‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1906Chapitre 97 sur 280 · E. LEFFE · texte numérisé non relu

E. LEFFE

Député sortant j républicain radical, Chevalier de J a Légion d’honneur.

Circonscription de LOCHES*

M. Alphonse GHAUTEMPS.

Elu au 1er tour de scrutin* — 10.348 voix.

Mes chers Concitoyens,

M. Camille Breton, chef incontesté du parti conservateur d’Indre-et-Loire, pose sa candidature à la députation*

Malgré les lamentables échecs qui lui sont infligés depuis trente-cinq ans, dans l’arrondissement de Loches, ce parti ne s’est jamais tenu pour vaincu ; avec un manque absolu de générosité et de reconnaissance, il a toujours su dégager sa cause, après chaque scrutin, de celle de ses candidats, n’hésitant pas à renier effrontément ceux qui n’avaient pas réussi à lui procurer la victoire.

Il importe, dans l’élection d’aujourd'hui, de déjouer par avance cette tactique et de préciser, en rappelant le passé et les actes des candidats en présence, quelle sera, après le scrutin du 6 mai, la situation respective des partis.

J’obligerai la coalition cléricale et réactionnaire qui se cache derrière M* Breton à se démnsquer et à prendre position, de manière qu’elle ne puisse, après sa défaite, enlever au verdict du suffrage universel la signification qu’il comportera*

Gomment l’équivoque serait-elle ici possible? Il n’est pas contestable que, par les fonctions qu’ü a occupées ou sollicitées, par la part qu’il a prise dans les luttes de ces trente dernières années, et aussi par sa grande honorabilité personnelle, M. Breton ne soit le chef autorisé et reconnu du parti conservateur dans notre département*

Ancien magistrat impérial, sous-chef du secrétariat particulier du duc de Broglie au Ministère de ]a Justice sous le Seize-Mai (17 mai 1877), élevé par ce ministère de coup d’Etat au poste de juge à îa Seine (17 novembre 1877) ; révoqué, malgré ses mérites professionnels, en vertu de la loi républicaine de 1888, qui suspendit l’inamovibilité en vue de permettre l’épuration de la magistrature;

Tel est le passé de M* Breton en tant que fonctionnaire.

Rendu à la vie privée par sa révocation, Il est choisi par le comité conservateur du quartier de la Porte-Dauphine, à Paris- pour tenir le drapeau de la réaction aux élections municipales de 1887,' il se déclare alors l’ennemi de la laïcisation des écoles et des hôpitaux et se réclame de sa qualité de magistrat révoqué, pendant que ses amis rappellent sa collaboration avec le néfaste gouvernement du Seize-Mai.

Dans des déclarations et professions de foi signées de lut, aux dates des 1er février, 2 avril et 22 avril 1889, il affirme sa foi royaliste et dit de îa République te qu’elle est la pire ennemie non seulement de la liberté et de la dignité des citoyens, mais de l’avenir et de la sécurité même du pays d.

Candidat royaliste en 1889, il réunissait 4.04b voix*

Le parti républicain du Lochois a toujours eu M, Breton devant lui et contre lui, qu’il s’agît des élections de M. Wilson ou de celles de M. Arribat; enfin, lorsqu’on 1902, je me présentai avec le patronage de M. Mioche et du comité républicain, je fus combattu, dans toutes les communes du canton de Loches, par M. Breton, qui reprend aujourd’hui son poste de combat.

ÏSul candidat en France ne peut se prévaloir, plus que lui, d’une carrière entièrement

consacrée à la came conservatrice et n'incarne à an plus haut degré l'opposition au régime républicain.

Electeurs,

Le parti républicain, uni et fortifié par les nombreuses victoires électorales de ces quatre dernières années, accepte joyeusement une lutte ainsi engagée et précisée.

De mou côté, pas d 'équivoque : J'entends que mon élection soit l'expression la plus nette du sentiment politique de cet arrondissement. Mon attitude à la Chambre, je la définis d’un mot : « j'ai voté &vec mon parti ». Mes votes sont comme l’oeuvre politique et anticléricale de la majorité, ils sont d'une seule pièce; ils sont un bloc. Ma rêêleciiotrsignifiera l'approbation, par le corps électoral du Locliois, de toutes les lois de neutralité confessionnelle et de justice sociale que nous avons votées; elle comportera, notamment, l'approbation de la séparation des Églises et de l’État, cette grande mesure d'affranchissement et de liberté religieuse.

Electeurs,

le marche avec mon parti, drapeau déployé, ayant la fierté de ne solliciter que des voix républicaines. J'attends avec tranquillité votre verdict; ce serait faire une injure à cet admirable pays républicain que le supposer capable de s'abandonner à des hommes qui rappellent ce régime odieux du Seize-Mai, que la Chambre républicaine de 1879 a flétri et livré à la réprobation nationale. %

Mes chers Concitoyens,

Un grand pays ne peut s’hypnotiser indéfiniment sur des querelles religieuses; il est permis d'espérer que la séparation définitive des intérêts de l'Église et de ceux de l'État nous assurera bientôt la paix confessionnelle, telle qu'elle existe dans d’antres pays libres.

Nous pourrons alors réaliser les réformes qu’attend Ja démocratie et qui doivent aîné* liorer le soit des travailleurs; au premier t rang, je placerai les retraites ouvrières et paysannes et la constitution d'un bien de famille insaisissable; l'agriculture sera l’objet de ma constante sollicitude.

Je suis, résolument pour le maintien du droit des bouilleurs de cru, c'est à-dire de la liberté, pour le récoltant, de distiller tons ses produits; il convient de favoriser l’essor de la mutualité agricole sous toutes ses formes; de poursuivre le développement de renseignement agricole dès l'école primaire, la création des chambres d’agriculture, etc...

Mais le plus grand service que l’on puisse rendre aux agriculteurs, c’est de leur donner un bon régime fiscal.

H est temps qu'une situation privilégiée ne soit plus faite à l'oisiveté et à la grande fortune ; il faut qu’une réforme profonde, celle de l’impôt général et progressif sur le revenu, apporte plus d'égaiité et de justice dans la répartition de l’impôt et dégrève les petits contribuables, cultivateurs, commerçants, ouvriers, sur lesquels pèsent si lourdement les charges publiques.

C'est à faire aboutir ce programme que j’emploierai tous mes efforts, si je siège à la prochaine Chambre.

Le candidat du comité républicain radical de l’arrondissement, Alphonse CIIÀUTEMPS,

Conseiller gênerai,

Président honoraire du tribunal Civil de Tours,

Député sortant.

lre Circonscription de TOURS.

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