M, DURAND
Elu au deuxième tour de scrutin. — 11,941 voix.
Mes chers Concitoyens,
Répondant aux sollicitations pressantes d’un très grand nombre d’électeurs des divers cantons de notre circonscription, j'ai accepté de poser ma candidature aux élections législatives du 22 avril prochain.
Maire de Cugand depuis vingt ans, conseiller général de la Vendée depuis bientôt dix ans, j'ai eu occasion assez fréquemment de manifester mes principes et mes opinions pour n'avoir pas besoin de vous exposer longuement mon programme, que la plupart d’entre vous connaissent bien.
Pour achever le redressement financier et assurer la prospérité morale et matérielle du pays, tous les Français, et leurs mandataires les premiers, doivent travailler dans un esprit de paix et de concorde nationale, comme l'a demandé à plusieurs reprises, et tout récemment encore, M. Poincaré, le chef du gouvernement. Plus de luttes intestines, plus d'agitations politiques et sociales, préjudiciables aux intérêts de tous, des ouvriers comme des indus triais,, des agriculteurs comme des commerçants.
Une des premières conditions de Lumen et de la concorde patriotique est la pacification religieuse. Catholique, enfant de ce bocage vendéen, où les populations ont si justement à cœur la sauvegarde de leurs croyances et de leurs traditions familiales, j1 estime que l'apaisement des luttes religieuses, désiré do Timmense majorité de nos concitoyens, doit et peut s'obtenir dans le respect de nos convictions et de nos justes libertés. 11 est nécessaire notamment que l’égalité devant la loi, pour s'associer comme pour enseigner, soit reconnue à tous les Français, aux religieux et aux religieuses comme aux autres citoyens, sans aucune des dispositions restrictives, héritage « du temps où les Français ne s’aimaient pas », comme a dit notre grand compatriote Clemenceau. Sur cette question, tous les citoyens de bonne volonté doivent se mettre d’accord dans un esprit de paix et de véritable justice.
Une autre condition essentielle de la concorde nationale est l'acceptation loyale du régime établi. Républicain, depuis toujours attaché à la forme démocratique du pouvoir, que le pays a choisi et qu'il entend conserver, je respecte les opinions de mes concitoyens* mais j'estime que T union nationale doit se faire dans la République, sur le terrain des institutions établies. Poursuivre le renversement du régime, comme le désirent les monarchistes en faveur d'un roi et les communistes au profit d’une dictature de classe, c’est provoquer des troubles et des désordres que répudie la masse du peuple français. Le respect de la constitution doit d'ailleurs se concilier avec un légitime désir de progrès et de perfectionnement qui tendra à donner au gouvernement plus de stabilité, aux organismes sociaux et professionnels plus d'autorité dans la nation, par la représentation dans les conseils de l’Etat des intérêts familiaux, professionnels et économiques.
Enfant du peuple de Vendée, si épris d'ordre et si laborieux, travailleur moi-même comme Tout été tous les miens, je connais vos désirs, vos intérêts, et je m'emploierai de mon mieux a les servir, en poursuivant une politique conforme k vos aspirations :
Politique familiale 7 qui assure la stabilité de la famille, fondement de la Nation ; encourage et aide les familles nombreuses; favorise la natalité; protège l'enfance; organise le salaire familial, notamment par le système des caisses de compensation paritaires.
Politique sociale y qui réalise le progrès, non par la lutte stérile des classes, mais par la collaboration de tous les éléments de production; — tpi garantisse le droit de propriété et tende à en faire de plus en plus bénéficier tous les Français; — qui améliore sans cesse les conditions de vie des travailleurs, pour qu'ils puissent toujours et de mieux en mieux faire vivre et élever dignement leur famille; — qui élargisse et complète la législation du travail, comme vient de le faire la loi récemment votée sur les « Assurances sociales dont plusieurs dispositions, d'ailleurs, sont a remanier et à rajuster, notamment en ce qui concerne les agriculteurs; — qui organise efficacement la lutte contre l'alcoolisme, la tuberculose et la débauche ; — qui encourage le crédit aux artisans, petits commerçants et petits industriels, représentants de ces classes moyennes, si nombreuses en notre région.
