M. MO RI N AUD
Elu au premier tour de scrutin, — 7,245 voix.
Chers Concitoyens,
Le 1 1 mai 1924, vous nous avez élus, M, Thomson et moi, sur un programme de concentration républicaine,
« L’avenir, disions-nous dans notre profession de foi, est à la concentration républicaine. Seule, elle permettra à la République de réaliser, dans l'ordre, les réformes démocratiques et sociales, qui sont contenues dans les plis de ses trois couleurs. C’est de cette politique que nous sommes et que nous entendons rester les fidèles serviteurs. Cette politique est celle du Ministère Poincaré, Nous l'avons constamment soutenue de nos suffrages. »
Conformément à nos engagements, pendant toute la législature qui vient de se terminer, cette politique est restée la nôtre.
Nous avons suivi a cet égard le sage conseil que M. Poincaré lui-même avait donné à ses amis en quittant volontairement le pouvoir, après les élections du H mai 1924.
Nous n’avons fait d’opposition à aucun gouvernement républicain, tout en conservant notre liberté de vote, liberté que nous avons manifestée dans diverses et importantes circonstances. -ri. ÉÊÊ I
Notre loyal appui n’a fait défaut à aucun des Ministères qui se sont, pendant ces quaLre années, succédé au pouvoir au milieu de difficultés sans cesse accrues.
Nous avons, à la vérité, déploré les discordes qui divisèrent si profondément, jusqu’au milieu de 1926, des démocrates Faits pour s’entendre dans un but de salut public et pour collaborer dans l1 intérêt supérieur de la nation.
Pendant cette période, les républicains perdirent malheureusement leur temps à s’attaquer entre eux. Ils se reprochèrent avec véhémence ce qu ils appelaient leurs fautes financières, alors que pour tout esprit impartial, chaque gouvernement, depuis la guerre, a toujours fait l’impossible pour arracher le pays k la crise effroyable dans laquelle 1 avaient précipité et la guerre et la carence de l'Allemagne, c'est-à-dire l'obligation dans laquelle la France s’était trouvée de faire face seule aux lourdes charges des réparations et des pensions ; satisfactions légitimement dues aux victimes de la guerre et qu’il importait d immédiatement leur payer, sans a Rendre le bon plaisir de l'Allemagne.
De toute notre force, nous avons poussé à la suppression de ces querelles néfastes qui menaçaient, en frappant la Chambre d'impuissance, de devenir extrêmement grave, pour la République, pour la France*
C’est dans ce but que, dans une heure angoissante, nous avons fondé, le 17 juillet 1026 au lendemain même de Ja chute du cabinet Briand- Gaillaux, l’Intergroupe républicain de salut public.
Son programme fut : arrêt immédiat des luttes fratricides entre républicains ; défense de rechercher la responsabilité de tel parti ou de tel ou tel chef clans la situation terrible ou face de laquelle on se trouvait ; ajournement des discussions d'ordre purement politique, chacun devant se consacrer au redressement financier et monétaire du paya ; formation d’un gouvernement prb dans toutes les fractions de l'opinion républicaine; groupement autour de ce ministère d'une majorité résolue à lui donner tous les pouvoirs et à voter toutes les mesures nécessaires pour sauver « la Patrie en danger ».
C'est de ce mouvement d’union républicaine et nationale qu'est sorti, le 23 juillet 1926, îc Gouvernement du grand Français, du grand républicain Poincaré.
G*esl par lui que ce gouvernement a vécu près de deux ans.
C’est grâce à lui qu’il a pu nous sauver.
Réunissant tous les grands chefs du parti républicain, il a pu ramener rapidement la confiance, faire descendre la livre de 240 à 121; prendre d’urgence les mesures de salut public nécessaires ; obtenir à temps et en équilibre le vote des budgets de 1927 et de 1928; commencer un large amortissement de la dette publique; fortement doter le Trésor; supprimer la constanLe menace des bons à court terme ; augmenter l'encaisse en or de la Banque de France; diminuer de 6 milliards ses avances à l'Etat; faire gagner plus de 50 milliards aux litres sur l'Etat, bref, rétablir, par nos seuls moyens et sans le recours à l'étranger, notre situation financière et monétaire dans des conditions telles qu’elles font l'admiration de la presque unanimité des Français et celle du monde entier.
