M. SEVERE
Élu au 2* tour de scrutin* — à, 773 voix.
Aucun document concernant cette élection n’est parvenu à la* Commission1.
1er Circonscription de la GUADELOUPE,
M. GÉRÀÜLT-IUCHÀRD.
Élu au 1er tour de scrutin. — 7,120 voix.
2e Circonscription de la GUADELOUPE, M, J.EGITIMUS.
Élu au 1er tour de scrutin. — 9,950 Yûix,
Aucun document concernant cés deux élections n’est parvenu à la Commission.
1™ Circonscription de la RÉUNION.
M. Lucien GASPAEUN.
Elu au 1" tour de scrutin. — 8.069 voix.
Chers Compatriotes,
Me voici do retour au milieu de vous.
Je reviens, fort de la confiance dont vous m’avez donné, il y a un an, le si réconfortant témoignage, encouragé par les- ardentes sympathies qui se sont manifestées* avec un enthousiasme dont je suis lier, autour de ma mo leste personnalité.
Éloigné de vous, plus longtemps que je ne l’aurais voulu, sur le sol malgache, où me retenait une maladie fort grave dont l’issue a failli m’être funeste, j’ai puisé, aux heures sombres où déclinaient mes forces physiques, mon courage et mon violent désir de vivre dans cette pensée que ma tâche n’était pas remplie, que j’avais à la poursuivre encore, parce que lié vis-à-vis de vous, en retour des imposantes manifestations dont vous m’avez .honoré, par des engagements sacrés que je n’ai pas le droit d’éluder ou de rompre, et que je veux tenir jusqu’au bout.
Je reviens reprendre à vos côtés mon poste de combat, recommencer, avec l’appui généreux etspontané de vos voies honnête?, indépendants et libres, la lutte entreprise par la grande majorité des enfants de ce pays contre la coterie malsaine qui, depuis longtemps déjà, vous opprime impunément; contre l’écœurante coalition d’ambitions et d’intérêts toujours inassouvis, d’insatiables appétits, dont souffre pins ou moins chacun de vous.
Il n’a pas dépendu de vous, certes, que, déjà, l’année dernière, vous né fussiez définitivement libres du servage sous lequel il plaît à une moitié de démagogues et de sectaires, qui ne sont, en réalité, que des repus toujours insatisfaits, de vous tenir éternellement courbés ! Si la haute Administration de notre île n’avait exercé sur cette consultation populaire, en tolérant les fraudes les plus éhontées, une pression officielle, dont jusque-là nous n’avions pas eu un si frappant exemple, vous étiez justement victorieux.
11 n’empêche cependant que nous avons, quand même, le droit d’être fiers du résultat obtenu, après une lutte aussi inégale, et nous devons espérer que, cette fois, mieux armés, plus aguerris, contre les manœuvres déloyales dont nous fûmes les impuissantes victimes’ nous remporterons une victoire définitive. Le succès, qui soulagera d’un poids étouffant la conscience publique, et relèvera notre pays de la ruine matérielle et morale où il s’enlise davantage chaque jour, sera, mes chers compatriotes, le grand honneur de ceux d’entre vous qui auront su défendre leurs droits violés, leur liberté compromise et de plus en plus menacée, la prospérité publique, enfin, sacrifiée d’un cœur léger par quelques autocrates jouisseurs, à l’unique satisfaction de leurs inavouables appétits.
Je vous exposerai ici brièvement, mais plus complètement que je n’ai pu le faire dans l’élaboration forcément liâtive de mon premier programme politique, à peine esquissé, de quelle façon je comprends le mandat que je sollicite de vos suffrages et comment je prétends le remplir. v ■»
Examinons, tout d’ahord, les importantes questions d’intérêt général, dont l’heureuse solution est de nature à modifier les destinées économiques, l’avenir agricole, commercial et industriel de ce pays.
Ces questions sont de plusieurs sortes
11 nVt pas doute ux que notre comniei ce subit une .crise à laquelle il est urgent de porter énergique ment remède.
Les causes en sont d’ordres divers, et tous nous les connaissons. La plus importante d’entre elles est, sans conteste, ^avilissement* la dépréciation et môme la mévente de nos produits à l'extérieur. Notre commerce souffre aussi, d’autre part, des droits élevés dont sont frappées nos marchandises à l’importation.
11 souffre enfin* je veux parler surtout ici du commerce de détail, de la protection exagérée accordée par les pouvoirs publics à certaines grandes maisons, qui inondent notre lie d’articles dont la venue condamne les magasins de nos compatriotes à l’encombrement d’un stock inutilisé, d'une réalisation de plus en plus difficile.
