‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 24 sur 280 · M. DELCASSÉ · texte numérisé non relu

M. DELCASSÉ

Élu au let tour du scrutin. — lû.32'7 voix.

Mes chers Concitoyens,

J’ai Phonneur de yüus demander le renouvellement du mandat que vous m’avez confié en 1839 et que* depuis 1889, vos libres suffrages m!om main tenu sans interruption.

Ce que je serai, ce que je ferai demain, mon passé, les actes accomplis pendant seize ans comme député, pendant neuf ans comme ministre, vous en répondent mieux qu’une vaine accumulation de trop faciles promesses.

En votant pour moi, vous savez que vous voterez ;

Pour un républicain contre qui se réunissent, dans chaque bataille électorale, les attaques des adversaires, honteux ou déclarés, de b République, sans dôme parce que, faisant, par la République et en son nom, tout îe bien possible, il a rendu la République plus chère à nos populations et fortifié en elks la résolution de la conserver;

Pour un patriote qui a voulu h France toujours plus grande, toujours mieux appréciée* toujours plus respectée; qui, mettant en évidence, pendant qu’il avait la charge de nos relations extérieures, toute la valeur de la France, s’est appliqué à entourer la France d’un réseau d‘ alliances, d’amitiés naturelles et d’intêrêLs conçoruauts où l'opinion unanime voit aujourd'hui, avec l 'armée, objet de notre sollicitude, de notre eon dance et de notre orgueil, la garantie la plus sûre d’une paix digne et féconde;

Pour un Arièg^ois de sang et de cœur, dont P influence et l’activiè demeurent au tervice des intérêts de PAriège et des Ariègeois,

Ces intérêts, agricoles, fores tirs, industriels, miniers, rien ne saurait mieux ks favoriser que k développement de nos ch min s de fer.

Dans les seize dernières années, trois lignes ont été construites et livrées à Pexploitalion : Foîx à Saint-Girons, Lave la net à Brarn, Ramiers a Limoux. El le Conseil général, par une délibération qui m’a profondément touché, a tenu à reconu aire la part singulière que j’ai prise à leur établissement.

CVat une entreprise (dus vaste encore, entamée déjà, qu’il s’agit maintenant de pousser avec vigueur :

Ce sont les trois lignes transpyrénéeanea dont la construction a été décidée par une convention diplomatique que j’ai signée avec l’Espagne, le 18 août 19ÜA, que j’ai fait voter 4 la Chambre, le 26 mai 1995, que j’ai déposée le même jour au nom du Gouvernement, sur le bureau du Sénat, et dont, en attendant l'approbation prochaine de la Haute Assemblée* la Compagnie du Midi — nouveau pas et décisif — vient de s’engager à accepter la concession ;

C’est la ligne de Saint- Antoine à Lave! a net et Bélesmt* avant-dernier tronçon du sompyrénéen, dont j’ai fait commencer les études, il y a trois ans, et dont, après de multiples et pressantes démarches, j’ai obtenu que la concession soit donnée à la Compagnie du Midi,

par une convention, aujourd’hui signée, et qui sera, dès la rentrée soumise, en même temps que la déclaration d’ulitité publique, au vote du Parlement;

C’est la ligne de Tarascon à Victiessos, malheureusement disparue du programme il y a près de trente ans, dont, sur ma demande instante, M. le Ministre des Travaux publics a ordonné les ètud s, actuellement en cours, et dont l'exécution sera facilitée par îa ré* duction de dépenses obtenue à la suite des rao tifîcations apportées au plan primitif;

C’est enfin la ligne de Quillan à Montlouis, qui doit traverser noire canton de Quêrigut, et dont, avec mes collègues de l’Aude et des Pyrénées-Orientales, je m’emploierai activement à amener la réalisation*

De ces différentes lignes, quelques-unes, par leur caractère international, ont une importance exceptionnelle ; toutes, soit en permettant l'exploitation de ressources nombreuses encore inutilisées, soit en déterminant un accroissement de travail et de trafic, constitueront un élément inappréciable de prospérité pour notre arrondissement qui pourra, au point de vue de l'outillage, supporter la comparaison avec n’importe quel arrondissement du Midi de la France.