Aujourd’hui, nous sommes très. loin de l’abîme où, par nos discordes intestines, nous avoms failli tomber.
Notre relèvement financier est en excellente voie. Mais il importe de I achever.
Four atteindre ce but, un seul moyen.
De toute évidence, il faut maintenir encore au pouvoir dans la Chambre de demain, le Gouvernement d’ Union républicaine nationale, qui a si heureusement et si parfaitement commencé T qp livre de sauvegarde que tous les Français attendaient impatiemment.
Si vous me faites l'honneur de me réélire, mon suffrage et mon appui, demain comme hier, iront droit au Ministère républicain d’Union nationale qui a eu le grand mérite d'arracher la France à l’abîme de la banqueroute et qui doit recevoir, à notre avis, la mission de terminer sa tâche libératrice.
L’œuvre essentielle de la législature prochaine est toute tracée ; elle consiste d'abord dans l'achèvement de notre relèvement financier. Sans lui aucune grande réforme n'est possible. Uné situation financière solide est incontestablement la base des réfornies économiques, des lois sociales, des mesures nationales qui doivent être encore réalisées par la République.
Résumons-J es en quelques traits rapides.
Réformes économiques. — Elles comprennent toutes celles qui ont pour objet cl qui auront pour conséquences le développement progressif de notre agriculture, l'expansion constante de natre commerce et l'essor de notre industrie. Ces forces vives de la Nation appellent une protection équitable et permanente du législateur. Mon action est acquise par avance à toutes ces mesures.
Réformes sociales. — Citons : les habitations à bon marché individuelles et collectives pour lesquelles aucun sacrifice de l’Etat républicain ne sera trop considérable ; la lutte organisée contre les fléaux sociaux, contre les abus d'une spéculation, qui, en matière alimentaire (objets et denrées de première nécessité), est pour beaucoup dans la vie chère ; un large appui donné aux familles nombreuses T à la natalité; une action incessante en faveur de l'instruction publique, de la gratuité de l'enseignement secondaire, dans le respect des lois laïques ci de la liberté de f enseignement ; l’application de la loi sur les assurances sociales qui devra, comme toutes les lois sociales, être rapidement étendue à l’Algérie; le
respect de la loi de huit heures telle qu'elle est actuellement appliquée, et des libertés syndicales ; une collaboration intime du patronat et de la classe ouvrière dans une féconde association de classes, autrement utile et bienfaisante pour les travailleurs, que leur lutte; l'intervention chaque fois plus grande de l'Etat en faveur des victimes de la guerre, des anciens combattants, des pensionnés, des fonctionnaires, des travailleurs, intellectuels et manuels î des marins, des cheminots, lesquels doivent être, à notre avis, assimilés et traités comme de véritables fonctionnaires.
Je résume d'un mot toute ma pensée dans cet. ordre d'idées en disant : ic Républicain de notre époque doit être démocrate et social»
Œuvres nationales. — Mentionnons en première ligne la mise en valeur de tout notre splendide domaine colonial, et en particulier de cette magnifique Afrique Française que le Transsaharien, en lui réservant un avenir immense, doit rapidement réunir pour en faire une deuxième France de trente millions d'habitants,
La politique républicaine, dans la prochaine législature, doit être une politique de réalisations rapides et fécondes, dans Tordre économique, social et national.
Ces progrès ne sont possibles que dans la paix. Paix intérieure et paix extérieure dans le respect des traités.
Le maintien au pouvoir du Gouvernement d’Union nationale nous assurera Tune et l'autre.
Par T union des républicains pour le salut public, il a ramené le calme dans les esprits et rapproché les cœurs.
Par la politique de Loçareo (dont on ne saurait trop féliciter et M. Briand et tout le Gouvernement.), il a également travaillé à la bonne entente des peuples sous T égide de cette noble Société des Nations dont Faction bienfaisante nous apportera, dans Pa venir, foutes les garanties de paix qui sont sa raison d'être.
Chers Concitoyens,
A l'occasion de la catastrophe qui frappa l’Ouest algérien, nous avons vu de quelle affection la métropole entoure son Algérie et combien cette dernière la lui rend.
