‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 129 sur 280 · MARNE (HAUTE · texte numérisé non relu

MARNE (HAUTE

Circonscription de CHAUMONT,

H. DESSOYE,

Élu au lir tour de scrutin. — 10*292 voix.

Mes chers concitoyens,

Désigné par les comités et les représentants du parti républicain comme candidat à l'élection législative du 6 mai prochain, je me présente à vos suffrages.

Patriote et républicain, profondément convaincu que du développement même de la démocratie dépendent l’avenir et la prospérité de la France et de la République, je ne négligerai rien pour contribuer à doter notre pays des institutions qu’appelle nécessairement le progrès social.

Les deux dernières législatures nous ont donné, dans toute sa plénitude, la lîberié d’association ;%n proclamant la neutralité nécessaire de l'État républicain en matière religieuse* elles ont consacré la liberté de conscience.

Je serai fidèle, n'en doutez pas, à ces principes,

La législature prochaine aura une double tâche à remplir: la réforme fiscale et des réformes sociales.

Notre système d'impôts, établi d’après un état économique qui s’est transforme peu* dant le cours du dernier, siècle, ne répond plus à notre situa lion, à nos besoins et aux idées de justice sociale et d’égale répartition des charges qui s’imposent à chacun de nous, et tous nous sentons le devoir, de plus en plus impérieux, d’unir tous nos efforts pour diminuer la part de la misère dans l'existence humaine.

Réforme de l’impôt direct, révision de certains impôts indirects, organisation des retraites pour les travailleurs urbains et ruraux, développement des œuvres d'assurance mutuelle, telle est la lâche à laquelle il faut, consacrer de plus en plus notre activité et dont la réalisation fortifiera le plus utilement et le plus efficacement l'unité morale de la nation,

M, Léon Bourgeois disait récemment :

u Paix religieuse, par la neutralité absolue de FÉtat entre les croyances; paix sociale, par rétablissement de la justice et de la solidarité entre les citoyens : tout le programme de la démocratie lient en ces deux termes. »

Je ne saurais mieux dire."

Les rivalités écqnomiques deviennent chaque jour plus vives dans le monde; nous en avons fait récemment l’expérience. Dès lors, notre devoir est évident, il faut maintenir

noire armée et noire marine sur un pied tel que le respect des droits, des intérêts, de l’honneur et de la dignité de la France soit assuré. On respecte surtout les forts. Et nous donnerons ainsi à noire pays la garantie la plus certaine de la paix.

Ai-je besoin d’ajouter quq, de toute mon activité et de* tout mon dévouement, je serai prêt, en toutes circonstances, à défendre les intérêts agricoles, viticoles, industriels et commerciaux de notre arrondissement ?

Tel est, dans ses grandes lignes, le programme qu’en toute sincérité de conscience et en toute probité d’esprit je me suis efforcé et je m’efforcerai de développer devant les électeurs, en me présentant à eux dans toutes les communes de l’arrondissement.

C’est avec le profond sentiment du droit de chaque citoyen au libre développement de son activité, de la légitimité de la propriété individuelle, prolongement de la personnalité humaine, de la nécessité de l’ordre et du respect des lois qui en sont là condition et la garantie, de nos devoirs envers la Patrie et l' humanité, que je le soumets à vos suffrages.

Soyez surs que, si je suis votre élu, j’v conformerai ma conduite, en bon patriote, en démocrate sincère et en ardent républicain.

A. DESSOYEj

Conseiller général, maire de Breu vannes, Vice-président de la Ligue de renseignement, Candidat de l’Union des républicains.

Circonscription de L ANCRES,

M. MOUGEOT,

Élu au 1er tour de scrutin. — 13,020 voix.

Mes chers Concitoyens,

Plus de douze années se sont écoulées depuis que vous m’avez fait, pour la première fois, 1T honneur de me choisir pour vous représenter à la Chambre des Députés, et je n’ai garde d’oublier qu’il y a quatre ans, vous avez assuré le succès de ma candidature à près de quatre mille voix de majorité.