Politique agricole f qui assure aux cultivateurs la sécurité dans leur profession, notamment par un régime douanier exempt de ces à-coups qui ne profitent qu'aux spéculateurs, et par une amélioration des tarifs et des services de transport pour les engrais et les animaux; — qui lutte contre la désertion des campagnes par une propagande appropriée et en les faisant bénéficier du progrès et du confort moderne, comme est T électrification, dont les avantages doivent être étendus progressivement à toutes nos communes; — qui accorde aux Chambres d'agriculture une autonnomie et des droits plus effectifs, à l'exemple des Chambres de commerce, pour qu’elles puissent servir encore plus efficacement les intérêts agricoles.
Politique fiscale, qui exige de tous des sacrifices ; mais T impôt doit être d’autant plua équitablement réparti qu'il est plus lourd, et il doit être perçu en dehors de toute inquisition fiscale. Un nouvel aménagement des taxes est nécessaire pour alléger les charges des commerçants, des agriculteurs, des classes moyennes. 11 est notamment indispensable de supprimer la taxe, inquisitoriale et vexatoire, sur le chiffre {TatTaires, en maintenant seule-
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ment Pim position à la base, avec un coefficient procurant à l'Etat les memes ressources. L’impôt sur les bénéfices agricoles a déjà vu abaisser son coefficient, mais cette réduction est encore jugée à bon droit insuffisante. Il est également nécessaire de supprimer la taxe à la première mutation, qui entrave les transactions au détriment même du Trésor. Une réduction s’impose aussi dans les impôts indirects de consommation, qui frappent si lourdement les familles nombreuses. L’équilibre du budget doit d’ailleurs être assuré bien moins par l1 augmentation des charges du contribuable que par une rigoureuse compression des dépenses et par la recherche de recettes nouvelles, comme serait l'amodiation des monopoles et une meilleure mise en valeur de nos richesses coloniales.
Politique de paix internationale , clans la sécurité de notre pays et le respect des accords et des traités. Pour garantir cette sécurité, la France a le droit et le devoir de prendre les mesures propres à sauvegarder son territoire contre toute agression ; mais en même temps elle doit travailler, en concours avec la Société des Nations, au rapprochement des peuples, en vue d’assurer le maintien de la paix par la pacification progressive des esprits et la collaboration morale et matérielle des nations.
Réconcilier les peuples dans l’oubli des haines, soit, mais non pas dans l'oubli des devoirs que nous crée la reconnaissance envers ceux qui ont versé leur sang ou qui ont souffert pour le salut du pays. Les anciens combattants, mes camarades du front, et les victimes de J a guerre trouveront en moi un défenseur énergique et convaincu de leurs légitimes revendications.
Telles sont les grandes lignes du programme que je soumets à votre libre verdict.
Si vous me faites l’honneur de m’élire, je m’efforcerai d'être le digne|représentant de notre belle et grande circonscription.
Attentif aux intérêts de tous, je serai toujours à votre disposition, heureux de vous accueillir et de vous écouter, en ami sincère et dévoué. Et, tout en défendant les intérêts particuliers de notre région, j’apporterai ma collaboration active et loyale au gouvernement du pays, pour son œuvre de redressement national, dans le plus large esprit de paix, de concorde et de justice pour tous.
Ma devise sera toujours : Unis, comme jadis au front, sous les plis du drapeau tricolore, pour la grandeur et la prospérité du pays.
Auguste DURAND Industriel.
Maire de Cugand, — ■. Conseiller général de la Vendée*
1 Croix de guerre.
Candidat républicain d 'Union nationale.
ira circonscription des SABLES -DTOLONNE.
M. PACA UD
Elu au premier tour de scrutin : 8* 1 17 voix.
Messieurs et chers Concitoyens,
L’importance de la consultation électorale à laquelle vous allez prendre part Je 22 avril ne saurait vous échapper.
Les partis d’opposition, coalisés sous des étiquettes trompeuses le plus souvent, ne manqueront pas, s oyez- en sûrs, de combiner Leurs attaques contre la République. Il appartient à la Démocratie tout entière de se dresser pour la défendre, et de se discipliner pour aller à la bataille.