Comptons sur elle, comptons sur le libéralisme des deux Chambres pour lui accorder, dans ia prochaine législature, les libertés nouvelles, administratives et financières que nous avons demandées en accord avec les Délégations. Nous n'avons encore pu les faire examiner parle Parlement; nous les avons, comme Lrente ans d’autonomie financière Tout si bien prouvé, hautement et parfaitement méritées. Nous les obtiendrons. ^
Avec la mère-patrie, apprêtons mous à commémorer le centenaire de notre arrivée eu Algérie. Qu’elle soit, avant tout, la glorification de l’œuvre coloniale française, de cette oeuvre qui fut toujours un bienfait pour les populations indigènes par nous appelées a ces grands progrès matériels, intellectuels et moraux, qui doivent être, et qui seront continués avec autant de résolution que de sagesse prudente.
Chers Concitoyens,
Que votre verdict du 22 avril soit une affirmation nouvelle de cette excellente politique d'union républicaine qu’à chaque consultation populaire vous avez soutenue dans ce département, bien avant qu’elle devint la politique libératrice de la France,
Seule, elle assurera dans le calme et dans le travail la prospérité de notre magnifique département.
Seule, elle relèvera définitivement la France, appauvrie et meurtrie par la plus horrible des guerres.
Seule, elle nous mettra à l'abri des dangers formidables — faillite de l'Etat, dictature, révolution — qui Tout menacée hier et qui la menacent encore.
Seule, elle permettra à la République de nous assurer toute l'œuvre economique, financière, sociale et nationale qui doit, en lui donnant un lustre nouveau, grandir encore notre belle t-t noble patrie.
Vive la République démocratique el sociale !
Vive la France î
Emile MORINAUD
Député sortant.
Candidat d’Union républicaine.
Membre du Groupe parlementaire républicain focialiate. Président de là Comn ission do la marine marchande.
2e circonscription de CONSTANT! NE M, THOMSON
'Élu au premier tour de scrutin. — 7.155 voix.
Mes chers Concitoyens,
En 1877, je me présentais à vos suffrages, soutenu par les sympathies de Gambetta et de Cnknieux, Je vous disais dans ma profession de foi que si j’avais la grande joie d’être votre élu, je tiendrais à honneur de seconder dans leur œuvre magnifique les grands serviteurs de la patrie qui, immuables et inflexibles dans leur attachement a toutes les conditions essentielles de la Révolution française, fermement décidés à obtenir toutes les améliorations et tous les progrès sociaux dont le régime actuel était le symbole, savaient par leur prudence, leur fermeté, leur esprit de tempérament et de sagesse, éviter les embûches et conjurer tous les périls. Tétais fermement décidé à défendre la politiquojipu velle à la fois démocratique et gouvernementale qui, chaque jour, amenait à notre cause de nouveaux adhérents et, en réalité, fondait la République.
J’ai ia fierté de constater que, comme d’ailleurs la très grande majorité républicaine de notre département, je suis constamment demeuré fidèle à cette politique dont les heureux résultats apparaissent h tous les yeux,
U y a un an à peine, vous fêtiez mon cinquantenaire parlementaire d'une façon si vibrante et si affectueuse qu il me serait peut-être permis, au moment où je viens de nouveau briguer vos suffrages, de limiter ma profession de foi à cette simple et laconique déclara lion.
Je vous offre mon passé en garantie de l’avenir; je resterai tel que j'ai toujours été.
Si vous me donnez une fois de plus la faculté de reprendre mon rôle à la Chambre, ma ligue de conduite sera toute tracée. Je persévérerai dans la voie que j’ai toujours suivie en pleine communion de sentiments avec vous.
Vous connaissez ma conception au point de vue politique :
Maximum de liberté compatible avec la sécurité d’une République à l’esprit large, tolérant et accueillant; droit absolu pour tout citoyen de conserver son indépendance au point de vue philosophique et social dans le respect de l'ordre et des lois.
Ennemi de toutes les violences d'où quelles viennent, je suis T adversaire résolu et irréductible du communisme dont les actes, s'ils triomphaient, amèneraient fatalement à une réaction épouvantable et anéantiraient, apres avoir accumulé ruine sur ruine, les progrès si péniblement réalisés.
