‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 90 sur 280 · ILLE-ET-VILAINE · texte numérisé non relu

ILLE-ET-VILAINE

Circonscription de FOUGÈRES* M. LEFÀS*

Élu au 1er tour de scrutin. — 12.122 voix.

Mes chers concitoyens,

Je viens avec confiance solliciter de vous ie renouvellement du mandat législatif.

Vivant en relations quotidiennes avec vous, ouvriers, commerçants et cultivateurs, je connais vos sentiments comme vous connaissez mes idées et mon passé*

Deux causes dominent actuellement tontes nos discussions publiques :

La cause de la liberté ;

La cause de la patrie*

En avant pour ces nobles causes, pour le progrès, pour la justice, pour l'avenir de la République !

Ensemble nous avons combattu et flétri la proscription des associations religieuses, fabominable délation, la désorganisation de notre armée et de jnos arsenaux, la séparation néfaste*

Ensemble nous continuerons à défendre, et le culte du drapeau tricolore, et la liberté sous toutes ses formes ; Liberté d'enseignement, liberté d'opinion politique, égales pour tous les citoyens sans distinction de parti.

La cause de la liberté ne nous fait pas négliger celles des réformes économiques et sociales.

J’ai voté la réduction du service militaire, îa loi sur ['assistance obligatoire aux vieillards, aux infirmes et aux iocurables ; la révision des patentes, la diminution des taxes postales.

J'ai été, en particulier, assez heureux pour obtenir, sans aucune augmentation de charges pour le Trésor, la réduction de la licence qui frappait ie commerce des cidres.

De nombreuses réformes nous sdTlicitent ; lois ouvrières sur les retraites, sur l'apprentissage et le délai-congé ; loi populaire sur le bien de famille ; création des Chambres d'agriculture; remaniements équitables de l'impôt- J’y donnerai toute mon attention.

Les œuvres de mutualité font tous les ans de nouveaux progrès parmi nous* Je me suis associé à ces progrès* Je continuerai à le faire.

Partisan résolu dû développement de l'instruction à tous les degrés, et notamment de l'instruction professionnelle, si nécessaire aux populations ouvrières et agricoles, je tiens que la liberté d'enseignement est la plus sure base de ces progrès.

Adversaire, en principe, de tous monopoles, je combattrai le monopole de l’alcool, demandé par les socialistes*

J'estime que nos lois électorales doivent être révisées dans un sens favorable à la liberté et au secret du vote, ainsi qu'à la représentation proportionnelle de tous les partis au Parlement*

, En attendant cette dernière réforme, je pense et je continuerai à penser que l’élu du suffrage universel doit, sans distinction d’opinion, ses bons offices à tous ses concitoyens ; en un mot qu'il doit travailler à Tunion, à la paix et à la prospérité commune.

Vive la République 1

Vive la liberté !

Alexandre LEFÀS,

Avocat au barreau de Fougères, Docteur en droit.

Ancien chargé de cours à la faculté d’Àix, Député sortant»

Circonscription de MONTFORT,

M. P1NADLT.

Élu au 1* tour de scrutin, — 7,576 voix.

Messieurs et chers Concitoyens,

Au moment où je viens solliciter vos suffrages, j’ai le devoir de vous dire qui je suis et quelle serait ma ligne de conduite si vous me faisiez l’honneur de me nommer votre

Catholique et républicain, je veux un gouvernement libéral, tolérant et sincèrement respectueux de toutes les convictions. C'est pourquoi je ne saurais blâmer avec trop d’énergie les lois injustes et vexatoires qui ont vu le jour depuis quelques années et notamment cette loi de séparation des Églises et de l’État qui menace de troubler si profondément notre pays dans ses croyances et ses traditions les plus chères.

Je proteste de toute mes forces contre la première application qui en a été faîte à l'occasion des inventaires. Bien n’excuse à nos yeux les violences, les brutalités et les profanations dont les ministres du bloc ont assumé, en cette circonstance, la lourde regponsa= bilité.

Le pays a été profondément ému de voir des soldats employés à l’exécution de cette loi,

le n’ai pas besoin de vous dire que, si je dois siéger dans la future Chambre, mon vote sera acquis à toutes propositions qui auraient pour but d’abroger, ou du moins de révisé^ dans le sens de la liberté, cette loi de p exécution et de discorde.

Partisan convaincu de la liberté de renseignement, je m’opposerai résolument aux projets qui tendent à en effacer les derniers vestiges et je joindrai mes efforts à ceux des bons citoyens qui poursuivent son complet rétablissement. J'ai vu avec peine dans une contrée comme la nètre, où il y a unité de croyance, interdire l’instruction religieuse dans nos écoles.

