COLONIES
irc Circonscription de la MARTINIQUE.
M. DUQUESNAYj
Élu au 1er tour de scrutin. — 6.272 voix.
Programme des candidats de l’Union démocratique.
Chers Concitoyens,
L'accueil bienveillant que vous avez fait, tant au Nord qu'au Sud, aux candidats de l*Ünion démocratique, témoigne des progrès réalisés dans le pays par notre parti politique.
Partout où nous avons pu exposer librement notre programme politique et économique, nous avons reçu des marques d'approbation et des applaudissements qui nous ont profondément touchés. Nous avons éprouvé, une fois de plus, que nous sommes en parfaite communion d'idées avec la classe laborieuse du pays. Patrons et ouvriers, agriculteurs, industriels et commerçants, propriétaires et prolétaires, tous sont d’accord pour nous encourager a poursuivre résolument la réalisation de ce programme qui consiste essentiellement, comme vous le savez défi, à mettre plus de justice daos l'impôt, à établir plus d'harmonie et d i confiance entre le capital et le travail, à augmenter le bien-être du pays et à lui assurer ainsi une ère nouvelle de concorde et de paix.
Pénétrés de la situation malheureuse de la population de la Martinique, nous protestons chaque jour contre l'accroissement progressif des charges publiques.
Nous ne cessons de répéter que le meilleur moyen de diminuer ces charges est de poursuivre devant le Département la réduction à leur plus simple expression des dépanses exagérées du budget colonial.
Il y a, en effet, dans noire Alminislration, plus d'une grosse fonction inutile, plus d'une sinécure dont il faut élaguer les services publics. Tant quelles existeront, on sera forcé de surimposer la production afin de pouvoir acquitter les grosses dépenses qu'elles occasionnent.
Mais, pour les faire disparaître, il faut obtenir du Gouvernement le droit pour le Conseil général de rè luire les dépenses obligatoires dont le maximum est fixé maintenant par le Conseil d'Etat. Si vous nous faites l'honneur de nous élire, chers concitoyens, nous nous efforcerons d'obicnir cette réforme, qui sera une des conséquences de l'autonomie financière que nous réclamerons pour notre colonie. ■
Si la misère est si intense dans ce pays, qui périclite chaque jour davantage, ce n'est pas seulement parce que nos produits sont mal vendus, c'est aussi parce que le régime douanier protecteur de 1392, raréfiant sur nos marchés les produits de première nécessité, comme la morue, les pnte à un prix excessif qui n'est pas en harmonie avec les ressources
de la population. Les conséquences de ce tarif auront disparu le jour où le Conseil général* grâce a l'autonomie financière et commerciale, sera souverain pour la fixation des droits de douane comme pour celle des autres taxes locales
Donc* nous ne demanderons pas notre assimilBtion complète à la métropole. La seule assimilation que nous désirions pour la Martinique, c’est l'assimilation politique et sociale, #
Airni, nous prendrons la défense de la représentation coloniale attaquée par le parti radical métropolitain. Nous demanderons l’in tangibilité des prérogatives accordées aux Conseils municipaux par la loi du 5 avril 1881 et l'extension des pouvoirs du Conseil général en matière fiscale, conséquence logique de l'autonomie financière.
Nous revendiquerons pour la Martinique toutes les mesures législatives ayant pour but de garantir la sincérité du vote et de consolider le suffrage universel dans notre colonie; et, en dépit dos atteintes que peut porter au droit de vote un petit nombre de mauvais citoyens, dont on trouve des spécimens même dans la métropole, nous montrerons que la population de la Martinique, calomniée par des publicistes mal renseignés on malveillants, est aussi apte que celle de bien des departements français à se servir sagement du suffrage universel.
