‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1928Chapitre 166 sur 336 · M. MARCHANDE AU · texte numérisé non relu

M. MARCHANDE AU

Élu au deuxième tour de scrutin, — 10.472 voix.

Mes chers Concitoyens,

Appelé à siéger au Parlement par la confiance des républicains du département de la Marne au cours de la dernière législature, je suis arrivé à la Chambre en pleine crise financière.

Les événements avaient déjà justifié les craintes que j’exprimais en 1924. La faible majorité issue des élections du 11 mai n’avait pas résisLé au retour offensif des forces de conservation sociale elles gouvernements, privés de la participation effective aux responsabilités du pouvoir d’un des éléments du Cartel, tombaient successivement sous les coups d’une opposition obstinée à rendre leur tâche de redressement financier impossible.

Deux solutions s’ offraient : ou bien, la faillite, conséquence de la politique imprévoyante du Bloc national et de la force insuffisante des gouvernements qui s’étaient succédé depuis 1924; ou bien, L'adhésion patriotiquement donnée au Ministère de concentration qui paraissait pouvoir rallier une majorité en se fixant pour unique tâche ce redressement financier ets partant, le salut immédiat de la France.

Je n’ai pas hésité.

Je n’ignorais pas, en effet, que les Français les plus cruellement atteints parla faillite de l’État n’auraient pas été les détenteurs de la grosse fortune mobilière, déjà transportée à l'étranger, mais bien les travailleurs : ouvriers attendant leur salaire quotidien pour vivre, cultivateurs rivés à leur sol, commerçants ou industriels attachés à leur entreprise.

J’ai donc fait confiance à M. Poincaré, qui, par ailleurs, offrait des garanties en une période aussi trouble, pour la sauvegarde du régime républicain. Le péril a été écarté, et si tout danger n’a pas disparu, nous vivons cependant^ à présent, sous le régime d’une stabilisation de fait favorable pour préparer et déci ?er les mesures susceptibles de rétablir, dans l’égalité et dans la justice, une sécurité totale.

Enoncer ces mesures, c’est, à l’heure actuelle, formuler ressenti el du programme dont l’accom plissement me parait devoir absorber le labeur de la prochaine législature,

Répariilion plus équitable et allégement des charges fiscales.

La critique s’exerce facilement, à cette heure, à l’égard des impôts qui ont dû être votés en 1926 sous la pression des événements. Cette critique, injuste en ce qu’elle ne tient pas compte des circonstances, est, par contre, fondée en ce qui concerne la mauvaise répartition de l’ensemble des contributions sur les différentes catégories de contribuables*

Les divers revenus du travail sont trop lourdement frappés par rapport à leur importance L’impôt ne doiL atteindre que le bénéfice. Une large exonération à la base et la révision des impôts indirects est donc nécessaire pour que les travailleurs, ouvriers des villes ou ouvriers des champs, cultivateurs, artisans, commerçants li aient pas à prélever, pour l’acquittement de l'impôt, sur ce qui est nécessaire à leur subsistance. De même, la valeur du travail produit par les différents membres d’une même famille, pour assurer la marche de ^exploitation commune, doit être légitimement déduite du bénéfice et soustraite à toute contribution.

La progression telle qu’elle est inscrite dans la loi justement appliquée aux gros revenus et la répression impitoyable des fraudes permettront, tout en exonérant les cédules des traitements et des salaires, des bénéfices commerciaux et des bénéfices agricoles, de maintenir l’équilibre budgétaire absolument indispensable pour conserver à notre pays son crédit,

La multiplicité et la diversité des impôts aggravent encore les difficultés pour le contribuable. Il faut donc, autant que possible, viser à T unité dans notre législation fiscale et en particulier 7 uniformiser les impôts d'Etat et les impôts départementaux et communaux. D'où une simplification pour une administration débordée et aussi un remède à ce que le Président du Conseil a appelé dernièrement à la Chambre « la situation financière effroyable » aussi bien des grandes que des moyennes et que des petites communes.