Avec l'immense majorité de nos compatriotes, je désire qti on rende à la religion, dans l'éducation de l'enfance, la part légitime qui lui revient.

Travailleurs de la ville et des campagnes,

Tai passé presque toute ma jeunesse au milieu des ouvriers et, les connaissant bien, j’ai appris à les aimer... C’est vous dire que rien de ce qui les intéresse ne peut me trouver indi fièrent.

Je suis prêt à m'associer h toutes les initiatives qui tendent à l'amélioration de leur sort, et mon concours est acquis d’avance, dans F étude des questions sociales, à toutes solutions basées sur la justice et l’égal respect des droits de chacun.

Je crois que la mutualité, encouragée et soutenue par l'État, est une de ces solutions, particulièrement en ce qui concerne Purgent mais difficile problème des retraites ouvrières.

Mais, à côté de réformes économiques proprement dites, la réforme financière, condition première de toutes les autres, réclame notre attention la plus grande.

Notre dette publique s’est accrue depuis vingt ans d’une façon inquiétante ; nos budgets annuels ne sont plus équilibrés qu'au moyen d’artifices qui ne trompent plus que les esprits crédules. C'est une situation à laquelle ü importe de remédier sans délai.

Par la suppression des dépenses qui ne sont pas d'une utilité incontestable, par la diminution du nombre des fonctionnaires et par une large et intelligente décentralisation, il est encore possible d'arrêter le pays sur la pente qui le conduit aux catastrophes.

Si l'on y réussit, on aura du même coup facilité la réforme d'un régime fiscal qui pèse d'un poids trop lourd sur les travailleurs de tout ordre et toute condition, sur les commerçants et les petits propriétaires.

Patriotes,

Je veux la France grande et respectée, parce que je la veux paisible et heureuse. Nos institutions militaires, en assurant la défense nationale et en nous mettant à l'abri d'un guet-apens toujours possible de l'étranger, sont la meilleure et la plus sure sauvegarde de la paix à l'extérieur.

Voilà pourquoi je repousse les honteuses pratiques de la délation dont ont été victimes, après tant de fonctionnaires loyaux et corrects, nos officiers les plus méritants. Des procédés aussi abjects n'auraient jamais dû trouver grâce devant un gouvernement qui se prétendait républicain. Ce sera, dans l'bis toire, la honte du Ministre Combes et de son collègue le général André de les avoir non seulement tolérés, mais encouragés avec un cynisme sans égal.

Électeurs de l'arrondissement de Moûtfort,

Ma famille est originaire de chez vous.

C'est dans le canton de Bécherel qu'est né mon grand-père, dont le nom est resté pour vous tous synonyme de dévouement et" de bonté.

Mon père vous a représentés à la Chambre des Députés pendant près de quatorze ans. Enfin, vous m'avez fait l'honneur de me nommer votre conseiller général.

Si vous m’envoyez au Parlement, je serai souvent au milieu de vous et dans ce contact fréquent entre l'électeur et le député, j’apprendrai chaque jour davantage à mieux connaître vos intérêts privés et publics et h les servir plus utilement.

J'ai Ja ferme confiance que, le mois prochain, vous ne me refuserez pas vos suffrages. Vous pouvez compter de votre côté sur mon dévouement le plus absolu.

Vive la liberté I Vive la France î

Étienne PINAULT,

Candidat de l'Action libérale populaire, républicain libéral catholique.

Circonscription de REDON*

M. le lieutenant-colonel du HÀLGQUET* Élu au 1er tour de scrutin* — 14*881 voix*

Messieurs les électeurs,

Pour la quatrième fois depuis onze ans, me conformant au désir qui m'en a été exprimé par un grand nombre d’entre vous, je me représente à votre libre suffi age-

Je le fais avec une entière confiance, non seulement à cause des chiffres considérables de voix dont vous m’avez honoré en 1895, en 1898 et en 1902, mais aussi parce que j’ai conscience d’avoir, pendant les' quatre longues et tristes armées qui viennent de s'écouler, soutenu vos intérêts, défendu vos principes et vos libertés, vos sentiments et votre foi*

Les lignes de tramways qui doivent desservir notre arrondissement sont en instance au Conseil dÉtat et tout permet d'espérer que les dernières difficultés vont s’aplanir ces jour d'd.

