M, MALLARMÉ
Elu au deuxième tour de scrutin, — 6,404 voix.
Mes chers Concitoyens^
Député sortant, je conserve îe programme républicain et démocratique que j'avais en 1924* Je n'ai pas changé d'opinions.
Conscient des devoirs qui s'imposent à un député français dans une période de crise économique, je n’ai pas hésité à adhérer, dès le premier jour, à 3a politique d'apaisement et d'union préconisée par le Ministère Poincaré en vue de travailler en commun au redressesement financier.
Pour reprendre la formule du Président Poincaré, ce qui a fait la confiance c'est la composition même de son ministère comprenant des hommes qui s étaient combattus la veille et qui, désormais, voulaient collaborer. Celle composition donne aux républicains tout apaisement et toute garantie et j'estime que, dans la situation actuelle, c'est la seule formule qu'on puisse adopter et soutenir.
Mon passé et mon origine (Algérien descendant d'Alsaciens qui ont émigré en 1871 pour ne pas devenir Allemands) sont les plus sûrs garants de mon patriotisme. Présidant^ depuis trois ans, la Commission d'Alsace et Lorraine ù la Chambre, je sais mieux que personne quelle vigilance reste nécessaire pour parer aux périls extérieurs*
Mais je veux la paix, je veux que l'horrible tuerie ne recommence pas et, sans me laisser entraîner à une politique d'illusions, je persiste à penser, comme en 1924, que les négociations entreprises par la Société des Nations régénérée sont susceptibles d’améliorer les relations entre les peuples et d'apaiser les conflits.
Le Président Poincaré, dans son discours de Carcassonne* vient de donner son adhésion
à cette conception Internationale q m est une des conditions de notre relèvement économique.
Cfest seulement h l’abri de la paix que notre pays pourra reprendre son essor et rétablir ses finances.
C’est seulement aussi à l’abri de cette paix que les humbles, ceux qui ont le plus souffert des pertubations économiques* les victimes de la guerre, les salariés, les petits fonctionnaires, les retraités, les pensionnés, les familles nombreuses verront leur détresse s’atténuer.
Il faut secourir cette détresse.
11 faut organiser plus complètement la luüc contre la vie chère, effacer par F amélioration des conditions professionnelles, par la péréquation de traitements payés réellement et sans retard, par l1 augmentation des pensions. Fin justice sociale de certaines situations.
Il faut répartir plus équitablement les charges fiscales en attendant qu’il soit possible de les réduire.
Il faut réprimer sans pitié toutes les manœuvres, toutes les spéculations qui auraient pour but de profiter des temps présents pour accabler les consommateurs ou pour exploiter les difficultés financières de la France,
Il faut résoudre définitivement la crise irritante du logement, en assurant à chacun l'abri qui lui est nécessaire sans ruiner cependant un propriétaire qui a également ses charges et ses difficultés d’existence.
Il faut protéger, de toutes les manières, les familles nombreuses* car c’est d’elles surtout que la France attend son avenir et ^adjonction des naturalisées aux Français de naissance, que j’ai personnellement favorisée par mon action à la Chambre, doit être domine et par le souci de l’intérêt national.
L’amélioration de ces situations dépend de la prospérité économique du pays et la terre de France reste encore à l'origine de cette prospérité L il faut protéger et encourager 1 agriculture et permettre au commerce de s’exercer sans entraves.
En Algérie, nous ne songeons pas à nous désintéresser des soucis de la mère patrie* Les Algériens ont, pendant la guerre et depuis, fourni les preuves éclatantes de leur patriotisme.
Les assemblées algériennes ont une très belle mission à remplir dans le cadre économique où la loi les a cantonnées. Les parlementaires, qui secondent leurs efforts en faisant assurer l’approbation de leurs décisions, resteront les gardiens vigilants de leurs prérogatives. J’en ai donné personnellement un témoignage lorsque j’ai fait écarter la menace d une augmentation arbitraire de la contribution militaire par la Com mission des finances de la Chambre.
L’Algérie, plus encore que la métropole, est avant tout un pays agricole, et î effort admirable des colons l’a transformée.
Des formes nouvelles de travail, coopération, mutualité, ont décuplé cet effort. Il faut les encourager et les faire pénétrer dans les centres de colonisation de création récente.
Les colons ont besoin de terres, de main-d’œuvre et de capitaux*
Leur mesurer, par routine administrative, les étendues de terre qui sont nécessaires à leur existence et à Rétablissement de leurs enlants, c est une méthode funeste et trop longtemps pratiquée. Les fils de colons sont là tout près et tout préparés : nous devons assurer Remploi de leurs énergies.
La question de la main-d’œuvre n’est pas moins impérieuse. Si nous sommes venus en Algérie, c’est pour y féconder le sol avec le concours des indigènes. Cette main-d'œuvre est naturellement attachée au pays et il faut réagir contre des surenchères economiques qui tendent à la distraire de sa terre d origine.
Enfin, le crédit est indispensable aux cultivateurs. Nous venons de lui donner un organe central et régulateur ; la Caisse foncière agricole. Il faut en assurer le fonctionnement sincère et contrôlé et faire profiter du crédit le petit commerce, Farlïsanat et la petite Industrie.
Depuis quaire années, je crois avoir prouvé par mon travail à la Chambre, par les
postes parlementaires que jTai occupés, que je n'avais pas trahi 3a confiance de mes électeurs*
J'ai rempli la mission qui m'avait été confiée en plein accord avec les autres parlementaires algériens*
Je l'ai remplie en pleine indépendance* Je ne dépends de personne.
J'ai été le représentant de tous et non pas seulement celui d'une catégorie particulière d'intérêts*
J’ai donné à tous îa même sollicitude, sans m'inquiéter des opinions de chacun*
Je puis* la conscience tranquille et le front haut, solliciter le renouvellement d'un mandat que j'ai bien rempli, et j'ai la conviction que le Département profitera de l'expérienee et du crédit que ma première législature m'a permis d’auquérir*
Vive la France !
Vive la République !
Vive l'Algérie !
André MALLARME
Agrégé des Facultés de droit* Professeur de droit coastituliomiol et administratif a P Uni vers Été d’Alger.
Député sortant*
Candidat d’Union des Républicains de gauche*
3Û circonscription d'ALGER,