Vote en temps voulu du budget en équilibre, poursuite de l'amortissement de la dette sans demander à nos générations, qui ont le plus souffert de la guerre, un effort excessif consolidation de la dette flottante et à court terme, l'inflation, sous toutes ses formes, réellement arrêtée, les moyens de vaincre la spéculation sur le marché des changes garantis, ces conditions étant réalisées iî faudra que le Gouvernement, renseigné sur les éléments complexes dont dépend le succès d’une semblable opération, propose le plus rapidement possible la stabilisation légale.

Loin de consacrer à l'égard de quiconque une spoliation, la stabilisation rendra la sécuriti aux travailleurs et au monde de la production, en même temps qu'elle permettra d’adopter les mesures susceptibles de remédier à la misère de ces grandes victimes de la dévalorisation, retraités, pensionnés, petits rentiers qui s'étaient, par leur travail et leur esprit de prévoyance, garantis, avant la guerre, une vieillesse paisible.

Economies et réforme de V ensemble de nos se rinces publics*

Il ne serait pas sérieux de promettre une diminution importante et rapide des charges fîcales quand notre dette, dont la France honnête et reconnaissante doit assurer le service, absorbe plus de 4 J 0/U des impositions actuelles. Cependant, il faut, poursuivre résolument l'allégement de ces charges par la réalisation des économies compatibles avec la bonne marche des services de l’Etat et le maintien de la sécurité nationale,

La réorganisation de l'ensemble de ces services doit aboutir aux compressions dans le personnel permettant de garantir aux fonctionnaires, dont le travail est vraiment utile et indispensable, la situation digne et même enviable, nécessaire pour que les administrations dont le fonctionnement intéresse la vie même de notre nation soient gérées par une élite.

Suppression de la paperasserie et des formalités inutiles, compressions dans le personnel, diminution des frais généraux, tels sont, avec la réduction du service militaire à un an, la limitation des cadres au strict nécessaire, les mesures dont la réalisation s’impose et desquelles il est possible d'attendre un allégement appréciable des charges écrasantes qui pèsent sur le contribuable français.

Problème économique et social*

A une France qui doit faire face au service et à f amortissement d'une lourde dette, qui doit, à tous points de vue, maintenir sa place au rang des grandes nations du monde, il faut des ressources accrues, il faut plus de richesse.

Seule, l'intensification de la production permettra d’atteindre ce résultat. Mais comment intensifier la production ? Gomment demander aux travailleurs un effort plus fécond, une plus grande application dans l'accomplissement de leur Lâche, k pleine conscience de leur grand rôle social si, dans la création du bénéfice qui doit être leur œuvre, ils n’ont pas leur part s’augmentant en proportion de f accroissement de la richesse et du bien-être général.

Pour que sait obtenue ïa collaboration des classes se substituant h la lutte sLérile, il faut que tous les agents de la production, ouvriers des villes et ouvriers des campagnes, travailleurs manuels et travailleurs intellectuels, cultivateurs, commerçants, industriels soient loyalement admis au rang de collaborateurs de cette grande œuvre commune qu'est le relèvement économique de la Nation.

Dès lors, respect des réformes sociales acquises, égalité des droits dans l’usage de la loi démocratique : reconnaissance loyale et complète du droit syndical quelque soit l'employeur administrations, collectivités ou particuliers ; contrat collectif, garanties de stabilité, coutrôle et participation à l'organisation et aux améliorations de toute entreprise, intérêt direct et certain dans les résultats obtenus, enfin conditions matérielles et morales de travail améliorées et action en vue d'obtenir les péréquations équitables, en particulier en ce qui concerne les cheminots. Ainsi, en même temps que se développera la production grâce à l'intérêt que chacun aura à produire, s'intensifiera la consommation, condition essentielle pour ïe maintien de l’équilibre économique*

Au Gouvernement et au Parlement il appartient d'aider de tout leur pouvoir cet effort d'organisation, de la production, auquel adhèrent aussi bien les organisations ouvrières sérieuses que le patronat qui ne se laisse pas envahir par l'égoïsme « rouille des sociétés »r

Aide à la production agricole.