Parmi les autres travaux nombreux, auxquels, vous le savez, j’ai apporté mes soins, la ligne de chemin de fer de Messac à Ploêrmel s’est enfin ouverte ii y a trois ans; ses gares chargées de wagons montrent les services considérables qu’elle rend chaque jour* L'agriculture, le commerce et l’industrie ne demanderaient en effet qu’à prospérer s’ils étaient m oi n s ècra s s d’ im pA t s ,

Et nos finances pourraient être meilleures, si nous avions une politique convenable, au Heu de cette abjecte politique pratiquée depuis quatre ans*

La politique du Bloc *

Depuis le mois de juin 1902, depuis Pavènément du Ministère Combes, ce n’a été que fermetures d’écoles, poursuites, sécularisations, laïcisations, expulsions .

Commencées à Pipriac, à la Chapelle Saint-Melaine et à Gomblessac, ces mesures ont atteint plus de soixante écoles libres de notre arrondissement, violant la liberté des pères de famille, surchargeant les budgets de nos communes ou imposant de nouveaux sacrifices aux catholiques que nous sommes*

. Pendant ce temps :

Un Ministre de la Guerre organisait par la franc-maçonnerie la moucharderie dans l’armée*

Un Ministre de la Marine excitait dans les arsenaux un désordre que son successeur est impuissant à conjurer*

La Chambre a bien voté une loi sur l’assistance aux vieillards, mais**.*, elle a laissé à ses successeurs le soin d’en assurer les ressources.

On avait fait grand bruit des retraites ouvrières*

Ce serait certes une mesure souhaitable*

Sur la fin de la législature, le Gouvernement s’est en effet décidé à s’en occuper et, à celte question si difficile et si complexe, on a consacré quelques séances du matin où nous étions quelquefois une quarantaine de députés* Résultat : un projet mal venu envoyé

au Sénat, qui devra le modifier complètement. (La seule retraite menée à bonne fin a été la retraite que la Chambre a voté pour elle-même, c’est-à-dire pour les anciens députés I Après quatre ans Faits un député a droit à une retraite 1)

C'est qu'un autre dessein poursuivi depuis longtemps par la F.\ M.\ avait occupé. bien davantage Je Parlement : il s’agissait de faire la séparation de l'Église et de l'État,

Le bon sens le plus élémentaire indiquait que, pour modifier le traité conclu autrefois entre le pape et la France, le Concordat, il aurait fallu s'entendre avec le pape.

Faute de l’avoir fait, il est arrivé ce que vous savez et le premier acte d'exécution de cette loi a rencontré chez vous mie ferme et légitime opposition.

Cette loi est à abroger et à refaire par un nouvel accord avec le Saint-Siège.

Rendez celte justice à votre député qu’à la Chambre, soit par son vote, soit à la tribune, il a lutté sans relâche et sans défaillance contre cette funeste politique.

Et ce faisant, non seulement j'obéissais à mes sentiments intimes, mais j'étais soutenu par la certitude d’être votre dévoué mandataire, votre fidèle interprète.

À diverses reprises, vous avez bien voulu déjà me le témoigner de la façon la plus sympathique.

Vous avez une nouvelle occasion de le faire en apportant de nouveau votre suffrage le fi mai à votre dévoué,

Lieutenant-colonel du HALGOUET,

Conseiller général du canton de Redon, maire de Renac, Député sortant.

lr* Circonscription de RENNES,

M. Le HÉRISSÉ,

Élu au 2° tour de scrutin. — 9.8A3 voix.

Mes chers concitoyens,

Depuis vingt ans, sans interruption, vous m'avez confié le mandat de vous représenter au Parlement.

Fort de mon devoir républicain loyalement accompli, je viens, une sixième fois, solliciter vos suffrages.

La législature qui prend fin a été marquée par trois grandes réformes ;

La loi réduisant à deux ans la durée du service militaire ;

Les retraites ouvrières ;

La séparation des Églises et de l'État*

J'ai voté ces trois lois comme j’en avais pris Rengagement vis-à-vis de yous.

Pour la première fois, « la loi de deux ans » a reçu cette année son application. L'égalité de tous les Français devant i'impôt du sang n'est plus un vain mot. La paix extérieure, l'ordre intérieur vont être désormais assurés par une armée nationale et

homogène dont la puissance sera d’autant pins grande qu’on saura la maintenir en dehors de nos lattes politiques, qu'on imposera a tous, et à tous les degrés de la hiérarchie, cette discipline fsrme et paternelle, sans laquelle aucune force militaire digne de ce nom ne peut exister*

« La loi sur les retraites ouvrières » est soumise à l’examen du Sénat. J’ai hâte de la voir votée et promulguée : n’est-il pas temps, en effet, que le pain quotidien soit assuré aux vieux travailleurs de la ville et des champs? Ceux-là seuls peuvent s y opposer qui nient le grand principe de l1 lui mai ce solidarité !

