‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 133 sur 280 · M. GRILLON · texte numérisé non relu

M. GRILLON

Elu au l,r tour de scrutin. — 9.9il voix.

Messieurs les Électeurs et chers Goucitoyens,

Les républicains de la 3" circonscription de Nancy m’ont fait l’honneur de nie désigner comme leur unique candidat aux prochaines élections législatives.

Le moment est venu de vous dire ce que je suis, ce que je pense, et de vous faire part de mes aspira lions politiques et sociales.

Tout d’abord, je tiens à affirmer mon dévouement absolu à la République. Adversaire de toutes les réactions et de tous les mouvements d’action violente, je crois fermement en un avenir de juste et fraternelle conciliation entre tous les citoyens de France, car les idées démocratiques fondées sur la solidarité humaine sont les bases de la société future.

Le parti auquel je me rattache est celui qui veut entreprendre, après mûre réflexion, les réformes compatibles avec les nécessités de notre civilisation présente. M’inspitant de l’œuvre accomplie par Gambetta et Jules Ferry, je suis résolu à toujours défendre la paix avec une énergique dignité.

Je ne veux pas créer dans l’esprit de mes concitoyens de vaines illusions; je sais qu il est téméraire pour un homme de vouloir déterminer ^dans un programme électoral la direction de toutes les affaires d’un pays L’expérience a fixé depuis longtemps les limites dans lesquelles un candidat doit honnêtement se cantonner;

Il est un fait certain, c’est qu'une réforme ne peut être présentée au Parlement que si elle s’adresse à un intérêt général. Ün mandataire de la volonté nationale doit surtout dire quelle sera son attitude devant les questions à l’ordre du jour. 11 est de son élémentaire devoir d’examiner ces questions sans parti pris, sans arrière-pensée de plaire à un ministère on de flatter les passions d’une coterie.

C’est sur ces principes que je m’appuierai.

11 est une série de questions sociales à l’ordre du jour, de problèmes à résoudre, sur lesquels je tiens à m’expliquer dès maintenant.

Au point de vue agricole, je détendrai le dégrèvement de la propriété foncière, la diminution des droits de mutation sur les petites propriétés, la révision des évaluations cadastrales. Je suis partisan d’assurer au plus grand nombre une propriété à l’abri de toutes les vicissitudes de la fortune (insaisissabilité du bien de famille); j’entends faire assurer à tous les producteurs la liberté absolue sur leurs récoltes et notamment le maintien du droit des bouilleurs de cru; je demanderai une réglementation moins complexe, plus sensée pour la culture du tabac. J’estime que les travailleurs de la terre doivent bénéficier

des lois sur la protection du travail et sur les retraites; eux aussi contribuent dans une large mesure à édifier la fortune publique*

Festime, en outre, que l’opinion doit s’orienter résolument yers le repeuplement des campagnes, qui ne peut être qu’une oeuvre de longue haleine* À mon avis, celte œuvre doit être préparée par la diffusion de renseignement agricole professionnel, la création d’orphelinats agricoles, et par des mes uct picpies b Ucititn J'auCÊSkn tes ctMim ru \ la propriété*

Relativement aux questions commerciales et industrielles, il est urgent de répondre à l’appel de toutes les chambres de commerce françaises, en instituant dans les villes étrangères, à côté ou en remplacement de consuls, des attachés commerciaux dont la mission consistera à renseigner nos industriels et nos commerçants sur les débouchés existant à F extérieur*

Pour ce qui est de notre commerce intérieur, je suis l’adversaire des expositions universelles dans la capitale* Il est indispensable de combattre la centralisation des forces vives de la France sur un point unique du territoire, et de favoriser le développement de 1 ’ acti v i té pr o v in ci a 1 e .

