‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 221 sur 280 · M. BRI N DEA U · texte numérisé non relu

M. BRI N DEA U

Elu au lpr tour de scrutin. — 9,193 voix.

Chers Concitoyens,

Par trois fois, en 1895, 1898 et 1902, vous nravez fait I1 honneur de m'envoyer siéger à la Chambre des députés.

Mes idées n'oüt point varié depuis onze ans, et c'est avec le même programme politique que je me présente aujourd’hui devant vous.

Aux élections législatives de 1902, je vous indiquais, dans ma profession de foi, les raisons de mon opposition au ministère Waldeck-Rousseau ; je vous dénonçais les dangers de son alliance avec les socialistes-collectivistes et les progrès inquiétants de la propagande antimilitariste ; j’ajoutais qu'il fallait voir dans la loi sur les Associations, un acheminement vers U suppression de la liberté de Renseignement,

Des événements ont prouvé clairement que ces craintes notaient que trop justifiées,

Sous le ministère Combes, tonte une catégorie de citoyens a été privée de la faculté d'enseigner et Ton a, du même coup, enlevé aux pères de famille la possibilité de faire instruire leurs enfants dans les écoles de leur choix. On a ainsi audacieusement violé les principes posés par les auteurs des lois républicaines sur Renseignement.

Le ministère se montrait en même temps plein de complaisance envers les socialistescollectivistes. Des grèves, la plupart du temps fomentées par des politiciens, ont profondément troublé Le pays sans que les pouvoirs publics osassent assurer efficacement la liberté du travail.

C'était la préface du mouvement révolutionnaire qui a jeté, ces jours derniers Ja désola’ tien dans le Nord de la Fraucf1.

Enfin, pour satisfaire son ht soin de dominaiion, ses rancunes et les appétits de sa clien-

tèle électorale, M. Oinbes avaient recours aux pires moyens. L’arbitraire le favoritisme la pression et la candidature officielles, le, procédés de basse police, les dénonciations furent alors érigées en système de gouvernement.

Bintôt, grâce à la complicité du général André, la délation, organisée parla Franc-Maçonnerie, s’est étendu sur notre année.

Tandis que ce ministre de la Guerre, oubliant ses grands devoirs, se consacrait à ces louches besognes, M. Peiletan, - justement qualifié depuis le « péril national» par M Doumer,- désorganisait notre marine nationale, arrêtait les travaux de nos chantiers et semait l’anarchie dans nos ports de guerre.

Le successeur de v. Combes, M. RouVer, n’a pas eu l’énergie uécessai.e pour réparer le mal. M. Combes et tes amis ont cominué à gouverner dans la couhsse.

On s’est lam é dans la plus redoutable des aventures en faisant voter récemment, par une majorité trop docile, la séparation des églises et de l’État. Cette majorité a refusé de prendre en considération I opinion des républicains éminenis qui, dans le passé avaient signalé les dangers de cette mesure. Elle s’est également opposée à ce que le pays fût consulté sur cette question. C’est ainsi qu’a été aboli un régime qui donnait à la fois à l’État et aux cultes, dans uu intérêt public, les plus sérieuses garanties.

La législation qui vient de prendre fin a gaspillé, dans de stériles agitaiions politiques, une trop grande part du temps qu’elle aurait dû consacrer aux réformes utiles et aux intérêts généraux du pays.

Piise de remords tardifs, la majorité parlementaire a, dans ces derniers mois, cherché à lësoudie hâtivement la question si complexe des reiraites ouvrières, qu’elle avait jusqu’à présent négligée.

Un a ainsi remis à l’ordre du jour une proposition contre laquelle la presque unanimité des syndicats prolessionnels, patronaux et ouvriers* s’etait. prononcée, il y a quelques années.

Cette proposition, qui a le grave défaut de faire subir aux ouvriers* qui doivent être libres de disposer comme ils l’erueodent de leurs salaires, une retenue obligatoire de 2 0/0, a été voté sans qu’on sût, même d’une façon approximative* Jes charges qui en résulteront

pour les contribuables et qu’on ait déterminé les moyens financiers nécessaires pour v faire face.