« La loi do séparation des Églises et de l’État w fonctionne depuis le mois de janvier dernier ; rien n’étant changé dans vos habitudes séculaires, la transition du régime concordataire au régime nouveau s’accomplissait tout naturellement lorsqu’à surgi la question des inventaires des biens appartenant aux établissements religieux*

L’exécution des inventaires des églises catholiques — mesure conservatoire prise sur la demande des représentants des catholiques eux- memes — a donné lieu à des manifestations qui, sincères et spontanées tout d’abord, sont devenues bien vite plus politiques que religieuse! et ont été exploitées, travesties et détournées de leur vrai but par les partis de réaction , . *

Mais, aujourd’hui, la situation s’éclaircit et, pour tout homme de bonne foi, il apparaît que la loi nouvelle respecte d’une manière absolue le droit de croire, de penser et de pratiquer librement. S’il en eût été autrement, vous me connaissez assez pour savoir que jamais je ne l’aurais votée : car, si j’estime que les croyances religieuses ne relèvent que de la conscience, je pense aussi que le devoir du Gouvernement est de les respecter et de les faire respecter*

Le Concordat, qui eut son utilité et sa grandeur, ne répondait plus aux nécessités de l’organisation de l’Église de France* Faussé dans son esprit et dans son application aussi bien par l’État que par l’Église, il y a quelques années tout le monde paraissait d’accord pour le supprimer,

u L’État doit être neutre en matière religieuse, disaient les partisans de la séparation... »

« Rendez-nous la liberté, disaient les représentants de l’Église, que l’État cesse d’intervenir dans la nomination de nos ministres, nous en avons assez des évêques et des curés nommés par les francs-maçons L.* »

Ce fut toujours ma manière de voir, vous le savez. Mon opinion n’a point changé au moment du vote de la loi. L’avenir, j’en ai la conviction, montrera que j’avais raison.

Si, comme je l’espère, la loi de séparation, perfectible comme toutes les lois, est appliquée avec tolérance, sans arbitraire comme sans défaillance, on aura vite fait de constater que, débarrassées de toute attache officielle, les religions jouiront en France d’une indépendance et d’une dignité qui leur manquaient peut-être quand leurs ministres étaient placés sous la tutelle des fonctionnaires de l’État,

Lorsqu'il y a deux ans, un nouveau cabinet est arrivé au pouvoir, il a déclaré vouloir rompre avec la méthode de gouvernement employée par ses prédécesseurs. H a répudié le système des fiches, affirmé son libéralisme, et s’est donné comme but la réconciliation des bons Français sous le drapeau républicain.

C’est de cette politique, approuvée par une majorité républicaine élargie, que devra s’inspirer le gouvernement de demain.

Les représentants du pays vont avoir une lourde lâche à accomplir : il leur faudra trouver l’argent nécessaire pour la mise à exécution des nombreuses améliorations sociales votées en principe au cours de ces dernières années*

Certes, des économies sérieuses peuvent être réalisées, si on se décide enfin à procéder à « une véritable réforme administrative »* Le nombre des fonctionnaires doit être réduit, il est des rouages financiers ou judiciaires qui, sans inconvénients, peuvent être supprimés* Mais ü faut ie dire bien haut, ces économies seront insuffisante^, et c’est seulement par uri remaniement complet de notre système d’impôts, c’est seulement en « taxant les contri-

buables selon leurs revenus réels » qu’on pourra arriver à donner satisfaction aux petits, aux humbles et aux déshérités !

M'est-il pas inique de voir échapper à l’impôt des milliards de revenus mobiliers, alors que les propriétés bâties et non bâties sont grevées outre mesure, alors qu’indirectement l’impôt frappe si durement les travailleurs?

C'est aux députés que vous allez nommer qu’il appartiendra de régler « la situation des petits fonctionnaires de l’État, des départements et des communes »,

Ils réclament le droit de s’unir, dé se syndiquer pour défendre leurs intérêts : je ne saurais pour ma part m’élever contre cette prétention légitime, à la seule condition que, par une grève générale, ils ne puissent désorganiser les services publics ou porter atteinte aux intérêts sacrés de la défense nationale.

Grâce à ses alliances et à ses amitiés, la France, forte et respectée, voit se développer, dans la paix féconde, son agriculture, son commerce et son industrie, elle a le droit d’exiger également de son gouvernement celte paix intérieure si violemment troublée depuis quelques semaines. Une loi d’arbitrage réglant les conflits entre patrons et ouvriers est nécessaire ; elle devra être faite.