La production agricole et viticole Lient une place essentielle dans le développement de la richesse nationale. RI le souffre de la dépopulation des campagnes que ne saurait compenser l'emploi, même mieux réglementé, de la main-d'œuvre étrangère,

11 faut donc faciliter la construction d’habitations rurales saines et à bon marché, la satisfaction des conditions matérielles de la vie moderne par T achèvement de l'électrification, les adductions d'eau, le développement de l'enseignement agricole et viticole et enfin pour nous qui persistons à voir dans la propriété individuelle qui ne doit eu aucun cas être brimée, un des plus précieux stimulants du travail, l'accession â la propriété rurale parle crédit agricole à long terme.

En ce qui concerne la production elle-même, toutes mesures doivent être prises pour mettre à la disposition des cultivateurs l'outillage, les machines, les engrais, les semences sélectionnées, dans les conditions les meilleures. En particulier, la production nationale des engrais azotés doit être intensifiée et mieux organisée, tandis qu'il est nécessaire de réagir contre les agissements des monopoles de fait et des trusts qui tendent à imposer des prix excessifs pour les engrais phosphatés et à accaparer la fourniture des potasses,

La réduction destarifsde transport, l'amélioration des moyens de transporter! commun, remploi du fonds commun à l'entretien des chemins ruraux et la collaboration des services des ponts et chaussées pour l'aménagement des bas-côtés des routes goudronnées en vue de permettre en tous temps la circulation des attelages, la réfection complëLe du cadastre, sont au nombre des mesures indispensables pour aider efficacement l'agriculture.

Enfin, toutes facilités et tous encouragements donnés à l'organisation et au groupement des producteurs delà terre afin que, parleurs syndicats, leurs coopératives de production, leurs mutuelles débarrassés de préoccupations politiques et confessionnelles, ils organisent tout à la fois la garantie contre les risques de toute sorte, les approvisionnements dans des conditions meilleures, la lutte contre la spéculation, ruineuse aussi bien pour le producteur que pour le consommateur, cause d'aggravation de la vie chère, et assurent une application plus économique, mais aussi plus effective, des grandes lois de progrès telles que celles sur les accidents du travail et sur les assurances sociales.

Aide à V industrie et au commerce ,

En plus des mesures fiscales et de l'organisation plus moderne et plus équitable du travail, déjà indiquées, il est nécessaire d'apporter à la situation de l'industriel et du corn-

mcrçant des améliorations urgentes venant compléter ou réformer la législation en vigueur' égalité fiscale pour tous les commerces ou toutes les industries, tribunal d'arbitrage en matière fiscale, révision des droits et des taxes injustes ou exagérées, réduction des délais pour la vérification des comptes, report des pertes d’une année sur l'autre, création de conseils régionaux économiques, contrôle par des commissions paritaires des services économiques, amélioration de la législation sur la propriété commerciale, transformation progressive de la taxe sur le chiffre d’affaires en une taxe à la production, augmentation du nombre et de la durée des conventions commerciales, encouragements aux chambres de métiers et à l'artisanat, défense des petits et moyens commerçants contre les tentatives d’accaparement et de monopolisation, protection des groupements de commerçants pour les achats en commun, développement de l'apprentissage, organisation du crédit artisanal*

Cet ensemble de mesures concourant à seconder les efforts de Findustrie et du commerce en vue d’une production et d’une vente plus faciles doivent remédier également h la vie chère, le consomma teur devant trouver lui aussi son compte à l’allégement des charges qui pèsent trop lourdement sur la petite et moyenne industrie, sur le petit et moyen commerce et aussi sur les artisans dont, l'effort mérite d’être énergiquement encouragé.

Instruction Assistance. - — Réparations*

M’inspirant à la fois du besoin pour notre pays d'utiliser au mieux toutes ses forces et aussi de l’égal ï té des droits de tous îcs citoyens* je donnerai mon concours à toutes les mesures destinées à défendre notre enseignement public laïque et obligatoire et à étendre la possibilité de s’instruire par l’accession à l’enseignement secondaire et à renseignement supérieur, sous la seule condition des aptitudes et du mérite.