Si jcfn’hésite pas à vous demander encore une fois le renouvellement de mon mandat, c’est que j’ai conscience de n’avoir rien négligé pour remplir, d’une façon digue de vous, la mission que vous m’aviez confiée*

Secrétaire de la Chambre des Députés, membre de la Commission du budget, Sous- Secrétaire d’Éiat, puis Ministre, j’ai mis, sans réserve, au service des intérêts généraux du du pays et désintérêts particuliers de l’arrondissement de Langres, toute la bonne volonté, tout le dévouement et toute l’énergie dont j’étais capable. Je n’ai d’ailleurs fait que mon devoir, et il m’a suffi d’être soutenu sans cesse par mon amour passionné de la République et mon inébranlable attachement aux idées vraiment démocratiques.

Toujours, lorsque mes efforts ont été couronnés de succès, ma pensée s’est reportée vers vous, émue et reconnaissante ; et je n’ai pas connu de joie plus pure que celle de vous être utde. C’est ainsi qu’il y a deux mois à peine j7ai eu la vive satisfaction de voir adopter

par le Parlement un amendement que j’avais signé avec plusieurs de mes collègues et rétablissant, d’une façon intégrale, les droits» incontestables des bouilleurs de cru.

C'est donc à vous, mes chers concitoyens, de dire si j’ai bien servi votre cause et si j’aî bien mérité delWondïssement de Langres, car ce n’est que sur mes actes que je vous demande de me juger; j’attends votre verdict avec la plus entière confiance.

Vous me connaissez tous depuis trop longtemps pour que j’aie besoin defaiie un longue profession de foi.

Fils du pays et enfant du peuple comme vous, mes aspirations sont ^ vôtres, car nos besoins sont les mômes ; vous savez que je suis et que je resterai toujours un démocrate ardent, mais je ne serai jamais un démagogue ; « Ni réaction ni révolution ! » telle est ma devise politique.

Je suis partisan de la plus grande liberté en matière d’association et de syndicats, mais jamais au détriment des droits supérieurs et imprescriptibles de l’État, qui sont ceux de la nation tout entière; je ne veux pas que liberté soit synonyme de licence, et que, sous le vain prétexte d’en conquérir davantage, on porte atteinte à l’ordre et à la tranquillité publics, indispensables au développement normal et régulier des institutions républicaines.

Vous savez également que je suis acquis entièrement à toutes les œuvres fécondes qui découlent des grands principes de la mutualité et de la solidarité, car je considère qu elles seules sont capables de fournir une solution vraiment juste et rationnelle aux graves problèmes sociaux qui nous préoccupent; vous m’aiderez puissamment à poursuivre et à parachever la réalisation de ces nobles et utiles institutions, dont quelques-unes ont déjà donné dans notre cher département de si étonnants résultats, et qui sont destinées à procurer plus de sécurité, et partant plus de bien-être, à notre vaillante population rurale.

Vous n’ignorez pas non plus que je suis résolu à prêter loyalement mon concours à tous ceux qui chercheront à diminuer les lourdes charges qui pèsent sur ic peuple par 1 établissement d’un impôt sur le revenu, proportionné, d’après les principes mêmes de la Révolution, aux facultés réelles de chacun des contribuables, seule base d’une répétition logique et équitable.

Électeurs,

Si vous estimez avec moi, et je n’en doute pas, que la France doit savoir exactement d'où elle vient et surtout où elle va, je voua invite a vous reporter par la pensée vers le merveilleux développement qu’ont su prendre dans notre pays, durant ces trente dernières années, les institutions démocratiques. En songeant aux dangers encourus, aux obstacles dressés, aux pièges tendus, en vous rendant compte des victoires remportées et des conquêtes réalisées, vous prouverez que vous avez confiance dans l’avenir de la République et vous vous grouperez autour de son drapeau !

11 ne dépend que de vous que la démocratie continue sans cesse sa marche ascendante et triomphale vers le progrès, la justice et la liberté!

Aux urnes, ao cri de : Vive la République!

Léon MOUGEOT.

Circonscription de WASSY.