Mes chers concitoyens.

Nous nous connaissons depuis trop longtemps pour qu’il soit utile de vous redire mon dévouement absolu lorsqu’il s’agit de défendre vos intérêts individuels ou collectifs, je n’ai jamais refusé un service à personne, et les groupements syndicaux savent qu’en toutes circonstances mon concours fut acquis à leurs justes et légitimes revendications.

Les ennemis de la lïèpublique emploient pour nous combattre des moyens jusqu’ici inconnus dans notre circonscription.

Vous ne vous laisserez émouvoir ni par les menaces, ni par les promesses, ni par l’argent.

Vous irez aux urnes en citoyens libres et indépendants.

Et vous montrerez, le 6 mai, que la lro circonscription de Rennes n’est ni à vendre ni à acheter.

Vive la République !

René LE HÉRISSÉ,

député,

Vice-Président du Conseil général, Conseïller^du Commerce extérieur de la France, Chevalier de la Légion d’honneur.

2e Circonscription de RENNES.

M. René BRICE.

Mes chers concitoyens,

Le mandat que vous m’avez fait l'honneur de me confier en 1902 ayant pris fin, je viens de nouveau solliciter vos suffrages.

Mes convictions n’ont pas changé.

Républicain, je veux une République libérale et tolérante qui, par la sagesse de sa politique, s’efforce d’attirer à elieies sympathies, le respect et l’affection.

Opposé de tout temps à la séparation de l’Église et de l’État, convaincu en tout cas qu’on ne pouvait la réaliser sans périls qu’à la suite de négociations et d’entente avec le Saint-Siège, j’ai voté contre la loi qui l’a prononcée.

L’œuvre de délation solennellement condamnée à diverses reprises par la Chambre des Députés a produit dans notre armée des divisions funestes, au moment même où de graves complications diplomatiques nous causaient les plus vives préoccupations, Depuis lors, les décisions de la conférence d’Algésiras, conformes aux intérêts de la France, ont mis fm a nos inquiétudes et écarté toute crainte de guerre.

Les troubles qui viennent de désoler certains de nos départements montrent le danger des concessions faites aux partis extrêmes. Le maintien de l’ordre et du la liberté du travail est indispensable à la sécurité et à la prospérité du pays.

Il appartiendra à la Chambre prochaine rie rétablir la concorde entre les citoyens, d’assurer le maintien de la paix, de réaliser dans le budget les économies nécessaires, d’apporter dans la répartition des impôts une plus rigoureuse justice.

Si vous m’honore? de vos suffrages, je continuerai à mettre au service de la République et de la liberté, en même temps qu’au service de vos intérêts locaux, tout ce que j’ai ^intelligence et de forces.

Veuillez agréer, mes chers concitoyens, l’assurance de mes sentiments les plus dévoués*

René RRiGE,

1LÈ3 Circonscription de SAINT-MALO.

M. GUERNIER.

Elu au 1er tour de scrutin. — 7.187 voix.

Mes chers compatriotes,

Le congrès des comités républicains de la première circonscription m’a choisi pour son candidat aux élections législatives.

Enfant de Saint-Malo, appartenant a Time des plus anciennes familles du pays où j’ai vécu toute nia jeunesse et où des liens nombreux nie rappellent sans cesse, j’ai accepté comme mi honneur la tache qui m’était confiée.

Je viens donc solliciter vos suffrages.

Sans passé politique, n’ayant derrière moi qu’une vie d’épreuves, de travail et d’études, je vous dois des déclarations catégoriques.

Français d’abord, je réprouve les instigateurs de défections et les fauteurs d'indiscipline.

Je résisterai de toutes mes forces aux tentatives de restauration monarchique ou

d’équîpée césarienne, qui compromettraient la paix féconde et honorable que la République seule, par sa prudence, sa loyauté, aussi bien que sa fermeté réfléchie, a su donner à la France durant 35 ans.

Républicain, Je considère comme irréductibles les conquêtes laïques et démocratiques.

Ni jésuite ni franc-maçon, dédaigneux de l'esprit de secte et de l'esprit de coterie, j'entends ne relever que de ma conscience*

Considérant que la liberté de conscience est la première des libertés publiques, je combattrai toute mesure qui tendrait à la restreindre et notamment celles qui — si elles se présentaient dans 1 avenir — * auraient pour objet d'enlever ou de diminuer aux catholiques des communes, groupés en associations cultuelles, la jouissance perpétuelle et gratuite des églises et de tout ce qu'elles contiennent.