Persuadé que la question si intéressante des refaites ouvrières doit être résolue soit à 1 aide de Jaj ges subventions données à la mutualité, soit par la constitution d'une caisse de pensions alimentée par les versements volontaires des intéressés et par des allocations de 1 Etat, j ai refusé de m’associer, par mon vote, à la maoifestaiion purement illusoire à laquelle s’est livrée la Chambre des députés.

Le Parlement a voté une nouvelle législation sur le recrutement de Farinée connue sous le nom de loi sur le service de deux ans. Le premier texte adopté par la Chambre ne mTa paru donner à la défense nationale toutes les garanties désirables, et je lui ai refusé mon adhésion. Ce texte pouvait paralyser le recrutement de nos écoles militaires ; il affaiblissait

I instruction de nos réserves et de notre armée territoriale. Le Sénat ayant corrigé ces défectuosités, j’ai voté pour le projet de loi ainsi modifié lorsqu'il est revenu devant la Chambre.

II devra êire complété dans l’avenir par des dispositions favorisant les rengagements dans une très large mesure.

Ln matière de politique extérieure, j’ai voté contre l'accord franco-anglais qui sacrifiait nos pêcheries de lerre-Neuve en ne nous donnant comme compensation, au Maroc, qu’une liberté d'action à laquelle de récents événements ont apporté des entraves.

Eu ce qui concerne les lois d’alfa ires, mon attention s'est portée d’uue façon toute spéciale sur les questions concernant les ports de commerce ei la marine marchande.

Membre et plusieurs fois rapporteur de la Commission des travaux publics, j’ai fait voter par la Chambre le projet de lui relatif à rétablissement d'un permis de communication entre le bassin Bellot et le canal de Tar carviiie, j’ai combattu devant cette Commisrinn et fait ajourner le projet de Paris port de mer. JTai réclamé à diverses reprises, à la tribune,

les améliorations nécessaires pour permettre an port du Havre de lutter a armes égale avec ses rivaux, améliorations qui doivent consister notamment dans 1 approfondissement du nouvel avant-port, dans la construction d’une nouvelle forme de radoub, dans 1 appropriation du Bassin-Dock, dans l’établissement de nouveaux quais au nord du canal de Tancarviile, enfin dans la création, au sud du bassin de l’Eure, d’un nouveau bassin pour la

navigation transatlantique, . .* ,

J’ai posé, à diverses reprises, pendant la discussion du budget des Travaux publics, la

question de l’autonomie des ports de commerce, que je considère co uine capitale pour ave-

"" 'paifaiMous mes efforts pour obtenir le dépôt et le vote du nouveau projet de loi sur la marine marchande. J’ai combattu énergiquement, à ta tribune de la Chambre, 1 opposition faite à ce projet par M. (filiaux et par d’autres orateurs.

La question de fejigne du Sud-Ouest, dont je n’ai cessé ,:o m occuper, n a pu encore aboutir au cours de la dernière législature, malgré lus promesses formelles du Ministre des Travaux publics. Mais les rapports des Commissions chargées d’examiner les divers proje seront déposés à bref délai et le premier devoir des futurs représentants du Havre consistera à poursuivre, avec la plus grande activité, le dépôt et ta discussion du projet de loi tendant à doter noire région de cette nouvelle voie de communication.

Au point de vue éc momique, nous constatons que la plupart des nations cherchent a protéger les principaux facteurs de leur activité contre la concurrence du dehors.

Nous devons donc, surtout en présence du développement de la produiuon dans des pays neufs, continuer à défen Ire nos industries et notre agriculture.