Dans les circonstances actuelles, je suis, vous le savez, partisan du scrutin d'arrondissement qui rapproche les électeurs de Téln et favorise à la Chambre la constitution d’une majorité solide* homogène, seule capable d’assurer la stabilité gouvernementale.
Au point Je vue économique, je continuerai à soutenir avec les appuis que je tiens de ma longue carrière politique, toutes les réformes de nature à consolider les résultats acquis et à développer l'extension agricole, industrielle et commerciale de notre région. Tout ce qui concerne l'outillage de nos ports., la construction des barrages, l'hydraulique agricole,
T amélioration des communications avec la métropole, la construction des routes, fera l’objet de mes constantes préoccupa lions*
Comme par le passé, je réclamerai les tarifs douaniers qui mol Iront nos colons à Tabri d'une concurrence victorieuse faite par certains pays étrangers, et qui risque parfois de placer l’Algérie dans un état d'infériorité aussi injuste qu’intolérable*
Au point de vue de la colonisation,, je demanderai une plus large et plus équitable répartion des terres disponibles estimant qiril est indispensable d’encourager les initiatives trop souvent déçues par des concessions trop restreintes sur lesquelles s’épuisent vainement les efforts et les ressources des concessionnaires*
Tout en reconnaissant que notre domaine forestier doit non seulement conserver mais accroître la vigueur indispensable à une bonne hygiène des habitants, constituer une protection contre les crues et augmenter notre richesse agricole, je m’élèverai contre des règlemonts trop stricts eL parfois trop surannés qui, dans certaines périodes de sécheresse, interdisent complètement îc pacage ou le réduisent à des proportions tellement faibles qu’elles exposent les éleveurs à un désastre.
Persuadés qu’a près les effroyables pertes dues a la grande guerre, nous devons aider et favoriser ceux qui donnent des enfants à la France, toute ma sympathie agissante sera acquise aux familles nombreuses qui trouveront toujours en moi un ardent défenseur et un vigilant protecteur. Mutilés, anciens combattants, veuve, ascendants et orphelins, de ceux qui ont donné leur vie pour le salut de la France, possèdent des droits imprescriptibles à la reconnaissance nationale qui devra se traduire, dès que ïa situation le permettra, par une augmentation des pensions accordées*
Les fonctionnaires savent qu’ils ont toujours trouvé auprès de moi un accueil bienveillant et efficace chaque fols qu’ils ont bien voulu me soumettre leurs justes revendications, et que je n’ai jamais hésité à prendre leur cause en mains lorsque ma conscience m’en faisait un devoir. Mon attitude restera la même à leur égard*
Toutes les œuvres sociales et, en première ligne, l'aide à donner aux femmes en état de gestation et à la mère qui allaite son enfant, trouveront en moi un partisan convaincu et un défenseur infatigable* Si dans ce domaine les étapes sont quelquefois trop longues en raison des difficultés financières, j’estime qu'il faut poursuivre la réalisation intéressant les classes déshéritées avec une omis tance et une ténacité inlassables*
Nous ne devons pas perdre de vue, on effet, que les sacrifices consentis pour améliorer le sort des humbles, et réduire la misère au minimum seront largement compensés par un plus grand nombre d’enfants vigoureux et par une collaboration plus féconde, parce que plus cordiale* entre tous les fils de notre immortelle patrie.
Dans cet étal d’esprit, j -es ti me notamment queia constructions d'habitations â la portée dos budgets familiaux restreints doit être réalisée avec toute l'activité possible, que le coût de la vie doit être ramené à un taux inférieur à celui qu’il atteint aujourd’hui*
Au point de vue de la défense nationale, je soutiens que nous devons mettre eu parfaite harmonie 3 a sécurité de notre terri Loire avec le minimum d’efforts qu’elle exige, mais que
nous devons aussi nous garder avec soin de nous exposer à une infériorité qui pourrait amener les pires catastrophes.
J’ai voté la loi d'un an et je suis disposé à me rallier à d'autres réformes proposées, mais seulement lorsque j’aurai la pleine certitude que de leur application il ne pourra résulter aucun danger pour notre intégrité nationale et notre liberté hier encore si gravement menacée.