Les victimes de l'horrible guerre, mutilés, orphelins, ascendants, veuves, anciens prisonniers, anciens combattants, sinistrés ont, sur les payements de F Allemagne qui s’effectuent enfin grâce à l’application du plan Dawes, une créance privilégiée venant avant la créance des anciens Alliés*

Des dioits nouveaux sc créent, du reste, tous les jours à l’égard desquels notre société ne peut se montrer ni indifférente, ni ingrate, ni injuste.

La loi sur les assurances sociales viendra, il est vrai, substituer fréquemment le principe de 1 assurance à celui de 1 assistance, apportant ainsi plus de sécurité aux travailleurs et garantissant mieux leur dignité surtout par son extension désirable à tous les risques, en particulier le chômage,

U va falloir surveiller de près les modalités édictées pour la mise en œuvre d'une législation aussi complexe. La grande famille des prévoyants français, groupés dans notre forte et vigilante mutualité doit permettre, par son précieux concours, que les assurances sociales soient la loi bienfaisante désirée par le pays.

Mais en attendant l'entier fonctionnement de cette grande loi de solidarité sociale, nous ne pouvons pas nous désintéresser de l'accomplissement par FElal et par les collectivités de ces devoirs essentiels consistant notamment : à aider matériellement et moralement les familles nombreuses ; â garantir et à préserver la santé publique ; à reconnaître les droits des mutilés du travail, des ouvriers atteints par les maladies professionnelles ; à remédier à la situation des familles vivant entassées dans les tandis ou dans les lotissements malsains*

P olit iq ue ext éi ■ ieüre *

Depuis les accords de Londres et de Locarno, la France s’est résolument engagée dans une politique de paix. Cette politique doit être continuée en meme temps que toutes mesures doivent être prisés pour garantir notre sécurité.

Mes chers Concitoyens,

Tel est mon programme.

J ai voulu qu'il ne dépassât pas dans ses conceptions ce qu'il est possible de réaliser.

Dix années ont passé depuis que, sur nos régions profondément meurtries se levait enfin l'aurore radieuse et pleine de promesses de la Victoire.

Depuis, bien des déceptions sont venues détruire les espérances d'un peuple qui après avoir stoïquement supporté tant de souffrances, avait cru l’ère du bonheur enfin révolue,

De mécontentement règne dans l'esprit de la plupart de nos concitoyens déçus, et certains s'efforcent d'exploiter ce mécontentement pour servir leurs desseins politiques. Ils se livrent à une propagande tendant à créer la désaffection h l’égard de notre régime, parfois à l’égard de la France elle-même.

D'un coté, le communisme, agissant selon les instructions et les ordres reçus de Moscou, voudait imposer à notre pays la dégradante dictature de ces chefs cruels qui, au pays des Soviets, suppriment, emprisonnent ou exilent tout ce qui ne se soumet pas à leur autorité entretiennent une armée menaçante et réduisent le prolétariat, au nom duquel fut faite la révolution, à une situation misérable.

D'un autre côté, le fascime qui estime le peuple français incapable de se conduire luimême et voudrait, en le privant de ses libertés, le soumettre à l’obéissance passive a 1 égard d’un gouvernement dictatorial.

Tout près de lui, la réaction, dissimulée sous des épithètes trompeuses, n'aspire plus peut-être k renverser la République et à déposséder le suffrage universel de ses droits, mais est décidée à les asservir et à les immobiliser par la pratique d'une politique aveugle de conservation sociale. Or, le communisme est né des excès de la réaction russe, comme le fascime est né d’un essai de révolution communiste.

La France démocratique ne restera donc maîtresse de ses destinées qu en s affirmant sagement mais résolument réformatrice.

In tangibilité des lois républicaines de laïcité et de progrès social, respect scrupuleux, k l'égard de quiconque, des libertés acquises et des principes qui sont le fondement même de notre régime, en un mot aucun recul, tout au contraire la volonté ferme, se traduisant sans cesse par des actes, d'améliorer dans le sens de la justice et de légalité la situation, si imparfaite de notre société actuelle.

