‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 26 sur 280 · AUBE · texte numérisé non relu

AUBE

Circonscription d’ ARCIS-SUR AUBE

M. CASTiLLARD

Élu au 1" tour de scrutin. — 6.289 voix.

Mes chers Concitoyens,

Depuis plus de douze ans que j’ai l’honneur de vous représenter à la Chambre des Députés, j’ai eu trop souvent l’occasion de vous faire connaître mes opinions nettement républicaines pour qu’il soit nécessaire de vous les exposer à nouveau. J’ai eu à cœur de les appliquer fidèlement par mes votes, et je puis dire qu’en « matière politique » je me suis attaché à marcher résolument dans la voie des réformes démocratiques sans cependant me laisser entraîner vers les mesures injustes, violentes et dangereuses. J'ai voté la loi de séparation parce que l’attitude du Vatican à l’égard du Gouvernement français (notamment à l’occasion du voyage du Président de la République à Rome), l’a rendue inévitable et parce qu’elle a été rédigée dans un esprit libéral auquel les chefs du parti conservateur ont euxmêmes rendu hommage.

En « matière économique » j’ai lutté sans cesse en faveur de l’agriculture qui n’a été sauvée de la ruine qui la menaçait que par l’application du système protectionniste.

A maintes reprises j’ai pris la parole à la tribune :

Pour demander l’établissement et ensuite le maintien des droits de douane qoi protègent nos céréales contre la concurrence étrangère;

Pour faire réformer l’admission temporaire des blés étrangers et supprimer le trafic des acquits-à-caution;

Pour empêcher l’introduction abusive des bestiaux élevés dans les pays voisins et l’avilissement des prix de notre bétail;

Pour faire indemniser équitablement les propriétaires des animaux atteints de tuberculose et dont la viande est saisie par le service sanitaire;

Pour la répression de la fraude dans la vente des engrais;

Pour faire subventionner par l’État les Sociétés d’assurances mutuelles agricoles;

* Pour la création d’une caisse centrale de réassurance;

Pour la défense des bouilleurs de cru, etc.

D autre part, j’ai voté dans l’intérêt du petit commerce et de la classe ouvrière :

La proposition de loi sur les retraites ouvrières, loi complexe dont le texte nécessitera de nouvelles études;

L’assistance aux vieillards, aux infirmes et aux incurables;

Le service militaire de deux ans;

La réduction de la taxe sur les bicyclettes;

Le timbre-poste à 10 centimes, etc*

Mes chers Concitoyens,

Il reste encore beaucoup à faire; il importe notamment de réformer nos impAts qui reposent sur des bases inexactes et frappent les contribuables d’une manière impropor- Uorineile et injuste; mais, si vous Trouiez bien m'honorer une fois de plus de votre confiance, vous pouvez être assurés que j’apporterai, dans l’avenir, à la défense de vos intérêts, * activué que je eroi s avoir montrée dans le passé*

Je continuerai à soutenir vos droits à la propriété individuelle de tout ce qui vous appartient, contre le socialisme collectiviste, le refuge des mécontents , dont le but plus ou moins dissimulé, mais bien connu, est de procéder à une expropriation générale et de déposséder chaque citoyen de sa maison, de son champ, de son petit atelier, de sa boutique de commerce pour les donner à la collectivité, c'est-à-dire à l’État collectiviste qui serait Tunique propriétai re*

En 1893, 1898 et 1902, je vous ai dit que j’aurais en vue le bien public, la justice, l’ordre et le progrès. Je pense avoir tenu mes promesses* Je les tiendrai toujours!

Vive la France 1 Vive la République!

Henry GAILLARD.

Circonscription de BAR-SUR-AUBE

M* THIERRY- DELANÛUE Élu au 1er tour de scrutin. — 5*é22 voix*

Mhs chers Concitoyens,

Au len humain du jour ou vous m’avez désigné pour représenter votre arrondissement, j’ai senti une plus grande responsabilité et Pobligation de rendre \é plus de services possible à l'en e nble des habitants.

Une fois élu, je n’ai plus connu d’adversaires, heureux si j’ai pu ramener à la République, par la tolérance et la liberté, quelques indécis, quelques hésitants*

Je me suis dévoué aux intérêts des communes, à la prospérité des différentes sociétés d’intérêt général, sociétés de secours mutuels, d’assurances, syndicats agricoles et viticoles, dont je suis, pour la plupart, président d’honneur*

On me reproche d’avoir rendu trop de services, môme en dehors de mon arrondissement; je me félicite de mériter ce repro -he, car, étant signalé par mes adversaires, ayec l'exagération habituelle dont on use vis-à-vis des personnes auxquelles on veut nuire, comms étant immensément riche, j’aurais été traité d’avare si, au cours de mes mandats, non pas au moment même de la période électorale, je n’étais pas venu au secours des nécessiteux et des besoins généraux de vos populations.