Dans lo domaine de la politique générale, nul doute sur la tâche qui, avec la consolidation des importants résultats 'obtenus dans les deux dernières législatures, incombera demain à vos mandataires.

Qui dit République dit liberté ; liberté de pensée, liberté de croyance, liberté de travail* La garantie de ces libertés est dans l’autorité du Gouvernement, qui doit toujours être prêt à exercer son autorité.

Qui dit République dit encore justice. Ne pouvant effacer les inégalités naturelles, c’est le propre de la République de s’évertuer à en atténuer les effets. La loi qui, à partir du premier janri r prochain, assurera l’assistance aux vieillards, aux infirmes et aux incurables, est une nouvelle manifestation de ses généreux efforts* Elle tiendra à honneur de persévérer. E'ie voudra aussi, en allégeant les charges évidemment trop lourdes qui pèsent sur eux, aider à vivre les petits commerçants, les petits industriels qui ont chaque jour plus de peine à soutenir la concurrence des puissantes associations. Enfin, par un sentiment élevé de prévoyance sociale, elle aura à coeur de rendre plus facile aux ouvriers de la ville et des campagnes, l’accès de la propriété.

Ces réformes sociales exigeront de grandes ressources. La réforme de l’impôt en pourra fournir une partie; on trouvera le reste dans un accroissement de la prospérité publique* De là, pour le Gouvernement et pour les Chambres, l’obligation de stimuler par les moyens les mieux appropriés, et en consultant les représentants qualifiés du Commerce, de l’Agriculture et de l'Industrie, le développement paisible et régulier de toutes les forces économiques de la France,

Qui dit République dit enfin : relèvement national. C’est la gloire de la République d’avoir, après i’efib idrement de 1370, d’abord reconstitué notre puissance militaire, ensuite établi un système d’alliances, de rapprochements et d’amitiés par où la France a repris le rang que, pour le bien du monde comme pour le sien, elle ne doit plus cesser d’occuper parmi les plus grandes puissances* L’école contribuera puissamment à Fy maintenir en entretenant chez l’enfant l’amour naturel de la patrie, en lui inspirant la fierté de ïui appartenir, la volonté de la servir; devenu homme, et la passion de se sacrifier, s’il le fallait, à sa défense !

Voilà le but 1 Vous ^avez que, pour i’atieindre, je dépenserai tout ce que j’ai de dévouement, d’intelligence et forces.

Agréez, mes chers Concitoyens, la nouvelle assurance de mes sentiments afleclueu cernent dévoués.

DELCtSSÉ,

Président du Conseil général de l’Ariège,

Ancien Ministre des Affaires étrangères et des Colonies, Député sortant*

Circonscription de FAMIERS

M. Albert TOURNIER

Elu au 1er tour de scrutin* — 10.282 voix.

ÀUX ÉLECTEURS RÉPUBLICAINS.

Chers concitoyens,

Dans l'accomplissement du mandat dont votre confiance l’avait investi, votre représentant a netiement conformé ses actes à la règle tracée devant vous. Il est resté fi fêle aux inébranlables principes de toute son existence, aux glorieuses traditions républicaines qae tous aviez entendu renouer, en dispersant la coalition nationaliste qui faisait tache dans ce département.

J'ai pleinement observé les obligations imposées par i’éian de votre ardente foi démo^ eratique et je viens, avec une juste fierté, toujours sûr de votre clairvoyance, vous convier à la prochaine lutte qui va consacrer la ruine définitive de la réaction.

Jamais notre espoir dans les destinées de la démocratie ne fut plus puissant ni plus justifié : l’union de toutes les volontés républicaines, réalisée au cours de celte législature, est le gage désormais certain d'une fertile activité* Les résultats obtenus par cette union en démontrent l'absolue nécessité*

Vous connaissez les plus importants de ces résultats conquis, malgré leur opiniâtre résistance, sur les partis de recul ;

La loi militaire de deux ans, qui rend moins lourde la dette sacrée de chacun et plus forte farinée de tous les Français, loyalement tournée vers la frontière.

