M. GIROD
Élu au rr tour de scrutin. — 6-820 voix.
Mes chers Concitoyens,
Je viens solliciter vos suffrages.
Élu d’un congrès qui avait réuni à Pontarlier, le 11 mars dernier, les délégués des groupes démocratiques de l’arrondissement, fai le très grand honneur de porter dans la bataille le drapeau républicain, et je convie tous les citoyens généreux et justes, tous ceux qui sont épris de liberté et qu’animent des sentiments de solidarité et de justice sociale, à s® grouper et à s’unir, eu cohorte serrée, sous ses plis si souvent victorieux.
Citoyens, la question est nettement posée : les irréductibles ennemis de la République, les réacteurs de tout ordre n’osent plus affronter la lutte qu’en se couvrant le visage du masque républicain: ceux qui, il y a quatre ans, étaient enrôlés dans les rangs tapageurs du nationalisme audacieux et factieux, n’ont plus aujourd’hui le courage de leur opinion, et c’est d’une étiquette mensongère, prenant à d’autres leur programme, qu’ils viennent s’affubler à vos yeux*
Électeurs républicains, vous ne vous laisserez pas tromper à cette manœuvre; vous ne reconnaîtrez pour les vôtres que ceux dont les sentiments démocratiques sont nettement connus de vous, que ceux qui sont vraiment de votre trempe et de votre race, que ceux qui ont travaillé et peiné à vos côtés, sur cette terre natale qui garde à jamais nos plus chères affections,
Fils de paysan et d’ouvrier, citoyensje revendique devant vous mon humble naissance comme un titre d’honneur; si certains ont pu déjà trouver plaisant que je m’honore d’avoir poussé la charrue ou gardé les troupeaux aux champs, que m’importe leur appréciation intéressée? Je suis des vôtres et bien des vôtres, et ceh seul vaut à mes yeux toute autre gloire*
Avec tons les républicains de ce pays, je me réclame d’une politique de droiture et de loyauté, de tolérance et de justice, et mon programme ne sera que l’application intégrale de ces principes.
Je veux la liberté de conscience, la première et la plus essentielle de nos libertés républicaines, partout observée et re^peclêe, en se conformant à la loi si libérale de la séparation des Églises et de l’État; je veux l’impôt progressif sur le revenu, en distinguant nettement le revenu du capital et celui du travail ; l’achèvement de la loi sur les retraites ouvrières et paysannes ; la création du bien de famille insaisissable ; l’amélioration des tarifs douaniers, et notamment l’abaissement des droits qui pèsent sur l’entrée du bétail français en Suisse ; l'exploitation par l’État des grands services publics et de toutes les richesses nationales; l’assurance obligatoire contre le chômage; l'instruction intégrale donnée gratuitement à tous ; la suppression des conseils de guerre en temps de paix; l'extension de la juridiction prud’homale à tous les salariés du commerce, de l’industrie et de l’agriculture; une large décentralisation ayant pour objet de laisser à la commune tout pouvoir pour régler les questions qui n’intéressent que ïa commune; la protection toujours plus effective des pe ils fonctionnaires, instituteurs, douaniers, gardes-forestiers, cantonniers, facteurs ruraux ; le développement des syndicats et de toutes les oeuvres d’association, de mutualité et de soli-
darité ; je veux enfin une armée grande et forte, protectrice de la paix bienfaisante, et noble toujours par le dévouement fidèle et constant de ceux qui ont l'honneur de servir dans ses rangs.
Pour toutes les questions locales ou régionales qui vous intéressent, citoyens, j'entends rester avec vous en coopération continue et prendre conseil de vos élus. En ce qui concerne plus spécialement la question du contrôle à Marteau, je n'aurai ni trêve ni repos avant que soit donnée définitivement la solution équitable qui mettra fin à pareil déni de justice.
Citoyens, le programme que j'inscris dans celte profession de foi est plus que suffisant pour une législature : il ne convient pas à ma loyauté de promettre plus que je ne peux tenir.
Vous avez h parole et vous êtes les maîtres. Nous sommes à une heure solennelle, grave et décisive, et le pays tout entier attend de savoir si la République pourra poursuivre la réalisation de son idéal de progrès social et de solidarité humaine, ou bien si vous permettrez que su maintiennent, contre ses destinées, les plus redoutables adversaires qu'elle ait jamais comptés.
Je viens à vous en enfant du pays, en homme de travail et d'ordre, qui vous apporte tout son dévouement et toute son activité ; vous choisirez entre ma bonne volonté pacifique et dévouée, et l'agitation batailleuse des partis de réaction,
CTest la République et la Pairie, la petite patrie et la grande, que j'entends défendre avec vous ; pour celte œuvre, citoyen-, vous ne serez accessibles ni aux vaines promesses, ni à la calomnie, ni à l'injure, qui déjà se sont fait jour dans la campagne commencée; vous vous souviendrez du temps où le nom respecté et aimé de Dyouis Ordinaire faisait triompher, pendant dix-sept armées consécutives, pour le plus grand bien de notre arrondissement, une politique de calme et de paix bienfaisante, et vous irez au scrutin, libres de voire opinion et seuls maîtres de votre décision.
Citoyens, le devoir vous appelle : vous n'y faillirez pas, et vous répéterez avec moi, au jour du scrutin, le cri d'appel qu'acclamaient les délégués de notre congrès démocratique ; debout pour la justice et la fraternité sociale, et garde à vous pour la Patrie et pour la République 1
Adolphe GIROD,
Ancien élève de l'Ecole de Samt-Cyr, Publiciste,
Capitaine de réserve,
Membre du Comité démocratique de France et du Comité de défense et d'action républicaines de Besançon,
Candidat du parti radical.