‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 191 sur 280 · M. CHARLES BENOIST · texte numérisé non relu

M. CHARLES BENOIST

Élu au 1er tour de scrutin, — 4,705 voix.

Mes chers Concitoyens,

Gomme en 1902, je viens solliciter vos suffrages; eom ne alors, le programme que je vous soumets doit seul faire contrat entre nous; comme alors, ce programme est un programme de réformes,

L Réforme électorale: par Tadoplîon définitive de deux lois, Pune contre la fraude, l'autre contre la corruption; par le rétablissement du scrutin de liste et Rétabli sement de la représentation proportionnelle; par la promulgation d’un Code électoral, substitué à la législation, frag centairc et rudimentaire, fondée encore sur les décrets de 1852,

il. Réforme parlementaire : par une révision du règîcm ut de la Chambre, tendant à

assurer la fixité de l'ordre du jour, à empêcher l'abus des motions et des projets de résolution, à exiger de chaque député le vote personnel,

1IL Réforme constitutionnelle : en vue d’élargir le collège qui nomme le Président de La République ; de prendre les Ministres hors des Chambres d'introduire dans le mode d'élection du Sénat un élément de représentation des forces sociales; de limiter le parlementarisme, jusqu'à présent illimité, à la fois dans son incompétence par la collaboration obligatoire du Conseil d'État ou d’un corps technique à la préparation des lois, et dans son omnipotence: 1° au s mmet, par l'institution d’une Cour suprême, chargée degaranir judiciairement les droits et les libertés du citoyen; 2° à la base, par l'institution du referendum populaire, d'abord en matière municipale,

IV. Réformes sociales, à poursuivre et à réaliser progrès ive mont p-tr le complément méthodique du Co Je du travail et de la prévoyance sociale que j'ai eu l’honneur de faire voter le 15 avril 1905, co nbîant les plus grosses lacunes de ce Code et comprenant des lois :

(Livre Ier) : 1° sur le contrat de travail ; 2° sur les conditions du travail dans les marchés passés par F État, les departements et les communes ; S° sur la détermination et le payement du salaire ; 4° sur îa participation aux bénéfices; 5° sur le délai-congé*

(Livre II) ; 6° sur la réglementation du travail des enfants et des femmes ; 7° sur la réglementation du travail des hommes adultes dans les professions insalubres ou dangereuses; 8° sur Rhvgièneet la sécurité des ateliers ; 9° sur le repos hebdomadaire.

(Livre III) : 10° sur les coalitions et les grèves ; 11° sur les Bourses du travail ; 12° sur la formation et la capacité des sociétés ouvrières de production.

(Livre IV) : 13° sur l'extension aux employés de la juridiction des Conseils de prud'hommes; 14° sur îa représentation professionnelle.

(Livre Y): 15° sur les retraites ouvrières; if>° sur l'sssuranœ contre la maladie; 17° sur l'assurance contre le chômage.

(Livre VI) : 18° sur la coopération de consommation ; 19° sur la coopération de crédit.

Codification, dans la forme du Code du travail, mais en un Gode séparé, des lois, décrets et arrêtés relatifs à l'assistance.

Dispositions propres à faciliter la déconcentration de l'industrie, la défense du petit commerce, la stabilité du petit patronat, la possession es, la protection du bien de famille.

C'est un long chemin qui s'ouvre devant nous, et nous ne le parcourrons peut-être pas tout entier. Je voudrais du moins y marcher d'un pas ferme, sans m'arrêter aux broutilles et aux broussailles. J’appelle ainsi ce que d'autres appellent * la politique », et qui n'est souvent que buisson d'intrigues mesquines, enchevêtrement d'ambitions misérables.

Peu vous importe ei peu m'importe de savoir suivant quel dosage les différents grmp s entreront demain dans les amalgames ministériels, pourvu que les principes soient saufs, et sauves les choses essentielles sans quoi la vie nationale, au temps où -ous sommes, ne vaudrait pas la peine d’être vécue, c’est-à-dire une haute idée de la Patrie, 1 j Droit, la Liberté; toutes les libertés publiques et privées, maintenues ou reconquises, et mises enfin à l'abri des entreprises d’un pouvoir qui semble incapable Rapprendre à ne pas se conduire comme une faction.

Ce qui vous importe et ce qui m'importe, c'est que la réalité du pouvoir soit où est l'apparence et ofi devrait être la responsabilité du pouvoir, que le Gouvernement soit un gouvernement, et que la France ne soit p!us dirigée en secret, du fond d'un antre, par des hommes masqués. C'est que les basvses pratiques qui ont un instant servi de moy n< à une * abjecte domination », la délation, l'exploitation des fonctions d’Éta' au profit d'une coterie ou [l’une secte, soient à jamais abandonnées. C'est que la guerre religieuse, menant droit à

la guerre civile, soit détournée de nous. C'est que les traditions qui font la personne morale et historique de ce pays soient respectées ; qu'il ne soit attenté ni à la conscience ni au drapeau, qu’il ne soit dérogé ni à la loyauté qui est le caractère, ni à la clarté qui est le génie de la race. C'est, en deux mots, que la France, appuyée sur une armée forte et servie par une diplomatie sage, ne cesse pas d’être, au dedans et au dehors, la grande France, et que la République devienne la vraie République, libre, égale et fraternelle, une République de paix et de lumière.

Organiser la démocratie, politiquement par l'organisation du suffrage universel, économiquement par ^organisation du travail, telle est l'œuvre à laquelle j'avais promis de m’atîachtr; telle est l'œuvre que j’ai commencée, durant les quatre ans qui finissent ; telle est l'œuvre que je vous demande de me permettre, pendant quatre nouvelles année *, de continuer, puisqu'il serait sans doute téméraire de prétendre l’achever,

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