Je serai toujours prêLà favoriser une étroite et cordiale entente entre Français et indigènes, Je m'associerai pleinement à toute mesure qui sera de nature à améliorer le sort de ces derniers, auxquels nous devons nous efforcer de faire apprécier les bienfaits de notre civilisation, tout en les mettant en garde contre de vieux errements qui constituent une barrière à leur complète émancipation. Augmentons à leur profit les œuvres d’assistance.
Développons chez eux l'instruction, multiplions les écoles professionnelles et toutes les œuvres qui leur procurant une vie digne et large, et seront les meilleurs auxiliaires pour resserrer les liens d une étroite collaboration.
Mais je ne saurais dès maintenant, je le déclare eh toute loyauté, souscrire à une extension excessive des droits politiques pour laquelle ils ne sont pas encore, dans l’ensemble, suffisamment préparés et qui pourraient ménager de cruelles déceptions.
An point de vue fiscal, je considère qu'il ne serait digne ni de vous ni de moi de vous donner des assurances vous permettant d’espérer un allégement immédiat des charges qui pèsent lourdement sur le contribuable et que je suis le premier à reconnaître écrasantes, elles sont la rançon du triomphe du droit et de la liberté,
La France qui a soulevé l'admiration du monde n'a malheureusement pas obtenu, au lendemain de sa victoire, les avantages et réparations auxquels elles pouvait prétendre, après un effort et des sacrifices enregistrés par l’histoire. Elle a du se reconstituer presque avec ses seuls moyens et relever ses ruines avec ses propres ressources. Aujourd’hui elle commence à entrevoir un avenir moins sombre, les nuages qui obscurcissaient l'horizon se dissipent et laissent filtrer des rayons d’espoir précurseurs d'un avenir plus facile et plus doux qui exigera de chaque citoyen un effort financier plus réduit.
Un bon Français, comme ceux que Fliistoire a vu surgir chaque fois que notre Patrie a été dans l’obligation de se redresser, a pris le gouvernail Pilote expérimenté, patriote ardent, s'imposant à tous par une droiture légendaire et une incomparable intelligence, le Président Poincaré a su grouper autour de lui toj*s les hommes de cœur qui n ont pas hésité à consentir au sacrifice que le chef du Gouvernement était dans l’obligation de réclamer pour relever la Nation.
En plein accord avec mes amis Guttoli et Morinaud, nous avons fait tous nos efforts pour faciliter sa tache.
Et, c'est dans la constatation des résultats considérables obtenus sous l'égide d'un tel chef que nous devons puiser la certitude d'un relèvement définitif et qui sera d’autant plus proche que l'union sera plus étroite et plus confiante entre tous les Français.
Quant à la politique extérieure, je pense que sans déserter les devoirs de vigilance et sans rien perdre de notre ferveur patriotique, il nous appartient de suivre et de favoriser l’admirable entreprise de la Société des Nations pour assurer solidement la paix mondiale. Chimère! utopie I rêve irréalisable l dira-t-on Î1 n’en est pas moins vrai que le grand étatmajor allemand eût hésité à déchaîner la guerre en 1914 s'il se fût trouvé en face d'un large mouvement d'humanité semblable à celui auquel nous assistons.
Un dernier mot.
Nous célébrerons bientôt le centenaire de la pénétration de notre influence en Algérie. Cette commémoration se réalisera dans une communion parfaite des cœurs et sera l’hommage mérité rendu au génie pacificateur et éducateur de la France généreuse et civilisatrice.
En 1868, P ré vos If-Para dol, qui prévoyait à bref délai la redoutable agression allemande et recherchait pour notre pays les moyens d’étendre son action pacifique, écrivait dans la « France Nouvelle » ces lignes prophétiques : « Puisse-t-il venir bientôt ce jour où nos
concitoyens à Y étroit clans notre France africaine, déborderont sur le Maroc et sur la Tunisie et fonderont enfin cet empire méditerranéen qui ne sera pas seulement une satisfaction pour noire orgueil, mais qui sera certainement dans l’état futur du monde une ressource de notre grandeur ! »
C’était d'un mot marquer les belles destinées de notre France Africaine. Ce sera une date glorieuse que celle où Ton va célébrer le centenaire de fon entrée dans notre histoire nationale*
Vive la France î Vive l'Algérie ï Vive la République !