L’énumération de ces revendications politiques, chers concitoyens, prouve assez que, si nous sommes élus, nous appartiendrons au groupe de gauche de la Chambre. Républicains et démocrates, tous nos votes, tous nos actes auront pour but la consolidation et la pérennité des institutions républicaines, et démocratiques
Patriotes sincères et clairvoyants, nous unirons nos efforts à ceux des autres représentants de la nation pour augmenter la défense des frontières de la France et rendre sa marine et son armée toujours plus fortes et mieux organisées.
L amélioration du sort du prolétariat colonial sera constamment l'objet de notre sollicitude. Convaincus que cette amélioration doit être le résultat du travail et de la prévoyance, nous réclamerons pour l'agriculture en général, et eu particulier pour notre industrie sucrière et rhu minière, la bienveillance de la métropole. Notre pays si vivace, au sol si fécond, est pourvu de trop de richesses naturelles pour que ses habitants cessent d'avoir confiance dans l’avenir. G’est dans l 'exploitation intelligente de toutes ces richesses naturelles, dans l'amélioration progressive de notre outillage industriel et dans l’intensité de la production, que ïa Martinique trouvera son salut. Mais le devoir du Gouvernement et du Parlement est non seulement de rechercher ies moyens d'abaisser les barrières qui entravent l'écoulement de nos produits, mais encore de diminuer les charges qui pèsent si lourdement sur ^agriculture e,t l'industrie.
Le prolétariat local trouvera sa part de mieux-être dans l'expansion donnée à l'agriculture et à l'industrie. îl trouvera aussi, dans les institutions de mutualité et de prévoyance, dont nous encouragerons le développement à la Martinique, dans la loi sur les accidents du travail, dont nous demanderons l'application à notre pays, les moyens de lutter contre les difficultés de l'existence. L'honorable M. Gérault-Richarcl, député de la Guadeloupe, a déjà demandé à appliquer aux colonies des Antilles la loi votée dernièrement sur les retraites ouvrières. -Notre tâche, si vous nous envoyez à la Chambre, chers concitoyens, consistera à faire d'incessantes démarches pour hâter cette application.
En résumé, chers concitoyens, toutes les œuvres de solidarité sociale et de véritable fraternité auront en nous des défenseurs dévoués et de zélés promoteurs. Mais nous combattrons sans faiblesse les ennemis de la propriété, qu'ils essaient de la confisquer par la spoliation directe ou qu'ils tendent de l’anéantir par l'élévation progressive de l'impôt. La propriété, quelle qué soit sa forme, quelle que soit son étendue, a droit à notre respect. Celui qui veut aujourd'hui que l'usine, la distillerie et les grandes propriétés sucrières fassent refour à l'État ou à la colonie, voudra demain que le lopin de terre, acheté au prix des plus dures privations par le malheureux paysan, revienne aussi à la commune. Toute propriété est sacrée. Toute atteinte à la propriété est condamnable.
Ceux qui poursuivent la destruction de la propriété par l'impôt sont aussi blâmables que
eeuï qui en demandent la confiscation directe* Un parti politique qui, pour avoir les faveurs des gouvernants, laisse écraser les gouvernés sous le poids des charges publique?, est indigne de ïa confiance du peuple. Or, le quart de nos revenus est absorbé par le budget colonial. Les budgets communaux absorbent encore une grande partie. Chaque Martiniquais paye en moyenne vingt-cinq francs d'impôt à la colonie et le double aux communes* Et les denrées sont vendues à vil prix î Le résultat prochain de cet état de chose sera la destruction de toute propriété* Le devoir de vos représentants au Parlement est d'attirer l'attention du Gouvernement de la République. Nous Défaillirons pas à cette tache si vous nous confiez la défense de vos intérêts*
Nous combattrons le projet de gouvernement général des Antilles et delà Guyane, parce que nous estimons que l’unité de direction pour ces trois colonies suppose une identité de situation économique qui n’existe pas en fait* Mais nous veillerons à ce que le Ministère fasse un meilleur choix des hommes à quiilconfie l'administration supérieure du pays. Le chef de la colonie doit être un administrateur compétent et indépendant, ayant assez de confiance en lui-même et dans le Gouvernement qui Ta nommé pour ne pas se mettre à la remorque d'un parti politique*
Nous exigerons de même que tous les hauts fonctionnaires des différents services, particulièrement des services financiers, n’aicnt qu’un seul objectif ; la défense des intérêts du pays*
La magistrature devra se résoudre à rester complètement en dehors des luttes de partis. Nous lâcherons d'obtenir que le recrutement des magistrats se fasse avec plus de circonspection, en donnant aux justiciables un peu plus de garantie* Nous pensonsque c'est un véritable scandale d'accorder des sièges de magistrats à de jeunes avocats toujours sans expérience, parfois sans talent; et qui ont des attaches politiques dans le pays, qui souvent sont mêlés aux luttes électorales au moment même où ils reçoivent leur nomination. Les membres de la magistrature devraient débuter hors de leur pays d’origine et ne devraient y servir qu'à la condit on de ce pas donner prise, par leur attitude, aux critiques, ordinairement justifiées, de l'opinion publique.
