‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 265 sur 280 · U. ÉTIENNE · texte numérisé non relu

U. ÉTIENNE

Elu au 1er tour de scrutin. — - 12-903 voix.

Mes chers concitoyens, ,

Des devoirs impérieux, que vous connaissez, me retiennent à Paris.

Vous me pardonnerez de ne pas me trouver au milieu de vous pour vous redire ma vive et profonde gratitude.

L’heure approche où pendant un quart de siècle vous m’avez accordé une confiance et une fidélité qui sont l'honneur et la fierté de ma longue carrière politique. Avec vous et par vous, j’ai pu servir avec dévouement et, je puis le dire sans crainte de démenti, avec utilité les grands intérêts de la France et de l’Algérie.

Il me serait aisé, s’il en était besoin, de dresser devant vous le bilan de ces vingt-cinq dernières années. Je pourrais signaler à votre attention le3 immenses progrès que la République a su réaliser aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Il me serait facile de rappeler Iss gigantesques efforts accomplis par l’homme de génie qui aux jours désespérés incarna la défense nationale et qui, au lendemain de nos désastres, sut communiquer à la France tout entière son indomptable confiance dans les destinées de la Patrie et ainsi restaurer, en moins de dix an3, son crédit, son autorité dans le monde et aussi sa belle et forte armée pour assurer son indépendance et son avenir.

Gambetta, mon maître et mon ami, ne fut pas seulement le « patriote quand même », il fut aussi le fondateur de la République. Sa foudroyante éloquence, toujours inspirée parles plus hautes et les plus nobles pensées, pénétrait l’àme même de la nation, qui chaque jour s’imprégnait de ses enseignements et se préparait ainsi aux assauts que la République allait subir victorieusement, depuis le jour où il a disparu jusqu à l’heure actuelle.

Mais au cours de cette période de lutte et d’action, le parti républicain n’est-il pas fondé à proclamer bien haut les grandes lois de liberté, d’égalité et de solidarité sociale que l’histoire a déjà enregistrées et qui ont placé notre pays à la tête des nations civilisées. .

Toutes les conquêtes rêvées par nos penseurs et nos philosophes sont aujourd hui

réalisées et consolidées.

Dan3 le domaine politique, les lois sur la liberté de la presse, sur le droit de réunion ; au point de vue social, les grandes lois sur l’instruction publique, les lois sur les syndicats

ouvriers, sur ies accidents du travail, sur les habitations à bon marché, sur la protection de l'enfance, sur les retraites obiigaioires pour les infirmes, les vieillards et les incurables sur les retraites ouvrières et paysannes, sur les associations, sur les congrégations sur la séparation des Eglises et de l’État.

Quelques lignes suffisent pour ies énumérer, et cependant que d’obstacles il a fallu vaincre, que de luttes incessantes il a fallu livrer, que de périls avons-nous courus 1

U sans répit, avec une clairvoyance qui lui fait si grand honneur, notre démocratie convaincue que notre pays devait maintenir d’abord et développer ensuite son action dans le monde, n’a pas hésité à consentir les sacrifices indispensables pour nous réserver un superbe empire colonial qui accroît le prestige et l’autorité de la Pairie et constitue sa sécurité économique pour Ta venir.

Et si, après avoir jeté ce coup d’œil rapide sur la situation intérieure de la métropole nous examinons les progrès accomplis en Algérie, nous pouvons affirmer que jamais au cours de ces vingt-cinq armées, jamais l’activiié d’un pays ne fut plus résolue ni plus féconde: Je convie mes vieux amis de la première heure à mesurer le chemin parcouru à comparer le passé au présent, et, après examen, je leur demande si tous ensemble nous n avons pas le droit d’éprouver un sentiment de fierté en constatant les résultats acquis.

Soumise au régime de centralisation à outrance qui étouffait toute initiative et paralysait 1 action du Gouvernement général, l’Algérie a su néanmoins, grâce à son énergique volonté et en dépit des liens étroits qui la paralysaient, développer son réseau de chemins de fer alors embryonnaire, construire ses routes nationales et départementales, améliorer ses anciens centres, en créer de nouveaux et de ce chef attirer sur le soi algérien, avec le bras qui travaille et le cerveau qui conçoit, l’àme même de la France qui sur cette terre

d’Afrique, arrosée du sang de nos soldats et de nos colons, commande désormais en sosveraine maîtresse.

7 ]OU5,vînt où* grâce à nos incessantes et énergiques protestations, le Gouvernement de la République, sur la proposition de Waldeck-Rousseau, l’incomparable collaborateur de Gambetta et de Jules Ferry, ce grand homme d’État à la volonté forte et énergique qui a donné à la France la Tunisie et l’Indo-Chine, se décida à briser une partie des liens qui

depuis la conquête, arrêtaient notre essor et nous accorda enfin l’autonomie administrative et financière.

Depuis cinq années ! œuvre est accomplie, et déjà il nous est permis de constater 1 importance des progrès réalisés.

La grave et importante question de l'exploitation de nos chemins de fer, si elle n’est ras encore résolue, est à ce point avancée pour notre province, que déjà l’unification du tarif de grande et de petite vitesse est accomplie sur les iignes ferrées de l’Oranie et que bientôt elle le sera également pour les tarifs spéciaux. Désormais nos produits pourront ’par l'abaissement des taxes, circuler des points les.plus éloignés vers les centres de consommation ou les ports d’exportation à des conditions qui leur permettront un facile écoulement.