Egalement convaincu que les questions religieuses ne sauraient, sans danger pour la paix intérieure, otre mêlées aux aila;res publiques, je résisterai aux prétentions séculaires de 1 Église romaine, hier encore solennellement confirmées, au gouvernement politique des nations*

Fils du peuple, fier d'appartenir à la démocratie laborieuse, j'appliquerai toute mon énergie, toute mon intelligence, toute ma volonté à la réalisation du grand programme social delà République, dont j'ai fait jusqu'ici l'objet de mes études et de mon enseignement.

IJ faut achever et haimoniser dans ses détails 1 œuvre fragmentaire et incomplète des assurances sociales*

L assurance contre les accidents du travail groupant les travailleurs en de grandes mutuelles professionnelles garantissant patrons et ouvriers, l'assurance contre l'invalidité et la vieillesse des travailleurs des villes et des campagnes, dans le sens large du projet récemment voté à la Chambre, l'assurance contre la maladie et le chômage involontaire et fortuit, ne pourront profiter à tous ceux qui équitablement sont appelés à en bénéficier, que si elles sont rendues' obligatoires par une sage utilisation des institutions mutualistes déjà existantes*

La capacité des syndicats professionnels doit être étendue et rien ne doit être négligé pour en développer le nombre* Par là s'introduira progressivement, dans les relations économiques, I esprit de discipline et de juste mesure qui assurera — mieux que les stériles manifestations révolutionnaires — les réformes nécessaires, impossibles aux travailleurs dispersés, même lorsqu'elles sont légalement réalisable? ; telle Sa création dans le pays d'un conseil de prud'hommes que rien ne saurait cependant retarder.

Je veux que les charges de la propriété foncière soient diminuées, le crédit agricole développé, la culture du tabac maintenue dans le pays et justement rémunérée*

Je veux que les ports de la côte reçoivent un outillage mécanique en rapport avec les besoins économiques, que 1 Ecole pratique de navigation y soit établie; je donnerai tous mes soins aux recherches qui seront faites pour suppléer à l'insuffisance de la boette de Terre- Neuve* Si vous me faîtes 3 'bon neur de nj'élire, je voterai îe maintien des primes et je m efforcerai de faire assimiler les patrons de Terre-Neuve aux patrons d'Islande et de faire accorder une compensation aux versements à la Caisse des Invalides, perdus pour leslVrre- Neuviers embarqués en hiver*

À de grandes réformés, il faut des ressources. E.fes rie sauraient être demandées aux impôts déjà existants; elles seront recherchées là où se réalisent sans effort les enrichissements rapides, par exemple d ns une large imposition des spéculations dans les bourses.

L'heure est décisive*

Le parti monarchiqu e abusant des passions religieuses qu’il a perfidemert excitées, tente son dernier assaut contre la République* Vous ne vous laisserez pas abuser par le faux libéralisme qui masque ces menées*

Tous, sans exception ni défaillance, vous maintiendrez la République pour le salut de la France*

Vive la France! Vive la République!

Charles GUËRN1ER,

Professeur de Faculté de droit et d’Ecole supérieure de Commerce, Ancien membre de la fondation 1 hiers*

Lauréat de la société des anciens élèves de l’Ecole des sciences politiques, Chevalier du Mérite agricole, officier d’Acadêmie,

Candidat du Congrès républicain.

2° Circonscription de SAINT-MALO.

M. Robert SÜItCOUF,

Elu au 1" tour de scrutin. — 8.115 voix.

Mes chers électeurs,

Huit années consacrées au service de vos intérêts 'de tous ordres, une activité et un Zèle que mes a Iversa-res eux-mémes ont dû reconnaître eu maintes circonstances, ont créé

entre vous et moi un lieu puissant et difficile à rompre. . ,

Fidèle soldat de la cause républicaine dans des moments critiques,, je puis me rendre cette justice d’avoir tenu tous mes engagements, sans rien abandonner de mon mdépen-

CVst ainsi qu’alors que, sous certains ministères, je ne donnais pas mon adhésion a la politique générale du cabinet, je savais nie garder d’autre part de faire cause commune

avec tes éternels ennemis de la République. ,,,

Depuis, j’ai donne mon concours le plus entier aux ministres qui se sont succer e pouvoir, et je reste ce que j’étais on 1893, un républicain de gouvernement prêt a suivre l’évolution invincible qui entraîne le monde civilisé vers la solution des remîmes duuccra-

tiques et sociales. ,

A ce point de vue, la législature qui prend fin a accompli une grande œuvie.