L’organisation d’un service public de solidarité sociale assurant l'assistance obligatoire aux vieillards et aux infirmes*

La îoi des retraites ouvrières et agricoles transmise au Sénat et dont le principe se trouve définitivement acquis*

L’application intégrale de la loi sur les associations qui proclame, sans haine comme sans privilège, l'inviolable liberté de la personne humaine.

La séparation des Églises et de l’État qui met un terme à un privilège d’autant plus criant qu'il couvrait l'ingérence cléricale dans toutes les entreprises réactionnaires* Cette loi en finît avec l'agenouillement humilié des pouvoirs publics devant l’Eglise. La nécessité d'un tel affranchissement a été reconnue par les représentants de l’Ariège dans les deux assemblées ; ils ont approuvé cette salutaire et libératrice réforme d'un vote unanime à la Chambre et au Sénat,

Que nos adversaires s’efforcent, auprès d’esprits arriérés, dans de lointains arrondissements, de dénaturer misérablement la véTÏté en transformant la formalité conservatoire des inventaires, destinée à empêcher le détournement des o bjets du culte, en mesure do spoliation, ils se sont trahis, ils se sont flétris à jamais par leur recours criminel et impuissant à la guerre civile, par leur intention calculée de noyer dans le sang les justes réformes sociales que redoute leur égoïsme de privilégiés traînant la religion à la remorque de leurs bas intérêts.

Le fanatisme qui essaye de terroriser les fidèles réfrénera ses violences devant la simple application de cette loi libérale entre tomes* La honte de leurs calomnies retombera sur les agitateurs ; leurs mensonges se briseront à l'esprit de large tolérance qui nous a inspiré!

au Parlement* Get esprit de tolérance, les fèt^s de Pierre Bayle, sous la présidence de deux Ministres delà République, en furent parmi nous Pédalante affirmation*

Le succès de Pœuvre conduite avec tant do rectitude par nos Ministères de défense républicaine impliquait de la part de tous les démocrates une application constante, une scrupuleuse discipline et le devoir de sacrifier tome préoccupation individuelle à la réalisation du programme commun. Contre les assauts répétés de la réaction et de la trahison. Je devoir le plus pressant des mandataires républicains était de rester étroitement unis, d’éviter tout sujet de trouble, toute occasion de retard dans cette action démocratique et réformatrice. Je n’ai pas un instant failli à ce devoir.

Par la discipline qu’il a montrée, le parti radical socialiste a affirmé sa vigueur et il a manifesté la valeur pratique de mou idéal* La force de se^ revendications réside dans la ferme volonté de se conformer aux exigences de la justice, comme aux lots de la nature et de la raison* Tous les groupes républicains, depuis PUniou démocratique jusqu’aux diverses fractions socialistes, ont été obligés d’emprunter les lignes directrices de leur action pratique à son programme, pour répondre aux aspirations et aux besoins du pays* Cette discipline a permis de porter à la haute magistrature de la République, contre les intrigues honteuses des partis du passé, on citoyen dont l’esprit probe, énergique et loyal nous garantit le progrès méthodique et le plein succès de la tâche entreprise* C’est le programme radical-social îste qui servira de guide à la prochaine législature ; ce ?oni réformes qu’elle fera pénétrer dans Ja vie économique et sociale du pays. Solidaire de l’œuvre du liberté et d’émancipation, l’œuvre de justice se présente à l’effori du parti républicain sans possibilité d’ajournement- Le peuple doit, de plus en plu*, sentir la République comme une réalité tangible et vivante dans sa poursuite incessante de Légalité et de la justice*