Autant je blâme l’emploi d^s fonds secrets, de notre argent à nous tous, contribuables, en faveur d’on candidat officiel et cela à la veille même des élections, autant un concours

personnel continu, s’adressant à tous les intérêts généraux do nos concitoyens me parait exempt de reproches, mais être, au contraire, un bon exemple à donner à chacun, suivant sa position.

Indépendant par caractère et par situation, j’ai accordé ma confiance à tous les ministères dans les occasions ou ils m’ont pam la mériter et, pour ne parler que des derniers, aux ministères Walieck-Rousseau, Bouvier, Sarrien, en faveur duquel j’ai voté les deux ordres du jour de confiance du 3 avril 1906. D'autre part je fais partie du groupe républicain progressiste et du groupe de l’Union démocratique, ce qui prouve bien mon absence de parti pris, car M. Falliàres, sénateur, faisait, lui aussi, partie des groupes républicains du Sénat*

Seul, le ministère de la désorganisation de nos forces militaires, de la délation, des fiches, celui dont le régime de corruption, d’intimidation, de bon plaisir a révolté toutes les consciences loyales, tons les patriotes sincères, et qui n’a pas craint de se prêter aux plus lâcheuses compromissions, au risque de nous livrer à la pire des réactions, ne m’a pas semblé mériter mon appui.

J'aî voté contre l’impôt sur le revenu global et progressif dont l’application soumettrait tous les citoyens à l’obligation de la déclaration, de l’inventaire à l'état permanent, au fur et à mesure de nos récoltes, de la prise en charge et de f exercice sur tout ce qui représente une valeur quelconque ; linge, provisions, produite des champs, de la ferme, de la bassecour, bref, sur toutes les sources de revenus, alors que nous avons été heureux de supprimer la déclaration et l’exercice chez les bouilleurs de cru.

Ce régime d'inquisition, auquel sauraient se soustraire les capitaux et toutes les valeurs mobilières, serait forcément accompagné d’espionnages intéressés, de réclamations perpétuelles.

A ce système inacceptable, nous préférons rechercher une meilleure adaptation des impôts sur les revenus, sur les capitaux, afin d’arFÎver à une répartition plus proportionnelle des charges; nous voulons surtout la réduction des dépenses et des charges et, suivant, pour atteindre ce but, l’exemple du Parlement anglais, obtenir de nos collègues l’abandon de la faculté de proposer des augmentations de dépenses, laissant aux ministres, seuls responsables de la bonne marche de leurs services, la possibilité de demander des augmentations que le Parlement, lui, pourrait toujours repousser.

Nous voulons aussi la création du bien familial insaisissable, afin de maintenir dans nos communes rurales la main-d’œuvre indispensable.

3e suis pour la liberté de conscience, pour la liberté d’association*

J’aî voté contre la séparation des Églises et de l’État, estimant qu’une convention, même imparfaite, est préférable à l’état de lutte et d’oppression.

Quant aux congrégations, M. Waldeck-Rousseau avait promis que leurs situations respectives seraient examinées de bonne foi, d’où : congrégations à autoriser, à tolérer, à dissoudre.

Le ministre Combes les a exécutées en masse, nous privant du concours économique, dévoué et presque indispensable des sœurs dans les hôpitaux pour soigner les maladies contagieuses, mais laissant subsister les deux congrégations d’hommes les plus puissantes $ les Jésuites, et aussi les Assomption nistes, aujourd'hui société civile*

Contrairement encore aux instructions du même ministère, nous trouvons que lefl fonctionnaires ne doivent pas être mêlés aux luttes politiques et devenir des agents électoraux; ils risqueraient d’être victimes ou hypocrites et, en tout cas, de se compromettre et de perdre l’autorité et la considération qui leur sont indispensables*

En ce qui concerne nos intérêts plus directs, j’ai voté toutes les mesures propres à les soutenir, à les défendre ; maintien, au besoin augmentation des droits protecteurs des produits de l’agriculture, de la viticulture, du commerce, de l’industrie; toujours et quand même, contrairement aux calomnies intéressées, pour le maintien et contre la suppression du droit des bouilleurs de cru, puis pour le rétablissement dudit droit t

23 février 1903 : Disjonction des articles de la lot de finances préjudiciables aux bouilleurs, scrutin public à la tribune {pour}.