M. Albin ROZET.

Élu au 1er tour de scrutin. — 9-074 voix.

Messieurs et chers concitoyens ,

Le pays va élire, le 6 mai, une nouvelle Chambre. De cet acte souverain dépend la direction de la vie nationale pendant quatre ans. Le suffrage universel, chaque jour plus éclairé et plus indépendant, nommera les républicains les plus dignes, démocrates sincères et réformaleurs, d'autant plus tenaces qu'ils sont plus avisés ; il écartera, d -une part, les partisans d'un passé disparu ou d'un aveugle immobilisme ; de, l'autne/ies sophistes démagogues dont les théories fumeuses troublent la paix civile et ruinent les principes essentiels de toute société normale ; il rassurera la nation en envoya ut à la Chambre une majorité républicaine unie par le bon sens et par Fardante volonté d'améliorer sans cesse et de procurer toujours plus de justice et plus d’humanité.

Fai l'honneur de représenter l'arrondissement do Wassy depuis plus de seize ans. Ce mandat que vou ; n'avez cessé de me renouveler avec une constance dont j’ai lieu d'être fier, je me suis toujours efforcé de le remplir en m'inspirant à la fois de? intérêts particuliers de ma circonscription et des intérêts généraux du pays-; je crois avoir réussi, et c'est avec une entière confiance que je viens de nouveau solliciter vos suffrages.

Avant d'examiner les principales questions résolues ou discutées au cours de la dernière législature, je tiens à vous dire eu deux mots mon sentiment sur la séparation des Églises et de l'État et l'attitude qu'après. mure réflexion j'ai cru devoir prendre à ce apd.

La séparation a été un acte infiniment grave. Un jour on, l'autre, à une date imprécise mais fatale, elle se fût accomplie naturelle ment par la seule logique des choses , c'eût été la séparation idéale. La politique est Fart d'attendre et de saisir l'occasion. Fallait-il brusquer l'aventure? La suprématie et les droits de l'État laïque me semblaient beaucoup mieux garantis par l'ancien système que par 1& nouveau, notamment en ce qui concerne la nomination des évêques; je n’afi pas voté îa loi. En me séparant de la majorité, je suis resté uni aux plus beaux noms dont s'honorera la vn ilia doctrine républicaine. Comme à ces penseurs et à ces hommes d'État républicains, la séparation m'a paru prématurée. Autant le progrès matériel est rapide, autant FévoSutioii'de la conscience religieuse est insensible. Telle est encore sa susceptibilité, que l’application de l'article de la loi non seulement le plus inolfensif, mais le plus conservateur, a soulevé les plus vives résistances, La loi existe; tout citoyen doit s'y soumettre absolument, mais il convient de l'appliquer avec tact et bienveillance en même temps qu'avec un respect constant de la liberté de conscience. En ce qui me concerne, je ne négligerai rien pour arriver à ce résultat.

La dernière Chambre a voté le service de deux ans. Cette importante réduction du service militaire, que j'avais plusieurs fols réclamée et que j’ai éié heureux de voter, est une mesure sociale en ce sens qu'elle est un réel allègement pour le plus grand nombre. Je suis persuadé que la force de notre armée n'en sera pas diminuée, grâce au zèle du commandement, à l'ardeur du soldat, à la discipline de tous.

Je viens de parler de l'armée. Avec vous, et du plus profond de mon cœur, je hais et je

flétris l’antipatriotisme et l’ an ti milita ri s me. Je liais et je flétris ces criminelles théories, parce que, comme vous et avec vous, je tiens par-ilessus tout à la paix, dont une armée forte et respectée e^t la meilleure, je dirai même 1 1 seule garantie. Soyons forts et soyo is fiers; tout le monde nous respectera et la piix sera efficacement sauvegardée.

