‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 158 sur 280 · M. VARENNE · texte numérisé non relu

M. VARENNE

Elu au 2° tour de scrutin* «— 11.1^9 voix

Citoyens,

Il y a quatre ans, j'ai été, dans cette circonscription, le candidat du parti socialiste, et près de 8*000 d’entre vous m’ont, accordé leurs suffrages. Je me représente devant vous, comme candidat du même parti, avec le même programme* Je suis donc aujourd’hui ce que jetais hier, comme je serai demain ce que je suis aujourd'hui*

II y a quatre ans, j’ai lutté avec vous pour arracher cette circonscription à la politique rétrograde* La situation n’a pas changé* Aujourd’hui comme alors, la réaction essaye de garder cette circonscription. Mais, sûre cette fois de l’échec, elle n’ose plus mettre en ligne un candidat nettement hostile au progrès républicain et se rabat sur des candidatures équivoques, radicales d étiquette, soutenues en réalité par les réactionnaires de tout acabit* C’est donc aux républicains que je m'adresse ; c’est à eux que je demande de faire confiance au républicain que je suis, c’est à eux que je propose le généreux idéal de mon parti .

C’est en vain que mes adversaires essayeront de rabaisser cet idéal à je ne sais quelle barbare et grossière opération de partage* La plupart d’entre vous, instruits par la campagne de propagande que j’ai faite dans toutes les communes de la circonscription, savent aujourd’hui que le socialisme ne veut pas dépouiller les travailleurs, mais les défendre, les relever et les affranchir, lis savent aussi que nous n’attendons le triomphe de nos idées que de l’évolution des espriis et des choses. Le parti socialiste veut le progrès, dans la paix par l’éducation de la démocratie; à la société d’iniquité et de violence où nous vivons, il veut substituer progressivement une société meilleure, de justice, de con orde et de travail ; à ce titre, il est, dans la plus haute acception du mot, le parti de Tordre*

Au surplus, le programme de réformes agricoles que je vais vous soumettre suffit à montrer que, loin de vouloir supprimer la propriété du travailleur, je prétends au contraire la défendre énergiquement.

Citoyens,

Le programme politique que je vous avais proposé en 19&2 était si réalisable qu'il est en partie réalisé

Le service militaire de deux ans égal pour tous a été voté ; et cette réforme nous suffit pour le moulent. Il reste à supprimer, comme inutiles et onéreuses, les périodes de vingt- [mit jours et de treize jours, dont le Parlement a voté la réduction.

La loi des associations a été appliquée avec vigueur et une loi du 7 juillet 1904 a supprimé l'enseignement congréganiste. Il faudra tenir la main à ce qu’elle soit respectée, et il faudra compléter celte œuvre par le monopole de l’enseignement.

La séparation des Églises et de l'État est faite. C’est une loi libérale et généreuse; quia véritablement fondé en France la liberté de conscience. Elle doit être appliquée avec fermeté, dans l’esprit libéral qui l’a inspirée, mais sans faibltsse.

Le Parlement a abordé la discussion des retraites ouvrières et paysannes. II lui reste à achever son œuvre, en faisant profiter de cette loi les propriétaires cultivateurs qui en ont étô exclus.

Tous les partis, d'ailleurs, s’accordent à dire que l’ère des réformes politiques est dose et que l’heure est venue de faire des réformes sociales. Vous penserez sans doute que, pour faire du socialisme à la Chambre, il faut des députés socialistes.

Le programme de réformes économiques que vous lirez plus loin vous montrera que le parti socialiste est tout prêt à entreprendre cette œuvre, qui peut se résumer en deux phrases : dégrèvement des petits par l’impôt sur le revenu; recherche de ressources nouvelles dans l’exploitation par l’État des grandes industries capitalistes.

Citoyens,

Le pavai socialiste n’est pas seulement le parti de la justice sociale; il est aussi le parti de la paix.

Une politique criminelle d’aventures, inspirée par les plus bas intérêts financiers, a failli nous conduire à la guerre. En votant pour le candidat socialiste, vous direz que, résolus à maintenir l’intégrité et l’indépendance du pays, vous entendez respecter l'intégrité et l’indépendance des autres peuples, et que vous ne voulez chercher querelle à personne.