Je m’attacherai à protéger Le petit commerce contre la concurrence des grands magasins en demandant une équitable révision de la loi des patentes*

En ce qui concerne l’enseignement, il est utile que tous les enfants, sans distinction de fortune, passent par l’école primaire. Il faut que les humbles et Les privilègiés se sentent solidaires dès l’aurore. de la vie; il faut que, plus tard, ils se souviennent de leurs communes émotions et des mêmes joies partagées*

J’estime, en outre, que renseignement professionnel dans toutes les branches de P activité humaine doit compléter l’éducation générale. Cela est important à 1 heure où toutes les nations font en ce sens un immense effort*

Au point de vue des questions sociales, je suis l’adversaire de la lutte des classes; je pense qu’une entente peut et doit avoir lieu entre le capital et le travail, à condition que chacun y apporte sa bonne volonté, à condition que ceux qui possèdent soient les premiers à combattre Pègoïsme, cause essentielle des exploitations, des misères et des haines,

Je reconnais que les ouvriers ont droit à des protections spéciales; il est indispensable de prendre des mesures efficaces destinées à conjurer le chômage, à supprimer le surmenage et à assurer une retraite à tous les travailleurs*

Le monde des employés de commerce, délaissés jusqu’ici, doit bénéficier, lui aussi, des lois ouvrières, du repos hebdomadaire, de la juridiction prud’homale*

Mais, pour arriver a répartir et à limiter rationnellement le travail, il faut atteindre la concurrence étrangère*

C’est pourquoi nous devons tendre à l’élaboration d’une législation industrielle du travail commune à toutes les nations et préconiser la pratique des conférences semblables à celle de Berne, par exemple, où toutes les nations se sont mises d’accord pour interdire ie travail de nuit des femmes dans l’industrie*

Je veux la liberté absolue du travail, la liberté absolue d’opinion pour le travailleur; je veux que nul ne puisse être inquiété pour ce qu’il pense ou pratique.

Au point de vue fiscal, je déclare que l’impôt ne doit subvenir qu’à des dépenses faites dans un intérêt public. Seule la fortune doit être chargée de la contribution ; le propriétaire ne doit être qu’un agent qui l’acquitte pour elle.

Je demeure fidèle aux principes de la Déclaration des droits de l’homme ; l’impôt doit être réel et non pas personnel.

(Pas d’impôt de superposition,)

Je veux un impôt qui frappe moins le travail que le produit du travail accumulé* L’impôt cédulaire, fincome-tax pratiqué en Angleterre, me parait renfermer toutes les qualités nécessaires; il est équitable, il est logique, 11 faut le faire connaître, le faire entrer dans les mœurs, diriger nos efforts à le mettre en pratique* Avec lui, beaucoup de justice

entrerait dans la répartition des charges publiques, sans qu'il y ait ni vexation, ni inquisition.

A l’égard de la question religieuse, je considère que la religion est tins façon dépenser. Dans une République, la pensée doit être libre. Je suis partisan de la liberté absolue de conscience et de l’indépendance des cultes. Je veux que l’on puisse croire ou ne pas croire, pratiquer ou ne pas pratiquer.

Mais si je suis partisan de la religion libre, je déclare que je considère comme un devoir impérieux pour tout républicain de faire respecter par les ministres de tous les cultes la forme du gouvernement et les lois volées par les Chambres.

C’est dire que je résisterai contre toutes les tentatives de dominaiiou cléricale. Je ne saurais admettre qu’un pouvoir extérieur puisse, sous prétexte de religion, mettre obstacle à l’application des lois de notre pays.

Au point de vue de la défense nationale, j’estime qu’il est de notre plus impérieux devoir d’assurer, par une armée forte et disciplinée, respectueuse des institutions que le pays s’est librement données, l'intégralité de notre patrimoine.

Selon la phrase célèbre d’un de nos hommes d’État, la France, sûre d’elle-même et confiante dans son bon droit, doit pouvoir attendre sans menaces et sans provocations, mais aussi sans peur, les événements, quels qu'ils soient, qui peuvent se produire.

Je considère les théories antimilitaristes comme criminelles, car, soucieux de notre dignité nationale vis-à-vis de l’étranger, je pense que, pour être respecté, il faut être fort.

Or, l’an ti militarisme est une des formes de la lâcheté.

