‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 57 sur 280 · COTES-DU-NORD · texte numérisé non relu

COTES-DU-NORD

lr0 Circonscription de DINAN,

- M. Charles BAUDET,

Électeurs et chers concitoyens.

Désigné, à ['unanimité, par le Congrès républicain réuni à Dinan le 19 avril, je Tiens solliciter le renouvellement du mandat que vous m’avez confié, par 6.477 voix, le S mars 1903,

J’ai la conscience profonde d’avoir soutenu avec une scrupuleuse fidélité le programme libéral et démocratique qui est le nôtre,

La liberté de la presse, h liberté de parole et de réunion, fondées par la République, sont intactes.

C'est la loi du 1er juillet 1901 qui a créé la liberté d’association. Les congrégation» elles-mêmes peuvent se constituer, sous la réserve de rautorisafion d’une loi. Car il était sage d’arrêter le développement d’un État dans l’État, de limiter leur puissance dans un pays ou la dépopulation sévit, et d’empêcher les extensions inquiétantes des biens de mainmorte prélevés sur le patrimoine plus intéressant des familles,

La liberté Renseignement reste entière, — les écoles privées, ouvertes de tous côtés, le dém onirent clairement,

l’ai seulement conformé mes votes à la vieille maxime admise par tous les républicains de jugement et d’honneur :

Le maire à la mairie ;

Le prêtre à féglise ;

L’instituteur à l’école.

Parce que j’estime que Péglîse ne doit pas mettre la main sur l’État, que le clergé ne doit pas s’immiscer dans les affaires civiles et politiques, j’ai voté la laïcité du personnel de l’enseignement primaire après avoir voté la laïcité des programmes, sous le contrôle et la réserve imprescriptibles des droits de l’État;

La liberté des pères de famille n’y perd rien, car ce n’est pas à l’école, terrain neutre de concorde et d’union, que doit se donner l’enseignement religieux, mais à l’églfce.

C’est parce que le Saint-Siège outrepassa ses droits en blâmant, lors du voyage de M, Loubet à Rome, la visite faite au roi d’Italie par le Président de la République, voulant imposer le pouvoir de Rome à la France républicaine,

C’est parce que ta séparation est le dernier terme de la distinction des choses d’ordre

religieux et des choses d’ordre civil, que j’ai voté la loi de séparation des Élises et de l’État.

Fort de déclarations, connues de tous, faites en 1902 au casino de Dinan, et réservant l’avenir, appuyé sur les ordres du jour précis et formels des comités républicains des cantons de 'la première circonscription, étendant, comme il convient toujours, le mandat donné par la confiance de mes concitoyens aux nécessités et aux besoins des circons lances, j’ai voté cette grande loi, qui restera comme un monument de libération pour l’Église et l'État dans l’histoire de la France moderne.

J’ai volé toutes les mesures libérales et de concorde destinées à assurer la liberté de conscience et à garantir l’exercice du culte; l’abandon gratuit et indéfini des édifices du culte, les pensions et les allocations aux membres du clergé, le reversement, aux budgets communaux, des sommes restées disponibles sur le budget des cultes et chaque armée croissantes .

J’ai voté la mesure nécessaire et conservatoire des inventaires, nécessaire pour le contrôle de l’intégrité des biens collectifs qui constituent la propriété de la communauté des fidèles-

Si quelques-uns, sans souci du re-=p<ct dû aux églises, sans préoccupation d’entraver la liberté des fidèles qui désirent fréquenter le temple, s’en sont fait une arme de guerre politique, à la veille de la consultation générale du pays, pour exercer une pression sur les consciences et les esprits, que la responsabilité tombe entière sur les fauteurs de troubles.

Mcjis que l1 opinion publique soit juge du libéralisme et de la loyauté des républicains dont je m'honore d’être-

Dans l’ordre agricole, j’ai voté ; la loi accordant une indemnité dans le cas d’abatage d’animaux pour cause de morve et de farcin ; la loi réprimant les fraudes dans la vente des marchandises t-t les falsifications des denrées alimentaires et des produits agricoles; la loi réprimant la fraude des engrais ; la loi facilitant 1 usage des warrants agricoles.

Pour nos laborieuses populations des campagnes, qui sont la meilleure réserve delà France, j’estime qu’il faut se hâter de fonder par le « Homestead » ouvrier et agricole, la constitution d’un bien de famille insaisissable et, par l’indemnité de plus-value accordée au fermier, il convient d’établir la justice en attribuant la rémunération du travail à celui-là même qui l’a produit.

