M. GUERN1ER
Elu au deuxième tour de scrutin, — 8.331 vois.
Mes chers Compatriotes,
Je viens solliciter à nouveau vos suffrages. Vous m’avez vu à l’œuvre pendant les dixhuit années que j'ai eu r honneur de vous représenter. Ce que j’ai été durant toute cetfe longue période de vie, je Je reste; républicain fermement attaché à la liberté de conscience, profondément imprégné de l’esprit laïque et démocratique, passionné de progrès social.
Si, durant mes législatures, j’ai été inscrit au groupe de la -gaucho radicale, je n’étrécis pas Ja conception de la République dans les limites d’un parti. Tout citoyen sincèrement attaché aux institutions essentielles que la France s'est données depuis l'avènement de la République, a le droit de se proclamer républicain.
I! doit avoir comme première préoccupation l’achèvement de la restauration financière et économique du pays, sans laquelle ne peuvent s’accomplir les grandes réformes sociales. On n’y parviendra, dans la législature prochaine, que par la stabiliLé ministérielle qui, à son tour, .ne peut se réaliser pratiquement que dans la formule d’union nationale proposée et pratiquée par M. Poincaré. Elle a donné à la France les bases solides de son relèvement financier. L’abandonner pour revenir aux anciennes querelles SBrait exposer la France à
retomber dans la /situation catastrophique du mois de juillet 1926, qui, cette fois, serait sans issue.
Finances :
La stabilisation légale de la monnaie, indispensable à la bonne marche des a flairs aussi bien qtià la sécurité de la condition pour tous les citoyens, quel que soit leur milieu social, doit être 1 aboutissant delà stabilisation de fait dès que les mesures techniques et les garanties économiques 1 auront rendue réalisable et à fe condition que les intérêts sacrifiés comme ceux des petits rentiers soient, dans la mesure du possible, sauvegardés.
Le rétablissement de la situation financière nsa pu s'opérer qu'à laide de lourdes charges fiscales, sans lesquelles l'équilibre budgétaire, clef de voûte de l'édifice, n' aurait, été obtenu, a nécessite d'aller au plus pressé a entraîné des injustices qui doivent être réparées. Ce sera l’œuvre de la prochaine législature.
Il faudra ménager davantage le travail qui crée et le capital qui se forme, diminuer les impôts de consommation, affranchir les petits commerçants et les artisans des mesures inquisitoriales, en remplaçant les taxes qui les frappent par l'impôt à F origine et protéger la anu e sans laquelle il n est pas de société, en dégrevant les familles nombreuses et en dïmU nuant les charges successorales sur les descendants en ligne directe pour les reporter sur les collatéraux et les légataires.
Les ressources correspondantes seront demandées à une politique d'impitoyable compression des dépenses, à une répression sans merci des fraudes fiscales, à un meilleur
annulent des monopoles d Etat, à la taxation directe des bénéfices sur les opérations de ourse j à un meilleur aménagement de Fi mpôt progressif sur le revenu, etc. Mais en aucune
£ n ne de^ ra recourir à 1 impôt global sur le capital, à raison surtout des aliénations rameuses qu’il entraîne.
GO
Relations extérieures :
Rien ne peut s'accomplir sans la paix à l'extérieur comme à l'intérieur. Il faut poursuivre sans relâche, malgré des déceptions passagères et d'infime importance, l'œuvre de U Société des Nations et des accords qui la consolident,
II nTy a pas de politique extérieure vraiment réaliste qui ne s'accompagne d'une vigilance constante partout où les intérêts de la France sont engagés. C'est dans cet esprit que j'ai voté la reprise des relations diplomatiques avec le Saint-Siège et qu'on doit les continuer*
On peut entrevoir dès maintenant les combinaisons qui, grâce aux prestations en nature et à la mobilisation des hypothèques des alliés sur les chemins de fer et les grandes industries d'Allemagne, débarrasseront les peuples du cauchemar des dettes de guerre si préjudiciables au développement effectif de l'esprit de paix*
Paix intérieure ;
La paix intérieure ne peut être obtenue que par une résistance énergique à ceux qui veulent changer par la force l'ordre établi et par les mesures propres à développer et maintenir la bonne entente entre l'Etat et ses fonctionnaires, les employeurs et tes employés* Reconnaissance des syndicats, association des fonctionnaires à la gestion de leur service, sécurité pour la valeur économique de leur traitement, à condition qu'en aucune circonstance ils ne se dérobent par la grève à leur devoir*
La paix ne peut davantage être maintenue en dehors du respect absolu des libertés, dont la liberté de conscience est la plus essentielle et qu'il est du devoir d’un gouvernement de faire respecter dans toutes ses manifestations comme l'exercice des cultes et la liberté d'enseignement*
Combien aussi est-elle facilitée par l'accession à la petite propriété, par la multiplication des institutions sociales: mutualité, assurances et en particulier assurances sociales dont le devoir de la prochaine législature sera de mettre au point le statut légal en tenant compte de l'enquête qui va s'ouvrir auprès des collectivités intéressées, par le maintien de la santé publique au moyen d'un large développement des services d'hygiène et la multiplication des habitations et des logements à bon marché.
Production nationale :
Quelles que soient les intentions généreuses, elles ne peuvent se traduire dans îa réalité qu'à la condition d'une production intensive qui offre d'une manière continue les ressources nécessaires* La politique générale du pays doit donc être résolument orientée en ce sens* Les nombreux accords signés avec les puissances étrangères pour tenir lieu de régime douanier, n'étant que temporaires et à brève échéance, devront être codifiés et mis au point dans J a prochaine législature.
Industrie et commerce :
En même temps, rien ne devra être négligé pour assurer le développement de notre industrie et de notre commerce : protection de la propriété commerciale, protection des petits et moyens commerçants contre les sociétés à succursales multiples et les consortiums, etc*
Agriculture :
11 en va de même de l'agriculture, dont il convient que les bénéfices soient évalués sur des bases moins arbitraires, à qui les engrais doivent revenir à bon marché, dont les transports doivent être assurés dans de bonnes conditions et à moins cher, ci dont les intérêts généraux doivent être plus sûrement défendus par l'extension des pouvoirs des Chambres «FAgncülture*
Marine marchande ;
Je n'aurai garde d'oublier, dans cet ensemble, le rôle de la marine marchande, à laquelle il m’aura été donné durant mes dix-huit années de vie parlementaire de consacrer la plus grande part de mon activité ; la pension des anciens retraités doit être augmentée ; les trois cents mois de navigation doivent suffire pourvu qu'ils soient effectifs, pour donner droit à la retraite. Le vole par correspondance doit être accordé aux marins en mer, et la durée du service des inscrits réduite à celle du service dans fermée de terre.
Victimes de guerre :
Au-dessus de tous ces intérêts généraux se dresse le grand devoir k f égard de toutes les victimes de la grande guerre et les victimes de la paix : blessés et mutilés du travail. Dans toute la mesure du possible leurs revendications doivent être accueillies.
Les anciens combattants, qui se sont sacrifiés pour la patrie, pour la justice, pour la civilisation, doivent ê!.re traités par nous comme des sauveurs ; rien ne doit être épargné pour satisfaire k leurs revendications si légitimes.
Mes chers Corn patriotes,
C'est dans cet esprit de solidarité sociale et de dévouement aux intérêts supérieurs de la Patrie et de la République que je sollicite avec confiance vos suffrages pour les élections législatives*
Vive ta France !
Charles G DERNIER
Ânciefï député. — Conseiller général* Candidat républicain radical d'Oniou nationale.
2ù circonscription de SAINT-MALO.