‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 25 sur 280 · M. PÉRÈS · texte numérisé non relu

M. PÉRÈS

Élu au l#r tour de scrutin. — 9*768 voix*

Mes chers Concitoyens,

Je me présente à vos suffrages sans les avoir brigués ni préparés de longue main. Ce n’est pas chez moi l’ambition qui les sollicite, car la politique, qui est pour certains une carrière, ne m’est jamais apparue que comme un devoir élevé»

Avocat inscrit au barreau de Toulouse depuis plus de vingt-cinq ans, ma situation, due au seul travail, suffisait à toutes mes aspirations* Il y a deux ans, le canton de Sainte-Croix a fait appel A mon dévouement afin d’assurer dans la circonscription l'union et la concorde. L’événement a prouvé que c’était avec raison, puisque mes adversaires eux-mêmes se sont ralliés sur mon nom* Élu conseiller général, mes collègues ont ratifié le choix du suffrage universel et proclamé hautement leur confiance que toutes mes convictions les plus profondes étaient acquises à fa République, que toute mon activité était vouée au service de la démocratie ariégeoise, en m’élisant Yice-préiident de T Assemblée départementale par un vote à peu près unanime.

Deux années sa sont écoulées, durant lesquelles je n’ai été discuté par personne ni pour ma résidence, ni pour mes opinions, ni pour mon zèle. L'heure est venue de la consultation nationale : je n'ai pas songé personnellement à faire mon devoir républicain autrement que comme électeur. Mais ceux qui ont mission de diriger le peuple dans la voie politique ont estimé que ce devoir comportait peur moi une obligation plus étendue. Le Congrès républicain radical a résolu, à ^unanimité, que je devais assumer la tâche de représenter à la Chambre des Députés la circonscription de Saint-Girons. À nouveau , on m a parlé de désintéressement et de dévouement. On m’a convaincu que seuls mon passé et mon caractère pouvaient amener enfin dans l’arrondissement, comme ils 1 avaient réalisé dans le canton de Sainte -Croix j l’apaisement des passions politiques, assurer l’union et la concorde que souhaitent tous les bons citoyens, rendre la confiance aux populations révoltées par le mensonge et découragées par l’arbitraire. Après de bien longues hésitations, j’atteste n avoir cédé que parce que ma candidature a été jugée indispensable à la poursuite de cet idéal, et j’ai consenti à sacrifier mes intérêts privés pour me consacrer tout entier aux intérêts publics.

Je me présente donc à vous simplement et sans ambages, en toute franchise et en toute loyauté, résolu à servir avec ferveur et fidélité la démocratie saint-girooDaise, en honnête homme dont la conscience ne transige pas, et qui engage sa parole chaque fois qu’il souscrit une promesse. Jamais je n'imiterai les politiciens besogneux qui promettent toutes les places ou toutes les faveurs aux particuliers, toutes les satisfactions aux groupements électoraux ; mais ce que je promettrai, je le tiendrai.

J’ai sans cesse été, avant tout, républicain. Un adversaire sans conscience, impuissant à me discuter autrement, a eu assez peu de scrupules pour jeter dans la controverse électorale, que je m'honore d’avoir maintenue loyale de mon côté, l'épithète sournoise de réactionnaire. Malheureusement il y a chez nous des mots qui tuent, et celui-là est le coup de poignard donné lâchement par derrière. Je le mets au défi de me le dire en face dans une réunion publique et contradictoire. On est toujours le réactionnaire de quelqu’un. Si mon adversaire est l’homme qui rêve de l’asservissement de la patrie à l'étranger et l’assassinat des soldats français par des mains criminelles, je me flatte d’être son réactionnaire, et je lui abandonne îa honte de ses doctrines avec l’odieux de ses calomnies.

An surplus, mon programme répond tie mes sentiments, il est celui du parti républicain radical dont le congrès a acclamé ma candidature et sous les auspices duquel celle-ci s’offre à vos suffrages de citoyens libres et indépendants.

1° Réformes politiques.

Je place en tête de ma profession de foi la réforme de la loi électorale, la considérant comme la plus importante et la seule capable de permettre la réalisation des espérances républicaines. 11 y a trop longtemps que le pays souffre d’un régime qui aboutit à ïa confusion des pouvoirs, entretient les haines et les discordes, et réduit la politique à de mesquines questions personnelles, liées à de vils intérêts électoraux. C’est sur le terrain des principes exclusivement que doivent se livrer les luttes publiques. Le scrutin de liste, même étendu au delà des limites d’un département, m’apparaît donc comme le seul conforme aux traditions républicaines, et je le voterai sans hésitation.