II ne peut pas s’agir, en notre Vendée, de querelles de groupes ou de dissentiments de personnes, nous devons placer au-dessus de tout le triomphe de notre idéal et, puisque le Congrès républicain m’a confié le grand honneur de porter le drapeau, je fais appel à F union de tous les républicains pour se ranger autour de lui, à l’exclusion des révolutionna ires et des communistes avec qui je ne saurais admettre aucune compromission,
La situation est dès plus nettes.
Alors que je me réclame du Congrès républicain qui m’a désigné, mon concurrent, M, le comte de la. Roche lu Ion, a reçu l’investiture du Comité départemental d’union des droites, que préside M* le marquis de Baudry d’Asson, chef incontesté des royalistes de Vendée,
C’est donc entre deux politiques en même temps qu’entre deux hommes de tendances bien dilïérentes que vous aurez à choisir. Le rétablissement du scrutin d’arrondissement vous permet de le faire en toute connaissance de cause. Veuillez y réfléchir*
Mon programme politique sera bref. Vous le connaissez du reste* II n’a pas varié depuis trente ans*
Mon drapeau, c’est le drapeau tricolore.
Ma devise, c’est la devise républicaine*
Profondément épris de liberté, je la veux pour tous et dans tous les domaines : liberté d opinion, liberté de pensée, libre exercice de la religion, liberté syndicale, etc*, dans l’ordre et la légalité*
Les lois qui proclament la laïcité de l’Etat et la neutralité de l’école, sont à la base même de l’édifice. Aucun républicain ne peut permettre qu’il y soit porté atteinte. Je les défendrai*
L’œuvre scolaire de la République doit être poursuivie* Nous devons ménager très largement 1 accès des grandes écoles aux enfants de la Démocratie qui se seront signalés à leurs maîtres par leurs aptitudes et leur intelligence.
La propriété individuelle doit être respectée. J'apprécie trop la valeur du travail et de l’effort pour ne pas être résolu à la défendre.
Les lois d’assistance sont l’honneur dé la République* Elles doivent être améliorées et développées*
La loi des assurances sociales, qui vient d’être votée définitivement il y a quelques
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jours, constituera un immense bienfait pour les classes laborieuses. Mais elle a besoin d'être re visée et mise au point avant d5 entrer en pratique . On devra s'en occuper le plus tôt possible, afin de n'en pas retarder l’application* J
Nous devons protéger la maternité etTenfnoce, encourager les familles nombreuses et combattre les fléaux sociaux, l'alcoolisme, le taudis, fa misère* La lutte contre la tuberculose sera incessamment organisée en Vendée. Je m'honore d'avoir été un de ses promoteurs.
Nos grands morts de la guerre nous ont légué des obligations envers leurs veuves, leurs enfants, leurs vieux parents. Elles nous sont sacrées et on n’a pas le droit d’y faillir. Les réformés et les mutilés, les anciens prisonniers de guerre et les anciens combattants ont droit aussi à toute notre sollicitude'. Ils ont peiné et souffert pour que notre pays soit sauve. Ne l'oublions pas.
Le service militaire est enfin réduit à un an. C’est un bienfait considérable. Tous les jeunes soldats de l'armée de terre et de l'armée de mer doivent pouvoir y prétendre également. La loi doit être la même pour tous.
Notre politique extérieure doit être constamment orientée vers la paix définitive, en prenant toutes les garanties de sécurité necessaires, La guerre est trop douloureuse pour que nous puissions songer à l’envisager sans frémir, et la Nation doit faire tout ce qui est compatible avec sa dignité pour l’éviter. C'est une politique de paix et de travail que nous devons pratiquer.
La politique financière et économique de notre pays est dominée par les charges cnormes du budget.
Les impôts sont lourds, trop lourds et mal répartis ; la vie chère est dure à supporter ; la dette publique est écrasante.
Le souci principal, la préoccupation constante de îa nouvelle Chambre devra être de s'appliquer au redressement de nos finances.
L'œuvre a été commencée par le Président Poincaré. Mais îa tache est loin d’être finie. Il faut la poursuivre. Je suis prêt à y collaborer, sous l'égide de la République, avec tous les bons citoyens qui voudront s’y employer.