La loi sur le service de deux ans, qui assure l’égalité de tous les citoyens devant l tuipo du sang en ‘donnant à notre armée une force nouvelle qui lui permettrait de maintenir a a France lu grand rôle qu’elle a le devoir de jouer dans le monde; la loi sur l assistance obligatoire aux vieillards, infirmes et incurables, celle sur les retraites ouvrières, que a Chambre vient de voter et d’envoyer au Sénat, la loi sur la séparation des Eglises et de l’État, etc., forment un monument durable et que la République peut hautement revendiquer comme une œuvre de patriotisme éclairé d’humanité et de libéralisme.

Que dire des retraites ouvrières, si ce n’est que jamais loi plus juste ne Tut soumise aux

délibérations dTun Parlement? . . , . *

Malgré la surenchère des partis adverses, qui est aussi un moyeu d opposition, la loi que le Sénat va étudier et mettre au point réalise une des multiples solutions, et non des moindres, du problème social que tout esprit généreux doit avoir a cœur de lesoudre. Plus de sécurité dans la vie, plus de dignité aussi reviendront à 1 ouvrier du fait de cette loi utile entre toutes et qui fera l’honneur du Gouvernement républicain. f

La loi sur la séparation des Églises et de l’État, enfin, réalise cette tendance qui s accuse de plus en plus chez les peuples modernes, de séparer le dumaine de la conscience de celui de la politique, pour le plus grand bien de tous.

Si le Ministère Rouvier avait montré moins de précipitation et avait attendu les élections pour faire procéder à la formalité si simple de l’inventaire, qui n’a jamais pu inquiéter aucun esprit sérieux, et dont seule la mauvaise foi réactionnaire a essayé de tirer parti, en en dénaturant le^sens et la portée, aucune agitation n’aurait préludé à l’application de cette loi

de tolérance et de liberté.

Mais, malgré les violences éphémères, parce que sans motifs, cette réforme marque une étape vers l'apaisement des esprits; dans quelque temps, cela apparaîtra clairement a tous, quand bien même le parti hostile à la République chercherait de nouveaux prétextés

à agitation politique. ....

Je vous ai adressé, mes chers électeurs, une lettre rétablissant la vérité sur cette

fameuse question des inventaires, tant escomptée par le parti royaliste, enfin démasqué, pour le ramener au pouvoir*

[.es réponses qui y ont été faites ne sont qu’un tissu d'inexactitudes, — et pour cause. Lorsqu’au début de la discmsîon de cette loi, je pouvais avoir quelque inquiétude sur l’esprit dans lequel elle serait conçue, je n’ai plus eu au une hésitation pour la voter mrsquelle s’est présentée à moi dans son ensemble, car je ne suis ni jésuite ni franc-maçon.

Je ne l'eusse pas sanctionnée de thon vote, si elle avait éié destinée à appoitei une entrave quelconque à la liberté du culte, si elle avait été, comme on l’a dit, attentatoire aux droits des catholiques,

Ceux qui me connaissent me dispenseront d’insister sur une telle affirma lion «

Mais, spectacle singulier, nous retrouvons, dans le pays comme à la Chambre, les exaltés de droite et quelques hommes d’extrême gaucho, unis par je ne sais quelle solidarité secrète pour semer à ce sujet le trouble dans les esprits et je n’ai qu’à rappeler a ce propos la phrase de M. le docteur Boyer, en-tète habituel du Salut , dont les réactionnaires se réclament, comme ils avaient cherché à tirer parii de certaines paroles de’ MM. Allard et Bepmale, dépu lés, qui, eux, déclaraient la guerre a ! idée religieuse.

Ces paroles ii'engagaient, inutile de le dire, que leur responsabilité personnelle.

Je me résume en disant que le souci constant de la Chambre a été de faire une loi acceptable pour les cadioliques.

C, but a ef atteint et MM. l’abbé Lemire et Ribot l’ont formellement déclaré, comme

vous avez pu vous en rendre compte. . . .

Au surplus, je ne vois pas derrière quel faux-fuyant un catholique qui eût été en même temps républicain et vraiment libéral aurait pu se réfugier pour refuser son adhésion a

Cette réforme* , , „ , . ,;r

C’est dire que je revendique hautement mon vote et j’attends de 1 avenir les justifie-

lions de mon attitude* * , . r -+

Mes chers électeurs, vous avez suivi mon rôle à la Chambre. Vous savez ce que j ai fait pour défendre les intérêts de nos marins à Terre-Neuve. Dernièrement, j’ai réussi a faire allouer par l’Etat une subvention destinée à encourager désossais de conservation de Sa boëtte pour en approvisionner nos pèeheurs, surtout en première pêche.