L’élaboration de la loi sur les retraites ouvrières et agricoles fut la première et vigoureuse manifestation de cette pensée. Il est inique de voir, au déclin de leur vie, sans moyens de subsistance, les travailleurs qui, dans l'industrie et l’agriculture, ont créé des richesses do tt il ne leur est rien demeuré dans les mains. Nous restons inébranlablement attachés au principe de la propriété individuelle proclamé par nos pères delà Révolution, mais c’est un hypocrite abus de ce principe que la constitution de ces gros monopoles qui sont de scandaleux privilèges, laissant par exemple les riches compagnies minières et les chemins de fer réaliser des bénéfices monstrueux au détriment de la nation, La suppression ou la réglementai ion des monopoles doit fournir une punie des ressources indispensables à l'application des lois de prévoyance sociale : secours aux vieillards, retraites ouvrières, etc.

L’impôt progressif sur le revenu est l’instrument essentiel des améliorations sociales en même temps que seul il répond à la formule de la Déclaration des droits de l’homme : répartir la contribution commune à raison des facultés des contribuables* Une profonde refonte du régime fiscal actuel s’impose, car il est odieux que l’impôt pèse encore aujourd’hui sur les travailleurs en raison directe de leurs souffrances et de leurs durs labeurs* Dans cet esprit de justice, les intérêts agricoles ne cessent d’ètie la préoccupation essentielle de votre mandataire* C’est avant tout aux intrépides travailleurs de l’usine, des ateliers et des champs, aux vaillants producteurs de la fortune nationale que doit aller la sollicitude la plus active du législateur*

Tous nos actes tendront à favoriser vos intérêts qui se confondent d’ailleurs avec ceux du pays.

Mon dévouement est acquis, absolu, pour le maintien de tarifs protecteurs assurant la vente de nos produits à un taux rémunérateur; pour tous les projets concernant la diffusion et la sauvegarde de la petite propriété, la diminuühn des frais de justice, l’assurance et Je crédit agricoles, l’abaissement des tarifs de transport, le développement de la grande et de la petite vicinalitê ; dans cet ordre d’idées, je ne manquerai pas de suivre très attentivement la rectification obtenue et déjà commencée de la route 119 jusqu’à son entier achèvement, ainsi que le rapide accomplissement des dernières formalités légales qui vont permettre aux tramways de sillonner dès demain nos belles vallées de la Lèze et de TArize,

Chers concitoyens,

La réaction ne s’est jamais trompée sur le caractère de mon programme, pas plus que sur le sens de mon attitude au Parlement. Je suis fier réassumer comme républicain irréductible toutes ses haines contre les principes démocratiques dont j’affirme aujourd'hui l’impérissable vérité avec la même énergie qu’au premier jour de ma vie politique, A ces haines de la réaction, vous ne répondrez que par la seule haine du mensonge, du privilège, de l'ignorance, de l’oppression. Son libéralisme de surface, son patriotisme d’occasion cachent maî ses intrigues, que rendra vaines l’union des républicains. Cette union des républicains fut la constante préoccupation de votre élu ; c’est afin de désespérer la réaction, de la décourager de ses manoeuvres, que je me suis imposé le devoir de rester dans chaque commune et dans chaque canton obstinément étranger aux luttes et aux divisions de personnes pour faire prévaloir en toute circonstance Fintérêt supérieur do la République démocratique et sociale. Au bloc de droite, il convient d’opposer la concentration de toutes les énergies républicaines.

Le peuple entend demeurer fidèle, dans le calme et la paix, à l’œuvre démocratique d’instruction, de laïcité, de justice, d’assistance, de sécurité à l’intérieur et à l’extérieur. Avec le peuple avec son appui souverain, nous braverons sans peine les fureurs désespérées de nos adversaires. Lafssons-ïes aux convulsions du désespoir et de l'agonie» Leurs ruses Intéressées, leurs clameurs impuissantes ne troubleront pas votre inébranlable confiance dans la raison populaire, dans la force invincible du droit républicain.

Vive l’Àriège I Vive la France ! Vive la République 1

Albert TOURNIER,

Député de l’Àriège.

Circonscription de SAIN T -GIRONS

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