Gaston THOMSON Ancien Ministre* — Député sortant
3É circonscription de COM ST ANTINE * M* CUTTOLI
Elu au premier tour de scrutin, — 7.375 voix..
Profondément touché des marques de sympathie que m’ont prodiguées les nombreux amis que je possède dans la 3e circonscription, et cédant à leurs instances affectueuses, je viens me présenter à vos libres suffrages*
Je suis connu de vous tous : conseiller général, délégué financier, membre du Conseil supérieur du Gouvernement, f appartiens depuis vingt-cinq ans aux assemblées délibérantes " de la Colonie et j’ai conscience d'y avoir servi de toute mou âme, de toute mon intelligence, de tout mon coeur les intérêts qui m’étaient confiés* Elevé tour à tour, parla confiance de mes pairs, à la présidence de ces trois assemblées, je n’ai eu d’autres préoccupations que de maintenir intactes, dans on esprit de complet désintéressement, les prérogatives, la dignité et l'indépendance des institutions que j’avais l'honneur de représenter.
C’est sous l'inspiration des mêmes sentiments, uniquement soucieux du bien public auquel j’ai voué une ferveur passionnée, que je viens solliciter de vous le mandai de défendre an Parlement les intérêts de la 3e circonscription.
Mon programme? Est-il nécessaire que je le développe ici ? C’est vous, mes chers amis, qui m’avez appelé a la vie publique, vous qui avez renouvelé, chaque fois avec une confiance accrue, les mandats électifs que j’ai la fierté de détenir. Vous pouvez scruter les mobiles et les manifestations de mon activité politique. Fidèle à mes principes, fidèle â mon passé républicain, je les soumets à votre contrôle d’hommes libres* Mieux que la profession de foi la plus éloquente, ils vous permettront d’apprécier si je suis digne de voire choix, si je puis jouer efficacement le rôle que vous êtes en droit d attendre de votre représentant, de celui qui, parlant en votre nom, doit être à la Chambre le serviteur attentif des grands intérêts du pays*
La situation financière :
Ces intérêts, nul homme de bonne foi ne saurait contester qu’ils ne soient confiés à de puissantes mains. Qui d'entre nous n’a présentes à 1/ esprit les heures vécues, il y a quelques mois, les préoccupations de L'angoissante crise financière? Devant le danger menaçant de la « hideuse banqueroute », les républicains se sont groupés autour du grand Français Poincaré et se sont consacrés, en étroite collaboration, à une entreprise de rapprochement et de concorde, à l’œuvre du redressement financier. La partie qu'ils engageaient était redoutable. Iis ont dévoué, à la lourde tache qui leur incombait, tout ce qu'ils pouvaient avoir d’intelligence et d’énergie. Les mesures qu’fis prirent : le rétablissement de l'équilibre budgétaire, le vote des impôts nouveaux, I1 organisation d'un amortissement régulier et rationnel de notre dette, ont ramené la confiance défaillante, restauré lé crédit de la France, Veut-on mesurer le chemin parcouru? Voici des chiffres :
Le 28 juillet 1926, le 3 0/0 valait 48,25 ; au 1er mais 1928, 66, 40.
— le 3 0/0 amortissable valait 60,15 ; au Pr mars 1928, 78,10,
— le 5 0/0 1915 cotait 50,60 ; au 1er mars 1928, 87,50.
— 3e 4 0/0 1917 valait 43,60 ; au lét mars 1928, 72,70.
— le 6 0/0 1920 valait 61,25; au lar mars 1928, 97,00*
L'homme d’Etat qui a réalise pareil redressement doit recueillir le concours de tout Français, soucieux de l’avenir de son pays, je le déclare hautement ici, en dehors de tout esprit de parti,
La vie chère :
C’est à F achèvement de l'œuvre de restauration ainsi entreprise que la nouvelle Chambre devra, au cours de la prochaine législature, consacrer ses efforts en procédant à la stabilisation monétaire. Cette stabilisation, qui est atteinte en fait mais demeure incertaine, devra devenir légale. Cet instrument régulateur des prix mettra enfin un terme aux manœuvres d'accaparement et de spéculation qui créent la vie chère.
