‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1928Chapitre 6 sur 336 · M. DEGUISE · texte numérisé non relu

M. DEGUISE

Elu au deuxième tour de scrutin. — 8*512 voix.

A mes Électeurs,

J ai fait de mou mieux dans ma campagne électorale pour toucher le plus grand nombrn d'électeurs en portant la parole Je plus possible dans les villages de notre circonscription. Le temps très court de la campagne électorale, ainsi que mes moyens financiers, ne m'ont pas permis de réaliser la propagande que j aurais voulu faire* Néanmoins je tiens par cette circulaire à toucher tous mes électeurs, à leur apporter l'assurance de mes conviction sincères et désin tct essées+ En. cela je continuerai la tradition de mon pere, Olivier Déguisé, qui a laissé parmi vous tous le souvenir Ineffaçable qui s’attache au dévouement et à la bonté qu’il avait apportés dans son action parlementaire.

Si vous nr envoyez au Parlement, vous pouvez être assurés que je ne faillirai pas à mon devoir, je serai appuyé en cela par mon parti, dont les contingents parlementaires grossissen t à chaque consultation et font que le parti socialiste S, F. U 0. s'organise pour prendre, enfin, le pouvoir*

L’action que je soutiendrai se trouve condensée dans un programme concis et où tous les problèmes de demain ont été envisagés*

En politique extérieure ;

L'installation d'une politique de paix entre les peuples par le développement de îa confiance réciproque, par une entente rationnelle pour écarter les causes de conflits, par la mise en œuvre des procédures de conciliation, par l'arbitrage, par l'extension, dans un sens démocratique, des pouvoirs de la Société des Nations, par la mise au service de sa force morale de puissants moyens matériels, par la mobilsation, non seulement des citoyens, mais aussi des fortunes (le meilleur moyen préventif contre la guerre), le désarmement général s’opérant après la réduction du temps de service militaire devant être le couronnement de ceLte œuvre de paix* Tâche ardue, sans doute, mais que les peuples peuvent et doivent accomplir internationalement*

En politique intérieure :

1° La suprématie du suffrage universel par la suppression des pouvoirs exorbitants d un Sénat qui est élu au suffrage restreint et qui foule aux pieds toutes les aspirations démocratiques de la Nation ;

2° La suppression de tous les privilèges qui permettent à des organismes ou à des groupement s’inspirant uniquement de l'intérêt particulier de leurs membres, de constituer autant d’Etats dans l'Etat et le remplacement des monopoles de fait dont ils jouissent par des monopoles d’Etat en. un mot, la nationalisation de toutes les grandes entreprises ou œuvres d’intérêt public : chemins de fer, mines, assurances, banques, fabriques de sucre, etc., etc* ;

L’instauration d’une politique ouvrière qui, en donnant au travail la place qui lui revient clans la production, ne l’asservira plus au capital, et par une organisation rationnelle

de la production, permettra à l’ouvrier de conserver et d’améliorer encore la loi sur la limitation de travail ;

4* La réforme totale de nos assurances, dites sociales, par la protection efficace des travailleurs contre les risques de maladies, d’accidents, de chômage, de vieillesse, de congédiement abusif ;

5° L’encouragement donné au petit commerce et à la petite industrie par la suppression d’une fiscalité inquisitoriale, onéreuse et déprimante, et par la création d’œuvres subventionnées largement par l’Etat, qui leur permettront de lutter avec armes égales contre les grandes maisons de commerce et d’industrie ;

L’encouragement à la petite et à la moyenne culture par le développement des œuvres de crédit agricole, de prêts d’instruments aratoires, la réforme du système des fermages, l'acquisition d’engrais à bon marché, des facilités d’accéder à la propriété, la propriété légale des ouvriers agricoles, etc. ;

7° La protection de la classe moyenne, qui a eu à supporter la plus grande part, des méfaits delà guerre et qui, ayant contribué pour une large part à la prospérité de la Nation, est aujourd’hui spoliée et acculée à la gêne ou à la misère ;

8* La création de logements salubres pour tous et d’habitations à bon marché, la lutte contre le taudis, générateur de vices et pourvoyeur de nos prisons et de nos asiles ;

9° La transformation complète de notre régime fiscal actuel, dur aux pauvres, indulgent aux riches ; par la diminution du nombre et du montant des impôts indirects ; par la su pression de l'impôt sur les salaires et la création de taxes de remplacement et de ressources nouvelles au moyen dTun impôt sur la fortune acquise, d’un impôt plus équitable et fortement progressif sur le revenu, de monopoles d’Etat nouveaux, du contrôle rigoureux des valeurs mobilières et des biens dits improductifs, des produits de luxe, etc. ;

10° Une politique financière qui, instituant la stabilisation légale, mettra fin à la spéculation qui crée ou entretient la cherté de la vie ;

11° Eu attendant cette stabilisation, des moyens énergiques contre la spéculation, la hausse illicite et l'accaparement, ainsi que la taxation des produits indispensables a la vie et au besoin, la réquisition, cette mesure ne devant pas être considérée comme une entrave à liberté individuelle, mais comme la contribution due par chaque particulier à l’intérêt général ;

12° La réforme d’un système douanier qui, en croyant protéger la production, nous attire les représailles de l’étranger et grève de lourdes taxes les consommateurs ;

13* Le développement de nos ressources naturelles (sol, sous-sol) qui, bien exploitées, nous permettraient de ne plus être tributaires de pays qui regorgent d’or et nous imposent leur prix et leurs conditions ;

14° La recherche d’ententes internationales pour arriver à un juste équilibre de la production et de la consommation et la répartition, proportionnelle aux besoins de chaque peuple, des matières premières ;

15° En même temps que l’émancipation politique économique et sociale, l’émancipation des intelligences par l'institution de l’école unique et l’application rigoureuse des lois de scolarité ;

16° La réparation intégrale due à toutes es victimes de la guerre, anciens combattants, mutilés, ascendants, veuves, orphelins, sinistrés, envers lesquels la Nation n’a encore acquitté qu’une faible partie de ses dettes.

Citoyens,

Ne croyez pas que je veux relever toutes les allusions blessantes qui ont été proférées au cours de la campagne électorale. En cela, continuant l’école de mon père, je laisse à d’autres ces basses méthodes* Sachez que je suis un enfant du pays, que j!ai fait la guerre comme engagé, quoique exempté, et que j’ai fait mon devoir de Français. La croix da guerre que j’ai obtenue après Verdun est là pour en témoigner.

Fort de mes convictions profondément socialistes, je suis attaché a mon parti, qui répond à mon idéal. Je veux pour la classe travailleuse, dans les circonstances du moment, après cette affreuse guerre et la crise épouvantable qui la ballotte entre le chômage et la misère, — soutenir ses revendications et faire triompher son droit*

Les effectifs de cette classe prolétarienne augmentent tous les jours de ceux qui, avantguerre, pouvaient se dire à l'abri des incertitudes du lendemain*

La situation présente est critique, car si les charges publiques augmentent avec la vitesse que nous connaissons, il n y aura bientôt plus dans notre République — comme à Rome — que des maîtres et des esclaves.

L'action du parti socialiste a pour but de freiner ce danger actuel ; mais, dans une évolution que nous voulons très [prochaine — parce que vous, électeurs, en avez compris Timportance et la profondeur — nous transformerons la vie publique de façon à assurer à tous nos concitoyens une répartition plus juste des ressources de la Nation et des produits du sol national*

Jean DEGUISE Publiciste.

Ancien combattant, Croix de guerre.

Circonscription de SOISSGNS.

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