‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1928Chapitre 120 sur 336 · M. LA CHAMBRE · texte numérisé non relu

M. LA CHAMBRE

Élu au premier tour de scrutin, — 7.756 voix.

Mes chers Concitoyens,

Conscient des responsabilités qu’il assume et des devoirs dont il accepte d’avance La charge en sollicitant vos suffrages, l'homme qui se présente aujourd'hui devant vous, libre de toute attache à quelque parti, à quelque personnalité que ce soit, mais fort de son indépendance, de sa jeunesse et de son désir de bien faire, est et a toujours été, dans toute la sincérité de son cœur, un républicain*

A preuve, la confiance dont fa honoré un des .grands ministres de ce temps, collaborateur de M. Poincaré et préposé à la paix nar une magnifique désignation de f Europe.

Répudiant toutes les dictatures, celle d’extrême droite et celle d'extrême gauche, par-

tison de toutes les libertés, dressé contre toute tentative d’oppression, il estime que 1 République a fait défini veinent ses preuves; qu’elle se confond avec la patrie qu’elle a sail vée et que, seule, par un progrès ordonné et. constant, elle: est capable de mener la France libératrice des peuples, vers le destin de lumière et de paix que tous ses grands hommes et nos ancêtres de 89 ont rêvé pour elle,

Re programme que j’ai l’honneur de vous soumettre est avant tout — il est uniquement “ un programme républicain,

, Sans doute' süis‘je un tomme neuf, sans passé, sans antécédants parlementaires. Je m cil féliciterais plutôt que de m su excuser, en constatant autour de moi la disproportion des résultats acquis par rapport aux promesses faites.

Un homme neuf, qu’on me le pardonne eu songeant que par ma longue ascendance malouine, je suis quand même un des vôtres depuis toujours.

Un des vôtres sansficrLé : la fierté n’est pas mon genre.

Un des vôtres sans sectarime : je n'ai pas appris le sectarisme dans la camaraderie du

Un des Vôtres sans frayeur : la frayeur des mots ni des gens n'est pas de mon âge.

. Vn° Seule yhosc me fait horreur, parce que je l'ai vécue, parce que son ombre tragique se projette encore sur les cimetières de notre pays : la guerre.

A la sauvegarde de la paix, à la défense du pays où les miens ont reçu pour me les transmettre les leçons de la haute mer, de la vie libre et de l'humaine égalité, je souhaite consacrer le meilleur de mes forces, sans a Rendre, par de savantes négociations électorales que j aie gagne des galons dans la hiérarchie en perdant de l'élan dans la bataille des idées* Vous direz si j’ai été trop présomptueux en me présentant à vous sans autre estampille que code de mes camarades d’enfance, sans autres titres que mes modestes services de guerre et mon apprentissage dans les chantiers du travail où se crée la richesse du pays, dans les mimsleres où s’élabore son avenir, sans antre parti organisé pour mon soutien que celui des concitoyens amis d une République ferme, sourianLe et agissante, d’une République où la fraternité soit la sœur de la liberté.

I — A u pomt de vue financier*

Décidé à allei de 1 avant, je me refuse à m attarder dans les polémiques rétrospectives. Je prends acte de l’oeuvre de restauration financière accomplie par M. Poincaré avec la colaboralion de républicains incontestables et je lui rends hautement hommage, sans oublier que lui-même s’est refusé à condamner les errements du passé, dans le moment où il leur substituait le redressement de l’avenir. Les résultats obtenus sont un fait-el un grand fait,

Mais c'est un fait incomplet ;

Reste à instituer un équilibre budgétaire réel, que des cahiers de crédits supplémentaires ne viendront pas chaque mois, ébranler et détruire ;

A stabiliser la monnaie au meilleur cours possible, en sauvegardant les intérêts de 1 épargne et des petits rentiers, envers lesquels b État devra respecter scrupuleusement ses engagements;

A pratiquer la politique farouche d'économies qui sera le salut de la nation ;

A préparer la réduction des impôts par leur meilleur aménagement et une plus équitable répartition des charges fiscales, allégeant le fardeau de ceux qui ont peu, mais obligeant ceux qui possèdent beaucoup a un effort supplémentaire.

Larges dégrèvements à la base par riutroduction de la progressivité dans les impôts ^éduJaii es , différenciation plus accentuée, dans 1 impôt sur les revenus, entre ceux du capital et ceux du travail : tels sont les principes d^une fiscalité vraiment démocratique et dont

]es conceptions réalistes sont en opposition absolue avec les propositions démagogiques et spoliatrices des tenants plus ou moins hypocrites de l'impôt sur le capital.

Il, — Au point de vue social.

