M. A. JOURDE
Élu au 2° tour de scrutin. — 8.367 voix.
Aux Electeurs,
Mes chers concitoyms,
Pendant treize années, j’ai eu le grand honneur et aussi la très lourde charge de vous
représenter à la Chambre des Députés. .
Après ces trois législatures, pendant lesquelles j’ai conscience d’avoir loyalement rempli ma tâche, et au moment où, par l’expérience acquise, je croyais pouvoir rendre de non-
veaux services à la démocratie^ fai été battu.
Je me suis incliné et j'ai repris, sans réclamer, ma place dans le rang.
D’aucuns m’ont reproché, dit-on, de m’être trop effacé depuis 1902. Je crois, au contraire, quee tte attitude respectueuse devant la volonté du suffrage universel était commandée aussi bien par le devoir républicain que par la dignité.
Aujourd’hui, grâce à la confiance et à l’appui que me dorment de nombreux amis dévoués, appartenant à toutes les fractions des républicains du bloc de gauche, j’use du droit d’appeler du suffrage universel de 1902 au suffrage universel de 1906.
J’accepte avec fierié la candidature qui m’est offerte dans notre vaillante 3'' circonscription.
Faut-il redire nu s opinions ?■
Ne me connaissez-vous pas et n’êtes-vous pas fixés sur ce que vous pouvez attendre de moi? Si, n’est-ce pas 1 Et si je n’avais affaire qu’à vous qui m’avez suivi et avez pu me juger sur mes actes, je me tairais et je me livrerais, la conscience tranquille, au jugeait des
Maïs, depuis 1902, quatre nouvelles générations électorales sont venues a la ne politique; elles ne me connaissent pas. le dois leur dire qui je suis. Et je le dirai, comme j ai toujours fait, sans flatterie pour aucun parti, sans chercher à obtenir aucun suffrage par des déclarations qui seraient des concessions portant atteinte au devoir et a la conscience. Ma ligne de conduite, et je ne veux point en changer, a été et sera toujours : «Bien faire
et laisser dire. » '
Mon idéal politique, le voici esquissé en toute bonne foi :
Avant tout, je suis républicain, parce que je crois que de toutes les formes de gouvernement la République seule est l’instrument du progrès politique, philosophique et social
des peuples. +
À ce tilre de républicain, fai toujours ajouté celui de socialiste.
Mais. me dira-t-ou, comment êtes-vous socialiste?
Ici, mes fers concitoyens, il faut parler net et franc!... Etre simplement sociahste, cela ne voudrait pas dire grand’ebose et je vous dois toute ma sincérité.
Je suis de ceux qui croient fermement que l’ab on tissant logique de Dévolution des principes de justice et [de solidarité humaine contenus dans la République sera le socia-
lisme collectiviste. , ,
Vous avez le droit de croire que l'hypothèse collectiviste restera longtemps encore dans
le domaine de la philosophie. Je pense, au contraire, qu'elle se dégage de plus en plus des faits de chaque jour, et que l’idée qu’elle porte en elle s'impose à Pétille de tous les hommes réilêcliis et clairvoyants, surtout à Pétude de ceux qui briguent Je mandat de législateur.
Que celte déclaration me fasse perdre des suffrages, peu importe, je vous la devais et je la fais en toute loyauté, parce qu’elle est le cri de ma conscience.
Trois points caractérisent mon idéal socialiste ;
1° Conquête des pouvoirs publics par îe suffrage universel ;
T Intervention de l'Eiat pour faire passer, du domaine capitaliste, de plus en plus anonyme, dans le domaine national, les diverses catégories des moyens de production et d'échange, an fur et à mesure qu'elles deviendront mûres pour î'approprïaiioa sociale;
3n L’entente internationale des travailleurs.
Un dernier point, et cela pour empêcher toute équivoque : Je déclare que je repousse nettement, comme contraire à Pidée socialiste et aux intérêts du prolétariat, toutes les manifestations de l'anarchisme, depuis les théories amipatrlotiques jusqu'à l'action directe et la propagande par le fait.
Uefüser de défendre sa patrie, et surtout quand cette patrie c'est la Franco, outrager sou drapeau, prêcher la désertion de ses soldats, c’est faire oeuvre folle et monstrueuse.
Après cet exposé de principes, j’arrive au programme de la prochaine législature.
Défendre, en toutes circonstances, les intérêts de toutes les catégories de travailleurs afin d'améliorer leur sort.
Création, par l'Éïat, d'une retraite pour tous les citoyens âgés de soixante ans et pour les invalides de tout âge, au moyen d’uu impôt payé par tout le monde et par répartition annuelle.
Fixation de la durée de la journée de travail à huit heures et d'un minimum de salaire au-dessous duquel il sera interdit de faire travailler.
Etablissement du repos hebdomadaire pour tous les travailleurs.
Abrogation des tarifs douaniers de M. Méline et retour aux traités de commerce basés sur la réciprocité. Et, en attendant, création à Bordeaux d’une zone franche afin de permettre à notre commerce d'exportation de lutter au moins à armes égales avec nos rivaux étrangers.
Liberté des cultes, l'État n'en salariant aucun.
Monopole de l'instruction k l'État, à tous les degrés.
Instruction gratuite intégrale pour les enfants par le concours.
Dévouement à la République exigé de mus ks fonctionnaires civils et militaires, nul n'étant obligé de servir un régime qu'il trouve mauvais.
Suppression des conseils de guerre en temps de paix.
Réorganisation de la justice militaire; administrée par des magistrats civils et des officiers-magistrats de carrière ne relevant à aucun titre du commandement.
Révision du Gode de justice militaire.
Impôt établi sur le revenu des contribuables, demandant peu à celui qui a peu et beaucoup à celui qui a beaucoup.
Révision de la Constitution orléaniste de 1875.
PanUan résolu de Punion de tous les républicains du bloc de gauche, je suis avec ceux qui veulent rétablir au Parlement La délégation des gauches, d'où sont sorties les réformes que les ministères présidés par les deux grands citoyens Waldeck-Rousseati et Emile Combes ont données à la démocratie et d'où sortiront celles de l'avenir.
Voilà, mes chers concitoyens, très rapidement indiquées dans leurs grandes lignes, mes opinions politiques et économiques.
Permet tez-moi, en terminant, de rappeler que valent les professions de foi et les programmes, ce que valent eux-mêmes les hommes qui les présentent.
Electeurs de la 3e circonscription !
Pour être votre député» fai besoin de votre confiance- À vous de juger si je la mérite et si vous devez me raccorder-
À vous de voir si mou passé vous est un suffisant garant de l'avenir.
Travailleurs! Vous avez vu, pendant cette période électorale» les partis et les hommes en présence -
Voter pour un député est un acte sérieux.
Réfléchissez bien- Inspirez-vous de votre bon sens.
Vive Punion des républicains de gauche!
Vive la République démocratique et sociale !