' Si ces essais réussissent, nous pouvons espérer voir renaître l’industrie de la grande pêchm si éprouvée depuis quelques années.

Les marins pêcheurs m’ont toujours été reconnaissants de ce que j ai fait pour eux et, en maint s circonstances, ils m’ont expriméjleurs regrets de ne pouvoir voter pour mot. ïo compte, dans la prochaine législature, déposer un projet de loi tendant a fixer époque des élections comme avant 1889, pendant l’hiver ou à la fin de l’automne, afin de leur per d’user de leurs droits de citoyens. La République ne pourra qu’y gagner.

Dans notre pays, le pont du port Saint-Jean est à la veille dètre mis en chantier. Il sera le prélude du pont de Bizeux dont il bâtera l’exécution. Le jour où une société serieuse et solvable se formera, cette grande oeuvre sc fera pour la prospérité de notre pays Mais j’ai dû, en diverses circonstances, refuser de donner suite à des propositions qui n offraient pas toutes les garanties d’honorabilité sans lesquelles cette entreprise ne peut s élaborer et s'accomplir.

Je voudrais pouvoir attacher mon nom à un pareil effort.

Le tramway de Miniac à Saint-Malo va se construire incessamment, après les retards dus aux renvois successifs du projet au Conseil général d’ÜIe-et-Vilaine. On peut dire dès aujourd’hui que c'est chose faite.

Je n’aurai pas ménagé à ce sujet mes démarches, d'accord avec mon collègue M, René Brice, président du Conseil général.

D'autre part, je voudrais voir établir, sur les rives de la Rance, des cales d’accostage qui permettraient à des services de vedettes, dont il est question, de s'organiser et de prendre des passagers et des marchandises.

La création d'on Conseil de prud’hommes ayant juridiction sur nos trois villes est à l'étude et interviendra, je l'espère, sous pou.

Je n'ai pas ménagé mon concours aux œuvres d'assistance et j'ai en la satisfaction d'obtenir pour les hôpitaux de ma circonscription plus de 180.000 francs dont 80.000 francs pour l'Hôpital du Rosais, à Saint-Servan.

En un mot, je continuerai à servir vos intérêts comme je Fai fait dans le passé, fort de ma conscience qui me dit que je n'ai aucun reproche à m'adresser.

Patriote résolu, capitaine de réserve de cavalerie, et fier de ce titre qu'au jour du danger je saurai faire passer avant même celui de Représentant du peuple pour courir à la frontière, je rougis d’avoir à dire, pour prévenir des attaques que les adversaires de la République ont pris l'habitude de diriger contre nous, que je désavoue les doctrines déprimantes de l’hervéïsrae et de l’aritimilitarisme.

lant que le développement de l’arbitrage international n'aura pas permis aux peuples de s’endormir dans une paix universelle que les rêveurs seuls peuvent espérer jusqu’ici, nous devrons avoir une armée forte et profondément imbue des idées de discipline et d’obéissance aux lois, chez les chefs comme chez les soldats.

Il n’y faut plus de cette délation que tous les hommes de cœur ont déplorée et blâmée, mais il faut pouvoir y reucontrer le loyalisme à l’égard de La République, qui est un devoir pour tous.

La République, en effet, a fait tout son devoir vis-à-vis de notre armée nationale. Elle a su, confiante en sa force y imposer le respect à des adversaires qui ont du rocon jaître, à Àlgésirasj la loyauté de notre politique extérieure.

Quelle conflagration n'eût pas été à craindre, si l'empereur allemand avait eu en face de lui un monarque, au lieu d’un Parlement républicain attaché à la paix et la voulant honorable?

Mais la République veut la paix pour le développement de ses œuvres de solidarité sociale, pour la prospérité toujours croissante de son agriculture, aujourd'hui plus favorisée que jamais ; elle la veut pour le bonheur de l'humanité tout entière qui ne vit pas de haine! C’est pour cela qu’elle doit être forte et qu’elle s'adresse aux égarés que les écarts de la politique emportent en des divisions coupables, pour leur rappeler qu’au-dessus de leurs misérables et injustes querelles, il y a la France qui attend d'eux plus de sagesse et de patriotisme 1

Confiant dans votre estime, fier de la sympathie que depuis le début de cette campagne vous n avez cessé de me manifester, malgré Les excitations intéressées de nos éternels adversaires, je vous convie, mes chers électeurs, à vous grouper sur mon nom, le 6 mai, pour l'ultime et définitive victoire du parti républicain dans noire circaascriptioü.

Vive la Rêpunlique I

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