27 février 1903 : Même disjonction, pour repousser ces articles, appel nominal à la tribune (pottf).

17 février 1903 : Amendement tendant à supprimer les inventaires et le récolement Chez les bouilleurs (pour) ,

17 février 1903 : 2 amendements tendants augmenter la quantité d'alcool familial, (ptrnr).

19 février 1903 t Amendement tendant à dispenser de toute déclaration { pour ),

23 et 27 février 1906 et tout récemment : Amendement Paul Coulant rétablissant le privilège sans déclaration, ni exercice (pour), malgré l'affirmation contraire du Petit Troyen , démentie seulement le lendemain,

20 mars 1906 : Amendement Paul Coûtant autorisant le bouilleur à brûler chez son voisin {pour).

Ces votes se trouvent sur celle question conformes h mon attitude au ConseÜ générai, où j'ai toujours défendu énergiquement les droits des bouilleurs de cru,

À la Chambre, j’ai voté la loi de deux ans (5 juillet 1905), regrettant que nous n'ayons pas pu obtenir le maintien de rengagement décennal et des sou liens réels de familles nécessiteuses,

Tai voté la loi des retraites ouvrières (11 juillet 1905], pour témoigner aux ouvriers industriels et agricoles notre volonté d’arriver à une solution pratique de la question.

Mais j’ai repoussé l'obligation afin de laisser h l’ouvrier la faculté de se constituer une retraite ou un capital par des versements à une caisse d’épargne qui lui permettront d'ache- 1er une petite maison, un jardin pour lui et ses enfants. Nous avons obtenu ia possibilité pour les sociétés de secours mutuels et de prévoyance de servir des retraites, sans avoir à créer une nouvelle et coûteuse armée de fonctionnaires.

l'admets le droit de grève, mais avec la liberté du travail; il faut que les ouvriers qui veulent continuer à gagner le pain de leur famille, même en temps de grève, soient protégés suffisamment.

Je déplore les grèves, qui ont pour résultat d’accabler de dettes les ouvriers, de réduire le travail à la reprise, de faire passer les commandes à l’étranger, bref, de rendre notre industrie nationale moins prospère. Les grèves profitent seulement aux meneurs qui pont défrayés de toute dépense, et qui en retirent souvent des situations avantageuses, quelquefois même un siège de député, comme c'est ïe cas pour MM. Basly et Lamendin que voudrait remplacer M. Bmutehoux.

Je suis pour le maintien de l'ordre, — les émeutes, la révolution nous exposant aux pires dangers, même à l'invasion étrangère venant rétablir l’ordre.

Indépendant, hostile à tout embrigadement, je me présente à vos suffrages avec mon passé qui vous répond de l’avenir. Comptant sur le concours de tous mes amis, dont les vives sympathies nous ont si profondément touchés dans de douloureuses circonstances, de tous ceux qui ne veulent pas obéir à un comité fermé, dont les membres soupçonneux, jaloux de toute rivalité, ombrageux de tout mérite, prétendent, sous prétexte de discipline républicaine, mener au scrutin ceux de nos concitoyens qui consentent à abandonner une partie de leur indépendance, de leur liberté de jugement et qui acceptent, successivement, toutes les candidatures, pourvu qu’elles soient recommandées par ledit comité et qu’elles portent sou estampille.

Républicain sous l’Empire, élu comme républicain en 1889 et successivement toujours depuis, c’est toujours comme républicain sincère et convaincu, — pent-êirs plus sincère et plus convaincu que certains qui se prétendent avancés, qui n’ont pas toujours été républicains, dont i’opinion se modifie selon les chances qu’lis escomptent d'arriver plus vite à un poste plus avantageux — c’est toujours comme républicain, dis-je, que je vous demande le renouvellement de mon mandat. Hostile, sous FEmpire, à la candidature officielle, à l’e?piôn-

nage, à la délation, au régime du boit plaisir, j’estime que, sous la République, non? devons d’autant plus réclamer et obtenir la tolérance, la justice, la liberté.

Le régime démocratique doit être, par excellence, le gouvernement de tous par tous et pour tous. 11 doit laisser à chacun son indépendance, sa liberté de conscience et, par l’union de toutes les bonnes volontés, de tomes les forces vives de la nation, assurer, sans secousses, sans révolution, la grandeur 4e la France, le maintien et la bonne renommée de la République.

Vive la France !

Vive la République I

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