‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 161 sur 280 · PYRÉNÉES (HAUTES · texte numérisé non relu

PYRÉNÉES (HAUTES

Circonscription d/ARGELÈS M. ALIGOT

É!u au lor tour de scrutin. — D.304 voix.

Mes chers Concitoyen?,

Puisqu'on m'en fait un devoir* je sors de ma retraite, et j a cepte la candidature qui m'est, pour ainsi dire, imposée par les manifestations réitérées de 1 opinion publique indépendante et libérale.

Si je me présente une fois de pîus à vos suffrages, ce n'est certes pas pour chercher une revanche à laquelle je ne tiens pas, ou pour satisfaire des rancunes que je ne ressens à aucun degré. C'est pour vous permettre de vou3 prononcer solennellement* le 6 mai prochain, sur la politique suivie depuis quatre ans et but ses résultats.

Ai-je vraiment à faire une profession de foi devant des électeurs qui nie connaissent depuis si longtemps et qui m'ont honoré cinq fois de leur confiance? Peut-être pourrais-je m'en référer à mes déclarations antérieures; elles vous prouveraient tout au moins que je n'ai pas changé de programme, parce que je n'ai pas changé d'opinion.

Néanmoins, j'estime qu'en présence dis périls qui menacent notre pays, il faut parler haut et clair et fuir l'équivoque.

Républicain j je Pétais déjà à une époque lointaine où il n'y avait pas encore profit à se déclarer tel; mais j'ai toujours compris et voulu la République comme un gouvernement de liberté, d'égalité, de fraternité, et non comme un gouvernement d'oppression, de favoritisme et de discorde.

La liberté de conscience, la liberté des cultes, la liberté d'enseignement, la liberté d'association sont, de tout s les libertés, les pins nécessaires, les plus précieuses, les plus respectables, parce qu elles sont étroitement liées aux droits de la conscience humaine, aux droits de la conscience religieuse* Dans ma pensée, ces libertés auraient dû s épanouir et se développer sans contrainte sous un régime vraiment républicain ; contrairement à mes espérances, elles ont subi, au cours de ces dernières années, de regrettables atteintes aux^ quelles je ne me résigne pas et contre lesquelles j'ai protesté et je j roi esterai toujours.

L'événement capital de la législature qui vient de finir a été le vote de la loi de séparation des Églises et de l'État. C'est surtout sur cette importante loi que vous avez à vous prononcer aujourd’hui. Ce sont ses auteurs que le pays va avoir à juger.

Ai- je besoin de l'affirmer ? Si j'eusse été votre représentant, non seulement je ne 1 aurais pas votée, mais je l'aurais combattue à la tribune, comme j'av&is combattu, en 1901, la loi contre les congrégations religieuses.

Élu dTune populaiion catholique, députe de îa ville de Lourdes, j’aurais considéré comme un devoir de proies ter contre l’acte législatif qui a rompu le Concordat de 1801 auquel la France a dû un siècle de paix religieuse, de m’élever contre la suppression du budget des cultes, dette nationale qu’un État « honnête homme » ne pouvait pas nier sans manquer à des engagements sacrés* J’aurais voulu, si la séparation était inévitable, qu’elle fût au moins précédée d’un accord avec le Saint-Siège ; que les inventaires, s’ils devaient être faits, ne l’eussent été qu’après entente avec l’Église; que les associations cultuelles, si elles devaient continuer l’œuvre des conseils de fabrique, eussent pu vivre sans être exposées aux responsabiliiês redoutables et aux inquiétantes embûches dont certains articles de la loi les menacent*

A cô.ê de celte loi dont la première application a déjà mis en péril la paix publique, des mœurs gouvernementales indignes d’une république se sont établies et ont grandi sous la proieciion du Parlement, telles que la délation partout, l'espionnage dans l’armée, le système des « fiches » et l’institution des « délégués »* J’aurais combattu ces détestables pratiques qu i plusieurs de nos ministres actuels, eux- mêmes, ont qualifiées « d’ odieuses et d’abjeclos »,

Voilà pour le passé 3

O f y a-t-il à espérer de l’avenir?

■ eut-ètre estdi encore temps fie réparer le ma ! fait au pays par ceux qui on! tenu en main ie gouvernement et par le Parlement qui les a approuvés* Le seul moyen dy parvenir, c’est d’arracher ie pouvoir aux secuires et aux incapables qui en ont si étrangement inésusê.

Un vif mouvement de protestation s’accentue partout contre cette politique néfaste* Néanmoins, le désuni ré et l’anarchie grandissent chaque jour, le gaspillage financier s'accroît, la dette publique augmente, les budgets sont en déficit, la liberté du travail, dans les centres ouvriers, est violée chaque jour, et les grèves, sans cesse renaissantes, ruinent notre industrie nationale, en ruinant les travailleurs eux-mêmes.

U est temps que le pays so ressaisisse et qu’un gouvernement vraiment républicain, c’est-à-dire vraiment équitable, ramène enfin la paix dans les esprits. Au lieu de poursuivre la guerre aux curés, de désorganiser l'armée et les grands services publics, ie Parlement n’a-t-il pas à résoudre les plus difficiles problèmes dans l'ordre économique et financier?

La réforme générale de l’impôt, toujours annoncée, toujours ajournée, suffirait à occuper une législature entière. L’établissement d’un impôt général sur le revenu, promis par le parti radical quand il était dans Proposition, est laissé de côté, on ne sait trop pourquoi, depuis que ce parti, absorbé dans la guerre à l’Église catholique, détient le pouvoir* Il est temps d’aborder l’étude de cette difficile question et de la résoudre en vue d’une répartition pins juste des charges fiscales, mais aus^i en tenant compte des répugnances de la nation tout entière, depuis les plus fortunés jusqu’aux plus humbles, pour l’inventaire administra îif des biens personnels de chaque ci ion en* C'est animé d’un large esptit de justice d’équité que je m’appliquerais à l’étude de cetæ question.

Mes chers Concitoyens,

B en. lu à [a vie privée, il y a quatre ans, j'avais accepté, sans regret et comme un verdict définitif, le vote qu’on vous avait arraché et que la Chambre des Députés a d’ailleurs annulé par A8Û voix contre IL Fai continué à vivre au milieu de vous, à m’iméresser à vos affaires et à la prospérité de notre beau pays* On invoque aujourd'hui auprès de moi un devoir patriotique. Je m’y soumets avec courage, Si vous m’appelez encore à vous représenter, j’assumerai sans défaillance un mandat dont je ne me dissimule pas la difficulté* Je le remplirai de mon mieux.

Le peu de jours qui nous sépare de l'élection ne me permettra peut-être pas de me rendre dans chaque commune où m’attendent, je le sais, de nombreux amis; mais j’espère que mon programme est suffisamment explicite pour que ceux qui veulent conserver leurs droits, leur ad te et leurs libertés sachent que je suis prêt à les défendre.

— lül ~

L'heure de la libération n’est pas éloignée, si chacun fait son devoir, le 6 mai s ,n8 se laisser .ot.m.der par un pouvoir dont les jours .ont comptés et sans se laisser séduire rar des promesses prodiguées la veille du scrutin et oubliées dès le lendemain.

Veuillez agréer, mes chers concitoyens, l’assurance de mon entier dévouement.

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