Dans l’oidre maritime, j’ai défendu les droits de nos marins pêcheurs a Terre-Neuve ; j’ai voté la loi qui fait ouvrir les droits des demi-soldiers du jour où ils ont acquis leur retraite; j’ai voté l'augmentation des pensions des officiers mariniers des équipages de la flotte; il reste à faire l’unification des pensions des anciens retraités; j’ai voté l’amélioration de la condition de la loi de 1898 sur la Caisse de prévoyance, en augmentant les pensions, en admettant l’incapacité partielle et en étendant les conditions d’admission. J’ai voté la loi, dont j’avais émis l’idée, qui fait compter pour une année de navigation une campagne de Terre-Neuve et d’Islande. I! faudra, pour répondre aux besoins de la vie, augmenter la pension des demi-soldiers, les dispenser de verser après le temps de leur pension acquise ou augmenter proporiionnellement leur pension, en rapport avec les versements continués. Des retraites proportionnelles s’imposent également après quinze années de navigation et ii est de toute nécessité de réduire la durée de service des inscrits, sans toucher à 1 organisation actuelle de leur droit de servir dans la flotte.

Chaque année, j’ai voté le milliard destiné à assurer le fonctionnement de nos armées de terre et de mer, et j’ai voté le service de deux ans, qui fait l égalité devant 1 impôt du sang et qui constitue une armée plus compacte, plus homogène et pins forte. ^

J’ai volé la loi qui étend la compétence de îa justice paternelle et peu coûteuse des tribunaux de paix au point de vue civil, en attendant que cette compétence s’étende en matière pénale, pour enlever aux tribunaux correctionnels les délits minima, comme ceux de chasse et de pêche, mettant fin à cette législation a -tuelle, vestige des droits seigneuriaux.

Je voterai la loi qui créera des permis de chasse journaliers et qui, au moyeu de ré- * serves, s'occupera de La reproduction du gibier»

J’ai voté la loi bienfaisante qui assure à partir du 1er janvier 1007 l'assistance obligatoire aux vieillards de soixante-dix ans, aux infirmes et aux incurables privés de res*

sources*

Je voterai la loi des retraites ouvrières et paysannes, comme je Fai déjà fait, et je voterai Fobligation, sans laquelle il n’y a pas de loi.

Dans Pordrc des réformes sociales, je voterai toutes les mesures applicables et nécessaires pour réglementer l’hygiène et la sécurité des travailleurs, pour assurer, par l'intervention de justes lois, un salaire rémunérateur du travail, pour protéger l'enfance, la vieillesse, la femme, h mère et pour mettre l'adulte à Pabri du terrible chômage.

Partisan de la paix, le premier bien de tous, que la République nous a garanti depuis trente-cinq ans, je ferai tout ce qui dépendra de moi pour que nous conservions Pamitié des peuples, qui s’est affirmée à Àlgêsiras, et pour que nous évitions le plus terrible des fléaux, la guerre, tout en gardant intacts l'honneur et la dignité de la France.

JVstime que la liberté est le développement de la personnalité humaine et que ce développement doit être mis à Pabri de toute atteinte et garanti contre les attaques qui vien* rient de l'extérieur et contre ïes abus que l'individu peut être tenté d'en faire lui-même* C’est pour ceîa que je revendique la liberté politique et économique du fermier, de l'ouvrier, du commerçant, trop souvent opprimés, quand ils ne sont pas exploités parla tyrannie réactionnaire.

Partisan de Perdre et de l'économie dans les finances, j'estime qu'il y a lieu de procéder à la réforme des impôts en se préoccupant d’une plus équitable répartition, ne demandant rien au nécessaire, peu à rutile et beaucoup au superflu.

C'est l'application de la maxime des Droits de Phomme et du citoyen, demandant à chacun, non en proportion de sa fortune, mais en proportion de ses facultés, sans taxation arbitraire et sans déclaration obligatoire, l'impôt sur le revenu par cédules, par analogie avec celui qui fonctionne en Angleterre*

J'ai fait l’effort nécessaire auprès des pouvoirs publics pour obtenir la prompte cou* struction du pont Saiut-Jean-Saint-Hubert à Flouer*

Je ferai le même effort pour obtenir que la première circonscription de Dinan reçoive satisfaction dans l'ouverture de ses lignes de chemins de fer d'intérêt local.

Mes chers concitoyens,

Comme je vous le disais en 1903, je n'appartiens ni à l'aristocratie de naissance ni à l'aristocratie de fortune. Je ne cherche mon appui ni dans l’une ni dans l’autre.

Fils comme vous de la démocratie, j'en suis depuis 30 ans le fidèle et dévoué serviteur*

Travailleurs de l'intelligence, du commerce, du champ, de l'usine et de Patelier, le drapeau que je porte est le vôtre ; il claque au vent soufflé par la rafale réactionnaire. Défendez - le l ?

Vive la République!

Docteur Charles BAUDET*

2* Circonscription de DINAN* M* RI OUST de LARGENTAYE-

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