L'instruction publique sera l’objet de toute notre attention. D'accord avec nos amis qui, nous l'espérons, auront la majorité au Conseil général, nous poursuivrons la réorganisation matérielle du lycée Schoelcher surles mêmes bases du lycée de Saint-Pierre, sauf en ce qui concerne l'internat qui ne nous paraît nécessaire que pour lo pensionnat colonial.
Pour donner plus de sécurisé au personnel de renseignement primaire, nous insisterons auprès du Ministère pour qu'il rapporte l'arrêté du 26 septembre 1890 qui place le personnel de l'enseignement primaire dans un état d'infériorité manifeste par rapport aux autres petits fonctionnaires de la colonie. Nous continuerons l'énergique campagne que nous avons entreprise ici en faveur de l'instruction populaire. C'est par la diffusion de l'instruction élémentaire que nous arriverons à faire disparaître les derniers vestiges des préjugés ethniques grâce auxquels des adversaires peu scrupuleux veulent nous proscrire de ia cité républicaine. Gomme il leur sera difficile de faire' croire au retour de l’esclavage et àj’av&j nement d'une réaction imaginaire, quand tous les électeurs seront assez éclairés pour distinguer le mensonge de la vérité 1
On ne saurait demander à un vieux parlementaire, à un législateur de s'insurger contre une loi votée parla majorité du Parlement français. Mais connaissant les sentiments religieux de la population de la Martinique, sachant combien l'exercice du culte sera cn^ travê aux colonies par l'application immédiate et Intégrale de la loi sur la séparation, nous demanderons au Gouvernement de différer l'application de cette lot à notre pays, jusqu'à ce qtie- Fessai loyal fait en France montre les lacunes et les inconvénients de cette mesure législative prise un peu hâtivement et dont certaines dispositions froissent les consciences catholiques*
Voilà, chers concitoyens, le programme que nous défendrons, si vous nous accordez vos suffrages* Avons-nous besoin d’ajouter que Fexécalion de ce programme sera précédée d’actives démarches en faveur du rétablissement politique et administratif des communes
du nord? Le concours des amis puissants que nous avons au Parlement ne nous manquera pas, soyez-cn persuadés, chers concitoyens, pour nous permettre de réaliser les promesses faites à ce sujet depuis si longtemps par les faux démocrates qui vous représentent en France.
La Martinique, chers concitoyens, est plongée dans une quasi-détresse par suite des effroyables malheurs qu’elle a éprouvés* Vous aiderez à son relèvement en confiant la défende de vos intérêts à des hommes qui désirent h p-ospérit^ du paya et qui aspirent à l'union, à la concorde.
Vive la République !
Vive la France 1
Vive la Martinique î
O, DUQUESNÀY*
2e Circonscription de la MARTINIQUE,