M. TRI COTEAUX
Elu au deuxième tour de scrutin. — 6.938 voix J
Mes chers Concitoyens,
De vous à moi et de moi à vous, la présentation est presque superilue : vous me connaissez tous, comme je connais la plupart d’entre vous.
Vous m’avez, à plusieurs reprises, témoigné votre confiance avec une ardeur telle que j’aurais eu mauvaise grâce à refuser le grand, mais périlleux honneur, que le parti socialiste -m’a fait, en me désignant pour être son porte- drapeau dans la première circonscription de Saint-Quentin.
Périlleux honneur, parce que, par celte désignation même, j'aurai k supporter des attaques que votre sympathie m'aidera à mépriser et des coups auxquels le verdict que vous allez émettre sera la meilleure et la plus cinglante des ripostes.
On m'a reproché — - avec esprit parfois, avec lourdeur plus souvent — mes modestes origines. Je n'ai pas à en rougir. Si je ne possède pas la science infuse de certains de mes adversaires politiques a blanchis sous le harnais », et leur tour d esprit sarcastique, l'on veut bien me reconnaître, par contre, des qualités de coeur, une franchise et un amour de Injustice sociale qui leur sont refusés. Cela fait compensation. Et largement!
Mon programme — celui du parti socialiste — est uniquement inspiré de cet amour de la justice sociale,,. En voici les grandes lignes :
En politique extérieure :
L'instauration d'une politique de paix entre les peuples par le développement de la confiance réciproque, par une entente rationnelle pour écarter les causes de conflits, par la mise en œuvre des procédures de conciliation, par l’arbitrage, par l'extension, dans un sens démocratique, des pouvoirs de la Société des Nations, par la mise au service de sa force morale de puissants moyens matériels, par la mobilisation, non seulement des citoyens, mais aussi des fortunes (le meilleur moyen préventif contre la guerre), le désarmement général, s'opérant après la réduction du temps de service militaire devant être ie couronnement de cette œuvre de paix. Tâche ardue, sans doute, mais que les peuples peuvent et doivent accomplir internationalement !
En politique intérieure :
1° La suprématie du Suffrage Universel par la suppression des pouvoirs exorbitants d’un Sénat qui est élu au suffrage restreint et qui foule aux pieds toutes les aspirations démocratiques de la nation :
La suppression de tous les privilèges qui permettent à des organismes ou à des groupements s’inspirant uniquement de l'intérêt particulier de leurs membres, de constituer autant d’Etats dans l’Etat et le remplacement des monopoles de fait dont ils jouissent par des monopoles d'Etat en un mot, la nationalisation de toutes les grandes entreprises ou œuvres d'intêrot public : chemins de fer, mines, assurances, banques, fabriques de sucre^etc. ;
3° L’instauration d'une politique ouvrière qui, en donnant au travail la place qui lui revient dans la production, ne l'asservira plus au capital, et par une organisation rationnelle de la production, permettra à l'ouvrier de conserver et d’améliorer encore la loi sur la limitation de la durée du travail ;
4° La réforme totale de nos assurances, dites sociales, par la protection efficace des travailleurs contre les risques de maladies, d’accidents, de chômage, de vieillesse, de congédiement abusif ;
5& L'encouragement donné au petit commerce et à la petite industrie par la suppression d une fiscalité inquisitoriale, -onéreuse et déprimante, et par la création d'œuvres subventionnées largement par l’Etat, qui leur permettront de lutter avec armes égales contre les grandes maisons de commerce et d'industrie;
6° L encouragement à la petite et à la moyenne culture par le développement des œuvres de crédit agricole, de prêt d'instruments aratoires, la réforme du système des fermages, 1 acquisition d engrais à bon marché, des facilités d'accéder à la propriété, la protection légale des ouvriers agricoles ? etc. ;
7° La protection de la classe moyenne, qui a eu à supporter la plus grande part des méfaits de la guerre et qui, ayant contribué pour une large part à la prospérité de la nation, est aujourd’hui spoliée et acculée à la gêne ou à la misère ;
8fl La création de logements salubres pour tous "et d'habitations à bon marché, la lutte contre le taudis, générateur de vices et pourvoyeur de nos prisons et de nos asiles ;
gn transformation complète de notre régime fiscal actuel, dur aux pauvres, indulgent aux riches ; par la diminution du nombre et du montant des impôts indirects ; par la suppression de l’impôt sur les salaires et la création de taxes de remplacement et de ressources nouvelles au moyen d’un impôt sur la fortune acquise, d'un impôt plus équitable et fortement progressif sur le revenu, de monopoles d'Etats nouveaux, du contrôle rigoureux des valeurs mobilières et des biens dits improductifs, des produits de luxe, etc. ;
1 0& Une politique financière qui, instituant la stabilisation legale, mettra fin à la spe^
cuiatiou qui crée ou entretient la olierle de la vie ,
11° En attendant cette stabilisation, des moyens énergiques contre la spéculation, la hausse illicite et l'accaparement, ainsi que la taxation des produits indispensables a la vie et, au besoin, la réquisition, cette mesure ne devant pas être considérée comme une entrave à la liberté individuelle, mais comme la contribution due par chaque particulier à
l’intérêt général ; ,
12* jja réforme d'un système douanier qui, en croyant protéger la production, nous
attire les représailles de l’étranger et grève de lourdes taxes les consommateurs ,
Ï3* Le développement de nos ressources naturelles (sol, sous-sol) qui, bien- exploitées, nous permettraient de ne plus être tributaires de pays qui regorgent d’or et nous imposent leurs prix et leurs conditions ;
14° La recherche d’ententes internationales pour arriver à un juste équilibre de la production et de la consommation et la répartition^ proportionnelle aux besoins de chaque peuple, des matières premières ;
15° En même temps que r émancipation politique, économique et sociale, l’émancipation des intelligences par l'institution de l’école unique et l’application rigoureuse des lois de scolarité ;
1613 La réparation intégrale due à toutes les victimes de la guerre, anciens combattants, mutilés, ascendants, veuves, orphelins, sinistrés, envers lesquels la nation n'a encore acquitté qu'une faible partie de ses dettes.
Tels sont, entre un grand nombre, quelques-uns des problèmes que la prochaine législature aura pour lâche de résoudre et qu'elle résoudra si le pays, conscient de scs devoirs comme il l'est de ses aspirations et de ses droits^ envoie à la Chambre ceux qui, comme nous, ont pour devise : * L'intérêt général doit primer et primera tous les intérêts particuliers, quelque puissants qu'ils soient. »
Romaix TRICGTEAUX
Maire de Saïnt-Quentm. — Président du Conseil d’arrondissement.
Chevalier de la Légion d'honneur.
2e circonscription de SAINT- QUENTIN,