Douloureusement affecté par la trop réelle « lutte des classes » que socialisme et communisme sont d’accord pour exaspérer afin de déclancher la révolution où ils aspirent, je rëconise au contraire, TefTort continu de chaque catégorie de citoyens vers la collaboration sociale, vers révolution, vers la réalisation d’un idéal dont l' urgence apparaît à tous les esprits sincères et qui apportera dans la paix, aux travailleurs les légitimes satisfactions qu’ils réclament et dont la République a préparé l'avènement.

Mais, fidèle aux principes de la Déclaration des Droits de l’ Homme, je respecte et cousidère comme intangible le droit de propriété, inhérent à la personne humaine et sanction de la loi du travail. Je le défendrai contre toute attaque.

Pour les cultivateurs :

Je m’emploierai à obtenir l’évaluation des bénéfices agricoles sur une base moins arbitraire ;

Le renforcement des pouvoirs des Chambres d'agriculture ;

Une politique d’engrais à bon marché ;

L’abaissement des tarifs des transports, dont la nouvelle et récente augmentation fut scandaleuse ;

La multiplication et P amélioration des chemins ruraux, en y affectant par priorité, les journées de prestations de leurs usagers ;

L’indemnité de plus-value au fermier sortant pour les améliorations durables apportées à son fonds ;

L’achèvement rapide de l'électrification des campagnes.

Pour les marins :

La sauvegarde des intérêts des pensionnés de la marine.

Une réduction de la durée du service militaire des inscrits marilimcSj correspondant à la réduction réalisée dans F armée de terre.

Le vote par procuration pour les marins banquefiers et les marins du commerce.

Pour les; ouvriers :

Le respect des libertés syndicales et des lois dc= protection ouvrières.

Le développement des contrats collectifs de travail.

La mise en. application de la loi sur les assurances sociales, qui est la juste compensation: des risques du travailleur,

La réorganisation de l’inspection du travail,

La protection de la main-d’œuvre nationale qui, en cas de chômage, doit avoir la priorité sur la main-d’œuvre étrangère.

Pour les commerçante v

La substitution graduelle d’ une taxe perçue chez le grossiste à la taxe sur le chiffre d affaires dont la perception incombe aujourd'hui au détaillant. Celui-ci doit être délivré de ce souci.

La suppression des procédés vexaloires- et de Tahus des lois pénales qui, sans profit pour, la Nation, gênent et humilient le petit commerce*

La protection de la propriété commerciale.

Pour les fonctionnaires :

Mon but est d'améliorer le rendement de l'Etat par la mise en œuvre des méth A modernes d'organisation commerciale et industrielle appliquées aux services publics * notamment aux monopoles qui font partie intégrante du patrimoine national, & et

Je préconise, en conséquence, la compression des dépenses par la suppression de h emplois inutiles, les crédits ainsi récupérés devant être utilisés au profit de certaines caté * gorios de petits fonctionnaires (douaniers, postiers, etc,) qui ont îe moins bénéficié d* relèvements de traitement obtenus jusqu'ici.

Pour les anciens combattants :

Si j'ai l'honneur de représenter au Parlement notre région malouine qui, plug cune autre, a connu les deuils de la guerre, j’aurai toujours présente à mon esprit cette pensée que, mandataire des vivants, j'aurai charge des intérêts laissés par nos morts. Comment les anciens combattants et leurs ascendants, les veuves, les orphelins, les mutilés de guerre n'auraient- ils pas ici, autant et plus qu’ailleurs en France, ces « droits sur nous » qu'on a tant oubliés ?

Ceux qui ont fait la guerre ou qui en subissent encore les effroyables conséquences trouveront en moi un défenseur naturel, un champion de leurs légitimes revendications

Pour tous :

Je proclame le droit au mieux-être social, dont l'exercice doit être favorisé par l’accroissement des facilités d'accès à la petite propriété, l'extension de la législation de mutualité et d'assistance, notamment en faveur des familles nombreuses, enfin et surtout par une politique des logements à bon marché, à la ville et à la campagne, qui doit s' 'inscrire au premier rang des préoccupations de F Etat.

II L — Au point de vue intérieur.

Ancien élève de nos lycées nationaux, j'ai appris, dans l'Université, Je prix de la tolérance et la vertu de 1 impartialité. Comment n'aurais-je pas le respect des convictions religieuses qui furent celles de tous les miens? Comment ne serais-je pas un partisan résolu de la liberté de l'enseignement?

Mais, en ce qui concerne l'école publique, comment ne serais-je pas fermement attaché au maintien de la neutralité scolaire, de cette neutralité sincère et bienveillante qui inspira mes maîtres comme elle a inspiré mon « patron » politique, M. Aristide Briand, qui fut à la fois l 'artisan de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat et celui de ia reprise des relations avec le Vatican ?

Avec lui, je demeure respectueux des lois fondamentales qui consacrent le principe de la laïcité de 1 Etat, c'est-à-dire l’indépendance du pouvoir civil à l’égard des sociétés religieuses.

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