E. LASSALLE
Député sortant.
Circonscription de VQUZIERS M, Lucien HUBERT
Élu au 1er tour de scrutin. — 7-150 voix.
t J'ai l’honneur de solliciter le renouvellement du mandat que vous m’avez confié pour la première fois il y a bientôt dix ans.
La situation est nette. Et, quoi qu’on en puisse dire, ce sont toujours les mêmes partis que nous trouvons aux prises.
L’étiquette du candidat peut changer ; mais derrière lui se coalisent toujours, avec leurs tempéraments, leurs goûts, leurs ambitions et leurs aspirations d'hier, tous ceux qu’aux heures troublées la Républiques trouvés contre elle sur sa route.
Ceux-là, ils nous demandent de substituer à une politique d'agitation une politique d’apaisement, et comment? En restaurant le régime concordataire qui a été la source de toutes nos discordes dans le passé*
Ils protestent au nom de l’Église contre la loi dont M. Ribot a pu dire le 7 mars 3 906 : « Que l'Église catholique pouvait vivre avec elle, et qu'elle pouvait même prendre une place plus grande parce qu’elle devra s’accoutumer aux mœurs fécondes et fortifiantes de la liberté » *
Ils évoquent le spectre de la révolution, alors que, les premiers, ils donnaient ces jours passés le spectacle de la révolte contre la loi.
Ils se disent plus patriotes que nous, alors qu’hier encore ils menaientcontre îes Caisses d'épargne et le crédit public l'abominable campagne que l’on sait, et que, pour affirmer leur amour du pays, ils passaient, comme iis passent encore, le meilleur de leur temps à crier à la faillite et à jouer du déficit.
Ils nous détaillent les avantages de leur politique, comme si nous n’en avions pas connu, il n’y a pas si longtemps, les inconvénients et les abus.
lis rêvent d’instaurer on ne sait quelle République dont le plus grand défaut serait précisément à nos yeux de n’êtrc acclamée que par ses ennemis les plus acharnés dans nos arrondissements.
Us sont partisans de toutes les réformes, sans oser jamais les appeler par leurs noms ; partisans de toutes les grandes lois sociales, en prenant bien soin d’ajouter qu'elles leur paraissent irréalisables.
Eh bien I tout cela ne saurait être de notre goût.
Mous appelons la caisse des retraites et l'impôt sur le revenu parleurs noms.
Nous condamnons avec la même énergie les désordres rouges et les désordres blancs ; la révolution des anarchistes comme celle des cléricaux.
Partisans de la propriété individuelle qu’a consacrée l’immortelle Révolution, nous voulons lui éviter l'accaparement qui pourrait lui être funeste en même temps que la dépossession qui Un serait mortelle .
Et à la belle formule de Liberté, Égalité, Fraternité, nous ajoutons un quatrième terme : Solidarité .
Mais la liberté ne va pas jusqu'à refuser obéissance à la loi.
L’Égalité ne se rapetisse pas aux seules questions de places, de décorations ou de subventions,
La Fraternité dépasse de bien haut les menues réformes que Ton qualifie de seules sérieuses pour masquer leur timidité.
Ce sont ces idées qui ont guidé les législateurs d3Iii©r comme elles devront présider à l'œuvre de demain.
La Chambre dernière a voté :
La séparation des Églises et de l'Éiat ;
La loi réduisant a deux ans la durée du service dans l’armée active;
La loi d’assistance obligatoire aux vieillards, aux infirmes et aux incurables privés de ressources;
La loi réprimant d’une façon générale la fraude dans la veute des marchandises et la falsification de produits gricoles ;
La Caisse des retraites,
La Chambre prochaine devra, en même temps qu’elle fera passer dans le domaine de l'application cette dernière grande loi, mettre immédiatement à l’étude :
L’impôt progressif sur le revenu;
La décentralisation administrative;
Le scrutin de liste et la représentation proportionnelle.
En dehors de ces1 grandes lois sociales ou politiques, le Parlement aura à réaliser d’autres réformes, comme :
La réduction des frais de justice;
La suppression des treize jours et la réduction des vingt-huit jours ;
L’abaissement des gros traitements ;
La diminution des contributions indirectes, principalement en ce qui concerne le sucre! le café, le tabac.
Au point de vue agricole, le Parlement aura à voter ;
La loi sur le bien de famille insaisissable, déjà adoptée par la Chambre ;
La diminution de Fimpôt foncier ;
La loi sur la répression de la tromperie en matière d'engrais ;
La loi tendant à la création de sociétés coopératives agricoles;
La représentation officielle de l'agriculture ;
‘La création d'une banque centrale de crédit agricole mutuel ;
L'établissement d'une caisse de secours pour les victimes des sinistres agricoles s
La lui tendant à réprimer la spéculation sur les produits agricoles;
La loi supprimant les prestations et les remplaçant par des centimes départementaux.
La plupart de ces lois ont été déposées, et en partie étudiées, durant la dernière législature,
U importe que d'ici quatre ans elles soient passées dans le domaine de la réalité.
Mes chers compatriotes.
Vous savez que votre représentant d'hier est tout prêt à assurer par son intervention ou son vote la réalisation de ce programme-
Le rôle personnel qu’il a joué en ce qui concerne diverses questions touchant le travail
de la vannerie dans les prisons, le privilège des bouilleurs de cru et les prestations vous est un garant de ses intentions fuiures.
Les neuf années passées vous ont permis de reconnaître tout au moins le zèle qu’il a consacré à Sa défense des intérêts généraux et particuliers dont il est prêt à accepter à nouveau la charge.
Les marques de confiance qu'a bien voulu lui témoigner la Chambre et la Commission du budget lui sont chères; celle que vous lui témoignerez à nouveau le & mai lui sera plus chère edeore, parce quVIle sera la marque de votre invincible attachement à la République démocratique et réformatrice ‘dont le programme ee résume ainsi :
Ni timoré, ni téméraire 1
et dont IV p rit s'inspire de cette formule claire et précise :
Ni réaction j ni révolution !
Vive ta France I Vivent les Ardennes I Vive la République î
Lucien HUBERT.