En ce qui concerne particulièrement l’agric dture, qui occupe dans la deuxième circonscription une place si considérable, j’ai signé, avec un grand nombre de mes collègues une nouvelle proposition de loi tendant à favoriser la culture du colza par l'etablissement de droit d’entrée sur les graines oléagineuses d’origine étrmgère. Dette proposition a été l’objet d’un rappoit favorable de la Commission des douanes et elle aurait du venu en discussion si la Chambre n’avait pas lais-é en souffrance un trop grand nombre de lois d’affaires. 11 y a lieu d’espérer qu’un nouvel effort permettra enfin de faire aboutir cette question au cours de la prochaine législature.

Électeurs,

Le devoir de la prochaine Chambre sera de travailler à ramener dans le pays l’apaisement, la confiance et la concorde, en y rétablissant la liberté, l’ordre et la justice. G est la condition indispensable du progrès et de la prospérité publique.

Elle devra donner tous ses soins aux lois d’affaires, s’appliquer à faire de bonneadministration, à réaliser toutes Us économies et s;mpliücations possibles, à pratiquer, dans ta plus large mesure3 la décentralisation administrative*

En ce qui concerne les fonctionnaires, j’estime qu’il y a lieu de les auto: oser a user très libéralement de la loi sur les Associations. Mais je ne saurais admettre a leur égard l’extension de la loi sur les syndicats professionnels, qui aboutirait fatalement au droit ce

grève*

La réforme financière devra consister dans une meilleure répartition des chargea, sans aucune mesure inquisitoriale. Elle devra respecter le principe de la proportionnalité.

L’expérience a prouvé que l’élection des députés par circonscription d’arrondissement n’était point favorab'c aux intérêts généraux. H y aura lieu d’y substituer le scrutin de liste par département ou fraction de département, en combinant cette réforme avec la représentalion proportionnelle*

Che.s concitoyen^

La situation actuel e est particulièrement grave et le verdict du suffrage universel aura, sur les destinées de la patrie, une influence exceptionnelle.

li ne faut pa< qu’il y ait d’équivoque. Il faut que les candidats du eut nettement s’ils f-ont pour ou centre la politique du bloc, qui fait le j>.-u des s>ciaIistes-colleclivistes.

Il faut que les électeurs se rendent également compte, dans ces circonstances, de leur propre responsabilité envers leur pays.

Pour moi , dédaignant les attaques violentes oti peifides d'adversaires sans scrupules, je consi 1ère Comme un honneur d’avoir combattu une politique aussi funeste à la France et aussi contraire à co qui est Pessence mémo de la République : la liberté I

Vive la France 1

Vhe la République î

Louis RR1NDEÀIL

3É Circonscription du HAVRE.

M. SÜCHETET,

Élu au 1er tour de scrutin. — 10.008 voix.

Messieurs et chers concitoyens,

Voup m’avez demandé de continuer à porter haut et ferme le drapeau de la politique libérale dans noire circonscription, à laquelle des liens de toutes sortes m’attachent depuis Jlongtemps.

Je n’hésite pas, je reste candidat; car, je le sens, en présence de la lutte qui s’engage, je ne puis déserter le poste dj honneur que vous m’avez confié.

Pendant la durée de (Mte législature, j’ai toujours soutenu les principes d’une République libéra 'e, ouverte à tous et respectueuse di>s droits de chacun. Mot* devoir est donc tout tracé : je dois combattre de nouveau et sans relâche la politique sectaire, despotique et antireligieuse qui voudrait faire de la France le domaine de la franc-maçonnerie.

Mais ai-je besoin de vous développer longuement mon programme politique et écono- ^omique, que mes votes et mes interventions a la tribune vous ont fait connaître? Depuis hujt années que je siège à la Chambre des Députés, vous avez été à même de vous rendre compte de tous mes actes législatifs. Et c’est, il y a quatre ans, par une majorité de près de 3 000 voi3£ que vous avez approuvé et acclamé mon programme. IJ n’a pas changé; tel il était alors, tel il est encore aujourd’hui.

je me suis, vous le savez, associé en maintes circonstances aux mesures d’ordre économique visant les intérêts industriel^ maritimes, commerciaux, ouvriers et agricoles de notre circonscription.