Électeurs de Riom -Montagne,

Les intérêts de la circonscription, si longtemps abandonnés, ont besoin d’ètre vigoureusement défendus. Beaucoup d’entre vous ont, au cours de ces quatre années, fait appel à mon concours; ils savent que je ne Pai refusé à personne, et que j’ai souvent réussi à faire reconnaître leurs droits.

Enfant du pays, profondément attaché à vous par les innombrables et précieuses amitiés que j’ai rencontrées parmi les paysans et les ouvriers éclairés de notre région, je saurai faire mon devoir de représentant de la circonscription*

Républicains de Riom-Montagne,

C’est avec confiance que je sollicite vos suffrages:

Si vous êtes des républicains vrais ;

Si yous n’avez pas peur delà République ;

Si vous vouiez fie la démocratie non seulement le mot, mais la chose ;

Si vous voulez non seulement que la République vive, mais encore qu’elle produise tous ses résultats et qu’elle réalise rapidement les magnifiques espérances que le peuple a mises en elle ;

Si vous en avez assez de la polititique de réaction et cUéquivoque dont vous souffrez depuis quinze ans, et si vous voulez rendre à cette circonscription, profondément républicaine, la place qui lui appartient, à l’avant-garde de la démocratie du Puy-de-D6me;

Si vous voulez enfin être représentés à la Chambre par un républicain sans reproche, capable de vous défendre et résolu à bien servir vos idées et vos intérêts;

Vous affirmerez tout cela, le 6 mai, en votant pour le candidat du parti socialiste, qui a

la fierté de n’ètre soutenu que par des républicains, et qui a conscience de représenter dans celte lutte à la fois le socialisme et la démocratie»

Vive la République sociale!

Alexandre VARENNE,

Docteur en droit,

Directeur de V Ami du peuple.

Programme politique.

Administration , — Liberté politique et liberté syndicale des fonctionnaires, — Amélioration des petits traitements et réduction des gros. — Administration de la caisse dt s retraites des fonctionnaires par les fonctionnaires eux-mêmes, — Décentralisation administra live»

Enseignement, — Monopole de Renseignement à tons les degrés par RÉiat. — Gratuité de Renseignement secondaire.

Réformes électorales. — Scrutin de liste par département avec représentation proportionnelle. — Vote secret sous enveloppe. — Vote par correspondance.

Réformes judiciaires* — Révision du code de procédure de 1807 et réduction des frais de justice. — Refonte totale et si mpîili cation de notre système judiciaire, — Abolition de la peine de mort*

Réformes militaires. — Suppression des conseils de guerre. — Suppression des périodes de vingt-huit et de treize jours.

Programme social ,

Assurance sociale . — Retraites ouvrières et paysannes, en y comprenant les propriétaires-cultivateurs.

Réforme de l'impôt. — impôt peivonnel et progressif sur le revenu global, avec exonération des revenus au-dessous de 2.500 francs, et suppression des quatre contributions directes : per-onnelle-mobilière, foncière, patentes, pones et fenêtres.

Monopoles d'État. — Rachat des chemins de fer et des mines, — Monopole de Ralcopl, des assurances, des établissements de crédit, des grandes lignes de navigation, des raffineries de sucre et de pétrole, de la grande métallurgie, etc., et généralement de toutes les industries arrivées au plus haut degré de concentration capitaliste.

Lois ouvrières , — Journée de huit heures pour les ouvriers d'industrie, avec institution d'un minimum de salaire. — Interdiction du travail aux pièces et du marchandage. — Suppression des économats. — Syndicat unique et obligatoire, — Assurance sociale contre Je chômage, la maladie et les accidents du travail. — Extension de la prud'homie aux ouvriers mineurs, aux employés de commerce et aux agriculteurs.

Programme agricole ,

Mesures sévères contre la spéculation sur les céréales;

En attendant qu'un impôt général sur le revenu remplace les contributions existantes, dégrèvement complet des petits propriétaires fonciers travaillant eux-mêmes leurs terres;

Suppression des droits de mutation pour la propriété non bâtie au-dessous de 5,000 francs;

Réduction à 3 0/0 du taux légal de l’intérêt;

Suppression de la saisie-bran doo ;

Assurance obligatoire des récoltes et du bétail ;

Caisses de crédit agricole subventionnées par l’État et gérées par les communes et les syndicats agricoles;

Création de warrants agricoles régionaux ;

Achat ou location* par la commune, avec le concours de l'État, de machines agricoles;

Création de syndicats et de coopératives de propriétaires-CLîltivateurs pour rachat d’engrais, de semences, de plants, etc., et pour la vente des produits ;

Abaissement des tarifs de transports pour les engrais, les machines agricoles, le bétail et tous les produits de l’agriculture ;

Indemnité aux fermiers et aux métayers sortants pour la plus-value donnée à la propriété ;

Liberté de la chasse et de la pêche, sans autre limite que les mesures nécessitées pour la conservation du gibier et du poisson et la préservation des récoltes ;

Développement de renseignement agricole et des champs d’expérimentation.