Votre représentant aura le devoir étroit, connaissant les causes du mal, de travailler à en supprimer les effets. La tâche n’est pas, heureusement au-dessusdes efforts d’un homme de bonne volonté.
Sans l’agriculture* nous r e pouvons songer au commerce. Nous connaissons les causes de la crise agricole dont souffre surtout, la petite propriété.
Il importe, avant tout, que se relève le prix de nos produits, et je suis partisan, à ce point de vue particulier, des syndicats ayant pour but de les faire apprécier dans la Métropole, ainsi qu’ils le méritent ; de leur faite reprendre faveur en montrant qu’ils sont tou* jours dignes de leur réputation séculaire; et, en supprimant les intermédiaires onéreux, d'assurer à chaque producteur un écoulement aussi rapide que fructueux de sa marchandise.
Reste la question de la main-d’œuvre. Elle passionne depuis longtemps les esprits et les divise. Certes, pour rééditer un vieux cliché, en certains endroits nous manquons de bras. Mais est-il absolument impossible de résoudre le problème en s’adressant aux forces propres du pays, et faut-il, de toute nécessité, recourir à ^immigration étrangère ?
Je m’inspirerai, sous ce rapport, vous pouvez en être assurés, de ce que j’aurai pu voir par moi-même et je réglerai ma conduite, tout en tenant compte des besoins du p^ys, sur l’opinion et les desiderata de la majorité de la population.
En tout état de cause, je suis de ceux qui pensent, avec notre vénéré député de la deuxième circonscription, que nous devons d’abord songer aux nôtres et ensuite aux protégés de nos colonies, avant de risquer les aléas d’une nouvelle entente avec l’Angleterre, entente qui, pour être cordiale, notera peut-être pas sans danger.
En résumé, je ne m’avance pas, dès ici, plus que de raison, sur ce terrain* sans la réserve qui me paraît convenir, mais mon attitude et ma conduite seront toujours, je le répète, en conformité des désirs de la majorité de mes mandants.
il est maintenant, un groupe important d’entre vous* qui a droit à toute la sollicitude des représentants du pays* et à qui la mienne ne fera jamais défaut. Je veux parler des fonctionnaires et des agents de notre administration locale* à quelque degré qu'ils soient, de Féclielle administrative.
Il y a, au point de vue du fonctionnement des divers services de la colonie, bien des réformes à préconiser, des abus à supprimer, des illégalités et des inégalités à faire dtspa* ttdtre. La solde* les indemnhés, les avancements* dépendent beaucoup trop, à l’heure actuelle, de la faveur, et ne sont pas soumis, ainsi qu’il devrait en être sous un régime de liberté et d’égalité, aux règles de la stricte justice.
Jamais, comme au cours de ces dernières années, on n’a tant vu s’épanouir, au profit seulement d'une certaine catégorie de fonctionnaires, le népotisme et la protection. Les fonctionnaires méritants et dignes de ce pays ont assez souffert d’un état de choses que je m’emploierai de toutes mes forces à faire cesser au plutôt.
Le respect des droits acquis et des services rendus, les emplois donnés au mérite seul et obtenus par la voie du concours, sur laquelle nos gouvernants actuels trouvent ri commode de passer, une réorganisation plus équitable des congés administratifs, seront l’objet de mes énergiques efforts. Dans cet ordre d’idées, le favoritisme, qui trop longtemps
ici a régné en maître, doit faire place à la stricte application des principes de la plus élémentaire équité !
El, puisque ]'en suis à cette question, ai-je besoin de vous dire que j'aurai également à cœur de combattre l’inconcevable ostracisme dont est frappé l’élément créole, qu’il s’agisse de colons, d ouvriers ou de fonctionnaires... dans des colonies que je connais bien pour y avoir vécu longtemps et où, plus d’une fuis, hélas! en tant que simple particulier, dans la mesure de mes seuls moyens et de ma modeste influence, j’ai énergiquement lutté, dans la pres<e ou autrement, parfois avec succès, en vain très souvent, contre le traitement inégal, inique dont sont victimes les créoles de la Réunion, il leur revient pourtant, par eux ou par leurs aînés, le grand honneur d’avoir fécon lé de leurs sueurs et de leur sang, versés sans compter, des contrées où ils contribuèrent largement à assurer la prépondérance de notre autorité, à faire respecter et aimer notre drapeau national.
Je n’insiste pas plus qu’il ne convient sur ce point spécial. Vous êtes, mes chers compatriotes, en relations continues avec nos frères de Madagascar ; ils ont pu vous dire que j’ai acquis, là-bas, le droit de compter sur leur confiance et leur amitié! Je continuerai, mieux armé pour la lutte, les incessants combats que j’ai toujours soutenus, toutes les fois qu’il l’a fallu, pour le triomphe des droits de mes compatriotes.