Notre réseau de routes, qui se développait avec une lenteur désespérante a pu être doté de ressources spéciales et te sera plus encore à bref délai par le nouvel emprunt qui va être émis et qui permettra d’achever rapidement les routes commencées depuis de longues années. y

■*' L hydraulique agriçple, qui est, on peut l’affirmer, le levier le plus puissant peut toutes les entreprises agricoles et industrielles, est l’objet de la sollicitude particulière du Gouvernement général de l’Algérie. Par die les villes et les villages vivent, se développent, s’enrichissent et, ce qui est essentiel, la santé publique y est assurée.

La dotation affectée chaque année par le budget aux travaux d’irrigation était insuffisante pour les besoins chaque jour grandissants de la colonisation. Une loi votée par les deux Chambres vient d’autoriser la Colonie à cautionner les emprunts qui seront contractés par les associations syndicales d’irrigation et d’assainissement. Nous pourrons ainsi satisfaire à toutes les légitimes préoccupations de nos colons.

Nos budgets, sagement établis, administrés avec une prudence qui déllp toute critique,

sont 1© critérium de la situation économique de notre ad n ira b1 e Algérie; Toujours en exeédénis, ils nous per mettent les améliorations que f expérience consacre et qu'une initiative raisonnée ordonne.

Une grave et grosse préoccupation pèse sur nous. Depuis deux ans, la crise viticole sévit avec une intensité qui n'est pas sans danger pour ï avenir da notre cher pays; La surproduction e x France, qui a provoqué déjà tant de mécomptes dans les régions viticoles de Ix Métropole, avilit les, prix de vente et suspend toutes les transactions.

Les remèdes auxquels les Chambras ont eu recours n'ant pas été assez peissants pour enrayer le mal; il est permis d'espérer que l'avenir nous, dédommagera du passé et assurera les débouchés indispensables., Malgré les déceptions éprouvées, là situation générale demeure très satisfaisante.

Nous n'oublierûos- pas de: rendre le. tribut d'hom:mogeâi et de reconnaissance que nous devons, à nos deux è ni Dents gouverneurs,, ML Revoit et M. Jonnart, qui ont assumé an cours de lear brillante carrière d) lourdes responsabilités et qui-, par leur inlassable dévoua méat, leur profonde: affection pour notre Algérie, ont su préparer et assurer sc& brillantes destinées.

Pour que notre grande colonie puisse atteindre son maximum de développemenli, de richesse et de force, la paix lui est nécessaire au bien an dedans qu'au dehors. La concorde et l’unipn fraternelle' entre les Français et les étrangers amis qui viennent nous aider dans notre œuvre de cLvilisatiou, vous saunez; les maintenir et les accroître, vous, mes .vaillants et fidèles amis des villes et des campagnes

L'alliance de plus en plus étroite qui nourlie à la Russie; l'entente ai heureusement et si far. ne [nent établie avec l'Angleterre; lamifié abaque jiiuu plus étroite qui nous unit à l'Espagne et à PÙalie, nos soeurs latines, la corraeïion absolue qui fixe nos rapports avec les autres puissances européennes, tout nous permet d'espérer que la paix du monde ne sera pas troublée.

La France pacifique songe et n'a jamais songé à inquiéter les intérêts; d'autrui, mais elle veut à son tour défendre ses intérêts et ses droits et faire respecter sa dig liüé. Lite. sait, par un ; cruelle expérience* q ae les nations qui s'abandonnent et qui négligent les obligations rigoureuses que sollicite) la défense narionælc sont mûre^ pour la dictature et pou r la défaite.

Jj© Gouvernement de la République, soucieux de tous; sos devoirs, veut une armée forte, puissante, bleu disciplinée et bien commandée. 3'affinne que cette armée, la France ta possède.

Fidèle à la République?, ne vendant s mi aucun prétexte se laisser détourner de sa grande tâche, elle travaille ave© un dénouement sans égal; vous pouvez en rendre le témoignage,^ o is tous qui vivez e# co utact journalier avec elfe, vous qui apprécier chaque jour sa valeur;, v jus enfin qui la suivez; avsc une aifectue ise solfciCu le dans tla noble eû difficile missi m qui lui a été confiée: dans le Sud-0canads et qui, sous la conduite dfim chef incomparable, prouve bien qu'elle est à la hauteur, par sa sdetice, son habileté', sa paiiencOy soa désintéressement et son intrépidité, de toutes; les entreprises que la République voudra Lui confier.

J'ai l'inestimable honneur d'être son chef. Le fils du vieux soldat d’Afrique en éprouve une fierté et un, bonheur qu'il ne saurait dissimuler. J-æ garde l’espoir qu'au jour où je rentrerai dans le Eang^farmée t,oul eotière, l’armée de la Métropole et l'armue d'Afrique me garderont, m échange do l'affection sans bornas que: j'ai toujours éprouvée pour elles, et leur confiance et leur estime et leur amitié-

G’est vous, voiiSj mes chers amis, c’est vous qui; m'avez fait ce quu je suis awjjoari'huî. Votre inébranlable fidélité: m'a soutenu damæïes bons comme: dans les mauvais jours;

J'aurais: voulu pouvoir vous exprimer de vive; vois? mon inaltérable1 reconnaissance mais je vous crie bien haut et bîeafort qua tout ce que j'ai encore de forae et dé dévoue4ment vous appartient.

Encore: quelques, jours et vous allez courir en mm© au> scrutin pour affirmer notre

commune affection, votre ardent dévouement à La République et pour fêter, dans un sentiment d'allégresse, nos noces d'argent.

Au revoir, mes bons et üdéles amis, et pour toujours :

Vive la France I Vive l'Algérie 1 Vive la République !

Eu g. ÉTIENNE,

Ministre de la Guerre*

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