A. FÉRON
Député sortant,
Ancien conseiller général du canton de Puteaux,
1" Circonscription de SCEAUX.
M. Charles DELONCLE.
Elu au 1er tour de scrutin. — 10.118 voix.
Mes chers concitoyens,
Je viens solliciter de votre confiance le renouvellement du mandat que vous m’avez accordé, il y a deux ans, et que je crois avoir rempli avec zèle et dévouement. Vous m’aviez
élu sur un programme de réformes démocratiques. J’ai conscience d'avoir tenu mes engagements.
Fidèle à mes principes de liberté, j’ai voté la séparation des Églises et de l’État, depuis
longtemps réclamée par le pays et rendue nécessaire par l’attitude du Saint-Siège à l’égard delà France; mais, respectueux de la liberté de conscience, je ne l’ai votée que parce qu’elle était loyalement faite dans des sentiments de bon sens, de justice et d’équité, et non dans un esprit de violence ou de parti-pris.
Cette loi, en effet, a laissé au clergé la disposition gratuite des églises, donné aux fidèles le droit de former des associations cultuelles qui pourront régler elles mêmes l'exercice des cultes et l'administration de leurs biens, accordé des pensions aux ministres du culte comptant un nombre déterminé d’années de service.
C’est donc une loi de liberté qui, en faisant rentrer l’Église dans le droit commun en lui enlevant toute tutelle, lu! rend cette indépendance dont elle était si jalouse aux origines du christianisme et qui, d'autre part, supprime pour l’État, qui n’a pas à s’occuper de ce qui est du domaine du spirituel, toute ingérence du Vatican dans sa politique et dans ses affaires.
Partisan de l’égalité absolue de tous les citoyens devant les devoirs sociaux, j'ai voté la nouvelle loi militaire qui, en réduisant à deux ans la durée du service militaire, tout en renforçant la puissance de notre armée, a fait en même temps disparaître toutes les exemptions et toutes les réductions qui subsistaient encore et constituaient de choquantes inégalités. *
Sincèrement animé de sentiments de fraternité et de justice sociale, j’ai voté la loi d’assistance obligatoire aux vieillards, aux infirmes et aux incurables sans ressources, et j'ai également voté la loi créant une caisse de retraites ouvrières qui, lorsqu’elle aura été votée par le Sénat, mettra l’ouvrier, sur ses vieux jours, à l’abri delà misère.
Ces trois grandes réformes, qui resteront à l’honneur de cette dernière législature, sont l’œuvre du parti républicain étroitement uni dans ses fractions diverses quand il s’agit de réaliser davantage la devise commune des sincères républicains ; Liberté, Egalité, Fraternité,
Je suis fier de m’être associé a l'accomplissement de ces réformes, mais d'autres sont encore à accomplir.
Débarrassée de toutes les questions religieuses, et dans le calme qui ne manquera pas de succéder, après les élections, aux agitations fomentées par les adversaires de la République, la Chambre prochaine doit poursuivre résolument, mais aussi sans secousse, la réalisation des réformes sociales que nous attendons.
Dans l'ordre politique, je suis notamment nettement partisan d’une révision delà Constitution, mais dans un sens démocratique, et excluant, par suite, toute idée de plébiscite, qu’aucun républicain ne saurait admettre.
Au point de vue financier, j'ai toujours été et je demeure partisan d’une réforme de notre régime fiscal demandant à l’impôt progressif les moyens de dégrever les revenus du travail .
Dans l'ordre judiciaire, je demande une simplification de nos codes, leur révision dans un sens plus humain, la réduction des frais de justice et la réforme de la magistrature.
Dans l'ordre des réformes scolaires, je veux l’abrogation des lois Falloux, la laïcisation de l'enseignement rendu, à tous ses degrés, accessible à tous.
Dans l’ordre des réformes sociales, je réclame l'achèvement de nos lois ouvrières, l 'amélioration de la loi sur les accidents du travail et l’organisation, par la nation, d’un système général d’assurances sociales.
Citoyens!
Les adversaires delà République ne manqueront pas de vous dire, selon leur habitude, que la politique de la République tend de plus en plus à diminuer la force de notre armée, ainsi que le prestige delà France dans le monde.
Or, jamais notre armée n’a été plus forte et jamais peut-être la situation de la France vis-à^vis des autres puissances n’a été meilleure.
Certes, le parti républicain, qui a relevé la France de ?es désastres, veut la paix, car il
sait que c’est seulement dans la paix que s’accomplissent les progrès sociaux, II veut, comme Ta si bien dit le Groupe parlementaire de Farbitrage international, dont je m’honore de faire partie, rapprocher les peuples, diminuer nos risques de conflits, substituer peu à peu la justice à la violence- Mais il nJa jamais ménagé les sacrifices qu’exigeaient notre s ourit ; et la défense de notre territoire, car il sait que la puissance militaire est indispensable à notre pays, aussi bien pour se défendre contre toute provocation que pour continuer à pouvoir répandre dans le monde *es idées de justice et d’humanité. -
Si ces i ;ées sont les vôtres, si vous voulez une République réformatrice et de progrès social, secourable aux déshérités, généreuse et vraiment libérale, respectueuse de tous les droits, mais veillant à ce que personne n’oubüe ses devoirs et ne s’insurge contre ies lois, une république antinational^ et antiplébiscitairc, mais soucieuse de conserver la puissance et l'honneur de la patrie, si vous voûtez, dans Pordre et la paix, travailler à la grandeur de la France, si vous estimez enfin que, par mon dévouement et par mon activité, j’ai mérité votre attachement, vous me renouvellerez, le G mai prochain, la confiance que vous m’aviez accordée et que je crois avoir justifiée.
Vive le canton de Montreuil 1 Vive le canton de Vinccnncs !
Vive ki République!
Charles DSLOft CLE, député sortant,
candidat du Congrès républicain.