat, a ce qu’iî soit mis un terme à cette œuvre de destruction, si malheureusement commencée dans le sang.

Je demanderai l’abrogaiîon de la loi sur la réparation et le retour à l’exécution loyale du Concordat par le rétablissement du budget des cultes.

Je voterai pour des Ministres libéraux, patriotes et honnêtes qui apporteront au pays un régime d’ordre et de liberté.

Je voterai, comme je Fai toujours fait, les lois favorables à notre agriculture, et celles qui intéressent nos populations ouvrières.

Mes chers amis,

A la veille des élections, on vient de vous restituer une de vos libertés les plus chères, qu’un caprice du Gouvernement avait confisquée. Désormais, vous pourrez disposer libre ment de vos récoltes, et faire bouillir les fruits de vos champs, sans être soumis aux vexatoires investigations du fisc.

On vient de rétablir ce que Ton appelle le privilège des bouilleurs de cru, comme si ce droit avait jamais cessé de vous appartenir, comme si le droit de disposer de son bien pouvait être considéré comme un privilège!

Vous ne choisirez pas, pour vous représenter, des hommes qui, pour être agréables aux Ministres du jour, laisseraient reprendre ce qui vous aurait été rendu à la veille du scrutin I

Quant à moit j’ai travaillé de toutes mes forces au rétablissent ntde vos droits, et tous mes efforts tendront à vous les conserver. Vous pouvez compter sur moi.

Électeurs,

Il a fallu à notre beau pays de France toute l’énergie, toute la force et la vitalité qui lut sont propres, pour surmonter les dures épreuves que nous venons de traverser.

Au plus fort de ces luttes douloureuses, notre terre normande, a nous, n’a cessé d’être fécondée par cet esprit d’ordre, par ce respect des traditions, par cette foi séculaire qui a fait de la France la plus enviée des nations du monde civilisé. Ne mérite-t-elle pas, à ce titre, d’être considérée comme le rempart inébranlable de nos traditions nationales?

Ce sera votre honneur, à vous, Normands, de leur rester fidèles; ce sera ma récompense, a moi, si je suis à nouveau votre député, de contribuer dans l’avenir, de toute l’énergie de mon dévouement, au relèvement de notre France.

Vive la patrie ! Vive la liberté!

Marcel RÂULINE,

Député sortant,

Conseiller général de la Manche.

Circonscription de VALOGNES.

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