Soucieux également des intérêts de ceux qui payent l'impôt, fâi dû, plusieurs fois, refuser des crédits que j'aurais votés en d'autres circonstances, c’est-à-dire si l’état de nos finances l’eût ■ ermîs. — J’ai tenu à encourager l’épargne libre, je veux dire Les prévoyants et les mutualistes, la plupart ouviiers et employés. Ceux-ci, et ils sont nombreux dans ma circonscription, ne me reprocheront pas de les avoir laissés sans défense. Je me suis toujours opposé aux mesures que je croyais de namre à porter atteinte à leurs droite.

J ai bien dos fois plaidé la cause de nos marins et les revendications agricoles ont fait

l’objet de mes préoccupations. Si nous n arrivons pas, dès à présent, à de meilleurs résulta ts> il faut en accuser la politique bloc* rue. La Chambre, constamment absorbée par ses opérations stratégiques contre les bonnes sœurs, les religieux, les prêtres et les églises, n’a pu trouver le temps de s'intéresser suffisamment à notre agriculture. Avant de voter des droits protecteurs contre la concurrence étrangère, ne fallait-il pas obéir aux Loges et faire passer les lois de guerre contre les catholiques, séparer les Églises de l'État, inventorier leurs biens et supprimer le budget des Cultes 1 Et pendant ce temps, l’étranger fait entrer ses uenrées en France, au grand détriment de nos producteurs nationaux!

Ai-je besoin de vous rappeler, enfin, que je me suis fréquemment élevé à la tribune contre ieg mesures qui portent atteinte notamment a la liberté de conscience, car je considèie que les intérêts moraux et religieux d’un peuple sont tes premiers à sauvegarder, tout aussi bien pour maintenir sut grandeur et son prestige aux yeux des nations qui l’entourent, que pour i'empôcfoer de tomber dans la décadence et l’anarchie, maux à redouter pour tout peuple qui abandonne ses croyances.

Or, ce que j’ai été dans le passé, je le serai dans l’avenir.

C’est vous dire. Messieurs et chers électeurs, que, si vous me renouvelez mon mandat, je le remplirai de nouveau avec honneur et avec indépendance, m'occupant en outre, comme je l’ai toujours fait, d.s intérêt- particuliers de mes concitoyens « à quelque opinion qu’ils appartiennent »,

Mais, pour être réélu, je ne chercherai point à obtenir vus voix par la flatterie et par de de vaines promesses.

Vous êtes libres de vos votes. A vous de voir si ma ligne de conduite vous convient. Vous me Pavez prouvé par deux fois de suite; je vous en remercie de nouveau. Toujours vous me trouverez sur la brèche pour dépendre vos droits et vos libertés, et toujours prêt h lutter contre les délateurs, les mouchards, les délégués de tous les valets de la franc- maçonnerie.

Je me présente à vos suffrages par devoir et non par ambition, pour soutenir la cause du droit et de la justice, si gravement compromise en France.

Électeurs I

Vous vous souviendrez que la législature qui vient d’expirer si lamentablement dans les troubles et le sang des inventaires a, sans mandat pour le faire et sans daigner vous consulter, voté la loi impopulaire de la séparation des Églises et de l’État, cette loi qui a déchaîné en France la guerre civile et que la nouvelle législature aggravera encore, si elle est composée des partisans du bloc et de la politique ministérielle.

Que les amis de la liberté se donnent donc tous rendez-vous, le 6 mai proohiin; nul n’y peut manquer! C’est un devoir d’user du droit que la loi confère, pour le triomphe de la bonne cause.

Mx urnes, mes chers concitoyens !

C’est aux cris répétés de « Vive la liberté! » que nous nous retrouverons le jour du scrutin.

Recevez, je vous prie, l’assurance de mes sentiments entièrement dévoués.

A. SUCHETET,

Député sortant.