Pour diminuer tes conflits internationaux, nous devons nous efforcer de faire entrer dans la pratique les idées d’arbitrage, de conférences internationales, multiplier les contacts, les rapprochements, les manifesta lions de peuple à peuple.

La politique extérieure doit être pratiquée au grand jour. Il faut que la France sache où les diplomates la conduisent. Nos relations extérieures doivent être fermas, dignes et courtoises. Plus de politique de conquêtes; dirigeons nos efforts vers la mise en œuvre de nos colonies et vers la création des débouchés commerciaux nouveaux nécessaires au commerce national.

En ce qui concerne la justice, des réformes importantes doivent être introduites dans nos codes; il faut imprégner ceux-ci d’une plus large humanité, tendre à l’accélération de la justice par la suppression ou la simplification di certaines formalités et de certaines procédures, tendre à la réduction des frais dans de notables proportions.

Pour l’administration, une organisation nouvelle s’impose, par suite des moyens rapides de communication. La réalisation doit en être faite, non par voie d’amendement au budget, mais par une loi élaborée par une commission spéciale constituée à cet effet et guidée par les nécessités décentralisatrices.

Je n’admets aucune sinécure, mais j’estime que nous devons, à l’égard de tous les modestes collaborateurs de 1’Étaî, manifester une sollicitude réelle. La République ,a pris envers eux des engagements, dont elle ne peut retarder plus longtemps la réalisation. Elle a pris également des engagements envers les employés de chemins de fer; ces modestes serviteurs de l’on des plus importants rouages du pays ont droit à l’accomplissement des réformes utiles qu’ils sollicitent depuis si longtemps.

En un mot, mon concours est acquis à tous ceux qui produisent la richesse du pays, à tous ceux qui collaborent à son développement, à sa grandeur matérielle et morale.

Voilà, messieurs les électeurs et chers concitoyens, mes idées et mes aspirations.

Si vous me faites l’honneur de me désigner pour être, à la Chambre, votre porte-parole et surtout, votre porte-idée, je suivrai exactement le programme que je viens de vous tracer.

Je m’engage à faire acte de législateur, à faire acte de bon Français, de bon Lorrain. C’est dire que je répondrai à l’appel de tous, non pas pour des faveurs, mais pour défendre les droits de chacun et combattre les injustices et les iniquités.

Je déclare que jamais je ne demanderai à celui d’entre vous qui s’adressera à moi

quelle est la couleur de son drapeau; aucune cause Juste ne me trouvera sourd à son appel.

Vive la France TVive la République!

Jean GRILLON,

Circonscription de TOUL*

M, Gustave CBAPUIS.

Élu au l*c tour de scrutin, — 8,510 voix.

Mes chers Concitoyens,

La législature qui vient de finir a eu à trancher des questions politiques et économiques d’une trop haute importance pour que je ne vous en fasse pas un résumé sommaire, en vous indiquant la part que j’y ai prise.

J’ai soutenu de mes votes les divers Ministères d’action républicaine qui se sont succédé depuis quatre ans, et j’ai voté toutes les mesures qui nous ont été présentées pour assurer l' application de loi sur les associations, œuvre de la précédente législature.

Fai voté la loi de séparation des Églises et de l’État, parce que, loin d’être une loi d’oppression et de spoliation, comme le prétendent les éternels adversaires de la République, elle assure, au contraire, ia liberté la pins absolue aux différents cultes et respecte toutes les croyances.

Si une agitation s’est produite à l’occasion de son application, ia responsabilité en incombe entièrement aux dirigeants des anciens partis, qui ont déchaîné les passions religieuses en exploitant les croyances des uns et l’ignorance des autres, dans un dessein exclusivement politique.

Cette loi de séparation tant décriée assure aux catholiques l’usage indéfini des églises ; elle transmet les biens des fabriques aux associations cultuelles qui se forment avec l’assentiment des évêques ; elle accorde, pendant quatre ans dans les communes de plus de mille habitants, et pendant une période de huit années dans les communes de moitié de mille habitants, des allocations aux ministres des différents cultes ; elle alloue des pensions à ceux d’entre eux qui comptent plus de vingt ans de service; c’est donc bien une loi aussi libérale à l’égard du clergé qu’elle est respectueuse des consciences des fidèles.

