‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 56 sur 280 · M. MUTEAU · texte numérisé non relu

M. MUTEAU

Elu au 1er tour de scrutin. — 11,093 voix.

Mes chers concitoyens,

Élu déjà deux fois par une majorité exclusivement républicaine, c’est aux seuls républicains, à tous les républicains, sans distinction de nuances, que, pour la troisième fois, je demanderai leurs suffrages.

Oui, républicains, c’est à vous seuls que je m’adresse, car c’est de vous seuls que je veux être l'élu et le représentant. Et je me crois assez connu de vous pour être très bref aujourd’hui*

Depuis que vous m’avez envoyé au Parlement, et quoi qu'en puissent dire mes adversaires, ma ligne de conduite n’a jamais varié. Je me suis présenté à vous, il y a huit ans, comme partisan sincère du progrès politique et du progrès social. Je suis demeuré fidèle à ce principe, qui est celui même de la République, et c’est bien là ce qui m’a valu tant d’attaques de la part de ceux qui voudraient rétablir en France les régimes déchus, ou qui n'acceptent la République qu’à condition qu'elle n’aura rien de républicain.

Toutes les réformes qui ont été proposées dans un esprit démocratique, je les ai votées, de même que celles qui ont eu pour but de consolider dans notre pays les conquêtes de la Révolution française en matière politique ou économique*

J’ai voté la séparation des Églises et de l’État; et vous savez bien, républicains, que cette loi n'a pas été inspirée à notre parti par une hostilité quelconque contre la liberté de conscience ou de culte, mais par la nécessité de libérer notre pays de Fingérence romaine*

J’ai voté toutes les réformes propres à améliorer le sort des humbles, à atténuer, dans la mesure du possible, les iniquités sociales, comme par exemple la loi sur l’assistance aux vieillards, infirmes et incurables, et celle sur les retraites ouvrières* Adversaire résolu des moyens violents, j’ai cherché dans ces réformes, méthodiquement et progressivement appliquées, le seul remède pratique et efficace à la situation si difficile que crée l’antagonisme apparent du capital et du travail.

Enfin, ai-je besoin de vous le dire, citoyens, j’ai repoussé, dès la première heure, tout ce qui pouvait affaiblir la défense nationale, et vous savez avec quelle énergie, en toutes circonstances, je me suis prononcé contre les théories des antipatriotes et contre les doctrines insensées qui ne craignaient pas de conseiller l’abandon de la résistance à l’envahisseur. Si j’ai voté avec joie le service de deux ans, c’est que je savais combien la loi de 1889 était lourde pour nos campagnes, dont les jeunes gens ne pouvaient presque jamais profiter des dispenses et restaient trois ans au régiment. Mais je n’ai voté cette réduction ii deux ans que lorsque j’ai été sûr que la défense nationale, loi» d’en être affaiblie, en serait plutôt renforcée, par le contact plus intime de tous les éléments du pays et par le meilleur recrutement des cadres de nos réserves.

Telle a été ma conduite politique, citoyens, depuis que j’ai l’honneur d’être votre représentant. Ce que j’ai fait jusqu’à ce jour, je continuerai à le faire si vous me renouvelez mon mandat.

Et si le Parlement, enfin débarrassé des luttes politiques que les assauts incessants de la réaction ont perpétués jusqu’à ce jour, peut aborder avec plus de calme et de suite les réformes réclamées depuis si longtemps par le pays, je m’attacherai surtout, comme je vous le disais en 1898 et en 1902, à celles qui peuvent amener plus de bien-être parmi les travailleurs et dans les campagnes : développement de la mutualité et des institutions de prévoyance et d’assistance ; répartition plus équitable des charges publiques et soulagement de celles qui frappent la terre; révision do cadastre; réduction des frais de transports et de petites transactions ; amélioration de nos lois civiles et pénales dans un sens plus humain et pins en rapport avec la vie moderne. Je ne désespère pas de voir aboutir ces réformes, et de contribuer pour ma modeste part à démontrer à tous que la République démocratique, régime essentiel du progrès social, est surtout un régime de solidarité, de justice et de bonté. Et je résumerai, j’en suis certain, votre opinion et la mienne par la phrase de Gambetta, ce grand patriote et ce grand républicain: « Tout pour la France et par la République! »

Pour moi, comme je vous le disais il y a quatre ans, né, ainsi que tous mes ascendants, dans la Côte-d’Or, dont ma famille est otiginaire et qu’elle n’a jamais quitlée, je tiens à conserver l’estime et la sympathie qu’ils y ont acquises par leur probité et leur lovautô; et j’aimerais mille fois mieux ne jamais rentrer au Parlement que de renoncer à cette estima et à cette sympathie de mes compatriotes.

Allez donc librement au scrutin, mes chers concitoyens, votez en toute indépendance j j’attends avec confiance votre décision.

Alfred MUTE AU,

Président de la gauche démocratique de la Chambre des Députés, Vice-Président du Conseil général de la Côte-d’Or.

Circonscription de SEMUR.

M. DEBUSSY, décédé, remplacé par M, GÉRARD-VARET.

Voir élections partielles.

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