Je suis de ceux qui pensent, du reste, que des mesures énergiques doivent être prises pour réfréner les appétits immodérés des mauvais citoyens qui profitent de la période économique troublée que nous vivons pour édifier des fortunes scandaleuses sur la misère du peuple. Il est inadmissible que des coalitions d’intérêts soient assez puissantes pour paralyser l’inîtîative parlementaire lorsqu’elle entend réprimer les abus de la spéculation.
L’économie et la production :
Commerçants honnêtes et producteurs n'ont pas à redouter de semblables dispositions. Loin de les gêner et de constituer des entraves, elles sont pour eux des mesures de sauvegarde.
Réorganiser et accroître la production et les échanges, accorder k l'agriculture et à l'industrie algérienne la protection qui leur est légitimement due, développer les organismes de crédit agricole, favoriser l’essor de la colonisation, doter le pays de l'outillage économique indispensable pour assurer sa mise en valeur ; ces graves problèmes économiques s’imposent a l'attention de vos représentants. J'associerai mes efforts à ceux de mes collègues pour les résoudre, en plein accord avec les assemblées locales, au mieux des intérêts du pays.
Pour bien connaître les besoins de ses mandants, le législateur doit demeurer en contact avec les groupements d’étude ou d’action corporative. Leurs doctrines, leurs programmes et leurs revendications feront de ma part l’objet d’une étude approfondie et toujours sympathique. Mais votre député méconnaîtrait son rôle constitutionnel et trahirait votre confiance s’il n’exerçait ensniLe, en toute liberté, le pouvoir d'arbitrage qu’il tient de la souveraineté nationale.
La politique sociale :
C’est dans le même esprit que je prêterai l’attention la plus accueillante a la voix des -agents des services publics : fonctionnaires et cheminots. Ils savent que jamais ma vigilante sollicitude ne leur a fait défaut ; ils peuvent être sûrs qu’elle leur sera toujours acquise* Car, est-il besoin de proclamer ici que, respectueux des principes de liberté et du droit de propriété que nous a légués la tradition révolutionnaire et qui se trouvent affirmés dans la Déclaration des Droits de l'Homme, je demeure fidèlement attaché à l’idéal de justice sociale et de fraternité humaine qui a toujours inspiré mes actes depuis que j’appartiens à la vie publique? C’est aune politique hardie et généreuse de prénatal i té, d’assistance et d'encouragements aux familles nombreuses, de protection de Y enfance, de lutte énergique contre les maladies sociales, de développement des assurances sociales et des institutions d’habitations à bon marché que je vous convie, mes chers Concitoyens.
Dans f accomplissement de cette œuvre, je n'oublierai jamais de me faire l'interprète de la parole sacrée des mutilés et des victimes de la guerre; ne nous apportent-ils pas le gage le plus précieux de concorde, dans le culte du souvenir? Et serait-il possible que le mouvement de solidarité nationale auquel la douloureuse épreuve a donné naissance disparût complètement et que surgit à nouveau le dogme mallaisant de la lutte des classer? C est par la collaboration confiante et raisonnée de tous que la démocratie fera renais fg la prospérité française dans l’harmonie des intérêts et des cœurs*
La politique indigène :
Cette harmonie, en ce qui concerne notre terre d'Afrique, doit régner non seulement entre les diverses catégories sociales mais encore entre tous les éléments ethniques de la population* Pour arriver à la bonne entente des races, il faut envisager avec sagesse les nécessités de leur évolution réciproque. Il faut se garder de ces vues chimériques dont la réalisation hâtive et prématurée ne manquerait pas de bouleverser toute une société* C’est ainsi qu’on ne saurait, en aucune façon, admettre P accession subite, massive et irréfléchie des indigènes à la pleine nationalité française dont une législation libérale leur a d’ailleurs ouvert InElividuelîement la voie ; iî serait encore moins tolérable qu’on voulût, au mépris de tout sens juridique et moral, les faire accéder à des droits civiques qui n impliqueraient pas toutes les obligations du citoyen français*
Par contre, j’estime que le programme d’amélioration économique, sociale et matérielle des indigènes, dont les Délégations ont pris l’initiative, doit eLre poursuivi, Cette œuvre est la première étape indispensable dans révolution qui les mènera jusqu à la pleine lumière de notre civilisation généreuse ou nous désirons de tout cœur les conduire.