Circonscription de NEUFCHATEL

M. BOUCTOT,

Messieurs et chers Concitoyens,

De douloureux événements de famille, survenus coup sur coup, à l'époque des vacances parlementaires, m’ont empêché, depuis bientôt deux ans, de me rapprocher de vous aussi souvent que je Faurais désiré. En outre, les dernières sessions ont été particulièrement longues et laborieuses et les journées ont été fréquentes. où, fait sans précédent, nous avons été appelés à siéger matin et soir. Enfin, une crise ministérielle inattendue a retenu si tardivement la Chambre pour le vote indispensable du budget, que le nouveaîf gouvernement a dû, pour obéir aux prescriptions de la Constitution, convoquer précipitamment les collèges électoraux, quitte à faire coïncider la période électorale avec la session même des Conseils généraux.

C'est vous dire qu’à mon plus grand regret, il ne me sera sans doute pas permis, cette année, de parcourir, commune à commune, le vaste et florissant arrondissement que je dois à votre inaltérable confiance de représenter depuis huit années au Palais-Bourbon,

Mais le cas de force majeure qui me prive du temps matériel nécessaire pour vous revoir tous m’oblige, d'autre part, à vous fournir également à tousf en ce qui concerne l’exercice de mon mandat législatif, les explications loyales et nettes auxquelles vous avez droit.

Ce sera, si vous le voulez bien. Messieurs et chers Concitoyens, Pobjet de la présente lettre ouverte.

Mon premier souci, au cours de ces quatre dernières annés de ma vie publique, aura été de demeurer fidèle à ce programme d’efforts persévérants, dans Pordre économique, et de droiture, dans l’ordre politique, que je me suis imposé dès 1895 et dont les manifestations successives de votre sympathie, en 1898, en 1901 et en 19ft§, m’imposent de ne jamais me départir.

J’ai toujours considéré comme un devoir d’être, sauf empêchement tout à fait impérieux, présent aux séances de la Chambre, dont j’ai suivi assidûment les travaux, lorsque la défense de vos intérêts ne m’a pas amené à y prendre moi-même une modeste part,

C’est ainsi que, sous des formes multiples et dans des interventions diverses au courant desquelles vous ayez été scrupuleusement tenus, je suis intervenu dans la discussion des grandes lois sociales d'assistance et de prévoyance, indispensables clés de voûte d'une organisation démocratique féconde, m’attachant, dans la mesure de moyens que fortifie l’ardeur de mes convictions, à donner aux aspirations généreuses des uns et des autres plus de sens pratique et de salutaire précision.

Comme je l’avais promis, j’ai voté la loi sur la réduction à deux ans du service militaire, ainsi que toutes les dispositions proposées en faveur des réservistes et des territoriaux et j’ai insisté particulièrement pour que les soldats, en activité de service, jouissent, en vue de rejoindre leurs foyers au moins une fois par an pendant la durée de leur présence sous les drapeaux, de la gratuité du parcours sur les chemins de fer.

Lors de la discussion de la loi de Séparation, dont je déplore le vote et à l’application de laquelle il faudra apporter tous les ménagements désirables dans l’intérêt de la paix et de l’ordre public, notamment en ce qui concerne la dévolution des biens et les associations

cultuelles, fai pris la parole, au nom des principes de justice et d’humanité, en faveur des serviteurs des cuites rendus incapables, par ï âge ou les infirmités, de remplir leur sacerdoce.

Les questions agricoles ont continué à trouver en moi le défenseur opiniâtre qui, dès 1898, revendiquait avec fierté le titre de « candidat des ruraux », et, s’il reste encore bien des problèmes à résoudre, bien des obstacles à vaincre, bien des réformes à accomplir, je ne saurais oublier que j’ai eu l’heureuse fortune, soit en intervenant à la tribune, soit en faisant adopter des modifications utiles, de collaborer, au cours de la législature qui finit, â de nombreuses lois concernant par exemple :

La protection des beurres et engrais,

La répression des fraudes en matière alimentaire,

Le relèvement des tarifs en vue de favoriser l’élevage et le commerce du bétail national,

L’attribution d’indemnités pour abatage sanitaire des animaux,

Les warrants et les coopératives agricoles, etc., etc.