Je suis également convaincu qull y a le plus grand avantage à ce que toutes les opinions, tous les partis soient admis à la G ïambre. C’est pourquoi j’étudierai avec le plus grand soin les diverses propositions tendant à permettre la représentation proportionnelle des minorités.

J’appuierai aussi, énergiquement, toutes les mesures destinées à garantir la liberté et La sincérité du vote, c’est-à-dire l'indépendance du citoyen. Mais en même temps* je déclare que le représentant du peuple doit constamment agir à visage découvert, et je revendique pour lui le scrutin public dans toutes les circonstances, même dans l’élection du Président de la République.

Afin (T'assurer la sécurité du fonctionnaire, je demanderai que communication intégrale de son dossier lui soit donnée, et, spécialement en ce qui concerne les instituteurs, que la nomination en soit confiée à l’autorité académique*

Avec l’Université elle-même, j’estime qu’il est utile de ne pas fondre tous les cerveaux dans le même moule par un monopole de renseignement, dans un pays de libre discussion, ' où le progrès est le prix de cette discussion*

Enfin, je suis le partisan absolu de tontes les libertés, si chèrement acquises dans l’intérêt du Peuple et de la démocratie, au point de vue civil et religieux*

2° Réformes administratives et judiciaires.

Obtenir, pour les départements et les communes, encore plus d'indépendance vis-à-vis du pouvoir central, au point de vue de leurs budgets et de leurs services, dans tes limites toutefois compatibles avec l’unité nationale*

Assurer à tous les citoyens Fégalité de la justice, parla diminution des frais judiciaires, qui sont tellement excessifs que recourir aux tribunaux est un luxe au-dessus des ressource» du pauvre*

Simplifier nos codes, les réviser dans le sens le plus large et le plus humain*

Tel sera, dans cet ordre d’idées, le but constant de mes efforts*

3s Réformes économiques , agricoles et financières.

Création d’une caisse de retraites ouvrières pour l'agriculture comme pour l’industrie \

Développement de renseignement technique et agricole ;

Généralisation de l’assurance contre les fléaux qui ruinent TagricuUure%épizüotte, gelée, grêle, inondations, etc* ;

Amélioration du régime des forêts et des pâturages;

Répression des accaparements ;

Dégrèvement du petit commerce ;

Taxation des grands établissements commerciaux ou industriels d'après le nombre de spécialités exploitées et du personnel employé ou auxiliaire ;

Encouragements de l’État aux sociétés mutualistes et à toutes les initiatives propres à faire passer le travailleur du rôle de salarié à celui d'associé, notamment par la participation aux bénéfices, et à faciliter ainsi à tous les moyens de se constituer un patrimoine personnel ;

Insaisissabilité du bien de famille (homestead), conservant m patrimoine intangible dans la mesure indispensable à l'existence ;

Voilà, dans leurs grandes lignes, ies vœux de la démocratie qui devront être réalisés dans la prochaine législature*

Mais la plupart de ces réformes exigent de la nation un grand effort financier* Les ressources nécessaires doivent être avant tout demandées à l'économie, aussi indispensable k la gestion des deniers publics qu’aux fortunes privées.

D’autre part, il y aura lieu de rechercher si la solution du problème ne doit pas engager l'État à se charger de certains monopoles, par exemple celui de l'alcool, qui intéresse d’ailleurs la santé publique*

Dans tous les cas, il parait nécessaire de modifier intégralement le système fiscal, devenu à juste titre impopulaire. Le seul mode de contribution qui semble juste, pour le riche comme pour le pauvre, c’est l'impôt sur le revenu, à la double condition qu il remplace tous les autres impôts et qu'il soit progressif d’une façon équitable. Là se trouve peutêtre l’un des remèdes aux épreuves subies par la petite propriété, qui sera dégrevée.

J'ai résumé ainsi l’ensemble des idées qui sollicitent les préoccupations de la démocratie à l’intérieur* Je sais qu’elle est profondément patriote et particulièrement soucieuse

de maintenir à la France le rang qui lai revient dans le monde* Elle peut compter sur ma sollicitude pour veiller à la défense nationale, qui est indispensable au respect de Pintêgrité du territoire, mais aussi pour fortifier la paix par le droit, au moyen des institutions d’arbitrage international qui soudent ïa fraternité des peuples*

Vive la République démocratique !

Eugène PÉRÈS,

Avocat à la Cour d’appel de Toulouse, Conseiller générai du .canton de Sainte-Croix, Vice-président du Conseil général de PÀriègel

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