Nous devons nous appliquer à pratiquer une politique sévère d’économies, à éviter le gaspillage, à ne tolérer aucune évasion fiscale, aucune fraude, aucune dissimulation. Si chacun payait ce qu’il doit vraiment, l'impôt serait moins lourd.
Pour être bien accepté, l'impôt doit ‘être juste. Révisons notre système fiscal. Réformons les impôts de consommation. Supprimons le chiffre d’affaires, vexatoire pour le commerçant et ruineux pour le consommateur, etappliquons-nous à lui substituer une imposition à la production, a la base.
Le budget doit être volé tous les ans, en équilibre. Nous devons inspirer, par la sincérité de notre comptabilité, la confiance au pays et aussi à l’étranger qui nous observe et qui admire l’intensité de notre effort.
Le relèvement économique, entièrement lié au redressement financier, est fonction de la prospérité du commerce, de l’industrie et de l'agriculture. Nous ne devons rien négliger pour le favoriser.
Laissons au commerce e t à l'industrie toute liberté pour leur permettre de se développer et de s’entendre. Evitons, dans la taxation des impôts qui leur incombent, comme nous devons les éviter à tous, toutes les mesures inquisitoriales qui froissent, Encourageons-les, Faisons-leur confiance. Il y va de l'intérêt supérieur du pays,
L agriculture resfe la principale source de richesse de la Nation, Nous ne ferons jamais trop pour elle, et nous ne saurions trop encourager l’effort continu de nos admirables paysans courbés sur le glèbe. Améliorons les semences, Procuro ns-leur des engrais en stocks suffisants et pas trop chers. Facilitons les transports et abaissons-en le prix. Appliquons-nous à nous suffire à nous -mêmes et à ne plus être tributaires de f étranger pour îa production du blé nécessaire à notre consommation. Nous pouvons le faire ti nous savons nous organiser, et nous le devons,
La vie des champs doit être rendue agréable et facile si nous voulons éviter l'exode vers la ville. Favorisons* à tous, b accession à la propriété* Etendons les bienfaits du crédit agricole. Améliorons nos chemins* Electrifions nos campagnes, etc , etc., et, de toutes nos forces, facilitons le retour à la terre. C’est par elle, surtout, que la France pourra recouvrer une prospérilé do jour en jour plus grande.
Demandons à nos colonies de venir en aide à la métropole. Nous favoriserons leur essor, en facilitant, par le développement et l’amélioration des services de noire marine marchande, le transport de leurs produits d’un si puissant intérêt pour nous.
N’oublions pas les vaillants marins de nos côtes, aussi bien ceux de La Chaume et des Sables que ceux de Port-Joinville et de La Meule. Leur dur métier n'est pas toujours rétribué en proportion des dangers et des fatigues qu’il comporte* Nous leur devons aide et protection.
Avec leurs camarades de l'atelier, des usines, des bureaux et des champs, ils y ont tous les droits.
Un mot encore pour dire que je suis nettement partisan du renouvellement partiel de la Chambre tous les deux ans. Le travail parlementaire ne peut qu’y gagner*
Telles sont les grandes lignes du programme que je me propose de défendre si je suis votre élu.
La tâche de la législature prochaine sera lourde* Elle exigera de ceux qui en feront partie une connaissance approfondie et une longue expérience des affaires publiques*
J’ai derrière moi un long passé politique qui vous permet de me juger d'après mes actes* Je vous y convie.
Maire et Conseiller général depuis plus de trente ans, Député de notre circonscription durant toute la guerre, Président du Conseil général de la Vendée depuis dix ans bientôt, je crois être â même de bien remplir le mandat que je sollicite et je promets d’y apporter toute mon activité, tout mon dévouent et tout mon cœur.
C'est à vous, Messieurs et chers Concitoyens, qu’il appartient d’en décider, et c’est en toute confiance que je m’en remets à votre, verdict.
Vive la Vendée !
Vive la F. ance !
Vive la République 1
Docteur Raoul PAC AUD
2ft circonscription des SABLES-D’OLONNE.