Mon dévouement demeure acquis à la cause du sol et je ne ménagerai pas plus mes efforts dans l’avenir que je ne l’ai fait jusqu’alors en vue de compléter, — par la création de Chambres consultatives d’agriculture, l’organisation d’associalions de mutualité et de crédit agricole, le remaniement, dans un sens plus favorable à la terre et, partant, plus équitable, de l’assiette de l’impôt, l’institution du bien de famille insaisissable (homestead), le maintien des tarifs douaniers de 1892, e'c., etc., — le programme vital, intangible, de vos revendications et de vos droits*

le n’ai pas hésité non plus, Messieurs et chers Concitoyens, à me faire entre temps l’interprète des serviteurs les plus actifs de la République : facteurs, cantonniers, employés de chemin de fer, et à apporter à la Chambre, en des discours greffés sur les discussions budgétaires, l’écho de leurs réclama lions aussi modestes que légitimes*

Mes préoccupations économiques m’ont conduit à prendre part, dans le sens le plus favorable à ïa prospérité du pays, aux débats sur le rachat des Chemins de fer de la Compagnie de l’Ouest et sur la récente émission de huit cents millions de billets, sollicitée par la Banque de France*

Enfin je me permetirai de vous rappeler qu’en dehors de ma présence et de mon action incessante au Parlement, j’ai du à la confiance et à l’estime de mes collègues de faire partie de nombreuses Commissions, — Commission du budget en 1902, Commission de la houille blanche en 1903, Commission des douanes en 1909, etc*, elcM — et que j’ai prêté un concours effectif à toutes les démarches effectuées auprès des pouvoirs publics et des grandes Administrations par h. s groupes d’affaires dont je m’honore d’ètre membre, pour cetfe raison que leur unique objet est de resserrer les liens et de soutenir énergiquement ies intérêts de notre grande famille rurale.

Il me reste maintenant à m’expliquer sur mon attitude politique : je le ferai avec d’autant plus de brièveté et, disons le mot, de plaisir, que j’ai respecté strict' ment mes engagements les plus fermes et que mes votes, les plus simples comme les plus solennels, m’ont été dictés par le souci exclusif de servir, en même temps que votre cause, le triomphe de la démocratie, la dignité de la République et la grandeur de la Patrie*

Àu seuil même de la législature, je me suis vu, malgré ce rêve de conciliation républicaine et de solidarité sociale dont je prévoyais, dans ma circulaire d’avril 1902, la réalisation prochaine, acculé à une opposition sans trêve.

Ce furent les années mauvaises du ministère Combes, ïa persécution religieuse sournoise ou forcenée, l’application déloyale de la loi sur lus associations, interprétée systématiquement, et comme un défi au bon sens juridique, à titre d’arme de guerre contre les catholiques, îa désorganisation de la défense nationale, signalée avec autant de véhémence que de courage par le président actuel de la Chambre, alors président de la Commission do budget.

Ce fut le règne des « délégués administrai ifs », sorte d’agents louches d’espionnage et

de délation } répudiés par les honnêtes gens de tous les partis et que les fonctionnaires les plus intègres, les plus sûrs, les plus dévoués au régime, n’hésitèrent pas à désavouer*

Ce fut, enfin, ce système politique qui ne tendait à rien moins qu’à rendre, selon l'expression d’un ministre actuel, M. Georges Leygues : « la République odieuse et inhabitable à tous les Français », et qui, sous ie vocable de « Combisme », assombrit encore les âmes, paralyse les plus nobles tentatives, comme un oppressant cauchemar.