Tous ceux qui portent en eux l’esprit républicain, qui croient, comme moi-meme, que Fanion de toutes les bonnes volontés peut et doit se faire en acceptant loyalement la prédominance de l’intérêt général sur lesintérêts particuliers, apercevront h nécessité pour noire pays de s'affirmer plus que jamais attaché à une politique largement reformatrice.

C’est à ces républicains que j'adresse 1 appel d un élu, certain, au moment où il sollicite le renouvellement de son mandat, d'avoîs mis toute sa force de travail, toute son ardeur désintéressée, toute son impartialité à seconder, sans relâche, 1 effort splendide fait à Reims et dans les campagnes voisines pour assurer le relèvement de ce coin glorieux de la terre champenoise.

Si vous le voulez, mes chers Concitoyens, je continuerai avec le meme attachement, avec le même élan et je puis dire avec le même cœur, à m'efforcer de vous servir et de vous bien servir.

Vive la République laïque, démocratique et sociale !

Vive la 2e circonscription de Reims î

Pauj. MAR CI J A ND EAU

Chevalier de la Légion d’honneur. — Croîs de guerre.

Maire de Heinis. — Conseiller général.

Député sortant.

Circonscription de VIT R Y- LE-FRANÇOIS.

M. FÉRIN

Elu au deuxième tour de scrutin. — 5,220 voix.

Mes chers Concitoyens,

Comme je le disais dans la circulaire adressée, le 10 février dernier, aux municipalités de nos communes pour leur annoncer ma candidature, le scrutin d arrondissement, si simple et si clair, a éLé surtout établi pour rapprocher l’élu de l'électeur, pour permettre le choix d un candidat de 1 arrondissement bien au courant des besoins de la circonscription.

Vous rue connaissez.

Je un: pas besoin de protester auprès de vous contre l'extravagance qui tendait à faire passer pour un etranger dans sa petite patrie celui qui la représente depuis vingt ans, avec tout le dévouement dont il est capable, au Conseil général de la Marne ; celui qui administre sa petite ville natale depuis de si longues années et qui, après les épreuves qu'elle a subies, a contribué à sa renaissance; celui qui est profondément attaché à l’ arrondissement deVitry par sa famille, par ses intérêts, par toutes les fibres de son cœur.

Ce sont, du reste, mes amis politiques de notre arrondissement, les vaillants militants républicains de tous nos cantons vitryats quî m’ont donné l’investiture, qui m'ont confié, pour le defendre, avec votre concours, le drapeau de la Fédération des groupes républicains, radicaux et radicaux-socialistes de l1 arrondissement de Vitry-le-François.

C’est pourquoi je sollicite aujourd’hui vos suffrages.

Je les sollicite d abord pour avoir l'honneur de défendre la République qu'assiégeai sournoisement, après avoir constamment échoué dans leurs assauts furieux, ses ennemis de toujours.

Oui, il faut, une fois de plus, défendre, aujourd’hui, la République contre les dangers de 1 équivoque et des ralliements intéressés, contre les tactiques d'une réaction habile en 1 exploitation des difficultés de la situation née de la guerre et que les fautes du Bloc national n'ont cessé .d'aggraver.

En tête du programme de tout républicain digne de ce nom, doit figurer l'engagement de sauvegarder toutes les conquêtes laïques et sociales que la France doit à près de soixante années de luttes soutenues et d’efforts accomplis sous le régime républicain.

Cet engagement, je le prends devant vous avec toute la ferveur du laïque et du démocrate que j'ai toujours été.

Il ne faut, pas laisser toucher à cette législation laïque qui, loin d'être persécutrice, a, au contraire, instauré la liberté absolue de conscience, édifié et consolidé chez nous la paix intérieure.

La laïcité est chose intangible, comme, d’ailleurs, vient de le proclamer avec tant d’autorité M. Poincaré.

La Chambre qui va être élue, trouvera devant elle une tâche ardue et délicate :

Elle devra continuer, par T union étroite des sincères républicains, l'œuvre de redressa"1 ment financier a laquelle ont puissamment contribué les chefs de notre grand parti.

