‹ Programmes, professions de foi et engagements électoraux de 1928Chapitre 52 sur 336 · CANTAL · texte numérisé non relu

CANTAL

Circonscription d’AURILLAC*

ML Paul BASTID

Elu au deuxième tour de scrutin, — 9,0G7 voix.

Mes chers Concitoyens,

Premier élu du suffrage universel dans le Cantal le II mai 1924, c’est à l’arrondîssemenl d'Aunllac, principal auteur de ce scrutin, que je viens, conformément à la nature des choses, demander le renouvellement, de mon mandat. Antécédents personnels et familiaux, tout rattache d’ailleurs à votre circonscription le conseiller générai de Laroquebrou, le Gis et le petit-fils d’Adrien et de Raymond Bastid,

Le Parti républicain radical-socialiste, dans les rangs duquel je sers depuis quatre ans la politique de large union des gauches qui a toujours été la mienne, m'a désigné unanimement, à Àurillac et à Paris, comme son seul candidat. Je me présente à vos suffrages sous ses auspices.

Le scrutin d’arrondissement est le scrutin de la confiance personnelle. Au cours de la législature tourmentée qui s’achève, je me suis consacré exclusivement à l’exercice de mon mandat, c’est-à-dire à la défense de vos intérêts, généraux et locaux. Je me suis inspiré d’une double règle : fidélité scrupuleuse à mon programme et à mes amitiés, libéralisme à l’égard de tous. J’ai conscience de n’avoir trompé personne, ni mes partisans, qui ne peuvent me reprocher aucune défaillance, ni mes adversaires, auxquels j’avais annoncé d’avance mon attitude politique et qui savent au surplus que je n’ai jamais hésité à leur rendre service lorsqu’ils ne me demandaient aucun manquement à ma ligne de conduite parlementaire.

Vous me connaissez aujourd’hui suffisamment pour prévoir le sens de mon action ulté« rieure, qui s’exercera toujours en faveur des travailleurs, des humbles, des déshérités. Demain comme hier, je lutterai contre la finance tentaculaire, contre le conservatisme sordide, contre toutes les forces d’obscurantisme et de régression sociale.

Mais je suis le candidat de la légalité, d’une légalité intégrale et sans lacunes.

Il va de soi que les conquêtes laïques et sociales de nos aînés doivent être préservées de toute atteinte.

Par ailleurs, une démocratie recule lorsqu’elle h’ avance pas. De nombreuses réformes et améliorations s’imposent :

Dans tordre fiscal : répression sévère de la fraude; — répartition plus démocratique et, si possible, allégement des impôts. La fiscalité massive et peu équitable de juillet 1926, qui accable les consommateurs et les classes rurales, traduit législativement la rentrée en scène du Bloc national*

l’ordre financier : stabilisation monétaire aussi rapide que le permettront des circonstances dont le Gouvernement, est. il faut le reconnaître, meilleur juge que le Parlement ou l'opinion publique : mais il appartiendra à la'Chambre de veiller à ce que I heure ne soit pas arbitrairement retardée ; — continuation de la politique de consolidation et d’amortissement.

Bans V ordre éeonomiqua : intensification de la production, spécialement de la produclion agricole, conformément au programme établi par M . Queuille ; — développement et meilleure utilisation de l'outillage national ; - aménagement industriel et commercial des monopoles d’État, en vue d’en accroître le rendement eL de les défendre contre la rapacité des puissances d’argent ; — reprise de certains monopoles de fait, dont les détenteurs rançonnent lo public ; — lutte contre la vie chère, notamment par une politique douanière plus libérale et par l’organisation de la consommation ; — simplification de la législation fiscale qui régit les commerçants; - protection du petit et du moyen commerce contre les grands consortiums.

]>ann l'ordre militaire : réduction des charges, en particulier réalisation effective rapide du service d’un an, dont le principe a été voté, mais sous certaines conditions préalables ; défense des droits des vicLimes de la guerre.

Dans l’ordre scolaire : égalité devant l'instruction de tous les enfants, riches ou pauvres.