11 fallait alor.: être pour ou contre les fauleuri de telles entreprises antirépublicaines et antifranç dses : j’ai été contre*

Il fallait en finir avec ces querelles âpres et desséchantes, nées de la lutte anticléricale que condamnait à l’époque, en des transports d'admirable et cummunicative indignation, l’honorable M. Millerand ; j’ai, de tous mes efforts, de tous mes votes, hâté la désagrégation du Bloc, préparant ainsi l’arrivée au pouvoir de M. Bouvier*

Lorsque ce demi r a fait appel à une « majorité élargie », conviant ainsi k l’œuvre de réparation et de pacification les républicains du centre, je lui ai donné résolument mon adhésion, en même temps que, de concert avec mes collègues et amis MM* Bignon, Carnot, Flandin, Rouland, etc,, je prenais l’initiative de la création du groupe de Y « Union Républicaine », sous les auspices duquel je m’honore de me présenter aujourd’hui à vos suffrages.

Au surplus, l’horizon politique s’éclaircit, au fur et à mesure que les difficultés extérieures s'aplanissent et que le malaise combîste devient moins pesant, et l’avenir apparaît sous un jour plutôt rassurant.

De même que j’avais été jusqu’au bout fidèle au gouvernement de M* Bouvier, j’ai considéré comme un devoir de probité et de clairvoyance républicaines d'accorder ma confiance à ses continuateurs*

La promesse de combattre l’antimiütarisine, et de suspendre les inventaires en cas de résistance susceptible de provoquer des violences, les déclarations du Gouvernement touchant l'application d^s lois de séparation et d’assistance et, surtout, la présence comme ministre des finances dans le nouveau cabinet, de M, Poincaré, dont vous connaissez tous la vaillante intelligence et la réconfortante énergie, justifient mon attitude politique d’aujourd’hui, sans engager en quoi que ce soit ma ligne de conduite de demain*

Quant à cette dernière, elle demeurera constante, en accord immuable avec l’idéal de justice et de fraternité que nous nous sommes délibérément imposé aux jours des luttes de 1898,

Gomme tout porte à l'espérer, nous nous retrouverons, à l’issue des élections prochaines, en face d’un ministère résolu, pour triompher des attaques des partis extrêmes, à faire appel à tous les républicains sincères, sans tomber dans l’odieux des iniquités d’antan, ni dans le ridicule des excomunications d’hier, résolu aussi à provoquer les orientations au lieu de les subir, à guider les impulsions au lieu de les suivre, à se respecter, enfin, et à se faire respecter*

Voilà, Messieurs et chers concitoyens, ce qu’en toute franchise je tenais à formuler devant vous*

En L 898, votre adhésion spon fanée à mon programme et à mes idées, votre résistance obstinée aux multiples assauts d’une coalition puissante, me pfermit de croire que notre union serait durable: En 1902, en effet, la marque de confiance était devenue un élan de sympathie et c’est par plus de 10,000 suffrages que vous indiquiez votre volonté de me maintenir mon mandat législatif*

Aujourd’hui, il y a entre nous autre chose et plus que de la confiance et delà Sympathie ; il y a ce lien indissoluble qui, déjà, nous unissait, ma famille et moi, aux électeurs du canton de Saint-Saëns, il y a l'affection*

Aussi, je demeure certain qu’à ma fidélité éprouvée et à mon loyalisme républicain, vous répondrez par la réciprocité, une fois de plus affirmée, de vos sentiments cordiaux et que, le 6 mai prochain, sans abstentions ni réserves, vous manifesterez sur mon nom votre volonté formelle de voir enfin :

La République à jamais assise sous l’égide de la liberté;

La Démocratie organisée de façon à porter au maximum la conscience et la responsabilité de chacun ;

Et la Patrie mise pour toujours à l’abri des tentatives criminelles, quels que soient ceux qui les suscitent.

Au 6 mai donc, mes chers concitoyens, et tous aux urnes,

Pour la France et pour la République !

Votre concitoyen et ami,

BOUCTOT, député sortant.

lro Circonscription de ROUEN.

Page 1