Il n’est pas maintenant sans intérêt, je crois, que je vous expose mes conceptions politiques ; je le ferai sans ambages.
Je suis républicain, ai-je besoin de vous le dire? Républicain et démocrate, mais je conçois la République autrement, certes, que ne la conçoivent et ne la veulent une infime poignée de démagogues qui, se faisant un tremplin des principes de 89, ont la bouche pleine des grands mois qui ornent le frontispice de nos édifices publics, alors qu’ils entendent asservir la République, en faire leur chose, s’en servir comme d’un marchepied pour la réalisation de leurs ambitions malsaines, la satisfaction de leurs insatiables convoitises. La République de ces gens-là n’est pas, ne sera jamais la mienne! Je veux d’une République dont la devise ne soit pas l’unique et vaine association de trois mots sonores, je veux d’uue République ouverte à tous, accessible à tous les hommes de bonne foi et de bonne volonté, dont l’essence môme et la raison d’être soient le respect de nos d,oits et des libertés de chacun. On semble avoir oublié trop vite que nos frères ont fait, au prix de leur sang abondamment versé, des révolutions généreuses et salutaires, car nous sommes aujourd'hui asservis par quelques-uns à un nouveau régime d’in tolérance, ^'oppression et de teireur, dont grande raajontè du pays subit tous les maux.
Je sms, au point de vue de la liberté de conscience, partisan de la plus grande tolérance. Il n’est pas de liberté plus chère au. cœur de l’homme, et je conteste à ceux qui prétendent nous diriger, le droit d’en priver personne.
Je qualifie de tyrannique la prétention couramment émise par une infime minorité, de détruire les croyances d’un peuple, sous le prétexte de l’arracher ainsi à ce qu’ils appellent une superstition, comme s’ils étaient les détenteurs souverains de la vérité. Je dis que toutes les croyances sont respectables. Je pense, enfin, que prétendre opprimer la liberté des consciences, c’est vouloir commettre un véritable forfait.
Je termine, mes chers compatriotes, cet ensemble d’appréciations, sur la façon dont je conçois l’exécution du mandat que je sollicite de vos suffrages, par une déclaration que je crois utile à dissiper l’équivoque que nos adversaires, dans un but facile à comprendre, s obstinent à vouloir créer entre nous.
On essaie de propager parmi vous le bruit qu’issu d’une humble origine, j’aspire à une situation qui me fournirait les moyens défaire naître, en ce pays, et triompher je ne sais quelle haine de caste.
11 n y a plus de castes au siècle où nous sommes,- et tous, nous sommes égaux au point de vue des droits essentiels que confère à chacun de nous le régime républicain. Il ne saurait y avoir d’autres distinctions entre les citoyens d’un pays libre, que celles que créent le mérite personnel et 1 élévation des sentiments. Je ne suis et ne voudrais jamais être le porte-parole d’une fraction de la population; j’entends être le mandataire et le défenseur de
tous mes concitoyens au même titre, à quelque catégorie de l’échelle sociale qu’ils appartiennent.
Je n’entends faire entre eux aucune différence et c'est précisément la modeste angine qui m’est reprochée et dont je suis hautement fier, qui m’imposera toujours le devoir étroit de préconiser, de prêcher à tous mes concitoyens, à tous les enfants de notre pays, l'entente et la concorde nécessaires à sa prospérité, le respect des lois qui sont la garantie de notre organisation sociale, la nécessité du travail fécond et réparateur.
° Ge qU3 je souhaite enfin, de tous mes vœux, ce à quoi tendront mes persévérants efforts, c’est, avec le respect des droits et prérogatives si chèrement obtenus par notre * vieille colonie, un gouvernement de vraie liberté.
Je veux, en un mot, ainsi que le disait récemment avec tant d’élévation un éminent homme d’État, l’intégrité de la Patrie, une France républicaine et démocratique, vivante et agissante, toujours en marche vers le progrès, toujours plus disposée à imprégner scs mœurs de plus de charité et de solidarité sociales, une France plus rayonnante de beauté, do justice, de lumière et de vérité.
Je veux enfin, et cela par dessus toutes choses, être' et rtsler entièrement libre, la
raison et le droit seuls devant inspirer mes actes.
Personne quoiqu’on en ait pu dire et quoiqu’on pourra faire, ne me fera sortir de la
ligne de conduite que je me suis imposée ; je vous le promets!
Lucien GASPARIN.
Circonscription de i’INDE FRANÇAISE.