Dans l’ordre social : défense et extension du droit syndical, envisagé comme élément de collaboration et non de dissociation ; mesures favorisant l'accession du prolétariat a la propriété; — protection plus efficace de la santé publique ; - encouragements fiscaux à la natalité; — prompte application de la loi sur les assurances sociales, a laquelle un certain nombre de retouches devront d'ailleurs être apportées pour tenir compte de tous les intérêts en cause et qu’il y aura lieu de compléter par une législation de l’ assurance-chômage institution d’un minimum de salaire et du sursalaire familial obligatoire; organisation du contrôle ouvrier; — amélioration des conditions d’existence des ouvriers agricoles; — défense des droits des mutilés du travail.

Toutes ces réformes doivent s’accomplir dans le cadre d'un État vigoureux, dont 1 autorité ne se laisse, entamer par l’action d’aucun groupement d'intérêts particuliers. Certes, il y a lieu de rajeunir la société polit ique en intégrant à son mécanisme les forces economiques organisées. Un effort a déjà été fait en ce sens avec la création du Conseil national economique, Mais il importe de défendre l'Étal contre l’envahissement de toute féodalité nouvelle, quel qu’en soit le caractère, corporatif, économique ou financier.

Je suis le premie à proclamer ici, comme je l’ai fait à Genève au nom de la 1- rance, qu’une organisation professionnelle des intérêts ruraux s’impose et que les agriculteurs doivent être pourvus des moyens de défense qu’utilisent les travailleurs et les protecteurs

de r industrie. # ,

Mais je m’opposerai toujours à ceux qui prétendent dresser les agriculteurs contre es

autres catégories sociales. Le parti dont je suis le pnrte-narole ne croit pas aux antagonismes des classes ; il ne prêche pas la lutte des unes contre les autres. 11 ne connaît que des citoyens soumis au même titre à la souveraineté de la loi.

A là Chambre, je me suis essentiellement occupé de défense agricole et de politique

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Sur le' premier point, qu’il se soit agi des tarifs douaniers, de l'exportation du fromage ou de celle du bétail, de i eîectrificaium des campagnes ou de la réparation des dommages causés par les intempéries, vous m’avez toujours trouvé prêt à soutenir les inféré s ruraux Aussi bien ne pouvais-je oublier que le Parti radical est en H i an ce le ^rand prirü paj an e que c’est pendant son éclipse, cest-a-dire sous la législature du Bloc national , que 1 3djicu

iure a été sacrifiée à l'industrie, La législature qui s’achève s'est efforcée de rétablir l'équL libre, il faut persévérer dans cette voie et défendre les paysans n tn seulement contre les exigences tarifaires excessives de l'industrie, mais encore par ex, mple contre les grandes firmes qui monopolisent les engrais.

En servant k la Commission des affaires étrangères, à la Société des Nations et dans les missions dont j'ai été investi au dehors, la politique de paix qui est symbolisée par les noms de Genève et de Locarno, j'ai suivi les directives que vous m'aviez données en 1924. Mais cette politique n’est pas achevée* Si nous touchons aujourd'hui des réparations allemandes et si nous avons obtenu le maximum de sécurité compatible avec la situation internationale présente, il reste encore beaucoup à faire, notamment dans le sens de l'arbitrage obligatoire et pour l'aboutissement dû rapprochement franco -germanique.

Les circonstances politiques de la législature prochaine sont trop difficiles à prévoir pour que je puisse indiquer par avance avec précision mon attitude parlementaire. Mais je me déclare d ores et déjà prêt à souLenir le programme exposé à Carcassonne par le President du Conseil* Ce programme ne contient pas tout ce que mon Parti peut désirer. Pacifique, laïque et social d inspiration, il ne contient rien en tout cas qui soit pour lui inacceptable.

Citoyens,

La politique dont je viens d'indiquer les grandes lignes est conforme à toutes les traditions du parti républicain. C’est pour en être aujourd'hui le représentant local que je me vois en proie, comme jadis les miens, à un ouragan de calomnies et d'insultes* De plus tout ce qui est vénal s est ligué contre moi* Je n'en éprouve ni émotion ni surprise.

Fort de la confiance que vous m'avez manifestée il y a quatre ans et que les trois quarts de vos élus m ont renouvelée déjà, j'attends avec sérénité votre verdict.

Vive la République I

Vive l'arrondissement d'Âurülac 1

Paul BASTID

Conseiller général de Laroquebrou,

Député sortant*

Vice-président de la Commission des affaires étrangères.

Membre de la Délégation française à la Société des Nations* Candidat du Parti républicain radical-socialiste*

Circonscription de MAURIAC.

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