Les délégations financières :
À vrai dire, un tel programme ne peut être réalisé par la seule action de vos parlementaires* Les Délégations financières qui, de par la constitution algérienne, ont la gestion des deniers publics, doivent y être étroitement associées* Je ne puis, dans le cadre d’une profession de foi, retracer 1 œuvre importante que, depuis trente ans qu elle existe, cette Assemblée a accomplie et à laquelle les pouvoirs publics ont rendu un légitime hommage*
L’expérience a démontré cependant que cet organisme devait être assoupli, son fonctionnement mieux adapté aux conditions actuelles, scs pouvoirs élargis « de manière à favoriser, suivant l’expression de M. le Ministre Sarraut, avec 1 épanouissement des libertés économiques, les créations utiles qui permettront la mise en valeur de toutes les ressources du pays et l’essor de ses forces de production». M’inspirant de la volonté maintes fois exprimée par les membres de cette Assemblée, je serai au Parlement 1 ardent défenseur des franchises algériennes et de l’autonomie financière.
La politique intérieure :
Au demeurant, les Délégations financières sont et veulent rester une assemblée économique. Il ne saurait y avoir de confusion à ce sujet. Elles n’ont jamais, quoi qu’on en ait dit réclamé des droits tels qu’elles puissent être considérées comme doublant et concurrençant la représentation politique,
La volonté de la nation ne peut être exprimée que par le suffrage universel qui doit se prononcer librement et en toute clarté sur les principes dont se réclament ceux qui prétendent h rhonneur de la représenter. Républicain de gauche, je considère comme intangible l'armature de neutralité constituée par les lois laïques,
La démocratie ne peut se développer et progresser que dans le plein exercice des libertés publiques et le respect absolu de toutes les croyances. Avec un de nos hommes d’État dont rattachement à la formule de l’Etat laïc ne saurait être suspecté, je déclare que « je ne suis pas pour le monopole de l'enseignement pour des raisons de doctrine d’abord, pour des raisons de fait ensuite. Qui sait si un jour nous ne serons pas heureux de retrouver cette liberté d'enseignement qui n est qu’une forme de la liberté de penser et décrire? $
Si renseignement ne doit pas être le monopole de l’État, il ne doit pas davantage être celui des classes aisées. Tous les enfants ont droit au développement de leurs aptitudes intellectuelles, et pour qu’ils deviennent des utilités sociales, leur accession à la haute culture scientifique ou littéraire ne doit être conditionnée que par leur valeur.
La politique extérieure :
Le problème financier, si grave qu’il soit, les réformes économiques et sociales ne doivent pas détourner Y attention du collège électoral d'un problème qui n’est pas moins important, qui Test même davantage, car notre détresse est venue de la guerre, et quels ravages ne produirait pas un nouveau cataclysme ! Pour la première fois dans Y histoire, se trouve constitué un tribunal de paix entre les peuples. La politique française inaugurée à la Société des Nations, affirmée dans le protocole de Genève et le traité de Locarno, doit être poursuivie. Rien ne devra être négligé pour que ces premiers accords aient des lendemains féconds, pour qu'ils en engendrent de plus étroits encore. II fauL que s’établisse enfin, selon la volonté de tous les peuples et par la collaboration sincère de toutes les nations, une paix sûre et durable basée sur le recours obligatoire à l'arbitrage, pour tous les conflits politiques et économiques, et sur la sécurité organisée contre la violence et l’agression .
Telles sont les grandes lignes de mon programme. À vous de le juger, en tonte indé* peudanee. Sî vous me faites l’honneur de me d ésfgncr qj u lil- y u u s i u p i C au. P a r 1 e ni e n t ,
je remplirai mon mandat en considérant que suivant la noble pensée de Waldeck-Rousseàïi : ® îa polilique n’est pas un but, elle ne doit surtout pas être une carrière, elle est un service public ».
J lles CUTTOLI
Officier de la Légion d'honneur,
Président des Délégations financières.
Ancien Président du Conseil général de Cens antïne.
Ancien Yice-Préddent dn Conseil supérieur de l’Algérie.