J’ai voté la loi sur le service militaire de deux ans, qui, loin de diminuer la force de notre armée nationale, a élevé son niveau moral en supprimant toutes les dispenses et en consacrant ainsi le principe de l’égalité de tous devant l’impôt du sang.

Fai voté la loi sur l’assistance aux vieillards et aux infirmes; applicable à partir du 1er janvier 1907, elle réparera une iniquité sociale en accordant un modeste secours à ceux qui, atteints par Page ou frappés d’incapacité de travail, sont dépourvus de moyens d’existence.

J’ai voté, enfin, la loi sur les retraites ouvrières et agricoles qui, pour n’êlre qu’ébauchée, n’en servira pas moins de principe et de hase à l’étude qu’en doit faire le Sénat. J'espère que la lègislatuie prochaine, après étude nouvelle et accord entre les deux Chambres,

verra se réaliser pratiquement cette œuvre de solidarité sociale qui sera tout à lhonneur de la République.

Mes chers Concitoyens,

De tout temps, j’ai défendu par ma parole et soutenu par mes votes les intérêts de

l’arrondissement de Toul. .

le crois avoir puissamment contribué, vous le savez tous, au vote de la loi autorisant la construction du chemin de fer de Toul à Thiaucourt, en ce moment en cours d’exécution. Cette ligne, qui desservira des cantons privés, jusqu’à ce jour, d’une voie de communication rapide avec le chef lieu de l’arrondissement, est appelée à rendre les plus grands services a

toute la région qu’elle traversera. ...

Président du groupe des députés défenseurs des bouilleurs de cru, j’ai pris, avec mes collègues, une large part à l’action législative qui a abouti au rétablissement et à l’amélioration des droits qui étaient conférés aux bouilleurs par la loi de 1875,

Vous pouvez constater ainsi que j’ai toujours eu le souci de la défense des intérêts régionaux et, si vous me renouvelez votre confiance, vous pouvez encore compter sur moi pour défendre énergiquement le maintien de vos droits, s’ils étaient de nouveau

mâHEcèSi

Je resterai toujours Mêle à ma ligne de conduite politique. Le terrain se trouvant déblayé des questions les pins irritantes, la Chambre future devra consacrer ses efforts à la réalisation de la réforme générale de l'impôt, afin d'établir un peu plus de justice dans la répartition des charges et de permettre, sans aggravation de l'impôt, de trouver les ressources nécessaires à Inapplication des lois de solidarité sociale.

Je demeurerai le dévoué défenseur des humbles et des faibles, à qui nia sympathie n’a

jamais fait défaut*

Je crois inutile d'ajouter que mon patriotisme, s’il n’est point brayant, n’en est pas moins ardent.

Partisan résolu delà paix, mais soucieux de garder au pays sa dignité devant 1 étranger, je veux conserver Fermée nationale forte et prête à résister à toutes les agressions. Pour ce faire, il faut que la discipline soit respectée par tous et que les chefs s’y soumettent, aussi bien, sinon mieux que les soldats* L’État doit être également assuré du loyalisme le plus absolu de la part de ceux qu'il charge de l’éducation militaire des citoyens et de la direction de ses troupes* Une armée ainsi constituée, respectueuse des lois de la République, sera forte et préparée à tous les efforts et à tous les sacrifices, le jour où la patrie en danger aurait besoin de son concours*

Mes chers Concitoyens,

C’est dans les sentiments que je viens de vous exposer que je me représente à vos suffrages. Si j’ai a nouveau Phonneur d’être votre élu, je porterai haut et ferme, comme par le passé, le drapeau de la République démocratique et réformatrice et je défendrai, par ma parole et par mes votes, les lois de progrès et de justice sociale qui seront soumises aux délibérations du Parlement*

Vive la République démocratique I

Dr G, GIIÀPUÏS,

député sortant.

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