Circonscription de THIERS

M. GHAMERLÀT.

Élu au 1er tour de scrutin. — 13,764 voix.

Citoyens,

Trois fois déjà nous avons combattu ensemble contre la coalition de toutes les forces du passé, trois fois la victoire est restée fidèle à notre drapeau.

Aussi, viens je, avec une confiance inébranlable, solliciter à nouveau vos suffrages, certain que je suis d’avoir rempli mon mandat s «ns défaillance et d’avoir participé sans faiblesse à Y ce avre grandiose accomplie par les derniers ministères.

Si je juge superflu, après onze années de collaboration, de vous faire une profession de foi, au moins me permettrez-vous de vous rappeler les lois récemment votées et de préciser le programme dont la réalisation s’impose à la vigilance du Parlement,

Jamais, citoyens, législature, mieux que celle qui va prendre fin, n’aura été féconde dans tous les ordres de question, dans l’effort de laïcité, dans PeiTort de justice sociale :

L’application rigoureuse de la loi sur les c mgrég dioos enfin déracinées; la loi interdisant Renseignement congréganiste; la loi do service militaire de deux ans pour tous; la séparation des Églises et de PÉtat ; la loi d’assistance sociale aux vieillards, aux infirmes et aux invalides du travail ; enfin la loi qui institue les retraites ouvrières.

Il n’y a pas, je crois, depuis ia fondation de la troisième République, une législature qui puisse offrir un pareil bilan.

Malgré les résultats acquis, un grand effort reste à produire; notre vaillance sera à la hauteur dtî notre tâche.

Des questions multiples solliciteront Fatlention de la nouvelle Chambre, au premier

rang desquelles figure la réforme financière qui répartira l’impôt proportionnellement aux facultés de chaque citoyen ;

La réforme administrative , destinée a accroître les libertés communales, cantonales et départementales;

La réforme judiciaire, destinée à rendre la justice plus expéditive et moins coûteuse;

La suppression des Conseils de guerre en temps de paix pour les délits de droit commun;

Enfin, les réformes sociales, qui doivent occuper la première place dans les préoccupations politiques et servir les intérêts dos travailleurs de la terre comme ceux des travailleurs de l’industrie.

Le devoir de la prochaine législature est de reprendre l’assurance contre les accidents du travail et de l’étendre au commerce, à Eindustrie et à l'agriculture.

Il sera aussi nécessaire d’instituer l’assurance contre le chômage involontaire, le repos hebdomadaire obligatoire, de développer l’application de la loi de dix heures, en Eabaissaet progressivement à huit heures, si possible, et d’organiser les Conseils du travail.

Elle sera placée également dans la nécessité d’élargir, dans un sens démocratique, la loi de 1883 sur les syndicats.

J’ajoute que les intérêts de la coutellerie seront toujours l’objet de ma sollicitude ; je veillerai avec le plus grand soin à ce que des modifications de tarif ne viennent pas porter atteinte à la prospérité de cette industrie et je favoriserai de toutes mes forces les mesures qui la rendraient plus florissante en créant de nouveaux débouchés à ses produits.

Tels sont, citoyens, les graves problèmes dont la solution est réservée à la Chambre que vous allez élire.

Pour réaliser programme, qui sera fécond en œuvres de liberté, de justice et de solidarité, faites choix de républicains éprouvés et repoussez avec dédain toutes les épaves des régimes déchus qui essayeraient par de fallacieuses promesses et l’emploi d’étiquettes mensongères, de surprendre vos suffrages.

v Citoyens, je suis, aujourd’hui comme hier, dans cette circonscription, le porte-étendard de la République.

Eu son nom et pour sa grandeur, sans crainte, je vous convie à la bataille d’aujourd’hui, au triomphe de demain.

CHAMERLAT,

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