Elle devra répondre aux aspirations de la démocratie sans jamais perdre de vue les possibilités financières. En l’état de convalescence où se trouve le pays? la prudence s’iniDose.

ÏI nesl cependant pas impossible d'introduire plus de justice dans le système fiscal actuel»

Des mesures de salut furent prises à une heure critique* Elles avaient pour but de fournir des ressources immédiates au Trésor, eL l’on dut exagérer îes impôts frappant la consommation, exagérer la dotation de l1 amortissement.

A la longue, cette fiscalité serait mortelle, car elle atteint lourdement le travail et k richesse eu formation et elle épargne la fortune acquise, car elle accable les petits : nos petits et moyens industriels, nos petits et moyens commerçants, nos artisans, qu’il faut protéger contre les exagérations de l’impôt et contre les tentatives d'accaparement des grands consortiums; elle accable de même sorte nos agriculteurs^ nos retraités, nos petits rentiers*

Il faut qu'un remaniement soit opéré dans Je sens de la justice, que Tonpot sur le revenu soit sérieusement organisé, q&e la fraude fiscale soit impitoyablement réprimée*

Cela aussi est, maintenant, mesure de salut public* On peut, en effet, constater, aujourd'hui j un ralentissement des affaires, un accroissement du prix de la vie*

Prenons garde à cela ; avisons pour que ne grossisse pas Tannée des mécontents que Finjustice persistante exaspérerait.

Il kuL également introduire de Tordre et de la justice dans l'organisation sociale et économique, dans T organisation administrative*

Faire confiance à l’ouvrier, lui donner de plus en plus conscience de sa valeur et de sa dignité, T admettre à participer, autant que possible, à la gestion et au contrôle, faire de lui autre chose qu une machine dans I1 usine, améliorer son sort et ses gains, assurer son avenir, faciliter son accession à la propriété*

Donner toujours plus d extension aux offices d'habitations à bon marché, accroître la législation de l'hygiène, combattre la mortalité infantile, encourager la natalité en apportant aux familles nombreuses les avantages auxquels elles ont si légitimement droit.

Mettre les mutilés et anciens combattants, les ascendants, les veuves et les orphelins de guerre au premier rang dans notre affection et leur accorder, dans la France, que leurs sacrifices et leurs souffrances ont sauvée, une situation morale et matérielle qui soit digne de leur gloire*

Achever, dans notre région éprouvée par la guerre, l’œuvre de reconstitution si heureusement avancée.

Etudier une organisation administrative qui ne soit pas d’improvisa Lion hâtive et désordonnée comme celle que nous avons eu à déplorer, notamment, dans notre arrondissement»

Pour ne citer qu’un exemple : la suppression du tribunal civil a porté un tel préjudice aux intérêts locaux que, sans m’étendre sur l’inconvénient, l’incommodité et les surcroîts de dépenses qu il en résulte pour tous, il faudra revenir sur ce fâcheux décret-loi.

il nous faut donc une organisation qui s’inspire des progrès de notre époque, des iriteic.ts de nos populations et qui, tenant compte des droits des fonctionnaires, assure à ceux-cq par des simplifications de services et des réductions d’effectifs qui en seraient la conséquence, des traitements équitables.

Tout cela ne constitue-t-il pas un programme de nature à tenter toutes les bonnes volontés et volontés républicaines ?

J ajoute aussitôt que l'instruction du peuple étant à la base des institutions démocraticjues, je demanderai l’application stricte des lois scolaires, le développement de renseignement technique et post-scolaire, la créaLion de l'école unique, qui institue, entre tous es enfants de t rance, l’égalité profonde qui augmentera nos chances de former une élite, e P us eu plus nombreuse, nécessaire à la démocratie.