Lorsque le pays connut l’abominable réseau de délation qui enveloppait l’armée, le même cri de réprobation jaillit de toutes les poitrines françaises. Au nom de la patrie, avec le Parlement et avec vous, je voue au mépris public ces pratiques odieuses à jamais condamnées. , ,

En volant le projet de loi sur les retraites ouvrières, par 501 voix contre 5, la LnamDre a envoyé au Sénat un texte qui, s’il n’est pas malheureusement encore définitif, constitue tout au moins une base très sérieuse de discussion pour la haute Assemblé®. J’ai voté ce projet de loi et je ne négligerai rien pour que la question soit résolue aussi rapidement que

possible dès qu’elle revien Ira devant la Chambre.

Depuis mon entrée au Parlement, je n’ai jamais cessé de défendre les droits des boudleursdecru, que je considère comme intangibles. Je me suis toujours opposé à ce qu on réduisît cette liberté et, à plus forte raison, à ce qu’on la supprimât. Un dernier effort, à la réussite duquel j’ai très largement contribué en déposant mon ordre du jour du 23 mars 1905, a restitué récemment leur'prm'ège aux bouilleurs, lis peuvent compter sur moi en toutes

circonstances- * ...... .

Vous uvez approuvé, je ïe sais et je yous en remercie, les diverses initiatives que j ai

prises au sujet des affaires algériennes et tunisiennes. Les intrigues antifrançaises dont le Maroc est en ce moment le théâtre rendent de plus en plus nécessaire pour nous l’étude attentive et vigilante de toutes les questions qui se rattachent à notre empire de l’Afrique du Nord, dont le maintien est indispensable au rang de la France dans le monde. C’est là, à notre époque, un devoir de patriotisme étroit auquel un bon Français ne saurait se dérober. Je n’y ai point failli, et cette tâche m’a été facilitée par mes i dations, aussi bien que par mes travaux antérieurs.

Grâce au régime protectionniste préparé par la Commission des Douanes de 1892, dont j’avais l’honneur de faire partie, l’agriculture et l’industrie françaises traversent en ce moment, dans leur ensemble, une période favorable. J’en félicite L ès cordialement patrons, cultivateurs et ouvriers ; et je me réjouis d’avoir contribué à es heureux résultats que tous les hommes de bon sens avaient prévus et qu’il importe de maintenir par d’intelligentes modifications douanières, chaque fois que ss fera sentir la nécessité de parer à la concurrence étrangère et de défendre Le travail national,

11 faut qu’avant toutes choses la Chambre de demain mène à bien U loi sur les retraites ouvrières. La société actuelle se doit à elle-même d’arracher à la honteuse misère la méritante vieillesse du travailleur de l’usine et des champs. Elle est d’ailleurs admirablement préparée à remplir ce devoir. Un .souffle nouveau d’humanité et de solidarité anime les esprits et les cœurs. La libre et fécondé mutualité opère des merveilles. Sans gèuer son effort, la nouvelle loi l’amplifiera en quelque sorte, étendant à tous sa toute-puissante sollicitude. Il faudra de l’argent, beaucoup d’argent. Je me radierai, soyez-en convaincus, aux mesures financières les plus équitables, j’entends les moins lourdes au plus grand nombre. Notre démocratie égalitaire doit avoir ses privilégiés : les déshérités de ht fortune. Moins d’étroite justice et plus de large équité, telle doit être la devise républicaine des temps nouveaux.

Électeurs,

Depuis seize ans,. nous marchons la main dans la main, unis d’esprit et de cœur, d’opinions et de sentiments républicains, pour le plus grand avantage de la société civile et laïque. Plus nous vivons côte à côte et plus nous pensons que la République est au-dessus de tout, qu’elle est le bien de tous les Français, qu’aucun parti, aucune secte, aucune faction ne doit l’accaparer. Pas de querelles, pas de dissensions stériles et desséchantes, mais

une heureuse et constante émulation de réformes sociales, de progrès incessants et de libertés fécondes.

Ce sont là les convictions de toute ma vie.

Ce sont les vôtres, et cTest pourquoi, je vous le répète, j’ai confiance dans votre verdict. Veuillez agréer, messieurs et chers concitoyens, l'assurance de tout mon dévouement.

Vive la République I

Albin RÛZET,

Député sortant.

Candidat républicain.

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