Dans 1 ordre économique, de nouvelles conceptions s’imposent. L’internationalisation a pénétré 1 économie politique ;

1Je grands trusts industriels, qui ont partie liée avec Ja haute finance, se créent, et,

bientôt, tiendraient la démocratie en esclavage, si on ne les soumettait à un règlement et un contrôle, non pour les paralyser, mais pour faire obstacle à leurs excès possibles qui seraient dangereux pour la paix du pays* qui supprimeraient la petite industrie, le négociant modeste et qui risqueraient de reléguer à l’arrière plan l'agriculteur, qui doit tenir le premier rang en France, l'agriculteur qui, lui aussi, doit actuellement subir, notamment dans ses achats d'en gratis et la vente de ses céréales, la loi impérieuse de ces grandes congrégations économiques, adversaires du libre jeu de la concurrence.

La plupart des grands Ministres de l'Agriculture, sinon tous, qui favorisèrent l’essor de noire agriculture sous la Troisième République, n étaient pas des professionnels.

Mais il n'est pas nécessaire d’être un professionnel pour comprendre l’importance de la production agricole dans notre pays, l'importance du rôle social de nos populations agricoles qui travaillent, épargnent, a p pendent à la France richesse, prospérité, et la préservent de beaucoup de dangers, particulièrement du danger communiste.

Le rôle de l'agriculture doit donc être prépondérant. Il le sera, car on comprend enfin qu'il est nécessaire de protéger L'agriculture, de lui accorder l'égalité de traitement avec l'industrie en ce qui concerne les tarifs douaniers et la liberté commerciale, de favoriser, de plus en plus, chez elle, l'extension des syndicats, mutualités, caisses de crédit, caisses autonomes d’assurances, surtout pour les assurances sociales, bref de faciliter le développement ou la création d'organismes qui exciteront les initiatives, encourageront la production, feront de l'agriculture une puissance pondératrice dans l’ensemble des forces écono* iniques de la France,

Et ce n'est pas là la partie la moins essentielle de mon programme qui comporte en outre, toutes les mesures propres à retenir au village, à la terre, nos populations rurales, espoir du pays.

N’est-ce pas à cela que j'ai déjà employé de mon mieux le meilleur de mon activité au Conseil général, comme je l’ai d ailleurs consacrée aux autres intérêts de notre arrondissement, qu'ils soient d'ordre industriel ou commercial ?

Mes chers Concitoyens,

Rien certain de ne pas avoir énuméré toutes les réformes souhaitables et dont la réalisation ne saurait être l'œuvre d'une seule législature, j'en aurai fini après vous avoir dit que je suis partisan résolu de la politique extérieure qui est celle d'Edouard Herriot, d'Aristide Briand, de PaubRonçour, pratiquée, bien entendu, dans le cadre de la Société des Nations, sous la triple formule : arbitrage, sécurité, désarmement, qui doit aboutir demain au rapprochement définitif des peuples.

En donnant sans réserve mon adhésion à une politique d'ordre international, je reste fidèle au souvenir de Léon Bourgeois, qui fut le chef de notre grand parti, l'initiateur des généreux efforts pour la paix, l'animateur de la Société des Nations.

Je n’insisle pas davantage, vous m'avez vu à l'œuvre à vos côtés depuis vingt ans, vous connaissez mon passé républicain ; tel j'étais au début de ma longue carrière politique, tel je suis resté sans compromission ni défaillance.

Si vous me faites l’honneur de m’envoyer au Parlement, vous pouvez être persuadé que je servirai vos intérêts, tous les intérêts de l'arrondissement, avec le même cœur et h même dévouement que j'ai toujours servi ceux qui m'ont été confiés jusqu'à ce jour.

C'est doue avec confiance que je vous soumets ce programme que vous approuverez j’en suis sûr, et qui se résume ainsi :

Pour la laïcité contre l’intolérance I

Pour la justice fiscale !

Pour la paix !

Contre tous les fascismes ; contre toutes les dictatures : cTun homme, tTune classe ou 'une puissance économique ou financière, contre toute dictature de Rome ou de Moscou 1

Vive r arrondissement de Vitry !

Vive la République laïque, démocratique et sociale I

Raymond PÉRI N

1 Maire de SeF;naize-le^Baîng,

Conseiller général du canton de TMéblemont#

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